Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Quai des rimes

Mes poèmes, nouvelles, écrits divers

Quai des rimes

Je suis un macho chaud

Ce matin, je saute de mon lit, en passant devant le grand miroir du dressing, je m’admire. Pour mon âge, 40 ans, je suis bien conservé ! C’est peut-être pour cela que ma femme Élise, ma grosse gâtée, me surnomme le macho bobo. Elle a tort, je ne suis pas un bobo, je suis beau, beau, très beau même, macho aussi. Oui, j’assume, c’est volontaire, je n’ai pas envie de passer pour une femmelette. En plus, je suis chaud, un chaud lapin. Je me précipite dans la salle de bain, occupée par Élise ! La connaissant, elle y reste une demi-heure chaque matin, et je me pomponne par-ci et je me pomponne par-là ! J’ai le temps de prendre mon petit-déjeuner. Je descends au rez-de-chaussée, Élise ne l’a pas encore préparé. Je pourrais le faire, mais je n’en ai pas le courage, je remonte,  tambourine à la porte de la salle de bain. Elle me crie :

- J’ai bientôt fini Martin, en attendant : peux-tu faire le café et mettre du pain à griller ? »

Je ne préparerai pas le petit-déjeuner, c’est son job, surtout nous sommes mercredi et elle ne travaille pas. Tant pis, je passerai acheter un croissant à la boulangerie du quartier ce qui me permettra d’échanger quelques mots et sourires avec la jolie boulangère, de quoi commencer ma journée en beauté. Je dégusterai cette viennoiserie croustillante avec un expresso que je prendrai à la cafeteria du supermarché que je dirige.  

- Non Élise, je n’ai pas le temps ce matin, j’ai un rendez-vous au bureau.

- Tu n’as jamais le temps quand il s’agit de participer aux tâches ménagères.

Elle sort de la salle de bain, j’y entre, me déshabille, me douche très rapidement. Me raser tous les matins me rase, mais je le fais. Je crois que je vais finir par me faire pousser la barbe. Je regagne notre chambre en ayant laissé mes affaires sales sur le carrelage de la salle de bain ce qui va énerver Élise, mais je prends un malin plaisir à l’escagasser et je sais qu’elle va s’empresser de les mettre dans le panier à linge sale, elle ne supporte pas le désordre.

J’enfile mon slip, mes chaussettes, mon pantalon et prends dans la penderie une chemise blanche, froissée comme un sharpeï. Je maudis Élise qui ne l’a pas repassée, elle déteste cela et ne repasse que ses propres vêtements, estimant que je peux m’occuper des miens. Je ne sais pas le faire, et maladroit comme je suis, j’ai peur de me brûler. Cela m’est arrivé une fois, c’est trop douloureux. Je vais être obligé de laisser ma veste fermée et la garder toute la journée pour que mes employés et clients ne voient pas les plis.

Je descends l’escalier. Élise a fini son petit-déjeuner et s’apprête à faire le ménage. Je sors l’aspirateur du placard, le branche et je lui passe. Non, je n’ai pas le temps de le passer, je lui tends tout simplement. Mais en lui apportant son outil de travail, j’ai l’impression de contribuer aux tâches ménagères et cela me déculpabilise. Je l’embrasse et la quitte.

Je sors mon jouet du garage, une très belle Audi sportive rouge qui atteint les 100 km/heure en 4 secondes. J’adore accélérer, appuyer sur le champignon. Je le fais en allant ou en revenant du travail accompagné de mon ami Coyote qui me signale les vilains radars. Quand j’ai Élise à mes côtés, elle est morte de peur. Un jour, elle est même descendue à un feu et a continué seule à pieds. Elle n’aime pas les voitures. Elle conduit très mal comme beaucoup de femmes et met un temps fou pour se garer s’y prenant à plusieurs reprises. J’ai peur quand je suis à ses côtés. Pourtant, elle a aussi une voiture de courses qu’elle conduit sportivement, le caddie de courses, avec lequel elle se faufile rapidement et avec une dextérité sans égale entre les allées du magasin !

Je m’arrête pour acheter un croissant à la boulangerie, Carole la boulangère m’offre son plus joli sourire. Comme elle est belle. Je ne peux pas m’empêcher de lui dire qu’elle est radieuse ce matin. Je m’aperçois que j’ai oublié mon téléphone portable à la maison. Tant pis, je n’ai pas le temps de rentrer le chercher et j’ai mon smartphone professionnel que je peux utiliser à titre personnel.

