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Quai des rimes

Mes poèmes, nouvelles, écrits divers

Quai des rimes

Le garçon qui voulait être chien de berger

Vincent est né dans un village de montagne. Son père était berger et sa mère s’occupait de la ferme : des poules, des lapins, des vaches.

C’était un enfant rêveur et solitaire. Il l’était à ce moment-là par force des choses du fait que sa mère détestait les jeux vidéo. Et que peut faire à la campagne un petit garçon dans un village isolé, loin de toute vie humaine, s’il ne peut jouer aux jeux vidéo sur un ordinateur ?

Vincent se jurait que, quand il serait grand, il quitterait son village pour aller vivre à la Capitale, à Paris. Il rattraperait ainsi des années de solitude et d’ennui sur les Champs Elysées au milieu de la horde des parisiens et des touristes venus du monde entier. La foule pressent le vide de chaque individu qui la compose et s’en nourrit. La foule, remplie de solitudes individuelles accumulées, est un leurre de plénitude et de vie pour combler l’ennui.

En attendant l’été le week-end et pendant les vacances, quand il n’allait pas à l’école, il s’occupait des moutons dans les alpages avec son père et les deux chiens de berger qu’il aimait et admirait. Il ne se lassait pas de les regarder travailler à rassembler les moutons en une masse compacte et gare à celui qui s’éloignerait. Chaque mouton à sa place ! Les chiens étaient aussi maniaques et ordonnés que lui. ils avaient l’instinct grégaire, le goût du troupeau, de la foule. Vincent n’aimait pas les moutons qui se laissaient ainsi tyranniser par les chiens sans se rebeller tant ils avaient peur. Les moutons ressemblent aux hommes.

Le garçon qui voulait être chien de berger

Le  jour où il osa avouer à son père qu’il les haïssait son père lui dit  «Parfois leurs bêlements sont les seules paroles que j’entende de toute une semaine ». Je les aime mes moutons et tu verras, quand tu seras berger plus tard et que tu passeras tout l’hiver avec eux dans les alpages,  tu les aimeras autant que tes chiens. Ils seront ta seule compagnie. Vincent répondit alors à son père qu’il ne serait jamais berger plus tard mais chien de berger pour pouvoir commander et rudoyer les moutons. Son père éclata de rire en lui disant : tu es un homme mon fils, tu ne pourras jamais être un chien.  Vincent était très volontaire et il se promit de réaliser l’impossible : Être chien de berger.

Vincent grandit vite mais ses années d’enfance et d’adolescence lui parurent très longues tant était virulente son impatience de s’émanciper et quitter la ferme, les moutons et surtout les Alpes  qu’il n’avait jamais aimées.  Emmuré dans sa vallée sans horizon, il trouvait disgracieuses et ingrates ces montagnes qui l’emmuraient. Mais tous les goûts sont dans la nature, et ce qui est laid plaît beaucoup aussi. Il suffisait de voir les nombreux touristes qui envahissaient son pays l’été pour randonner et l’hiver pour skier.

Son père avait raison il ne pouvait être un chien et ne voulant pas rester à la montagne il ne pourrait être berger non plus.  Mais  après avoir vu un reportage au journal télévisé, une idée réaliste commençait à mûrir dans sa tête il se plaisait à croire qu’il pourrait être une sorte de chien de berger à la capitale.

Après avoir obtenu son bac, il fit des études d’hôtellerie restauration ce qui lui permit de travailler comme saisonnier été comme hiver dans les stations de la région.  Cela lui permit d’économiser pendant quelques années et de disposer d’un petit pactole qui lui permettrait de vivre et de se loger le temps de trouver un travail à Paris.

Aujourd’hui samedi Vincent le Savoyard part  et prend  le TGV à Annecy pour rejoindre Paris.  D’ailleurs à en croire la météo,  ça va être un très beau week-end et c’est de très bonne augure pour sa nouvelle vie qui débute. S’il avait plu, il aurait différé son départ. Les savoyards, croyant aux légendes de leurs montagnes  ancrées en eux, sont très superstitieux.

Arrivé à Paris, il travaille comme serveur dans une pizzéria. Il remplace même parfois le pizzaïolo. Il loue une ancienne chambre de bonne transformée en studio.

