Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Quai des rimes

Mes poèmes, nouvelles, écrits divers

Quai des rimes

Jolie fleur pour un prince charmeur

Je m’appelle Eulalie Je suis né en 1952 à  la Nouvelle Orléans en Louisiane d’un père diplomate français et d’une mère cajun. Je me souviens avec nostalgie  de la végétation luxuriante de la mangrove et ses palétuviers dans le delta du Mississipi.  Je n’oublierai jamais les musiciens noirs jouant de la trompette et du saxophone dans les rues de la ville de jour comme de nuit. La chaleur était humide accablante l’été. Je jouais avec mon petit frère sur les plages du Golfe du Mexique. Il était timide, calme très affectif et tendre comme son prénom Clitandre.  J’étais extravertie, hyperactive un vrai garçon manqué peu démonstrative refusant les témoignages de tendresse.

Nous sommes revenus en France en 1969, j’avais 7 ans. Georges Pompidou, succédant au Général de Gaulle, venait d’être élu Président de la République.  La France débutait une mutation lente mais profonde.

J’ai rencontré Hector au potager du jardin des plantes alors que j’étais plantée devant une fleur que je n’avais jamais vue auparavant. J’entendis une voix masculine derrière moi prononcer « Belle plante »  J’ai cru que le compliment s’adressait à moi !  Je me retournai vers cet importun et lui répondis vertement

«Je ne suis pas une plante, Monsieur le misogyne, tout juste une fleur mais attention dans une peau de vache »

Il éclata de rire

  • « Je ne parlais pas de vous mademoiselle même si vous êtes jolie comme une fleur mais de l’aloysia triphylla citriodora »
  • De la quoi ?
  • De la plante qui est devant vous plus communément appelée verveine odorante ou verveine citronnelle. Je m’appelle Hector, je suis botaniste et quelle veine de vous rencontrer devant une verveine !
aloysia triphylla citriodora (wikipédia)

aloysia triphylla citriodora (wikipédia)

Il me regardait avec ses yeux bleus perçants exprimant à la fois la force de l’océan de mon enfance,  la douceur des ciels d’été et un soupçon de mystère. Il était vêtu d’un polo blanc qui contrastait sous une veste beige. Conquise par son charme, son humour et son intelligence, ce fut le début d’une grande passion amoureuse, une  passion ouragan qui dévasta ma vie jusqu’à ce jour trop rangée. La jeune fille Sage devint une experte en Kâma-Sûtra initiée par son Hector aussi violent en amour qu’il pouvait être doux dans la vie quotidienne. J’essayais toutes les positions. Ma préférée était la pieuvre car je pouvais ainsi enlacer mon Hector avec une de mes jambes tentacules. Cet animal visqueux, fort laid au demeurant, m’a toujours fascinée. J’en avais  vu de très grosses sur les plages de Louisiane. Hector, se prenant pour le personnage de Racine au destin tragique, préférait Andromaque au galop. J’étais Son Andromaque, son amazone montée sur son étalon…. Je détestais les chevaux mais lui je l’adorais. Je n’ai jamais cru aux contes de fée mais j’avais trouvé mon Prince charmant et charmeur et je croyais vivre un rêve… un rêve trop parfait pour y croire tout à fait.

Nous nous mariâmes deux ans après. J’ai toujours aimé cuisiner, je lui faisais son plat préféré : des pâtes à la carbonara en souvenir de sa maman italienne disparue trop tôt qui les faisait si bien et du risotto aux calamars. Dans la cuisine aussi je savais faire la pieuvre !

Nous habitions une grande maison bourgeoise à la périphérie de Paris au milieu d’un jardin vert et fleuri. Hector m’avait passé sa passion des fleurs. J’aimais observer les oiseaux du jardin que je nourrissais l’hiver. Hector connaissait bien les oiseaux, il me donnait leurs noms. Les mésanges bleues qui venaient se baigner dans le grand bassin du jardin étaient mes préférées.

C’était le bonheur.

Néanmoins, chaque soir depuis quelques semaines, je faisais le même rêve, un vrai cauchemar. J’étais dans le métro quand soudain un voyageur chutait sur la voie ferrée, derrière lui un homme au costume marron et au regard effrayant observait la scène impassible. Lui avait-il fait peur, l’avait-il poussé ?


