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Quai des rimes

Mes poèmes, nouvelles, écrits divers

Quai des rimes

Coup de foudre aux Galeries Farfouillettes

Pour le défi 136 des Croqueurs de Mots animé par Enriqueta

Coup de foudre aux Galeries Farfouillettes

Coup de foudre aux Galeries Farfouillettes

 

Quand je travaillais à Paris, souvent le midi, après avoir mangé rapidement une salade,  je m’échappais de mon bureau pour aller aux Galeries Lafayette magasin auquel je suis affectivement liée. Ma grand-mère Marthe y ayant été vendeuse au rayon des chapeaux. Je me souviens des Fêtes de Noël aux Galeries pour les enfants du personnel sous la grande verrière art nouveau aux lueurs bleutées surmontant les arcades dorées des balcons des étages. C’était un décor de conte de fées pour la petite fille qui vivait chez son autre grand-mère dans une loge de concierge minuscule avec pour seul meuble, une table, quatre chaises, un lit , armoire, et une cuisinière au charbon.

 

Un midi, pendant que je déambulais au rez-de-chaussée du magasin, en baissant ma tête des étoiles de la verrière pour la ramener à la réalité, je t’ai aperçu. Tu attendais tranquillement je ne sais quoi, je ne sais qui. Les néons  illuminaient les pétales clairs de ta jolie fleur bicolore. Je me suis approchée pour t’admirer de plus près. J’ai eu l’impression étrange que tu me souriais. Je n’ai pu résister à la tentation. J’ai retiré un de mes gants de cuir et j’ai effleuré la surface de ta peau noire plissée.  Elle était chaude et douce comme les pulls en laine de Mamie Marthe. Je t’ai pris délicatement par la main pour t’examiner sous toutes tes coutures. Tu étais né en Italie, tu venais du Sud et je me mis à te chantonner au fond de moi même pour que personne n’entende les quelques paroles de la chanson de Chimène Badi :

 

J'ai au fond de ma mémoire
Des lumières d'autrefois
Qu'une très vieille femme en noir
Illuminait pour moi…..

Je viens du sud
Et par tous les chemins,
J'y reviens... J’y reviens

 

Présentement, Je ne reviens pas dans le sud mais dans l’ouest, dans la Bretagne de mes grands-parents exilés dans ce Paris des années 50.

 

Après avoir terminé mon examen, je te prends délicatement dans mes mains et devant une grande glace, en me disant que t’essayer n’est pas forcément t’adopter. je t’enfonce légèrement sur ma tête en t’inclinant légèrement. Miracle, tu es adapté parfaitement à la taille de ma forte tête pour ne pas dire grosse ce qui serait prétentieux. Je déteste les chapeaux et n’en porte jamais sauf des bonnets l’hiver à la montagne quand je skie. Je trouve que tu me vas très bien. Comme tu es bien adapté, je t’adopte. Je me dirige vers la caisse et m’acquitte de ton prix raisonnable. En sortant du magasin, je retire l’étiquette et te mets sur ma tête.

 

Depuis tu ne m’as plus quitté l’hiver même si je te fais quelques infidélités les jours d’intempérie ou je mets un chapeau de pluie pour ne pas te mouiller et les jours de grand froid quand je randonne ou je te remplace par un bonnet de laine pour couvrir mes oreilles fragiles. Tu te reposes tout l’été sur une étagère de mon dressing et je te remplace par un plus jeune : un petit canotier rose Fuchsia qui me protège le visage du soleil sur la plage.

 

Il m’arrive de te faire subir quelques mauvais traitements et je te prie de m’en excuser. Une de mes petites filles m’ayant refilé les poux qu’elle avait attrapé à l’école, j’ai eu  peur de t’avoir contaminé et après m’être débarrassé de mes désagréables squatters, faute de pouvoir te laver, je t’ai mis et laissé toute une nuit au congélateur dans un sac plastique avec mes brosses et peignes.  Je craignais en te récupérant mais tu étais sorti indemne de cette première guerre.

Récemment, pour une seconde guerre,  je t'ai perçé délicatement avec une épingle à nourrice pour accrocher un message "Nous sommes tous Charlie" et j'ai passé à travers le coeur de ta fleur un crayon pointé vers le ciel (voir photo ici)

 

Tu as quatre ans et tu n’as pas bougé, pas vieilli. Tu as fière allure mon galure . J’espère pouvoir te conserver le plus longtemps possible parce que tout le monde me dit que tu me vas bien et surtout en souvenir de Mamie Marthe qui, comme elle disait, travaillait du chapeau aux Galeries Farfouillettes.