Vincent a 25 ans, on le dit méticuleux, presque maniaque (il suffit de voir à quel point son petit logement est parfaitement rangé).

Il vient de quitter la pizzéria car il a trouvé un travail en CDI mieux rémunéré avec une vraie sécurité de l’emploi. Il a réalisé son rêve d’être une sorte de chien de Berger à la capitale. Il a été embauché, après une formation, comme agent de sécurité  à la RATP.  Aux  heures de pointe, à la station Saint-Lazare, dès qu’une rame arrive, il contient la foule excitée de chaque côté des lignes tracées au sol pour dégager l’emplacement des portes afin de  laisser descendre les passagers. Quand ceux-ci sont tous sortis, il incite ceux qui rentrent à le faire le plus vite possible. S’ils  n’obtempèrent pas aussitôt,  il les pousse pour les tasser au maximum dans la rame. Quand il ne pousse pas les passagers, il déambule avec un berger allemand dans les rames et les couloirs des stations pour détecter tout comportement ou colis suspect.  Il a réalisé son rêve d’être « chien de berger » dans le métro parisien. Certes il n’est pas en altitude sur les sommets mais sous terre emprisonné comme il l’était dans sa vallée. On n’échappe pas à son destin mais il a appris que dans la vie on ne pouvait pas tout avoir et qu’il fallait définir des priorités.

Martine / Avril 2016 défi 164 des croqueurs de mots animé par Domi  

 

PS :liste des  Livres dont sont extraites les phrases en gras dans la nouvelle ci-dessus

Trois jours et une vie de Pierre lemaitre

Il l’était à ce moment-là par force des choses du fait que sa mère détestait les jeux vidéo.

Victor Hugo vient de mourir de Judith Perrignon

La foule pressent le vide.

six fourmis blanches de Sandrine Collette

Parfois leurs bêlements sont les seules paroles que j’entende de toute une semaine.

Une pluie de neige de Evelyne Thomer

Mais tous les goûts sont dans la nature, et ce qui est laid plaît beaucoup aussi.

la fille du train dePaula Hawkins

D’ailleurs à en croire la météo,  ça va être un très beau week-end.

tu me plais de Jacques expert

Vincent a 25 ans, on le dit méticuleux, presque maniaque (il suffit de voir à quel point son petit logement est parfaitement rangé).

 

Vous remarquerez qu'il y en a six au lieu de cinq car j'avais vraiment envie de profiter de ce défi pour vous parler de ces six livres lus dernièrement et que j'ai beaucoup aimés. En plus je me laissais un joker au cas où je ne réussirai pas à utiliser une phrase mais une fois l'idée trouvée grace à deux de ces phrases (six fourmis blanches et Victor Hugo vient de mourir), j'ai réussi à toutes les placer

 

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mansfield 23/04/2016 12:02

On n'échappe pas à son destin et une bien jolie morale: quand on n'a pas la vie qu'on souhaite, il faut rendre la vie qu'on a le plus conforme possible à ses rêves

enriqueta 21/04/2016 17:54

Un exercice fort bien réussi mais je te trouve d'humeur bien sombre dans tes dernières publications.

Elisabeth 19/04/2016 19:21

Je lui souhaite une bonne continuation dans sa vie professionnelle à ce garçon qui a réalisé un de ses rêves. C'est une belle histoire ! Bonne soirée Martine.

Josette 19/04/2016 09:32

Une histoire bien menée..;de chien de berger sur les sommets à celui de l'enfer du RER !
belle journée et bravo Martine

56MELDIX77 19/04/2016 05:14

-Bonjour MARTINE

Ce matin je n’ai qu’une pensée

Que chacun est le temps de rêve d’hier

"Sur la Bretagne a la météo tant décrié"

