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Quai des rimes

Mes poèmes, nouvelles, écrits divers

Quai des rimes

La part de rêve.... et de mystère

J’avais à peine trois mois quand j’ai été adoptée par un couple Alphonse et Rose Bégum. C’est Alphonse qui a eu le coup de foudre quand il m’a vu. Peut être a-t-il été attiré par ma blancheur.  J’étais aussi blanche qu’il était noir. Il m’a pris, regardé sous toutes les coutures  caressée puis  m’a reposé délicatement, il a fait de même avec mes compagnes d’infortune puis est revenue vers moi, m’a pris une nouvelle fois. Son épouse à côté piaffait d’impatience devant ses hésitations, elle était si sûre d’elle si hautaine, Une "belle gueule" un peu "bégueule" la Bégum : « Elles se ressemblent toutes alors prends celle-ci et finissons en lui a-t-elle dit ». Je savais qu’elle se désintéresserait de moi et qu’ainsi elle me laisserait tranquille sans me faire subir de sévices. Il semblait être habité par le doute et cela me plaisait.

 

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Je pourrais ainsi vivre à ses côtés, l’observer, Je voulais le meilleur pour lui, l’aider à se débarrasser des ses mauvaises pensées ou idées. Il divaguait à longueur de journée. Il notait tout ce qui lui venait  à l’esprit dans des carnets à spirales et se réveillait même la nuit pour y noter quelques idées subites afin de les fixer avant qu’elles ne s’échappent ; Je compris qu’il était écrivain. Il passait des heures entières à écrire un nouveau livre autobiographique «Le jardin des doutes »  J’espérais secrètement qu’il y parlerait de moi. Parfois il me prenait, me tenait fermement par la main et me promenait dans les allées rectilignes de son jardin, ensemble nous cheminions rapidement dans un sens, puis revenions sur nos pas. C’était sa façon à lui de faire le vide dans son esprit, d’y voir plus clair pour magnifier son inspiration et pourvoir aussitôt se remettre  à écrire. J’avais usé combien du caoutchouc de mes semelles dans ces virées.  Je finis par me lasser de ces promenades rapides et très fréquentes où je n’avais même pas le temps de voir autour de moi mais n’était-ce pas ma destinée d’obéir à mon père d’adoption, de le suivre la où il me mènerait sans dire mot et me rebeller. Ma peau n’était plus aussi blanche, elle était devenue un peu grise, j’avais aussi mauvaise mine que celle du crayon de mon père Alphonse qui courait sur le papier infatigable mais qui  se rapetissait après chaque blessure de la lame du taille crayon.  Je m’étais tassée, j’étais devenue informe. Lui aussi s’était tassé, était devenu dépressif, alcoolique. Alphonse s’enfonce petit à petit depuis le suicide de Rose son épouse.

Un jour il  arriva avec un gros paquet en carton et en sortit un ordinateur portable aussi noir que lui. Soudain son écran s’alluma. Ses doigts effleurèrent les touches du clavier d’abord lentement, puis ils prirent de l’assurance. Il n’écrivait plus à la main mais ce qu’il écrivait défilait sur l’écran. Souvent il prenait la souris la déplaçait délicatement. Le texte qu’il venait d’écrire se noircissait et disparaissait. Je rêvais de me transformer en souris pour être au chaud au creux de sa main. Dans l’espace resté vierge de nouveaux mots apparaissaient sur son écran. Peu de temps  après  l’acquisition de son ordinateur, je le vis prendre son crayon qui était devenu tout petit et  le jeter au loin en visant la corbeille à papier que la femme de ménage n’avait pas remis à sa place.  Il n’eut aucun regard pour lui,  aucun regret, aucune reconnaissance pour le travail fourni.  Il était trop vieux,  trop usé « has been » out le crayon. Il en est des crayons comme des travailleurs dans les entreprises. Je savais que j’allais subir le même sort.. Après cette pensée je me dis que comme sa Rose,  j’avais vécu ce que vivent les gommes l’espace d’un matin. Il se tourna ensuite vers moi, m’attrapa et me lança en direction de la corbeille. J’aurais rejoins mon ami crayon si Boule le chat ne m’avait pas saisi au vol dans sa gueule et ramené à mon père son maître croyant à un jeu. Il me déposa dans le creux de sa main et mon père me relança avec beaucoup plus de force à l’autre bout de la pièce mais Boule n’arriva pas à m’attraper et ne voulant pas devenir la gomme de Boule, je disparus par la fenêtre ouverte en laissant à Boule la souris du PC.  Après avoir passé ma vie à effacer, je me suis effacée moi même.

Que suis-je devenue  réellement?  Répondez à ceux qui vous le demanderont « Mystère et boule de gomme » pour  ne pas gommer la part de rêve dans ce monde impitoyable ou tout finit par s’effacer.

