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Quai des rimes

Mes poèmes, nouvelles, écrits divers

Quai des rimes

Quelle galère !

Il était une fois des marins et leur capitaine sur un vieux bateau « les croqueurs de mots ». Curieux nom me diriez-vous pour un bateau ? Non car tous ses matelots, même s’ils étaient très différents, avaient un point commun : Ils étaient des gastronomes des mots qu’ils croquaient et dégustaient avec un plaisir immense. Ils aimaient naviguer ensemble à travers les mers du monde avec leur Commandant Domi et ses seconds ¨qui prenaient chacun à leur tour la barre.

 

Quelle galère !

Tout allait très bien pour eux jusqu’à ce qu’ABC devienne le capitaine d’une traversée qui devait les emmener aux îles sanguinaires.

 

Les matelots ne voulaient pas d’ABC comme capitaine. Pourquoi n’en voulaient t-ils pas ? tout simplement parce qu’elle était différente et que leur tolérance avait des limites. ABC était amoureuse non pas des mots comme eux mais des lettres, et pas n’importe lesquelles : les lettres A B et C qu’elle avait l’outrecuidance de croquer dans tous les mots qui perdaient ainsi de leur saveur.

Dès qu’ils furent tous dans le bateau, les matelots ligotèrent Capitaine ABC, l’enfermèrent dans la cale et levèrent l’ancre. Ils avaient décidé qu’ils prendraient le gouvernail chacun à leur tour.

 

Honneur au matelot rose au visage poupon, la cravate de travers qui sortit la goélette du port de La Rochelle et mis cap à bâbord, à gauche toute, ce qui était logique puisqu’il fallait aller vers le sud et puis il l’avait promis lorsqu’il avait proclamé devant tous les matelots « moi capitaine, je mettrai cap à gauche ». ll pleuvait des cordes, la mer était très agitée mais cela n’inquiétait pas Matelot rose qui avait offert les croissants à tout l'équipage. Tout va pour le mieux dans le meilleur des bateaux se persuadait-il !

 

Matelot rose passa le gouvernail à Matelot vert, une femme. Jusqu’à là le bateau avait avancé au moteur. Elle coupa le moteur et ordonna à ses équipiers de hisser les voiles pour économiser le carburant et préserver l’environnement ce qu’ils firent aussitôt mais certains d’entre eux grognèrent en la maudissant. Elle navigua à vue (ayant oublié ses lunettes rouges) mais garda tant bien que mal le cap à gauche plein sud et son sourire malicieux.

 

Matelot vert passa la barre à Matelot rouge qui continua à prendre le cap sud tout en déviant un peu à bâbord sur l'est. Il se devait d'être un peu plus à gauche que Matelots Rose et vert les capitaines de pédalos. Quelques équipiers parmi les plus courageux (car il fallait oser afrontter matelot rouge avec son visage de tueur)  lui dirent que s'il continuait ainsi il finirait  par percuter la côte et qu'il était préférable de remettre le moteur. Matelot rouge, surnommé quand il était au gouvernail "Capitaine Hadock",  les harangua "Bon ca va, Bachivouzouk, je vous ai compris, je vous ai bien cerné, à mon époque on se suait sang et eau. On savait ce qu’était la valeur du travail".

 

Juste avant la collision avec la côte Matelot rouge passa la barre à Matelot orange qui redressa légèrment le cap pour virer vers le sud tout en longeant la côte, c'était plus prudent avec la tempête annoncée. Parfois il louvoyait à gauche, parfois à droite mais gardait le centre et le cap Sud. Certains matelots lui suggèrèrent d’affaler les voiles et de reprendre la navigation au moteur. Il ne céda pas pour ne pas contrarier Matelots Vert  et Rouge car Matelot orange était un homme de compromis, un modéré qui voulait être un modèle. Cela ne rassurait pas ses équipiers qui avaient peur que le manque de pot de cet enfant de Pau finisse par leur porter malheur.

 

Matelot orange passa la barre à Matelot bleu azur qui avait beaucoup de classe avec ses Ray bans.

Il ordonna aussitôt de baisser les voiles et de changer le nom du bateau en « les républicains roqueurs ». on remarquera au passage qu’il avait retiré le C à croqueur, cela faisait plus jeune et moins carnassier. Le capitaine ABC en fond de cale devait s’en réjouir.

Il était gai Matelot bleu azur, il se mit à entonner la chanson un peu parodiée de la sirène à la voie enrouée "Quelque chose me dit que vous m'aimez encore !". Ensuite Il mit cap à tribord, à droite toute sans aucune hésitation, il fallait bien se démarquer après la navigation hésitante du matelot orange. Certains de ces équipiers protestèrent. Il leur répondit, « vous me faites bien rire vous les matelots ». Sans se laisser perturber il continuât cap à l’ouest sur une mer de plus en plus mouvementée jusqu’à la fin de son quart.

