Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Jeanne nous demande pour le défi 175 des croqueurs de mots de raconter  notre plus beau souvenir d'un petit désagrément transformé en atout et sans faire allusion à l’actualité. Je suis comme une enfant, Dès qu’on m’interdit quelque chose, j’ai  très souvent envie de le faire. Je ne vous parlerai pas de l’Actualité mais de ma propre actualité en ce moment qui me donne l'occasion de positiver chaque jour.

Depuis un mois j’ai de grandes difficultés à marcher à cause de mon tendon d’Achille qui était déjà en mauvais état avant ma maladie et qui a été encore plus détérioré par la chimiothérapie. Marcher est douloureux, je boîte et je ne peux plus randonner ce qui me désespère car marcher est en quelque sorte pour moi une addiction. Avec mon  Jeff nous marchions 2 à 3 heures par jour auparavant dans de très beaux endroits que ce soit en Vendée comme en Ile de France.

Pendant que je marche, j’observe tout autour de moi, je m’émerveille en permanence. J’écoute le vent, le cri strident des oiseaux, les flots venant se briser sur les rochers. Je ressens la caresse du vent et du soleil sur ma peau.  Pour conserver le souvenir de ces petits instants de pure joie, je les capture dans ma boîte à images.

Tout cela me manquait cruellement depuis le début novembre et je m’ennuyais. Comment occuper autrement  ces trois heures, ne pas m’ennuyer moi qui suis hyperactive ?  C’était sans compter sur la radiothérapie que J’ai débutée  il y a 10 jours et qui me prend trois heures par jour (une heure d’attente et de traitement  à l’hôpital et deux heures de transport).  Même s’il y a mieux comme occupation,  je ne m’ennuie plus même si je reste triste de ne plus pouvoir randonner ni même nager à la piscine car pendant le traitement et un mois après je n’ai pas le droit de me baigner.  J’ai désespéré au début et puis,  petit à petit,  j’ai positivé en essayant de profiter au maximum des petits instants de plaisir de ma journée qui sont nombreux et particulièrement du trajet pour me rendre à l’hôpital et en revenir et du temps passé dans la salle d’attente de radiothérapie.

Mon actualité

Compte-tenu de l’état de mon pied,  aller à l’hôpital en transports en commun avec les escaliers devenait très difficile. J’ai donc obtenu une prescription de transport  en taxi.  C’est un vrai plaisir pour moi d’échanger avec les chauffeurs (un nouveau chaque jour tous différents).  Ils me parlent de  leur métier, de leurs passions. Je me suis enrichie à leur contact. J’ai même retrouvé un des anciens salariés licenciés d’une entreprise à qui j’avais fait un bilan de compétences pour sa reconversion.  Quelle joie de le revoir plusieurs années après et de constater qu’il est très heureux dans son nouveau métier qui lui offre des contacts enrichissants avec les clients et une autonomie appréciable même s’il travaille beaucoup plus pour gagner autant qu’avant.  Remarquez cela va devenir le lot de chaque travailleur si François FILLON est élu en mai prochain (excuse-moi Jeanne c’est plus fort que moi je parle d’Actualité).

Quand je vois qu’un chauffeur n’aime pas parler, je profite du paysage. Quel bonheur de passer sur le pont au-dessus de la Seine à Conflans Sainte Honorine et de voir la ville, le  fleuve et les péniches enveloppées de la belle lumière d’or de cette fin novembre, de traverser la forêt de Saint Germain aux grands arbres qui ont revêtu leur manteau d’automne, d’admirer, depuis  la colline à Saint-Cloud,  le soir le coucher de soleil sur Paris.  Je retrouve aussi les embouteillages aux heures de pointe comme si je travaillais. Quel plaisir de revivre la même vie que les actifs.

Dans la salle d’attente bondée de l'hôpital, les patients attendent sagement, qui assis sur des fauteuils pour les valides comme moi, qui assis dans des fauteuils roulants, qui allongés sur des brancards pour les plus malades. Je  lis pour me soustraire à cette misère humaine étalée sans complaisance et me trouve bien chanceuse d’être en forme et honteuse de me plaindre de ma douleur au pied qui guérira dès que j’aurais rencontré le rhumatologue fin décembre et qu’il m’aura donné le traitement adapté.  Cela m’évite aussi de  ne pas trop échanger avec mes compagnes de galère qui vont me raconter leurs difficultés et effets secondaires et me saper mon moral qui est très bon.  

