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Quai des rimes

Mes poèmes, nouvelles, écrits divers

Quai des rimes

Mamie MADELEINE

Pour répondre au jeu d'écriture de la deuxième quinzaine de septembre sur le blog de miletune, voici ma participation :

 

Mamie MADELEINE

 

Extrait du journal de Madeleine / 6 juin 2012

 

Par ce bel après-midi de juin, assise au jardin, je lis cette phrase du livre de Stefan ZWEIG "24 heures de la vie d’une femme" que j’ai relu de nombreuses fois tant je l’aime…... Je relis une nouvelle fois cette phrase qui ne m’avait pas marquée à une lecture précédente. Je pose le livre et lève les yeux et je me souviens il y a longtemps, il y a plus de quarante ans de ce tsunami qui m’a envahi brusquement en croisant un regard, souvenir agréable mais douloureux aussi. Je sors de ma rêverie et je vois Jean, mon petit-fils, m’observer avec tendresse et tristesse à la fois.

Que peut-il penser de moi à ce moment précis, j’espère qu’il n’a pas percé mes pensées les plus profondes. Soudain il sort son appareil photo numérique et immortalise ce moment de complicité entre nous. Je n’aime pas être prise en photo, Jean ne l’ignore pas mais il sait aussi qu’il peut tout se permettre tant je l’aime et l’admire. Avec lui je ne suis jamais la vieille grincheuse que je suis depuis longtemps et cela ne s’arrange pas avec les années.  Je râle après le chat quand il me réveille la nuit alors qu’il dort toute la journée. Je râle après les voisins quand ils font du bruit les soirées d’été. Je râle après les commerçants quand ils n’ouvrent pas à l’heure, je râle après Max mon époux quand il se plaint de ses douleurs. Je râle après ma fille qui m’infantilise et qui s’adresse à moi comme à une gamine « A ton âge maman, il ne faut pas ceci, il ne faut plus cela …» et pire je râle même après moi-même, après ce corps qui ne me permet plus toutes les folies de ma jeunesse et notamment celles de ce fameux jour ….

 

 

Extrait du journal de Madeleine / 20 septembre 2012

 

Pour mon anniversaire, 89 ans déjà, Jean m’a offert hier un cadeau, le plus beau que je n’ai jamais reçu.
Il est arrivé avec un très beau et grand paquet emballé de papier vert pomme avec un ruban en soie violet. Que cela pouvait-il être ?
J’ai retiré le papier avec précaution. Je ne pouvais déchirer un si beau papier et j’ai découvert un tableau, un portrait d’une vieille bourgeoise assise dans le jardin avec un regard à la fois pensif et malicieux, une vieille à la peau burinée par le soleil et les ans  un livre ouvert posé sur ses genoux avec un grand chapeau de paille.  C’est en reconnaissant mon chapeau que je me suis aperçue que c’était moi avec mes seins encore très fermes qui ne tombent pas comme mes joues. Il y avait même pacha le chat entrain de dormir comme d’habitude qui ressemblait plutôt à un chien. 

 

img055.jpgTableau d'un artiste de talent : http://sixte.wordpress.com/


J’ai serré Jean dans mes bras. Les larmes aux yeux je l’ai embrassé et je lui ai murmuré à l’oreille un secret... Je me suis tournée vers Max et je lui ai demandé de l’accrocher tout de suite dans l’entrée. Max très étonné par ma demande me répond moqueur : « ce portrait te ressemble tant, c’est comme un miroir tu sais, toi qui ne les supportes pas et qui les as tous retirés du mas ».  

Max qui ne perd jamais l’occasion de se taire me fait réfléchir néanmoins : « En effet pourquoi accrocher ce tableau ? Simplement pour faire plaisir à Jean mais pourquoi dans l’entrée ou je me verrai plusieurs fois dans la journée. Je crois que c’est aussi pour pouvoir le montrer à tous mes visiteurs de moins en moins nombreux tant je deviens grincheuse. Je suis si fière de Jean, de son intelligence, de sa sensibilité, de son talent, de sa douceur. Ce petit fils est un trésor et je veux que tout le monde le sache. C’est un artiste ce que j’aurais voulu être mais je suis beaucoup trop pragmatique et conventionnelle. Il n’est jamais tard pour réveiller l’artiste qui dort en moi. Peut-être que jean pourrait m’y aider.
C’est vrai que je suis ressemblante hélas. Ce chapeau de paille ridicule me donne un air de vieille propriétaire terrienne moi la citadine qui n’a jamais su retenir le nom des fleurs et reconnaître les arbres. Je suis une vieille « bobo » comme on dit maintenant.