J’arrive au supermarché, je m’enferme dans mon bureau. Je regarde les résultats commerciaux de la veille. Ils sont plutôt bons pour un jour de semaine ensoleillé, sauf au rayon textile dont les résultats continuent à baisser. J’ai eu tort d’en confier la responsabilité à Candice une hôtesse de caisse. Elle est trop jeune, n’a aucune expérience en management d’équipe, en négociations avec les fournisseurs, mais elle est si pétillante et belle à croquer que j’ai craqué, elle aussi ! À quarante ans, je me réjouis de voir que je plais encore à une jeune femme, pas qu’à une seule, à plusieurs. Il faut que je me méfie du démon de midi qui me fait perdre la raison. Je vais convoquer Candice dans mon bureau. Si ses résultats ne remontent pas rapidement, je la remplacerai par un homme qui aura forcément plus de charisme auprès des équipes. J’ai bien conscience que ce sera la fin de notre liaison, mais ce ne sont pas les jolies filles qui manquent dans ce supermarché, c’est moi qui les recrute, les laiderons n’ont aucune chance ! Il est l’heure d’aller faire mon tour du magasin et, comme chaque matin, dire bonjour aux hôtesses de caisse et employés de libre-service. Je commence par les caissières, je leur serre la main en les gratifiant de mon plus joli sourire. Je dois faire vite, j’envie les clients qui ont tout le temps de les admirer dans les files d’attente. Je suis frustré quand elles sont assises, je ne vois ni leurs jambes, ni leurs culs. Par chance, à la cafétéria, quatre magnifiques popotins me sautent aux yeux, ceux de leurs jolies propriétaires qui, en buvant, leur café commentent les petits potins du magasin, et patati et patata, et bla, bla, bla ! On ne peut pas empêcher les femmes de jacasser, de se confier, c’est dans leur nature profonde contrairement à nous les hommes. J’intériorise, Montrer mes sentiments, mon ressenti serait une faiblesse. Ne pleure pas « Tu es un homme mon fils » me disait ma mère quand je pleurais. J’étais jaloux de ma petite sœur qui, non seulement pouvait pleurer et en plus maman la consolait. Depuis l’enfance, j’ai appris à contrôler mes émotions et rester stoïque extérieurement en toutes circonstances, mais intérieurement, ce n’est pas la même chose, je bous. Je suis une cocotte-minute avec une soupape bouchée.

Mes quatre bavardes s’arrêtent quand elles me voient, peut-être qu’elles ne devraient pas être en pause, mais subjugué par cette vue, je ne dis rien et au contraire leur souris bêtement, leur souhaite une belle journée et prends même mon café avec elles, ce qui m’arrive rarement. Certaines hôtesses, depuis leur caisse, nous ont vus et nous observent discrètement. Elles sont jalouses et aimeraient être à la place de leurs collègues. J’en suis fier.

À midi, je déjeune rapidement dans un fast-food de la galerie commerciale, je ne devrais pas, je vais prendre du poids. Quand je suis à la maison Élise veille à ce que nos repas soient équilibrés et peu caloriques alors je peux me permettre un petit extra quand elle n’est pas là.

L’après-midi, je convoque Candice dans mon bureau. À peine rentrée, elle me saute au cou et m’embrasse tendrement. Je lui demande de se calmer en lui rappelant que je l’ai convoquée pour un entretien professionnel et pas pour une partie de jambes en l’air. Je lui montre les mauvais résultats de son rayon et lui demande quelles en sont les raisons ? Elle me répond, avec une audace incroyable, que c’est moi l’unique responsable. En effet, depuis que nous sommes amoureux, je lui fais tourner la tête, elle m’a dans la peau et ne pense plus qu’à moi. De plus, on l’accuse dans le magasin de promotion canapé. Tout cela la chagrine beaucoup et la perturbe dans son travail. Puisque c’est moi le responsable, je lui dis qu’il vaut mieux que nous rompions notre liaison ce qui mettra fin aussi aux médisances de ses collègues et membres de son équipe. Je lui laisse un mois pour se reprendre sinon je serai obligé de la remplacer. Elle se met à pleurer. Je déteste voir une femme pleurer. Ne sachant pas quelle attitude prendre, ayant peur d’être maladroit, lâchement, je quitte le bureau la laissant seule. Quand je reviens, elle est partie, tant mieux. Ma secrétaire me prévient que, souffrante, elle est rentrée chez elle.

Après la fermeture du magasin, je regagne mon domicile perturbé. J’aime Candice. Jamais, auparavant, en faisant l’amour à une femme, j’avais ressenti une telle jouissance. Néanmoins, je sais que notre liaison est condamnée. Si ces résultats ne s’améliorent pas rapidement, je serais obligée de m’en séparer.

