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Règlement de comptes à Conteville

Il était une fois à Conteville, une solide jument blanche, Meneuse, à la crinière blonde, aux yeux bleus océan. Son père Menhir, un pur-sang, était le roi des animaux de ce petit pays imaginaire. Elle l’admirait, l’aimait mais le haïssait. La haine c’est de l’amour contrarié. Meneuse, portant bien son prénom, rêvait de devenir un jour non seulement la reine des bêtes mais également de tous les êtres vivants de Conteville, y compris des hommes.

Un matin de mai elle partit en campagne pour promette à tous ceux qu’elle rencontrait, particulièrement aux laissés pour compte en grande difficulté, de les aider quand elle serait la reine de Conteville.

Elle partit vers le Nord du royaume, là où il y a le plus grand nombre de déshérités, les riches préférant le sud. A la lisière d’une forêt, elle vit un jeune garçon au pied d’un d’haricot géant qu’il commençait à escalader

  • Je suis meneuse, comment t’appelles-tu mon petit ?
  • Jack.
  • Que fais-tu seul à la tombée de la nuit à ton âge dans cet endroit désert ?
  • J’escalade ce haricot magique. Tout en haut, il y a une chaumière où vivent un ogre et son épouse. Ils possèdent une poule qui pond des œufs en or. Je vais en chercher pour les ramener à ma maman qui est seule au chômage et n’a plus d’argent.
  • Balivernes, conte de fée mon petit Jack. Ne reste pas seul dehors, on est en insécurité dans ce royaume. Je vais te raccompagner chez toi. Je parlerai à ta maman et je vais l’aider.

Jack accepta et suivit meneuse jusqu’à l’intérieur de la modeste demeure qui était juste à côté du haricot géant :

  • Bonjour Madame. Je suis meneuse, la fille du roi des animaux, et je serai bientôt la reine de tous les êtres vivant ici. Votre petit Jack m’a dit que vous n’aviez plus de travail. Quand je serai Reine. Il n’y aura plus de chômage, je vous embaucherai à mon service. En attendant voici un peu d’argent pour que vous puissiez manger avec Jack mais promettez moi de bien veiller sur votre adorable petit garçon qui croit trop aux contes de fée. Il ne doit plus sortir seul à son âge.

La maman de jack prit le billet que lui tendit meneuse

  • Je ne pourrais jamais vous les rembourser. Que puis-je faire Meneuse pour vous remercier ?
  • Vous n’avez aucun compte à me rendre. Tout simplement m’aider à devenir la reine de ce royaume en me choisissant le moment venu et, si vous acceptez, je ne vous oublierais pas ensuite.
  • Je le ferai volontiers. Merci encore et Bonne chance.

Meneuse continua sa route requinquée par ce premier succès. Elle entra, pimpante, d’une allure décidée, dans le grand Parc. Sur le plan d’eau au loin de majestueux cygnes blancs dansaient sur la surface argentée de l’eau avec beaucoup de grâce. Un petit canard, certainement orphelin, voguait sur le bord de l’étang. Elle s’approcha de lui

  • Je m’appelle meneuse. Je suis la fille du roi des animaux de ce pays. Pourquoi as-tu l’air si triste Saturnin ?
  • Parce que mes amis les cygnes ne veulent plus jouer avec moi.
  • Écoute, si tu m’aides à devenir reine, j’aurais le pouvoir de te transformer en cygne, je souhaite un royaume tout blanc comme celui de la Reine des Neige.
  • Oh non merci Meneuse. Une fée m’a déjà transformé en cygne. J’étais très heureux au début, j’étais aussi beau et élégant qu’eux mais je n’étais plus moi-même et je déprimais. Je ne veux plus être de nouveau un cygne. Je resterai un vilain petit canard et tant pis si les cygnes me dédaignent maintenant. Les fées et les reines, en souhaitant un univers parfait où tout le monde soit plus heureux et plus riches créent ainsi des espoirs qui seront forcément déçus. Elles ne se rendent pas compte, qu’elles rendent encore plus malheureux ceux dont elles prétendaient faire le bonheur. Tu as l’ai très sympa meneuse mais je me méfie maintenant, je ne t’aiderai pas. Au revoir.
  • Bonne journée Saturnin mais quand je serai reine ne viens jamais me demander de t’aider et réjouis-toi de t’en sortir à bon compte, je n’aime pas du tout qu’un manant me donne des leçons.

