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Jeanne

C’est un matin où la chaleur lourde de l’été alourdit les corps et allège les cœurs libérant les souvenirs heureux. Jeanne rêveuse contemple Un couple de colombes blanches se désaltérer dans la cascade du bassin de son jardin citadin. Elle est dans une mauvaise période de sa vie. A cinquante ans, licenciée il y a un an d’une multinationale, elle n’a pas retrouvé de travail. Cette inactivité forcée a peu à peu anéanti sa joie de vivre et créé des tensions avec son époux au point qu’elle envisage une séparation mais sans l’accepter réellement. La vision de ce couple d’oiseaux messagers d’amour et de liberté batifolant dans l’eau lui rappelle curieusement un amour ancré au fond d’elle depuis de nombreuses années. Et si… si elle partait maintenant pour le retrouver. Elle ne l’a pas revu depuis quelques années. Elle pense souvent à lui à ses yeux bleus verts, à ses bras à la fois forts doux et langoureux qui l’étreignaient et la berçaient et où elle se sentait si bien. Elle aimait sa sérénité les jours heureux et ses yeux si bleus qui semblaient foncer quand quelques contrariétés et dépressions d’humeur lui faisait  perdre son calme. Impétueux, sa courbe de vie n’était pas plane Il n’était jamais le même et c’est ce qu’elle appréciait ayant toujours besoin d’être surprise. Telle est notre vie qui danse entre sommets et profonds abîmes. Jamais elle n’oublierait leur première rencontre un été sur une plage vendéenne. Son regard avait croisé le sien et rien ne fut plus jamais comme avant. Un choc interne violent s’était produit en elle entrainant une violente attraction. Son regard s’était aimanté sur le sien et une chaude pétulance l’avait envahie. Elle aurait pu nager dans le bonheur de l’instant mais cet envoûtement et ce chambardement interne si brusque, soudain et réciproque l’avait angoissée. Il était si beau qu’elle en avait les larmes aux yeux. Elle s’était précipitée dans ses bras qu’il lui avait ouverts spontanément. Pendant quelque temps elle avait nagé dans le bonheur et la jouissance  et puis la vie les avait séparés. Il lui manquait tant aujourd’hui et très souvent elle pensait à lui sans avoir ressenti jusqu’à ce matin l’impérieux besoin de le retrouver. Plus aucune obligation professionnelle ou sentimentale ne la retient aujourd'hui. Elle décide de partir aussitôt. Elle écrit un message très court sur l’ardoise de la cuisine à l’attention de son époux « je pars me ressourcer quelques jours aux Sables d'Olonne » met rapidement quelques affaires dans la valise qui lui servait, il y a pas si longtemps, pour ses déplacements chez des clients en Province, la dépose dans le coffre de sa voiture et s’en va cap plein ouest. Elle conduit en chantonnant quelques chansons ce qui ne lui est pas arrivé depuis longtemps :

 « Aimer à perdre la raison, aimer à n’en savoir que dire, à n’avoir que toi d’horizon et ne connaître d’horizon que par la douleur du partir… » (1)

La route défile devant ses yeux sans qu’elle la voit vraiment tant elle est déjà arrivée au bout de la route sur cette plage où ils s’étaient rencontrés. Ce sera la première étape d’un pèlerinage qui, elle l’espèreavant qu'elle entame une nouvelle vie,  pourrait l’aider à le retrouver aussi fougueux et vif qu’il était.

« Mon mec à moi, il me parle d’aventures et quand elles brillent dans ses yeux, j’pourrais y passer la nuit » (2)

Elle roule de plus en plus vite ayant hâte d’arriver

« Dans un autre monde on m’appellera, on m'attend là-bas, dans un autre monde une autre galaxie, ou dans une île, Partout dans les continents , On m'attend là-bas » (3)

Enfin, Au bout de la route, Olonne sur mer. Elle retrouve  facilement son chemin. Après avoir traversé la forêt, elle gare sa voiture sur le grand parking et prend à pieds le chemin de la plage de Sauveterre à travers la dune. Il fait une chaleur écrasante. Quelques papillons jaunes volettent au-dessus des fleurs dunaires. Elle accélère le pas et soudain la descente entre les dunes vers la plage naturiste. Elle l’aperçoit enfin. Il n’a pas changé, il a encore gagné du terrain sur la dune. Puisse la terre de Sauveterre être sauvée. Elle retire ses habits et se précipite en courant vers  son grand amour, l’océan Atlantique cette immensité infinie et majestueuse qu’elle est si heureuse d’enfin retrouver. Elle se jette dans ses bras comme la première fois, dépasse le cordon de vagues qui arrivent  et repartent on ne sait où et nage dans le bien-être et le bonheur de nouveau. Elle ne le quittera plus et va s’installer tout près de lui pour débuter une nouvelle vie.

Elle n’a pas remarqué qu’en haut de la dune un homme la prenait en photo au téléobjectif.

A suivre..... peut être .....

 

Martine / Juin 2015 pour le défi 148 des croqueurs (Ce texte pourrait être le premier chapitre d'un roman policier si je me décide à l'écrire cet hiver) 

Tag(s) : #Nouvelles

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