Il est 20 h 30, la maison est dans l’obscurité, Élise n’est pas rentrée, je suis inquiet. Je pénètre dans l’entrée, j’allume la lumière. Sur la console une enveloppe où est écrit « pour Martin ». Je reconnais l’écriture d’Élise. Je l’ouvre et je lis son message :

Martin

Sur ton smartphone que tu avais oublié, j’ai lu les SMS d’une certaine Candice et tes réponses. Je me doutais bien que tu eusses une maîtresse, j’en ai la confirmation. Je suis dévastée par ce que j’ai lu et par le surnom que tu me donnes « ma grosse gâtée » quand tu parles de moi à cette Candice.

Moi grosse, oui, je le suis en ce moment étant enceinte. As-tu dit à ta putain que nous attendions un enfant ? Je suis tout sauf gâtée : depuis longtemps, tu ne me regardes plus, ne me touches plus, je te sers uniquement de femme de ménage. 

Tu écris à ta Candice que tu vas me quitter, mais que tu ne peux pas pour le moment. Voilà, je te facilite la tâche. Je suis partie, je te quitte pour toujours. Je ne veux même plus passer une seule soirée avec toi. Je reviendrai juste pour prendre mes affaires.

Je suis dévasté, je l’aime mon Élise et je l’ai perdu par ma faute. Même si cet enfant qu’elle attend, je l’ai voulu aussi et suis très heureux d’être bientôt papa. Depuis qu’elle est enceinte non seulement, je ne la désire plus, mais la voir ainsi déformée me fait fuir. Je ne peux même plus la toucher et la caresser. C’est ignoble, mais c’est ainsi, je ne comprends pas pourquoi. Je bois un whisky pour atténuer ma douleur morale insupportable, mais rien n’y fait, je m’installe devant la télévision et, en buvant une bière, je regarde le match du PSG contre Marseille. Le PSG que je supporte perd le match, décidément, c’est une horrible journée que je viens de vivre.

Je m’endors rapidement sous l’effet de l’alcool et je rêve. Je me suis métamorphosée en femme, c’est un cauchemar, j’accouche de mon premier enfant. Je souffre atrocement. Pour faire mentir ma femme qui me traite de chochotte, j’ai refusé la péridurale. À chaque contraction, j’ai l’impression qu’un marteau-piqueur me laboure le ventre. La sage-femme qui a perdu son contrôle et sa sagesse,  hurle : « Monsieur Poussez, Poussez ». Élise, à mes côtés, reprend en cœur « Chéri pousse, pousse », et moi, j’ai envie de crier « pouce, pouce, au secours ! ». On voit bien que ce ne sont pas elles qui sont en train de se déchirer en essayant d’évacuer sans succès le locataire de leur ventre. Ce n’est pas possible, je suis sûr que ce sont plusieurs enfants, au moins des quintuplés, que j’essaye de sortir tant j’ai l’impression d’accoucher d’un éléphant. Heureusement, la sonnerie du réveil a interrompu mon supplice. Je me réveille en sueur.

Je me précipite devant la glace. Ouf, je ne suis plus Martin, je ne suis plus un homme. C’était réellement un cauchemar. Je suis très heureuse d’être une femme. Je suis redevenue Martine, j’ai 67 ans et je vis une vie merveilleuse avec mon homme, Jeff, que j’aime et qui ne ressemble aucunement à celui dont j’ai emprunté la vie le temps d’un rêve.

Image par Gerd Altmann de Pixabay

Image par Gerd Altmann de Pixabay

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Eglantine Lilas 18/10/2020 09:27

c'est du tout en un, tu as mis le paquet ! heureusement qu'à la fin de la nuit le rêve s'efface !
bises

Josette 17/10/2020 12:18

Quel cauchemar que ton macho... heureusement que ce n'est qu'un vilain rêve... hélas il en existe de ceux là
(pas pour moi ...si ce n'est qu'il ne sait pas faire cuire un oeuf !)

dimdamdom59 14/10/2020 00:00

Ben ça alors, tu m'as fait faire un retour en arrière de cinq ans. Pendant longtemps j'ai cru, enfin il m'a fait croire, que j'exagérais! Tu ne pouvais pas mieux décrire ce que j'ai vécu avec mon homme pendant 34 ans!
Quel soulagement de m'être réveiller de ce cauchemar ;)
Bisous Martine et bonnes vacances dans ton magnifique mobile-home avec l'homme de ta vie hihi!!! Merci FB !!!