En fait, Je m’aime bien  vu à travers le regard de Jean et je prendrai plaisir à me regarder. Je vais faire remettre des miroirs dans le mas en commençant par celui de la salle de bain ce qui évitera à Max de se couper en se rasant et de me râler dessus.

 

 

BLOG DE JEAN

 

Mamie Madeleine / 20 Septembre 2012

 

Aujourd’hui j’ai envie de vous parler de ma grand-mère maternelle dont je ne vous ai jamais parlé. Mamie Madeleine est une vieille dame. Elle vient d’entrer dans sa quatre-vingt-dixième année et ne les fait pas tant elle est vive, toujours à s’activer et à booster Papi Max qui, bien que plus jeune s'encroûte à force de savourer l’oisiveté avec délectation ce qui énerve Mamie.


Mamie Madeleine ne sait pas marcher lentement et quand je me promène dans la rue à ses côtés, je dois marcher plus vite que je ne le fais d’habitude. Elle a encore une grande vivacité d’esprit et dépense une énergie considérable à râler après tout le monde sauf après moi et pourtant je m’amuse parfois à la taquiner pour la faire réagir mais en vain.


Cet été elle était en train de lire au jardin 24 heures de la vie d’une femme de Stefan ZWEIG, son roman préféré dont elle ne se lasse pas. Je l’ai lu c’est l’histoire d’une passion entre une jeune femme veuve et un joueur invétéré. Une de ces passions fulgurantes déclenchées par les visions de deux élégantes mains s'agitant sur un tapis jeu. Une passion dévastatrice très courte qui marque une vie pour toujours. Je me suis toujours demandé ce que Mamie pouvait aimer dans ce livre. Je ne l’imaginais pas avoir une telle passion, elle est trop raisonnable, réfléchie. Elle ne se laisse pas prendre par l’émotion d’un instant, tout chez elle est bordé, contrôlé. C’est aussi pour cela que je l’aime aussi car elle sait cadrer ma fougue et me ramener parfois à la raison quand j’idéalise trop. Peut-être avait-elle besoin de vivre ce qu'elle n'avait pas vécu et qu'à son âge elle ne vivrait sans doute pas. Je reviens à cet après-midi d’été, elle était entrain de lire ce roman quand elle a soudain levé la tête après avoir souligné une phrase au crayon dans son livre. Son regard fixe avec ses yeux bleus comme l'azur du ciel provençal s’est perdu au loin devenant à la fois rêveur avec une joie comme contenue. Je l’ai trouvé très belle à cet instant, ce n’était plus la même.  J’ai sorti mon APN impulsivement et je l’ai prise en photo bien que je sais parfaitement qu’elle a horreur de cela. Je n’ai pas pu m’en empêcher.  Je me suis promis d’aller voir discrètement quelle était la phrase qui avait pu la sortir de sa lecture.

J’ai regardé en rentrant la photo sur mon écran et c’est là que j’ai eu l’idée d’en faire une peinture et de lui offrir pour son anniversaire. Une fois la peinture terminée et sèche. Je l’ai enveloppé d’un beau papier et noué le paquet avec un très long ruban en soie mauve acheté pour l’occasion.

 

Je lui ai offert hier. Elle l’a ouvert avec beaucoup de soin pour une fois sans se précipiter et quand elle a découvert son portrait, des larmes ont doucement coulé sur son visage je ne l’avais jamais vu pleurer et j’en ai été tout ému. Elle m’a serré dans ces bras et embrassé en murmurant tout bas « Tu ne sais pas à quel point tu me fais plaisir Jean, ce tableau me rappellera toujours un souvenir très ancien d’un grand bonheur fugace ».


Je lui ai répondu « Excuse-moi  Mamie de te faire pleurer comme une Madeleine et en plus d'avoir transformé PACHA en chien mais  avec son nom je ne pouvais pas en faire un chat ». J'ai réussi à la faire rire à travers ses larmes.

 

Je me suis soudain  rappelé que je n’avais pas encore pris le temps de regarder quelle était la phrase qui avait donné à Mamie ce si beau regard.


Pendant que Papi Max accrochait le tableau, je suis allée discrètement dans la bibliothèque de la chambre de mamie et j’ai trouvé bien en évidence le livre culte.  J'ai recherché la phrase soulignée, il n'y en avait qu'une seule.

Je l'ai lue à haute voix :

 

« Seuls des êtres absolument étrangers à la passion connaissent en des moments tout à fait exceptionnels, ces explosions soudaines d’une passion semblable à une avalanche ou à un ouragan : alors des années entières de force non utilisées se précipitent et roulent dans les profondeurs d’une poitrine humaine »

Stefan ZWEIG.