 

Martine / Janvier 2015

 

 

P.S. Je m’excuse Enriqueta d’avoir pris des libertés par rapport au thème du vêtement. Je ne m’attache pas aux vêtements mais j’adore les accessoires (écharpes, foulards, bijoux…. et maintenant chapeaux)

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chrisch² 01/03/2016 12:24

je viens de lire ta participation au blog d'écureuil bleu. et ton histoire aux galeries farfouillette me rappelle des souvenirs, une grand-mère née à Montmartre et une tante(sa soeur) modiste à Paris. Bravo pour ton émouvante histoire. Bises@+

flipperine 14/01/2015 23:50

cela doit être un beau chapeau

Quichottine 14/01/2015 11:57

C'est un très beau partage, Martine.
En plus, la photo est très belle, un beau portrait et je suis sûre que ton chapeau ne t'en aura pas voulu de cette adaptation à notre actualité.
Merci pour tout...
Bisous et douce journée.

enriqueta 14/01/2015 09:47

C'était vêtement au sens large, alors c'est pile poil dans le thème et puis de toute façon, même si ça n'avait pas été le cas, on s'en fou, on aime la liberté et tant que le plaisir de la lecture est là...Merci d'avoir participé.

Marie Minoza 14/01/2015 08:34

Que de souvenirs....Une page superbe...

Clémentine.Séverin 13/01/2015 22:47

Je croyais que tu parlais à une poupée quand tu étais petite.. puis non, tu es grande et tu parles à ton chapeau.. lol.
bonne soirée
clem

mansfield 13/01/2015 21:02

Et dire que je n'arrête pas de perdre les miens, au moins les tiens ont une histoire et sont porteurs d'émotion!

marithe 13/01/2015 18:54

bonne soirée martineeeeee

durgalola 13/01/2015 18:30

j'aime beaucoup et tu es très mignonne avec ton chapeau pour Charlie.Bonne soirée

lemenuisiart 12/01/2015 19:00

C'est fabuleux
A bientôt

marithe 12/01/2015 15:50

Un magasin mythique. ...bisOussssss martine

Hautemaison 12/01/2015 14:13

Bonjour Martine ! Je ne suis pas vraiment chapeau, sauf les capelines que j'adore, mais je reconnais l'allure et le chic de celles et ceux qui en portent C'est un accessoire qui complète agreablement une tenue. Bravo pour ce texte bien troussé comme d'habitude. Belle journée ma Douce et gros bisous. Coryphee

Simone L.V. 12/01/2015 14:03

Une histoire tout en tendresse et en délicatesse comme tu sais si bien les proposer! Et je suis bien certaine que ton chapeau aura de grand cœur supporté le petit coup d'épingle ... pour Charlie! Bonne semaine et bises; Simone

Lenaïg 12/01/2015 12:28

Bonjour Martine, merci beaucoup pour la chaleur et la richesse de ton billet, j'ai vécu tes souvenirs en pensée, voici que ce chapeau fétiche a défilé fièrement hier ! Bizzzzz.

M'mamzelle Jeanne 12/01/2015 12:15

Agréable ce récit..beaucoup de choses défilent en quelques mots.. et puis un coup de foudre dans la durée.. ce joli chapeau qui a supporter fièrement hier le deuil de nos cœurs blessés.
Je clic car j'aime beaucoup !
Avec amitiés je t'embrasse

Vénusia 12/01/2015 11:52

très jolie histoire que voila
merci de ce partage
bises et bonne journée

Aude terrienne 12/01/2015 10:48

Magnifique article, magnifique photo, tu y as l'air d'une bonne (sens juste) femme. Bisous

Azalaïs 12/01/2015 10:26

ça fait du bien de rencontrer des gens qui ne sont pas restés assis et qui ne fustigent pas ceux qui comme moi ont défilé, je n'avais pas de galure, il faisait trop beau mais j'avais un stylo
bises

Jeanne Fadosi 12/01/2015 10:23

mais c'est aussi un vêtement, mis à mal au milieu du XXe siècle par l’exiguïté des automobiles.
Beau texte

fanfan 12/01/2015 10:03

J'adore les chapeaux et je collectionne ceux qui sont un peu" exotiques " .Un beau roman d'amour entre toi et lui!

Ionard 12/01/2015 09:42

C'est donc une histoire vraie? et bien qu'une chose à dire : "CHAPEAU!" j'adore te lire de toute façon!
Bises
Et ce chapeau te va très bien!!!

ABC 12/01/2015 09:37

Les accessoires sont des petits rien qui crée le charme et révèle la personnalité. En plus celui-ci, sans même s'en douter s'est chargé affectivement, alors il n'a pas de prix !

LADY MARIANNE 12/01/2015 08:20

que de souvenirs bien évoqués, un partage superbe-
de la tendresse, de la nostalgie, c'est un billet formidable- on plonge dans vie comme dans un rêve-
bon lundi-

lyly 12/01/2015 07:59

bel hommage, a ton galure qui devait être fière d'être en ta compagnie ce jour, en te lisant j'ai vu que tu as eu le même souci que moi avec les petites filles, cela en devenait une obsession a chaque fois que je l'ai voyais, nous sommes toutes débarrassées de ces squatteurs
j'aurai aimé aussi faire cette marche et je l'avais prévu hélas l'après midi aux urgences pour une entorse au poignet alors j'ai suivi cette marche a la TV dans la salle d'attente.
bises et belle journée émouvante hier
lyly

jill bill 12/01/2015 05:11

Bonjour Martine.... Echarpe, foulard, pareil pour moi... quelques chapeaux mis à la noce de l'un et l'autre sans plus les porter par après de mon côté, merci pour le clic.... ce chapeau couleur de deuil ne pouvait qu'être un Charlie hier..... bises, JB