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Quai des rimes

Mes poèmes, nouvelles, écrits divers

Quai des rimes

Les yeux qu'on ferme voient encore

 

Pour répondre au défi de Miletune de la première quinzaine d'octobre

 

Les yeux qu'on ferme voient encore :

 

Je ne sais pas comment je me suis retrouvée enfermée dans cette pièce plongée dans l’obscurité. Je ne sais plus ou je suis ni depuis combien de temps je suis ici prisonnière, Prisonnière de qui ? Je n’ai que la lumière de mon téléphone portable pour m’éclairer. J’ai repéré la porte qui est verrouillée. Impossible de sortir. Il n’y a pas de fenêtre dans cette pièce. C’est un vrai cauchemar. J’ai essayé d’appeler de l’aide mais il n’y a pas de réseau et je ne peux ni téléphoner, ni écrire  de mails.

 

Je continue mon exploration avec le téléphone portable allumé et par chance il y a un interrupteur que je viens de repérer. J’appuie dessus et soudain 2 grands yeux  bleus saphir en amande apparaissent et me fixent. Ils ressemblent à des yeux de chat mais ce ne sont pas des yeux de chat.

 

 

img059.jpg

 

 

Ils ont quelque chose à la fois d’humain,  de mystérieux, d’effrayant. Ils me font penser à  ceux de quelqu'un que j’ai connu mais je n’arrive pas à me souvenir de qui, il y a très longtemps certainement. Je suis fascinée par ces deux yeux et ne peux détourner mon regard.

 

Soudain une sonnerie stridente me sort de mon hypnose. Je m’étire étend le bras gauche comme chaque matin pour caresser mon chat noir réglisse, il est bien là, je sens son poil soyeux. Il se met à ronronner en me regardant de ses très beaux yeux jaunes qui me rassurent. Je viens de faire un mauvais rêve cette nuit et j’essaye de remplacer la vision qui me hante de ces yeux bleus par les yeux de mon félin préféré.  Trop perturbée par cette vision je n’y arrive pas. J’essaye de me souvenir :  les yeux de qui ?

 

J’avale à toute vitesse mon petit déjeuner, en retard comme chaque matin. Je me précipite vers la station de métro  « Alésia » cours dans les escaliers pour m’engouffrer dans la rame juste avant que les portes se ferment. Je suis policière à la brigade des mœurs.


Quelle chance ce matin il reste des places assises. Une  femme voilée  s’installe en face de moi, sort son téléphone et se met à pianoter sur le clavier. Je ne la regarde pas vraiment. Je suis gênée par ces pauvres fantômes vivants qui vous observent sans être vus et qui n’apprécient pas que vous les regardiez. Je ne regarde pas non plus mes voisins de banquette. Dans ces grandes villes chacun vit enfermé dans son monde  la tête dans ses rêves ou l’œil vissé qui sur son téléphone portable, qui sur son livre, ou son journal. Une façon de marquer son territoire, de se fabriquer un monde ouaté dans l’immensité sonore et agitée.

 

Je me plonge aussitôt dans la lecture du dernier Irving "Dernière nuit à Twisted river"  un roman mystérieux et passionnant ou un cuisinier et son fils sont poursuivis toute une vie par un shérif qui veut les tuer pour se venger, prisonniers aussi du remord.

 

Soudain la rame s’arrête entre deux stations. Les lumières s’éteignent. Nous sommes plongés dans l’obscurité. Seuls les écrans des Smart phones restent éclairés.

 

Ne pouvant plus lire, je sors le mien de ma poche. J’ai reçu un nouveau SMS de mon admirateur anonyme qui me harcèle depuis longtemps. Je lis «C’est mon dernier SMS, je vais mourir aujourd’hui avec les passagers de cette rame de métro où tu es, je t’aime depuis longtemps et tu m’as toujours rejeté. Soit tu descends à la station prochaine, sois tu restes dans la rame et tu mourras également. Je te laisse une chance de vivre. Si tu la saisis tu vivras mais ne faut-il pas mieux mourir que vivre toute sa vie avec le remord d’être responsable d’un carnage.Attention ne tire pas le signal d’alarme et ne préviens personne sur le quai, sinon j’appuie aussitôt sur le détonateur de ma bombe, je t’ai à l’œil".