 

Il passa la barre ensuite à Matelot Bleu marine, une femme, pensant qu’elle conserverait le cap ouest. Il se trompait, elle mit cap à droite, plein nord. Elle était consciente qu'elle revenait en arrière mais  elle se devait d’aller encore plus à droite que Matelot bleu ciel. Elle fit changer le nom du bateau en « Les républicains on les a eus ». L’océan en colère grondait, le bateau valsait dangereusement. Les matelots effrayés se disputaient à bord, chacun attribuant aux autres la responsabilité de ce désastre. Qu'étaient-ils venus faire dans cette galère ?

 

Seul matelot jaune qui n’avait pas encore pris de quart était silencieux et calme. Il descendit à la cave et il libéra le capitaine ABC lui faisant promettre en échange qu’elle ne croquerait plus jamais de lettres. Ils remontèrent main dans la main sur le pont. Capitaine ABC fut acclamée par les matelots unanimes ou presque.

Matelot Bleu Marine refusa de  rendre la barre. « J’y suis, j’y reste foi de marin breton et n'en déplaise à mon papa » Clama-t-elle d’une voix tonitruante et glaçante. Les matelots ensemble se révoltèrent, se précipitèrent sur Matelot bleu Marine et la jetèrent à la mer au moment où un mur d'eau en furie fit chavirer le bateau qui sombra très rapidement avec tout son équipage. Il n’y eut pas de survivants.

 

Laissons à Kant la morale de cette fable politique un peu folle :

« La possession du pouvoir corrompt inévitablement la raison »

 

Martine pour le défi 147 des croqueurs de mots

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Marie Louve 17/06/2015 23:23

Quelle chute à l' amer plitiqueAmicalement ! Kant avait bien raison, Preuve est droit devant. Amicalement !

chatou11 17/06/2015 17:19

C'est si joliment dit que je n'ose pas croquer tes mots de peur de les abimer. Je te souhaite une douce soirée et plein de bisous. Merci pour tes voeux.
chatou

Dominique 17/06/2015 09:57

Bonjour Martine,
La politique raconté ainsi et plus compréhensive (lol).
Mais il est vrai qu'hélas le bateau France va droit sur les récifs !
Bises
Dominique

Martine85 16/06/2015 16:40

Merci beaucoup Jerry. Je suis très sensible de ta gentille attention. C'est un beau texte dont j'ai apprécié la lecture.

Jerry OX 16/06/2015 14:36

le paquebot France est en route vers des aventures tumultueuses ,! je reviens te lire avec joie et je salue le capitaine de pédalo à la cravate de travers .

Puisque tu préfères lire qu'écouter, voici les paroles (en français ) de la chanson de Bruce Springsteen dont je parle actuellement sur mon blog "Born To Run"


NÉ POUR ALLER DE L'AVANT

Le jour nous suions dans les rues du glorieux rêve américain
La nuit nous chevauchions nos machines suicidaires à travers les demeures
glorieuses
Nous nous échappions de nos cages sur l'autoroute N° 9
Nos chromes super huilés comme des horloges
Et nous crânions en mordant la line blanche
Bébé, cette ville déchire tes vertèbres
C'est un piège mortel, c'est un flirt avec le suicide
Nous nous en sortirons tant que nous sommes jeunes
Parce que des vagabonds comme nous chéri sont faits pour aller de l'avant

Wendy laisse moi faire, Je veux être ton mec
Je veux être le gardien de tes rêves et de ton imagination
Accroche jute tes bras autour de ces bords de velours
Et cramponne toi à ma machine
Ensemble nous pouvons détruire ce piège
Nous fuirons jusqu'à ce que nous en ayons assez, Bébé nous ne ferons jamais
demi-tour
Comme sur un fil me suivras tu vraiment
Parce que Bébé je ne suis rien un motard solitaire et apeuré
Mais je devine ce que tu ressens
Je veux savoir si ton amour est sauvage
Fillette je veux savoir si ton amour est sincère

Au-delà du Palace (hemipowered) qui déverse sa crème jusque sur le boulevard
Les filles se coiffent dans les rétroviseurs
Et les garçons jouent aux durs
Les parcs de jeux émergent affreux et nus
Des mômes sont en bande sur la plage dans la brume
Je veux mourir avec toi dans les rues ce soir
Dans un baiser éternel

Bouchons sur les autoroutes avec des héros brisés
Qui ont une dernière chance de rouler
Tout le monde est en fuite ce soir
Mais il ne reste aucun endroit où se cacher
Ensemble, Wendy, nous pouvons vivre avec la tristesse
Je t'aimerai avec toute la folie de mon âme
Un jour ma belle, je ne sais pas quand, nous poserons nos valises
Là où nous voulons vraiment aller
Et nous marcherons dans le soleil
Et bien au-delà des vagabonds comme nous
Bébé nous sommes nés pour aller de l'avant

Et voilà !!