Saturnin ne répondit pas mais s’envola loin de cette prêcheuse bêcheuse qui ne lui plaisait pas et lui faisait peur.

Meneuse, dépitée par ce premier échec, poursuivit néanmoins son chemin encore plus motivée à se trouver de nouveaux alliés. Devant la porte d’une caverne elle aperçut un pauvre bucheron semblant apeuré tenant à la main une lampe.

  • Bonjour je suis meneuse la fille du roi des animaux et future reine de tous les êtres vivants de ce royaume, qui est tu ?
  • Je suis Ali-Baba.
  • Que t’arrives-t-il ? tu as l’air si effrayé.
  • Je suis poursuivi par une bande de 40 voleurs qui veulent me régler mon compte.
  • Normal on n’est plus en sécurité ici. Si tu me promets de m’aider à devenir khalife de ce royaume, je te prendrais sur mon dos, je galoperais à toute vitesse et te cacherais dans un endroit sûr. Quand je serai reine, je ferais tuer par ma police ces 40 bandits et tous les autres qui pullulent dans le royaume.
  • C’est très gentil Meneuse, attends que je ferme la porte de cette caverne pour que ces brigands ne puissent voler l’or qui s’y trouve.
  • Je t’attends bien sûr Ali-Baba.
  • Iqfil yā simsim.

Et la porte de la grotte se ferma par miracle sous le regard stupéfait de Meneuse

  • Ali-baba qu’as-tu dit dans cette langue que je ne comprends pas?
  • C’est de l’arabe, cela signifie « Sésame ferme toi ».
  • Est tu donc arabe ?
  • Mes parents viennent d’Iran immigrés à Conteville
  • Alors je ne peux rien pour toi Ali baba, retourne dans ton pays. Si tu veux, je vais te ramener de l’autre côté de la frontière de Conteville, tu y seras en sécurité.
  • J’aime Conteville où je suis né et je veux y rester. Je ne monterai pas sur toi et je ne t’aiderai pas. Comment peux-tu prétendre vouloir être la reine de tous les êtres vivants et ne pas accepter que certains soient différents ? Tu es une mauvaise fée.

Meneuse, face à cet odieux affront, rua de colère puis leva la patte pour en donner un violent coup à Ali-Baba mais ce dernier qui n’avait pas demandé son compte, avait disparu par enchantement grâce à la lampe merveilleuse que son ami Aladin lui avait confiée. Meneuse se promit de retrouver plus tard ce métèque insolent et de le faire expulser de son Royaume.

Contrariée, elle bouillonnait au plus profond d’elle-même mais elle n’allait pas se laisser abattre par ce second échec. Il fallait continuer à aller au-devant des habitants en souriant pour les séduire. Sur son chemin, elle croisa une petite fille habillée d’un long manteau rouge avec une capuche qui lui cachait un peu son visage. Elle portait un panier qui était bien lourd.

  • Bonjour, je m’appelle Meneuse, tu es la mère Noël lui dit-elle ?
  • Non je ne suis pas la mère Noël mais le petit chaperon rouge qui va porter une galette et un pot de beurre à sa mamie malade.
  • Ce panier semble bien lourd, monte sur moi je vais te mener jusqu’à chez ta grand-mère. C’est dangereux pour une petite fille de se promener seule dans la campagne, il y a des vilains messieurs qui rôdent et veulent faire du mal aux enfants qu’ils croisent
  • Ma maman m’a dit que je ne devais pas parler à des étrangers, je vais continuer seule.
  • Ta maman a tout à fait raison petit chaperon rouge mais je ne suis pas une étrangère, ta mère me connait forcément, je suis la fille du roi des animaux de Conteville.
  • Alors si ma maman vous connait, j’accepte.

Le petit chaperon rouge monta sur Meneuse et elles partirent toutes les deux. Devant une modeste maison, Meneuse s’arrêta, le petit chaperon rouge descendit. Meneuse lui demanda si elle pouvait rentrer avec elle pour parler avec sa grand-mère qu’elle pouvait aider à se soigner. La petite fille accepta et frappa à la porte

  • Qui est là ? dit la grand-mère.
  • Mamie C’est ta petite fille le petit chaperon rouge. Je suis accompagnée par Meneuse qui m’a accompagné jusqu’ici et qui voudrait te parler, elle peut t’aider à te soigner.
  • Tire la chevillette, et la bobinette cherra ma petite chérie.