 

Le métro vient de se remettre en marche, je suis tétanisée par la peur, je suis fichue quel que soit mon choix.

 

Je range dans ma poche mon téléphone, regarde la musulmane en face de moi : deux saphirs ressortent de la fente du voile et me fixent. Ce sont les yeux de mon cauchemar de la nuit dernière, les yeux de la vengeance et soudain je me souviens, il y a bien longtemps… Dans l’infirmerie d’une colonie de vacances, le jeune médecin appelé en urgence et qui m’avait déshabillé pour m’ausculter …son viol, mes pleurs, ma honte, mon silence, ce sentiment de culpabilité et d’insécurité qui ne me quitte plus… Ce sont ses yeux, j’en suis certaine.

 

Vite il faut que je prenne une décision, la rame rentre dans la station il y a beaucoup de monde sur le quai et la je m’aperçois que j’ai mon arme de service sur moi, je ne devrais mais ces derniers temps avec ce harceleur aux SMS anonymes je ne me sens pas en sécurité. Je mets ma main dans ma poche, me lève lentement, dégaine mon revolver, vise la femme voilée dans la tête et tire. Elle s’effondre sur le côté. Avec rage, je lui arrache son voile. Une jeune femme me regarde les yeux fixes, un trou sanglant au milieu du front.Je crie.

 

Les gens hurlent autour de moi, certains me regardent tétanisés, certains s’enfuient en courant, j’ai gardé le revolver à la main, quelqu'un a tiré le signal d’alarme. Je m’apprête à retourner l’arme contre moi  quand une violente explosion m’assourdit, la bonbe, la poussière, les cris, le silence, le tunnel …. Et tout au bout la lumière.

 

 

 

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore;
De l'autre côté des tombeaux
Les yeux qu'on ferme voient encore.

SULLY PRUDHOMME, Stances et Poèmes.

 

EGLANTINE / Octobre 2012

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plantasia 24/09/2014 14:23

Seule l’obscurité a le pouvoir d’ouvrir au monde le cœur d’un homme :-)

for more information 21/05/2014 13:53

I can’t imagine myself getting locked in a dark room. I felt scared after reading your experience. However, I feel that you should not panic under such situation. You should be calm and look for help. Thanks for sharing this with us.

C.Kiminou 25/10/2012 07:48


Bonjour Eglantine,


C'est un récit glaçant au possible. Brrrr. Non vraiment, j'aime me faire peur gentiment, avec du Agatha Christie, mais çà ne va pas au déà.


Allez la bonne journée


CaroLINE

tilk 21/10/2012 23:39


un bel écrit....j'ai toujours considéré les yeux comme une des portes du dedans


besos


tilk

M'mamzelle Jeanne 13/10/2012 12:17


Superbe nouvelle ... rrondement menée avec beaucoup de détails et de suspenses..


J'aime vraiment.. et je te félicite.. J'ai fait un petit poème sur ce thème chez Milletune, j'avais pensé refaire un texte avec une musulmane ..


Bravo c'est très beau.


Jeanne

Reinette 11/10/2012 21:25


je ne vais pas tarder à aller me coucher, j'espère que ces yeux ne viendront pas me hanter cette nuit


intéressante histoire


bisous

rené 08/10/2012 01:44

Bonjour Martine très joli texte Je te souhaite un très bon début de semaine Nos amitiés bises de nous trois Qing&Sam&René

sido 07/10/2012 18:54


Effrayant à souhait ton récit, et très inattendu dans son déroulement. Bravo !


Bonne semaine. Bises

tiot 07/10/2012 18:02


salut


je te souhaite une bonne semaine

Cendrine 07/10/2012 01:00


Je suis revenue la lire avec un grand plaisir!!!