 

 

Eglantine / Septembre 2013

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Lenaïg 28/06/2017 08:18

Coucou Martine, j'ai recherché dans tes nouvelles celle-ci, que tu réédites ce jour. Superbe légende que tu apportes au tableau ! Bises.

Eglantine 28/06/2017 12:20

sourire :-) j'ai fait comme Hélène tant ton texte m'a plu !

monica et la mer 04/10/2012 10:57


 trés beaux récits


 et la phrase de S. Sweig à la fin du texte  sublime aussi


 bonne journée pour toi

Patrick 03/10/2012 11:26


Magnifiques moments ainsi contés. 


J'ai de nouveau pris un réel plaisir à te lire.


Amitiés à vous deux.

Pyrausta 02/10/2012 08:02


Superbe récit fait de complicité, d'amour, de pudeur et sous jacente la passion..Et bien entendu je me pose la question: Saurons nous un jour qui a pu susciter cet ouragan? J'ajoute qu'il n'y a
pas d'âge pour cela.

:0014: ♥ dom ♥ 02/10/2012 07:20


Coucou rapide : RDV très tôt.
Bon mardi
Bisoux




Martine 02/10/2012 07:07


Bonjour Martine,


Quelle belle histoire. Tu as un vrai talent pour ces portaits riches de sentiments. Tu sais si bien émouvoir. Merci .


Bises de retour


Martine

michel003 01/10/2012 07:48


bonjour martine  merci pour ta fidélité  jolie histoire de mamie madeleine.... le temps ce matin bleu avec quelques nuages la météo a dis beau temps !!!! je te souhaite un trés bon
debut de semaine   a bientôt bises amicales michel003

jackline 01/10/2012 00:54


Je passe te faire un coucou du soir tardif..j'espère que tu vas bien, à bientôt, et grosses bises

dgi:0040:dgi:0050: 30/09/2012 21:44


je n'ai pas lu désolée Martine, petite connection de parking, alors je zappe


Tout d'abord merci pour tes passages.Et
Les si les 2 blogs Dielette  et la balade ne sont
pas encore au point il faut bien souvent cliquer sur '' derniers articles"",
  je te prie de m'en excuser


Je ne suis pas chez moi, ce mois çi, donc difficile de peaufiner les blogs.
Bonne soirée, bizou et bonne semaine.



Jeanne Fadosi 28/09/2012 18:59


j'ai commenté sur miletune. Je ne répèterai pas ce que j'y ai dit sinon que j'ai beaucoup aimé ce regard singulier sur le tableau et le texte qui nous tient en haleine

Arielle 27/09/2012 20:48


très beau, très beau, très beau et émouvant ! j'aimerais bien être alerte moi aussi à cet âge là et ressentir des émotions comme elle.


bonne soirée à toi Martine, si fidèle malgré la distance.... et c'est rare !!


arielle

Cendrine 25/09/2012 23:44


Je relis avec bonheur ce texte délicieusement poignant. J'aime décidemment beaucoup la forme littéraire du journal.


Gros bisous Martine et belle soirée


Cendrine

Sylvie 25/09/2012 14:26


Juste un court passage pour te souhaiter une bonne journée et te remercier pour ton passage. Nous sommes rentrés dimanche soir dans notre anjou où il fait froid, difficile après 15 jours de
superbe temps dans le Sud !


Bises.

Solange 25/09/2012 01:30


C'est un très beau texte, bien imaginé, j'aime.

dgi:0050:dgi:0040: 23/09/2012 21:40


Pourrons nous un jour comprendre les mystérieuses régles de l'amour?


Bizou et bonne semaine

:0091: :0010: :0085: 23/09/2012 18:04


99 ans...hello......et très bonne  soirée Martine..........

el lobo 23/09/2012 16:30


une belle tranche de vie ......


bisous et beau dimanche avec un dernier air d'été ....



Fethi 23/09/2012 12:41


Un bel échange et de superbes textes. Bon dimanche

HAUTEMAISON Coryne 23/09/2012 09:49


Bonjour Martine,


Quel beau texte. BRAVO j'ai beaucoup aimé. L'ambian,ce et le climat sont bien retracés et l'on s'y croirait dans ce jardin..


Et oui, c'est vrai que l'on peut vivre ces moments intenses et exceptionnels et qui laissent des souvenirs indélébiles...