Si le levé du jour était a moins 3°

La température est montée

A la vitesse grand V au plaisir

De voir les sourires de chacun

Que le soleil émerveille votre journée

Amitiés ^*-*^ Bisous

56MELDIX77

http://56meldix77.eklablog.fr/

. 18/04 : POÈME .
. C. BAUDELAIRE – LA MORT DES AMANTS

tilk 19/04/2016 00:42

drôle de destin!!!!
besos
tilk

jazzy57 18/04/2016 21:19

Excellent Martine je me suis régalée à te lire un jeune qui veut se sortir de ce qu'il considère comme un enfermement , attiré par la capitale comme le sont d'ailleurs beaucoup de jeunes de province , ne regettera - t - il pas son choix plus tard ? au passage j'ai noté les titres des livres , je sens que je vais commencer par Pierre Lemaitre un auteur que j'aime beaucoup .
Bonne soirée
bisous

hellebore95 18/04/2016 21:17

Oh ! chapeau ma belle, quel bel exercice, tu es sacrément douée !
Je n'ai jamais essayé de faire ce genre d'écrit, je devrais peut-être...
Bisous. Coryphee

colettedc 18/04/2016 17:24

C'est vraiment super Martine ! Défi magnifiquement relevé, ah ! ... ça oui ! Bravo et bonne poursuite de ce lundi ! Bises♥

durgalola 18/04/2016 16:27

je suis admirative et te félicite Martine. Ces cinq phrases (surtout certaines induisent notre histoire et là, la magie, c'est que ça marche). Je disposai de peu de livres en vacances (2 à moi, 2 à Olivier et un dans le gite) et finalement les phrases se mettent en place et permettent la création d'une histoire. J'aime beaucoup la tienne et pour les écrivains, Mousse d'un autre blog m'a vantée les mérites de Paula Hawkins et pour Pierre Lemaître, c'est mon mari qui le lit, moi ce sera plus tard. Bises

LADY MARIANNE 18/04/2016 16:20

bravo pour cette belle histoire- son rêve réalisé à sa manière !!
il doit apprécier son travail !! j'espère qu'il retourne en vacances dans les montagnes-
bon aprem ! bisous-

cheznous62 18/04/2016 14:59

Un défi pas facile mais qui t'honore Martine, de plus cette histoire donne bien l'idée des jeunes faces à la campagne ou à la montagne, tous rêvent d'Ailleurs ... s'ils savaient que l'Ailleurs est pire parfois ...
Belle semaine par chez toi !
Nicole

Jeanne Fadosi 18/04/2016 11:17

alors là, Bravo ! tu as fait avec ces six phrases une véritable mini-nouvelle et une chronique sociale fort réaliste des enfants qui s'ennuient sans les jeux vidéos à la vacuité des foules qu'elles soient travailleuses ou en vacances au véritable sens de son travail
bises et belle journée

Lenaïg 18/04/2016 10:32

Bravo Martine ! Une histoire très dense où s'insèrent très bien tes six phrases choisies. Tu sublimes la réalité pour qu'on la distingue mieux, dans ses laideurs comme ses beautés, c'est l'art du romancier ! Héros très actuel que ce Vincent et j'ai bien aimé au passage aussi : "Tu es un homme mon fils, tu ne pourras jamais être un chien" (superbe !). Merci beaucoup, bizzz.

fanfan 18/04/2016 10:19

Tu as su tirer parti des phrases tirées des livres;Une histoire presque morale: Il aurait été plus heureux dans sa vallée! BONNE SEMAINE

Quichottine 18/04/2016 09:24

Magnifique !
Quelle belle idée tu as eu là.
Livres à lire, sans aucun doute.
Merci.
Bisous et douce journée.

clara65 18/04/2016 07:25

Tu es formidable car il fallait le faire !
Eh, je voulais te dire, je ne le comprends pas ce garçon, mieux vaut pour moi, être dans nos belles montagnes que dans le ventre de Paris !
As-tu déjà vu travailler un border collie, c'est magnifique !
Bon début de semaine et à bientôt.

Martine 85 18/04/2016 10:27

Je vais t'avouer que je n'aime pas trop les chiens. Je ne peux pas m'en approcher. J'en ai peur et je préfère vivre à Paris qu'en Montagne. J'y étouffe dans la vallée (claustrophobie certainement).

jill bill 18/04/2016 06:39

Eh eh Martine voilà qui est pondu ce jour... Vincent est en quelque sorte chien de berger... mais dans le métro, un job sérieux de nos jours car il en va de notre sécurité, les loups sont là aussi... Merci, bises