Le petit chaperon rouge tira la chevillette, la porte s’ouvrit, elle entra suivie de Meneuse. Elle déposa la galette sur la table, mit le beurre au réfrigérateur puis alla embrasser sa grand-mère alitée.

Meneuse s’approcha de la vieille dame

  • Bonjour Madame, je suis Meneuse la fille du roi des animaux de Conteville qui est un vieil homme comme vous. bientôt je lui succèderai et serai la reine de tous les êtres vivants de Conteville. Votre petite fille m’a dit que vous étiez malade et que vous n’aviez pas assez d’argent pour payer le médecin.
  • Ma petite fille est bien bavarde. Oui je suis malade mais de vieillesse, de solitude et pour cela personne n’y peut rien.

Meneuse tendit un billet à la vieille dame

  • Acceptez au moins ce billet. Il vous permettra d’appeler un médecin qui pourra soulager au moins vos douleurs et quand je serai élue j’augmenterai les retraites, instituerai une médecine gratuite et, pour vous Madame, je délèguerai les meilleurs médecins de ce pays. Ils trouveront c’est certain un remède à votre maladie de vieillesse.

La grand-mère, comme emportée par une grande colère, se releva soudain vivement, ôta ses habits, ses lunettes. Meneuse stupéfaite s’aperçut trop tard que c’était un loup. Il s’adressa à elle :

  • Et oui Meneuse toi qui préconise à tous ceux que tu rencontres de se méfier des autres, tu as été bien imprudente et tout ce que tu promets, tu ne le feras pas. Même dans la ville des contes à dormir debout ! Sous tout être, même celui qui parait le plus démuni et inoffensif, il y a un loup qui dort et ne demande qu’à être réveillé. Maintenant je vais m’offrir un royal repas.

Il se jeta sur meneuse qui, tétanisée par la peur, ne put réagir. Il la griffa, la mordit et la dévora sous les yeux effarés du petit chaperon rouge. Son repas terminé, il se tourna vers le petit chaperon rouge qui terrorisée était en pleurs :

  • Ne pleure pas petite fille, je ne te ferais aucun mal et tu vas retrouver ta mamie, je l’ai enfermée dans le placard. La rumeur circulait chez les animaux que Meneuse était en campagne auprès des humains démunis pour leur raconter des mensonges. Alors, qu’affamé, je m’apprêtais à dévorer ta grand-mère, je l’ai vu par la fenêtre approcher. Non seulement j’allais m’offrir un repas exceptionnel et en plus faire une bonne action en débarrassant à jamais les habitants de Conteville de cette vilaine sorcière. En promettant à ta mamie de lui laisser ainsi qu’à toi la vie sauve, Je l’ai forcé à me remettre sa chemise de nuit, son chapeau en dentelle que j’ai revêtus pour ne pas être reconnu. Je l’ai ensuite enfermée dans le placard. Puis j’ai attendu sagement Meneuse.

Sur ce le loup ouvrit la porte du placard, délivra la vieille dame. Le petit chaperon rouge se précipita dans les bras de sa mamie qui l’étreignit et la couvrit de baisers. Le loup avant de sortir les salua

  • Au-revoir, Je vous laisse. je vais maintenant aller annoncer la nouvelle de la mort de sa fille au roi. Elle lui faisait de l’ombre, nul doute qu’il se réjouira, me fera rentrer dans sa bergerie, me couvrira d’honneurs et fera de moi son héritier pour avoir réglé son compte à sa fille qu’il haït parce qu’elle cherche à le détrôner. Quand j’aurai acquis sa confiance, je le dévorerai aussi et Conteville, débarrassé à jamais de ses démons et de la haine, redeviendra un petit pays tranquille. Les vrais loups ne sont pas ceux qu’on croit.

Martine pour le défi 156 des croqueurs de mots animé par Lilou Soleil

 

N.B. Lilou tu souhaitais un joli conte pour Noël et j'ai écrit plutôt une fable politique parfois un peu amère. Trop ancrée dans la réalité je n'aime plus les contes mais, pour me faire pardonner, j'ai fait mention à de nombreux contes qui m'ont émerveillée quand j'étais enfant. Toute ressemble avec des personnes existantes ne serait que pure coïncidence bien sûr....

Tag(s) : #FABLES ET CONTES

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