MERCI pour ce bon mioment de lecture. Bien amicalement. Coryphee

Jeanmi 23/09/2012 08:51


Comment être étranger à la passion quand on est un être humain ? La Passion nous est consubstantielle elle est le fruit de notre cerveau et , entre nous, la vie serait bien plate sans elle, cela
quel que soit notre âge... 

rené 23/09/2012 01:19

Bonjour Martine Je te souhaite un très bon dimanche Nos amitiés bises de nous trois Qing&Sam&René ps: ton lien duquaidesrimes.....n'est pas bon

Cendrine 22/09/2012 18:35


Ma chère Eglantine,


C'est une histoire magnifique et très touchante, un accord d'amour qui fait vibrer le coeur des lecteurs...


La narration à travers la forme du journal est très réussie.


Un immense bravo pour cette histoire qui transcende les générations...


Excellent week-end, gros bisous


Cendrine



Littorine/Marie France 22/09/2012 17:10


Te lire est toujours un grand plaisir ! Aujourd'hui , il y a de la beauté, de la tendresse, une vie, merci de nous partager tout cela. j'oubliais l'humour ! Eglantine/ Septembre
2013 !!! 

Simone L.V. 22/09/2012 14:47


J'aime beaucoup cette pensée de Stefan Zweig sur la passion! Oui, trop souvent les gens restent, sages, rangés et s'interdissent  de belles émotions, à moins qu'ils ne sachent les voir;,
oui, quand ils arrivent enfin à lâcher prise l'émotionnel explose au delà du pensable ... et la passion ,enfin se libère!


J'aime beaucoup, aussi 'ton' histoire: cette complicité, cette complétude netre une grand-mère et son petit fils est touchante; la 'leçon' à en tirer magnifique : s'ouvrir à l'autre pour mieux se
connaître et s'accepter tel que l'on est, se laisser 'révéler' par le regard de l'autre, c'est Vivre ... passionnément; et aussi, ne pas oublier que, si les aînés ont beaucoup à transmettre aux
jeunes, ceux-i ont autant à leur apprendre .


Bon Dimanche et bisous; Simone

•-~•*'Ś Ő Ń Ŷ Á'*•~-• 22/09/2012 14:32


j'ai été très émue à la lecture de ce texte


quelle belle complicité


merci de l'avoir partagé avec nous


gros bisous 


•-~·*'Ś Ő Ń Ŷ Á'*·~-• 

Quichottine 22/09/2012 10:02


C'est magnifique...


Je sais que ça peut paraître totalement absurde de te dire cela, juste trois mots que j'écris parfois sous une simple image... mais, tu vois, ce texte m'a tant émue que j'en ai les larmes aux
yeux.


 


J'espère avoir un jour cette complicité avec l'un de mes petits-enfants, cet amour merveilleux.


 


... même si c’est pour répondre à une consigne, quel merveilleux moment partagé !


 


Merci, Églantine. Passe une douce journée.

patriarch 22/09/2012 09:55


Une belle complicité entre vous deux... c'est un cadeau pour l'un et l'autre...


 


Bonne journée avec bises x 2

D@net 22/09/2012 09:16


Bonjour Martine,


C'est une histoire émouvante, les petits-fils peuvent avoir une admiration pour leur grand-mère, (ça me plairait beaucoup !)


Le sublime roman de Stefan Sweig que j'ai lu et relu aussi est un ressort et un cri d'espoir pour celles et ceux qui ne croient pas que l'amour passion se cache et peut surgir à tous moments et à
tous âges...


Bonne fin de semaine.


D@net.

canelle56/claudine 22/09/2012 09:04


J'avoue être touchée par ton texte ..C'est peut être bien le regard de nos petits qui nous aident le plus à passer l'epreuve des années qui passent ..et cette phrase de Stefen ZWEIG ne peut
laisser indifferent ..


Merci Martine , j'avoue être un peu tout chose...après t'avoir lue..sensibilité exarcebée ce matin sans doute !


Bises et bonne journée

La Guyanaise 21/09/2012 22:44


quel plaisir de te lire!


amitié, amour...


deux générations...qui s'accordent: une mamie et son petit-fils....


merci pour ces écrits.


bisous de fin de semaine.

M'annette 21/09/2012 20:40


C'est très beau, et très touchant. Je t'embrasse

lamée 21/09/2012 19:34


Bonsoir


Quelle belle histoire entre une Mamie et son petit-fils,chose assez rare dans la réalité......Très beau récit.Bonne soirée.Bisous.Aimée

liedich 21/09/2012 18:47


"L'homme crée ce à quoi il croit".


Que ta soirée soit douce Jolie Fleur.