Anne 13/10/2020 14:59

Quel horrible macho ! Il doit passer la crise de la quarantaine. Cela devient grave quand il s’agit du recrutement du personnel féminin. Heureusement il n’était pas vraiment toi. Tu as écrit une véritable nouvelle passionnante.Bises

covix 13/10/2020 13:59

Wouah! c'est bien ficelé, beau travail.
Bonne soirée
Bises

Durgalola 12/10/2020 22:18

Drôlement bien mené ton défi. C'est passionnant jusqu'à la fin. Bises.

colettedc 12/10/2020 20:21

Comme c'est bon, Martine et, quel bonheur de découvrir que ce n'était qu'un cauchemar !!! Bravo !
Bonne soirée,
Bisous♥

Jeanne Fadosi 12/10/2020 18:45

Heureusement que tous les hommes ne sont pas comme celui-ci ! bigre. Comment Elise peut le supporter pardon te supporter ? Merci pour ce défi original bises

le crepuscule 62 12/10/2020 18:11

Bonjour chère Martine
J'ai adoré cette nouvelle, une histoire bien élaborée et bien ficelée
Bonne soirée ma douce et gros bisous
Méline
Ps si tu mets des codes, je ne vois plus assez pour les voir

Jerry OX 12/10/2020 17:02

oh là là , Martine! Ce Martin en beau macho bien inutile à rencontrer un jour fait le malheur d'Elise au quotidien? Derrière tes mots, Martine, on sent aussi la malice et peut être aussi un peu de compassion pour cet homme qui pourrait un jour évoluer...Enfin, lorsque les poules auront des dents !!

Cléo 12/10/2020 16:47

Ouf! Tout un cauchemar! Je me disais que j'espérais qu'il n'y ai plus d'hommes machos comme lui, mais... Bravo pour ton texte captivant! Bises et belle journée.

Renée 12/10/2020 16:16

Le genre de mec a fuir absolument ce Martin quel gougeât et en plus il se croit beau, peut-être externe mais interne c'est a vomir de laideur" heureusement que ce délire et fini hein Martine....Bisous bisous

manou 12/10/2020 15:10

Un vrai macho très bien décrit dans ton texte...mais heureusement ce n'était qu'un mauvais rêve, les machos comme Martin, ça n'existe pas dans la vraie vie n'est-ce pas :) bisous et une belle journée

Gabray 31 12/10/2020 14:03

Quel défi bien relevé ! Quel texte agréable à lire et à découvrir : merci pour cet agréable moment ... En ce début de ce lundi le ciel reste capricieux, le soleil arrive à percer les nuages blancs, mais le thermomètre reste incertain : le froid s’invite! Je te souhaite de passer une agréable semaine. Cordiales amitiés & à +

Marie de Cabardouche 12/10/2020 13:46

Les Cabardouche vous remercient Martine pour ce défi bien original. Votre talent d'écrivaine vous a permis de bien brosser les différences qui nous rendent, parfois, complémentaires. Bonne journée Martine.

ZAZA 12/10/2020 12:41

Ah les rêves quelques fois deviennent des cauchemars ! Défi bien relevé et très bien écrit Martine. Bises et bon début de semaine

Azalaïs 12/10/2020 11:18

Quel beau portrait comment peut-on craquer pour un tel homme elle était bien naïve quand même cette Élise Bises et bonne journée

Victoria 12/10/2020 09:48

Coucou Martine, oh quelle belle peinture du macho sûr de lui et de son "charme" que je ne supporterai pas plus de 3 secondes. Hélas, j'imagine que ce style d'homme existe. Bravo pour ton texte que j'ai eue plaisir à lire. Bises et bon lundi

danièle 12/10/2020 08:42

Un portrait sans concession pour ce macho dans toute sa splendeur! Je me suis régalée à lire ton texte.
Très belle journée, bises

jazzy57 12/10/2020 08:30

Un excellent portrait du macho dans toute sa splendeur , je me suis régalée à la lecture de ton texte . Heureusement pour toi ce n'est qu'un cauchemar .
Bonne journée
Bises

fanfan2B 12/10/2020 08:00

Le mec macho dans toute sa splendeur :un portrait sans concession . Bravo ! Parfois on est contente d'être une femme ! Bien joué
Bonne journée

jill bill 12/10/2020 04:24

En homme cavaleur, indifférent à l'entraide du ménage, la légitime qui tombe sur un courrier électronique qui déclenche ses foudres... cocue ! Le voilà sans femme, un enfant à venir... dans la réalité une chose qui doit arriver si pas sérieux l'un des deux ! Bon qu'un mauvais rêve, un défi Croqueurs réussi... Bon lundi Martine, bises