Simone L.V. 16/06/2015 13:49

Cette fois ci tu a été vraiment 'trop forte'!!!cette épopée fantastique et périlleuse de notre pauvre France où la soif du pouvoir a aveuglé nos dirigeants de tous bord est magnifiquement narrée ... mais cruellement inquiétante tant elle est véridique!
Et ce n'est certainement pas ABC qui t'en voudra ni ne te contredira! Bises; Simone

ariellea Poésies 16/06/2015 10:03

Superbe ! un grand bravo.
bises
arielle

luciole 83 15/06/2015 21:45

Ah Martine quelle classe !
J'adore, vrai de vrai ! si j' mens, j'vais en enfer !
Tu fais une excellente chroniqueuse.... malgré mon peu d'intérêt pour la politique, j'y ai reconnu pas mal de "pôv'matelots" embarqués sur le malheureux paquebot France appelé à être, non plus démantelé celui-ci par des étrangers, mais tout bonnement à couler corps et biens au cours d'une tempête fratricide bien prévisible... heu je veux dire une mer en furie....

Je raffole aussi d'ABC qui 'roque les mots : une super'e trouv'ille !
Pauvre ABC embarquée dans cette galère et y laisse sa peau....

Bravo et bisous époustouflés

durgalola 15/06/2015 20:55

bravo !!!! clap clap clap !! et de mettre les couleurs dans le défi, j'aime bien. Je n'ai pas participé - n'aimant pas les voyages en bateau - je préfère les regarder de loin. Je reprendrai ma participation à la rentrée.
Bonne soirée et bises

flipperine 15/06/2015 18:58

pauvre ABC elle ne va pas être heureuse

Jerry OX 15/06/2015 15:46

Quelle trouvaille, Martine !! Derrière l'histoire d'ABC et de la joyeuse troupe de matelots se nommant joliment « les croqueurs de mots » , tu narres une sympathique mais aussi sarcastique et sans concession chronique (ou fable ) politique. j'ai reconnu le capitaine de pédalo , le matelot qui donne du "moi matelot" à tout bout de champ, la cravate de travers voulant à tout prix (contre verts et marées ?) mettre le cap à gauche et lutter contre la sirène gouailleuse nommée Marine. Succulent !!

Martine du JdV 15/06/2015 13:39

et voilà d'ABC à HEV ... toute une histoire ;-)
bravo Martine !!
bises

mansfield 15/06/2015 10:46

Eh bien quelle bataille pour un gouvernail! De quoi avoir le mal de mer pour le restant de sa vie!

Jeanne Fadosi 15/06/2015 10:01

voilà un sujet qui n'a pas bridé ton talent de pamphlétaire pour cette tragi-comédie qui se termine par l'extinction générale.
De quoi méditer, soit dit en passant sur les "vertus" de l'idéologie libérale (écho à un de tes commentaires).
nb, je souris aussi à la fantaisie de l'orthographe de ton texte qui n'est pas habituelle dans tes lignes. Une fantaisie qui ne nuit pas à sa compréhension et cette remarque n'est en rien un reproche bien au contraire.
bises et belle journée

Quichottine 15/06/2015 09:35

J'adore !!!
Une fable haute en couleurs et que tous nos hommes politiques devraient lire. ;)
Merci, Martine.
Bisous et douce journée.

ABC 15/06/2015 09:29

Toute ressemblance avec des personnages existants ne peut être considéré que comme un hasard, un pur et simple hasard !!!!
Le grotesque politique ne tue pas, il fait rire quand il ne fait pas pleurer...
Ouf, j'espère m'en sortir ayant appris à nager et n'ayant jamais dévorer autre chose que des livres entiers :-))))

Ionard 15/06/2015 09:23

Quel plaisir et quelle rigolade à cette lecture! excellent comme toujours!
Bises
Dany

Tizef 15/06/2015 09:20

Jolie histoire de matelots, de leur rage d'écrire, et de dents !
Loïc

venuzia 15/06/2015 08:47

hihi j'ai ri et aimé ton histoire
bises du jour

Lenaïg 15/06/2015 08:37

Bonjour Martine, je n'ai pas terminé de te lire que je ris déjà, reconnaissant des personnages politiques bien de chez nous derrière ces drôles de petits bonshommes de matelots ! Pauvre Captain ABC qui est toujours à fond de cale ... Je continue ! Je reviens : donc le combat cessa, faute de combattants, tous engloutis par le fond ! Ce devrait être profondément triste mais je continue à rire ! Un grand bravo pour ta brillante participation et le plaisir de lecture, bises !

jill bill 15/06/2015 08:18

Eh eh, pas faux la conclusion, bon travail ici aussi, bises de JB

LADY MARIANNE 15/06/2015 07:56

une réussite !! citation véridique hélas !!
heureusement le captain est libéré !!
bravo !! bonne semaine sur terre, en mer ou dans les airs !!

Azalaïs 15/06/2015 07:34

Jolie parabole, on devrait te contacter pour écrire les discours politiques
bonne journée

clara65 15/06/2015 06:27

Ah tu les croques bien, toi, les mots ! ce joli conte a une morale qui est juste, on le voit bien chaque jour. Dés que nos politiques sont au pouvoir, ils n'ont plus le sens des réalités.
Au passage, les îles sanguinaires, je viens de les voir en Corse.
Bonne journée et amicalement.