Je racontais ce rêve à Hector qui me dit que ce cauchemar ressemblait étrangement au début d’un roman policier d’Agatha Christie « L’homme au complet marron » qu’il m’avait offert il y a quelques mois. Je me souvenais de cette lecture. Hector avait peut-être  raison ce livre avait pu m’effrayer au point de provoquer ce cauchemar. Curieusement je me souvenais moins de la scène du début où un voyageur tombait sur les rails du métro londonien mais beaucoup plus  d’Anne l’héroïne à laquelle je m’identifiais. Elle menait l’enquête jusqu’en Afrique du Sud pour innocenter l’homme qu’elle aimait au péril de sa vie.

Ce rêve ne serait-il pas plutôt une prémonition ? Une intuition d’un danger imminent m’avait sauvé la vie quand j’étais enfant. Mon lit était installé le long d’une ancienne et grande cheminée. Un soir prise d’une angoisse soudaine, j’avais refusé de me coucher et quelques secondes après, la cheminée s’était écroulée en partie sur mon lit où j’aurais dû me trouver.

Je prenais le métro tous les jours pour aller dans la banque parisienne où je travaillais comme juriste et  j’hésitais à m’approcher trop près du quai de peur de me trouver devant le pousseur du métro qui avait sévi plusieurs fois ces derniers jours et qui faisait régulièrement la une des quotidiens.  

Ceci n’était pas mon principal souci. Hector s’éloignait de moi. Il rentrait de plus en plus tard de son travail. Nos relations amoureuses s’espaçaient et étaient de moins en moins fougueuses. Je le soupçonnais de me tromper mais ne pouvais en être certaine.  Il fallait que je sache. Je ne pouvais continuer à vivre avec ce doute qui pourrissait petit à petit notre relation. Un soir,  je lui téléphonais à son travail, pour m’assurer qu’il y était toujours. Je quittais mon bureau et me dirigeais vers l’université où il travaillait. Je me postais à la sortie de son laboratoire en prenant soin de me cacher afin qu’il ne me remarque pas quand il sortirait. Une heure interminable était passée, quand, aux environs de 18 heures,  il sortit soudain seul ce qui me rassurât.  Il était heureux, il sifflotait dans la rue lui qui était si taciturne en ma compagnie ces derniers temps. Je le suivis. Il s’engouffra dans la bouche de métro, je descendis derrière lui les escaliers. Pour rentrer à la maison il devait emprunter la ligne 7 en direction du Nord pour prendre le train à la gare Saint-Lazare. Curieusement il prit la ligne en direction du Sud « Mairie d’Ivry ». Ce n’était pas normal. Mes craintes étaient certainement justifiées. Je le suivis, troublée et m’installais un peu en arrière sur sa droite de façon à pouvoir pénétrer dans le même wagon que lui mais assez loin pour qu’il ne me remarque pas. Le quai était bondé à cette heure ce qui m’arrangeait. Cela limitait les risques qu’il me voie. La rame sortit du tunnel dans un vrombissement d’enfer. J’angoissais.  Sans être au bord du quai, j’en étais assez proche, un mouvement de foule et  je pouvais chuter et entrainer dans ma chute celui qui était devant moi. Je ne quittais pas Hector des yeux. Je ne devais pas le perdre de vue. Soudain je le vis le jeune homme qui était devant lui tomber sur les rails avant que la rame arrive à son niveau sur le quai…. Non ce n’était pas possible : Hector, mon prince charmeur, mon ange,  l’avait poussé.  Etait-ce un rêve, un cauchemar. Non je l’avais vu…. Insupportables et terribles bruit du choc et hurlements de la foule…. Hector dans son complet marron restait impassible et il affichait un horrible sourire ironique. Je n’y croyais pas ce n’était pas possible. Hector, mon Hector, était le pousseur du métro, un sérial killer, un malade, un ange salaud.

Mais pourquoi avait-il pris la ligne en direction du Sud ? Le saurais-je un jour ?

 

Martine / Septembre 2015 pour le défi 149 des croqueurs de mots animépar LilouSoleil  (Les mots en gras sont les mots imposés par ce défi)

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

durgalola 03/10/2015 15:34

je découvre cette histoire qui donne froid dans le dos ... et j'aime beaucoup l'odeur de la verveine citron. Bises et bon stand.

hellebore95 13/09/2015 16:08

Oh ! le vilain monsieur. J'ai bien aimé ce texte, ma Douce qui nous tient en haleine jusqu'au bout.
BRAVO ! L'imagination galope dans tous les coins hihihi !
Belle fin de journée. Bisous. Coryphee

flipperine 11/09/2015 09:40

un Hector qui est devenu bien méchant

flipperine 11/09/2015 09:40

un Hector qui est devenu bien méchant

dimdamdom59 09/09/2015 22:59

Oh mais quelle horreur, il aurait été mieux qu'il ait une maîtresse !!!
Bravo pour cette histoire qui m'a tenue en haleine et qui m'a fait sourire par moment. Tu as su formidablement bien nous mener à cette fin tragique!!!
Bravo Martine et merci pour ta participation.
Bisous.
Domi.