Excellent dimanche, gros bisous


Cendrine



Solange 06/10/2012 02:53


Quelle histoire c'est qu'elle pourrait être vrai, ça donne le frisson.Bravo. Bonne fin de semaine.

Cendrine 06/10/2012 01:28


 


Coucou Martine,


J'ai adoré ta nouvelle pleine de suspens, d'angoisse et de fougue. Les scénarios horrifiques c'est vraiment ma tasse de thé et les angoisses de ton héroïne, projections de ce que renvoie la
société sont jouissives à souhait. L'effroi, la femme voilée, le passé qui ressurgit, les prunelles maléfiques... bravo! Quel sens du récit...


Je serai ravie que tu me fasses découvrir Cergy fin novembre. Ce sera un grand plaisir. Un samedi, si tu veux. Je serai avec mon mari car je ne me déplace pas seule, il me soutient énormément
dans l'épuisement occasionné par les douleurs et dans la marche aussi. Il a aussi très envie de découvrir Cergy à travers ton regard averti. Nous nous disions souvent "tiens, si nous allions à
Cergy" mais ce sera mieux avec une personne qui aime sa ville autant que toi.


Encore bravo pour ta nouvelle. Je te souhaite une très belle nuit, gros bisous


Cendrine


P.S: J'ai réessayé avant d'aller dormir. Tout à l'heure ça ne marchait pas...

La Guyanaise 05/10/2012 20:49


ouh là là....


quelle suspense....ça me donne peur cette histoire!


tu es douée pour écrire cela!


 


bisous et bonne soirée.


 

Quichottine 05/10/2012 20:04


Oups... j'ai très froid tout à coup.


Tu es sûre de ne pas m'avoir tuée aussi ?


 


Le suspense est à son paroxisme... bravo !


Passe une douce soirée.

lamée 05/10/2012 14:54


Mais elle fait peur ton histoire!!!tu vas bientôt nous écrire des romans a la Stephen King(que j'aime).En fait,ton récit est très plausible dans la réalité.....J'ai beaucoup aimé.Gros
bisous.Aimée

•.¸.•*♥ Ś Ő Ń Ŷ Á ♥*• .¸.• 05/10/2012 14:46


très difficile de faire le bon choix par moment


merci pour ce bon moment


très belle participation pour ce thème


ti bo


•.¸.•*♥ Ś Ő Ń Ŷ Á ♥*• .¸.• 

Simone L.V. 05/10/2012 14:26


"L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn!": oeil du remors!


"la lumière est au bout des ténèbres!": oeil d'espérance!


Je crois qu'après la mort, les yeux qu'on ferme voient encore ... avec, non plus le coeur, mais avec l'âme!


Je crois aussi que tu es vraiment très douée pour nous offrir de belles hisoires pleines de suspens et d'émotion; j'ai toujours beaucoup de plaisir à te lire; merci et bisous; Simone


 

Plume 05/10/2012 13:42


Ben dis donc ! je n'ai pas fini de penser à ce texte ...


Belle écriture, rondement menée, belle chute, mais je suis frustrée de devoir déjà fermer le livre ...


Merci Martine, et bravo !


Bisous, Plume .

:0091: :0010: :0085: 05/10/2012 12:05


« Plus claire la lumière, plus sombre l'obscurité... Il est impossible d'apprécier correctement la lumière sans
connaître les ténèbres. »     Jean-Paul Sartre

Je vaispatriarch 05/10/2012 11:49


Le peu de tifs qui me restent sont hérissés de peur belle journée avec bises

eleonor 05/10/2012 10:36


je pense a cette phrase, on ne voit bien qu'avec le coeur l'essentiel est invisible pour les yeux !

M'annette 05/10/2012 10:07


Et bé! Quelle histoire! c'est de l'au-delà que tu nous la racontes, si j'ai bien compris... J'en frissonne encore...


Bonne journée... quand même...