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Quai des rimes

Mes poèmes, nouvelles, écrits divers

Quai des rimes

Vous voulez un mouchoir / Texte de Brigitte Lecuyer

 

Il y a quelques années, j’ai pondu ce papier, j’ai même commis une bourde en voulant faire drôle, je l’avais envoyé à une vague connaissance, laquelle venait de perdre sa mère, ce que j’ignorais. Elle a cru que je me moquais d’elle, enfin elle m’a carrément prise pour une demeurée et depuis me regarde de travers.


Aujourd’hui, je dirai que ce texte est de circonstance et bien de saison, à défaut d’être de bon gout, mais j’assume. Au vu de la conjoncture actuelle, la pandémie et tout le tintouin qu’on nous assène à longueur d’informations, je me suis posé la question, devais-je encore partager ces mots avec vous ? Mais puisque l’humour n’a jamais tué personne, lui,  et qu’il nous aide à vivre mieux et vieux, je ne résiste plus, je vous le livre en l’état, ponctué d’une virgule ou deux supplémentaires, voici :

 

On m’a toujours dit qu’il était déconseillé d’offrir des mouchoirs : que ça risquerait de faire pleurer celui qui les recevait ? Comme je n’ai pas l’âme d’un bourreau, je m’abstiens donc d’un tel cadeau.  Sachez seulement que le mot bourreau n’existe pas au féminin, j’ai cherché dans mon dico, je n’ai trouvé que bourrelet, derrière bourreau, lequel bizarrement est du genre masculin. A vrai dire, je pourrai juste être bourrelée de remord d’oser écrire pareille ineptie…mais je pense seulement vous faire pleurer …de rire.

En attendant revenons à nos moutons, si l’homme ne pleure, pas, il se mouche, et ça passe rarement inaperçu. Entendez-vous dans nos campagnes…mugir ces féroces soldats...et bien ils se mouchent !

   

Je dois vous avouer, que je ne me mouche guère. Ou alors juste une petite fois sous ma douche, histoire de ramoner un peu les conduits et de laisser l’oxygène pénétrer les tréfonds de mes poumons. Evidemment sauf, quand j’ai attrapé un rhube de cerveau. Là il me faut la boite de kleenex, les boites devrai-je dire, et à portée de mains s’il vous plait. Je pleure, inonde vêtements, oreillers, draps, me liquéfie en éternuements exténuants. Je me noie dans un océan de larmes, et  tandis que mes pauvres mirettes brûlent de milles piques acérées mon nez enfle se gonfle comme une montgolfière prête à décoller. Le voilà qui crie, supplie que cesse enfin cette affaire là.  Il voudrait retrouver sa taille d’avant, se faire discret si possible, enfin plus discret qu’un nez au milieu de la figure. Il rêve de dégouliner en paix sous des cieux toujours bleus. Mais il faut se rendre à l’évidence, il a l’air d’un lumignon et pourrait servir de phare par gros temps aux naufragés d’hiver.


Si l’envie me prenait de regarder la tête dans mon miroir, mon beau miroir, je ne verrai qu’une chose bouffie, navrante à pleurer et là, oui vraiment, je serai tentée de m’en aller quérir cet accessoire qu’on appelle communément mouchoir et qu’utilise l’homme, du moins le mien.    


Car si je peux dans des cas rares, y voir certains avantages, nettoyer mes lunettes par exemple, je n’aime que les kleenex et aucun mouchoir indigne de ce nom ne viendra jamais squatter mes tiroirs à moi. Je n’apprécie que les kleenex, même si ce n’est pas écolo, je les aime à la chlorophylle, à la menthe fraîche, celle qui dégage les voies aériennes supérieures comme on dit  en himalayen, j’aime les duveteux, les extra-doux, les minis, les paquets de dix, les Pocket, les boites carrées, les rectangulaires, les pyramidales, (si si, ça existe) les en couleurs, ceux qui vous feraient pleurer de bonheur rien qu’à les voir et les humer.


Je vis dans mon siècle, j’aime pouvoir utiliser cette astucieuse invention et je bénis celui qui a pensé à nous les femmes et à nos appendices délicats. L’inventeur de cette feuille, petite, douce, fragile, qui sait si bien recueillir nos chagrins, essuyer les débordements de rimmel et tarir nos larmes de rire.

  Le rituel débute le matin lorsque j’en suis à déjeuner et que je profite de la cuisine pour savourer mon thé. L’homme débarque hirsute engoncé dans sa robe de chambre courtelle lie de vin. Il dépose un chaste baiser sur mes lèvres à la confiture, et là soudainement il est pris d’une envie irrépressible : il sort de sa poche l’accessoire, déplie ce carré à carreaux qu’utilisait déjà son grand-père, un truc monstrueux qui pourrait servir de nappe pour un pique-nique dominical, c’est dire !


 Entre deux bouchées de biscottes, j’essaie de le persuader d’aller voir ailleurs si j’y suis, mais n’ayant pas encore l’esprit affûté, j’objecte trop mollement. Parfois, l’homme daigne se déplacer dans la pièce à coté, et là dans d’augustes élans, il souffle, s’époumone tel un phoque sur sa banquise pour tenter d’extirper miasmes, microbes et crobes entiers qui s’obstineraient à adhèrer aux parois de son valeureux tarin.   