 

 

J'ai écrit ce texte pour répondre au défi N° 74 des croqueurs de mots lancé par Enriqueta

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gazou 24/02/2012 08:46


superbe ton histoire !


Je n'ai jamais vu une petite gomme aussi émouvante


Tu as bien su garder le suspense

PARC DE LA VANOISE : MON EVASION 14/02/2012 10:37


Bonjour Martine,


Quel joli texte , une histoire vraie comme je les aime, bonne journée bises Françoise

Simone 08/02/2012 16:08


Un texte fort alerte et plein d'imagination mais qui en dit long sur l'éphémère des choses dans notre monde 'kleenex'!!! Une belle sensibilité pour nous rappeler que les objets inanimés ont,
peut-être?, une âme ... laissons à cette petite gomme le doux mystère de son devenir! Bravo et bisous. Simone

enriqueta 08/02/2012 14:49


C'est original mais c'est triste!!! ça me donne envie de pleurer!

dgi:0050:dgi:0040: 07/02/2012 22:28


alors laissons le rêve à sa place et gardons le secret !!


Bonne soirée, Biz



Solange 07/02/2012 21:17


J'ai bien aimé ton histoire,ou plutôt l'histoire de cette gomme à effacer. Bravo j'aime.

Tricôtine 06/02/2012 18:52


je souris ...(pas du pc), ton histoire est ....comment dire tout en rondeur et pirouettes , presque élastique ça c'est de la balle euh de la gomme  ! la morale est sauve avec le final
mystère... hihi merci ce fut un régal

ABC 06/02/2012 17:48


Elle s'est degommée en somme !

Aude Terrienne :0091: 06/02/2012 11:06


Fort belle participation, bravo!!


Dis donc, connais tu le défi du dimanche? Je suis sûre que tu ferais des étincelles avec ta plume alerte dans cette communauté!


Bonne semaine, je pense à toi. 

Patrick 02/02/2012 11:07


Joli récit.


Et même si j'écris sur ordi désormais, je fais toujours des brouillons au crayon et ma gomme " Staedtler " te salue.


Bon séjour à la montagne,


Bises.

Annick 01/02/2012 18:20


quelle imagination!


je me demandais de quoi tu parlais!


tu es trop forte!


bisous.

Armide+Pistol 01/02/2012 16:28


Belle progression. une ecriture qui vous entraine vers une chute brutale maniee avec beaucoup d'agilite. Je suis bouleversee.

Francine Peyrelongue 01/02/2012 08:58


Bonjour Martine,


Très jolie ton histoire. Je me disais : un noir qui choisi une blanche !


Ce n'était pas dans la normalité. Mais, la gomme, je ne l'ai reconnu qu'à la fin. Bravo, c'est très bien fait.
Bonne journée

lylytop 01/02/2012 06:14


trop joli, j'ai beaucoup aimé surtout la fin, une gomme je pensais cahier etc....mais pas gomme très subtile histoire


bises


lyly

ionard 01/02/2012 01:48


Ben dis il est extra ce texte! on se demande qui est le sujet.... je pensais à  un chat! et bien non , boule de gomme est passée par là! vraiment superbe! ce que tu écris bien!


Bravo martine


Et de gros bisous pour la nuit


Dany

Quichottine en pause 31/01/2012 19:29


Je me suis fait avoir...


Je n'ai pas pensé à la gomme tout de suite...


 


Mais j'ai beaucoup aimé découvrir finalement son échappée.


Je suis sûre qu'elle a trouvé d'autres jeux, et, peut-être, est-elle maintenant la compagne d'un tout petit dessinateur ?


 


Bisous et douce soirée, Eglantine. C'est un texte magnifique.

m'annette 31/01/2012 18:53


ainsi va le monde..........


bisous!

lamée 31/01/2012 18:52


Bonsoir Martine


Joliment bien écris cette histoire de petite gomme.Moi,malgré l'ordinateur,je ne l'ai pas jetée et elle se trouve très bien près de son compagnon le crayon.Bonne soirée.Bisous

:0091: :0010: :0085: 31/01/2012 18:43





Pour certains, ce serait un jeu de mots construit à partir de « mystère de la Bégum » faisant référence au roman Les Cinq Cents Millions de la Bégum dont l’ébauche de Jean-François Paschal
Grousset a été remaniée par Jules Verne (1879).


 


vais revenir....revoir ..!!!!!!!!!!

Martine/Arabesques 31/01/2012 18:34


Bonsoir Martine,


 


Bravo! Je le sentais venir que tu parlais d'une gomme. C'est très bien fait, très agréable comme d'habitude.


 


Bonne soirée


Martine