enriqueta 09/09/2015 09:39

Quel suspens! Tu m'as cueillie à la fin moi qui pensait à un "banal" adultère (j'imaginais que c'était elle qui allait le pousser, de rage). J'aimerais bien que tu écrives la suite. Bravo!

jazzy57 08/09/2015 20:49

Whaouh une superbe participation , j'ai beaucoup aimé
Bonne soirée
Bisous

colettedc 08/09/2015 19:37

Toute une participation Martine ! Mille et un bravos ! Bonne soirée ! Amitiés♥

Quichottine 08/09/2015 16:09

Eh bien... quelle participation !!!
Tu excelles dans le suspens... j'ai adoré !
Merci, Martine.
Bisous et douce soirée.

Josette 08/09/2015 14:55

mais c'est matière à toute une nouvelle Martine grand bravo pour ton histoire passionnante

LADY MARIANNE 08/09/2015 13:29

une très belle histoire , quelle imagination, bravo !!
c'était lui, il cachait bien son jeu-
bonne journée sans prémonition j'espère !!

clara65 07/09/2015 18:21

Oh, j'ai adoré ! quelle belle écriture, tu as ainsi qu'une belle imagination d'écrivain !
Bravo mille fois.
Amitié

venuzia 07/09/2015 18:13

wouaffffffffffff quelle imagination
presqu'un roman fleuve bravo
belle soirée

Jerry OX 07/09/2015 16:08

Toujours aussi inspirée , Martine ! Ta plume nous conte fleurette et envoie des fleurs à la vie même si ce récit nous plante et nous chavire par la racine avec cette fin qui nous scie les branches.

Maria-Lina 07/09/2015 13:37

Oufff tout un texte ça... Bise et bon lundi dans la joie et la douceur!

fanfan 07/09/2015 10:54

quelle histoire! Elle commence bien et finit tragiquement! Il faut se méfier des botanistes ! Défi bien réussi

Jeanne Fadosi 07/09/2015 10:36

ouah ! un texte prenant où tu emmènes le lecteur par le bout du nez. la fin est surprenante. J'ai beaucoup aimé. belle journée

Dominique 07/09/2015 09:52

Bonjour Martine,
Nous oscillons entre érotisme et thriller (sourire) .Ah les livres d'Agatha Christie t'inspirent semble-t-il et d'agréable façon.
Bises
Dominique

Ionard 07/09/2015 09:27

Mais quelle aventure et si bien ficelée..... un peu étonnée quand même car j'étais persuadée que l'héroïne était une fleur! très très chouette! bravo
Bises

Tizef 07/09/2015 09:18

Merci pour cette nouvelle passionnante, écrite certainement avec un plaisir jouissif.
Une montée progressive en pression, une chute superbe : c'est du Hitchcock !

ABC 07/09/2015 08:42

Un vrai roman d'aventure, j'ai lu et cru comprendre un peu avant la fin. Un frisson montait progressivement dans mon dos.... Bravo !

Lilousoleil 07/09/2015 08:24

j'ai adoré... Une bien belle nouvelle dont la chute (sans jeu de mots) est superbement trouvée. Cela demande une suite....
merci de ta participation
avec le sourire

Azalaïs 07/09/2015 08:01

c'est fantastique, j'ai adoré, ça commence tout gentiment avec uns bonne tisane et ça continue par une intrigue machiavélique, dommage qu'il n'y ait pas de suite, tu es douée
bises et bonne journée

Lenaïg 07/09/2015 07:58

Oh ! BRAVO à toi, Martine, la même veine que moi mais beaucoup plus foisonnante, prenante et on ressent ton plaisir d'écrire en même temps que ton plaisir de lecture et ... quelle chute ! Bises.

PS : nouvelle présentation, que j'ai déjà vue quelque part, est-ce utile de mettre que j'aime ?

L'alpicoise 07/09/2015 06:41

Haletant le matin au réveil ! La suite, la suite vite stp ! Gros bisous

Martine85 07/09/2015 06:51

Il n'y a pas de suite françoise chacun(e) l'imaginera. Déjà très difficile d'arriver jusque là. Bisous

jill bill 07/09/2015 05:08

Eh bien dites-donc, sais t'on vraiment qui on épouse !!! Bel exploit en imposé et qui tient haleine, belle journée, bises