Je viens de terminer le dernier prix Goncourt Chanson Douce de Leila Slimani . Même si ce roman se finit tragiquement et on le sait puisque le drame final nous est dévoilé par l'auteur en tout début de livre,  ce fut un grand plaisir de lecture tant ce livre est bien écrit dans un style très rapide et rythmé qui sert le récit et montre bien comment  la situation va se dégrader petit à petit mais assez rapidement et inexorablement.  C’est une très belle analyse des problèmes des  femmes qui essayent d’allier au mieux réussite professionnelle et éducation des enfants, des rapports de domination entre nourrices et parents empreints souvent de jalousie mutuelle, de compétition pour l’amour des enfants. Ce livre m’a rendu l’attente douce et beaucoup moins longue.  

Le  reste du temps. Je fais quelques courses en voiture. Je pourrais également passer plus de  temps encore sur mon ordinateur mais j’évite. Je ne veux pas devenir encore plus accro et taper sur le clavier m’est très difficile.  La chimiothérapie m’a mis les bouts des doigts à vif et décollé mes  ongles ce qui explique mes commentaires très courts sur vos blogs.  Mes yeux ne coulent plus comme une fontaine, mes cheveux repoussent et mes muscles ne sont plus rouillés. Heureusement les effets secondaires, après plus d’un mois de la fin de ma chimiothérapie,  s’estompent petit à petit.  Ils perdureront de 3 à 6 mois. Je le sais et cela évite d'angoisser inutilement.

J’ai du temps pour une autre passion : Pâtisser. Mes mains soigneusement protégées par des gants, quel plaisir de faire des gâteaux et des confitures oui même en automne où il y a peu de fruits. Je teste des mélanges inhabituels. J’ai fait récemment de la confiture kiwis / ananas (pour 8 pots : 20 kiwis, 1 ananas et 1kg 400 de sucre à confiture). C’est excellent.  Mon premier plaisir de la journée le matin est de déguster ma gâche moelleuse (brioche vendéenne)  recouverte de confiture avec un jus d’orange et un bon thé corsé. Cela me met permet de faire le plein d’énergie et de joie pour toute la journée. Mon prochain essai de confitures sera coings / pommes.

Malgré le traitement très agressif, je suis heureuse. Si je vous disais que je n’ai jamais été aussi joyeuse vous ne me croiriez pas et pourtant c’est vrai. Je me sens beaucoup plus détendue,  je dors beaucoup mieux la nuit et je relativise tous les petits inconvénients du quotidien. 

Je crois que la lutte m’a toujours enthousiasmée.  Je commence à redouter la fin de mon traitement car le combat sera terminé et il va me manquer.  Néanmoins,  j’ai décidé d’accepter la proposition de mon médecin de participer bénévolement à un essai thérapeutique pour tester une molécule déjà utilisée dans le traitement de certains cancers et qui,  associée à l’hormonothérapie dont je vais bénéficier pendant 5 ans,  limiterait le risque de récidive après un cancer du sein chez les femmes ayant eu comme moi les ganglions touchés.  J’aurais une chance sur deux de tester la vraie molécule car je peux avoir le placebo. C’est un tirage au sort qui le décide sans que ni moi, ni mon médecin n’en soyons avertis (essai en triple aveugle).  Ce traitement chimiothérapique dure deux ans mais se prend par médicaments et non par injection à l’hôpital. Je serai suivie régulièrement et je peux l’arrêter à tout moment ce que je ferai si les effets secondaires étaient trop importants mais il ne fait tomber ni les cheveux, ni les ongles.  

Je continuerai ainsi le combat pour toutes les femmes atteintes du cancer du sein et cela me motive beaucoup. C’est mon moyen de remercier aussi  les médecins pour le  traitement efficace  dont je n’aurais pas pu bénéficier  si d’autres avant moi n’avaient pas testé de nouvelles molécules.  

Martine / Décembre 2016

Tag(s) : #Vécu

Partager cet article

Repost 0