Le bruit alors est tel qu’il fait sursauter mes minettes, lesquelles s’imaginent  un tremblement de terre et détalent horrifiées. Le bruit s’enfle et couvre les infos…. et voilà que je rate la météo. Ce ne sont que « trompettages » sonores (ne cherchez pas dans le dico) et tonitruants, concerto ou tard, allant du fa dièse au sol mineur, et quand ce n’est pas suffisant, que la mission n’est pas correctement remplie, l’homo erectus risque un doigt, mais rarement deux. Et c’est dans cette tenue ô combien virile, qu’il part en expédition à l’assaut de ses conduits intimes.  Il triture, malaxe, fouille au pif, jusqu’à en extraire ce qui doit l’être absolument.

Et quand c’en fini tout ce ramdam à réveiller les morts, il faut, mais le faut-il vraiment, il contemple, s’extasie du résultat de cette savante tirebouchonnade (mot crée pour la circonstance) sauf que je n’ai plus de mots pour décrire l’indicible.

Pauvre de moi consternée, j’évite de regarder dans sa direction, je pense à d’autres choses, aux malheurs de Sophie, de Régine ou de Florence, mes amies bien aimées, au temps qu’il fait dehors ou qu’il fera, à ce que je vais bien pouvoir écrire a l’atelier d’écriture, enfin à n’importe quoi….mais pas à ça. Alors, las, à bout de souffle, le voilà qui considère, quoi au juste dans la lumière,  je vous le demande !


Regardez bien comment ils font. Vous verrez que je n’exagère en rien, que je n’invente pas, que ce n’est pas une spécialité incongrue du mien, qu’il n’est pas un homme des bois ou si peu, mais un être apparemment civilisé, un homme, seulement un homme.


Alors, satisfait de lui, soulagé, les muqueuses en jachère et le front conquérant, il remettra l’objet du délit, en boule au fond d’une poche. Plus tard, dans la journée, alors qu’il sera habillé de frais et rasé, il enfournera un  spécimen à carreaux propre, lequel ira rejoindre le couteau suisse, la clé USB, ainsi qu’une vieille note de frais et des piécettes joyeuses et….. L’homme vaquera à ses occupations. Il ira vivre sa vie d’homme. Comme chaque matin, il s’en ira au hasard des carrefours, tripatouiller le ventre d’armoires électriques, lesquelles régissent nos feux de signalisation.   

  Le soir venu, il se dépouillera de ses oripeaux. Il enfilera une tenue adéquate,  genre jogging mou qui n’a jamais vu la campagne qu’en catalogue, et il ira jeter ses frusques dans le panier à linge sale.  S’il y pense.      

  Et viendra le jour du lavage !  On sait par expérience, enfin on se doute  que les poches de monsieur sont rarement vides.  Alors on retourne, on enlève tout ce qu’on voit, et on devine qu’on va se retrouver nez à nez avec ce truc immonde  et là……bon, j’ai pitié de vous, pauvre lecteur, je vous épargne la suite…je m’en voudrais de perturber votre digestion.

Parfois, c’est le gros lot, on touche deux mouchoirs pour le prix d’un, un dans chaque poche, faudrait pas qu’il tombe en rade, le gars. On peut aussi en récupérer dans les vestes, anorak, coupe-vent et certains vont même jusqu’à se planquer sous les oreillers. Vous imaginez, une panne, manquerait plus qu’il vous pique vos chers kleenex, ou qu’il se mouche ailleurs…que dans des choses prévues à cet effet.     


 Mais il y a pire, le pire, c’est de retrouver ladite chose tirebouchonnée, lavée avec le pantalon, ladite chose compacte, qu’on doit déployer et forcément relaver dans une lessive à part, ladite chose qui, sans tambour ni trompette, aura frayé avec la clé USB et la note de frais illisible à jamais. Si la clé USB par miracle, en réchappe, la note de frais, elle ne sera plus si fraiche. Elle aura fait exprès de se dépiauter rien que pour vous embêter. Elle se sera dissoute en bouloches adhérentes, ne voulant plus lâcher ce gentil pantalon de velours (que vous avez oublié de laver à l’envers) ou ce polo foncé d’une marque crocodilienne que dans un  élan de grande générosité, vous lui aviez offert à Noël. 

Dire qu’il faut supporter ça sans moufeter, ça et bien d’autres trucs  peu ragoûtants des hommes, nos chers hommes à nous.  

A nous, plus tard, les montagnes russes de repassage. On adore tellement ça, repasser ses mouchoirs, que c’est la première chose qu’on donne à repasser à notre fille quand la mignonnette qui ne sait pas encore ce que c’est que d’être une ménagère modèle, manifeste le désir enfantin de vous aider ! Après ça se complique, elle n’y tient pas plus que ça en grandissant, même qu’elle serait plutôt du genre à vous rapporter son linge pour étoffer la pile. Alors même indisposée, dégoûtée, on fait son devoir, on les dispose en tas net, au carré avec les serviettes et les torchons qui eux en ont déjà vu des vertes et des pas mûres.  Tout ce petit monde rentrera sans faire d’histoire, dans l’armoire normande, prêt à servir et à resservir.  

 
Mais bon, faut bien avouer que ça peut être utile parfois. Imaginez que vous ayez un gros, très gros chagrin, il vous en tendrait un de ces fameux mouchoirs que vous avez dédaignés et voués aux pires gémonies,  juste pour vous consoler, essuyer vos mirettes, un tout propre évidemment, un qui fleurerait bon la Soupline senteur des prés et le repassage du lundi !   

Et quand c’est offert de si bon cœur, ça ne se refuse pas, un mouchoir !                                                          

 

                                                       Brigitte Lécuyer




























 Or cette invention, o combien indispensable à tout nez sensé, il se trouve que nombre d’hommes  rechignent  à l’utiliser, à commencer par le mien.  

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chris 14/01/2010 07:48


exellent texte , plein d'humour ! dommage de circontance pour la personne qui l'a reçu ... si j'avais le talent que vous avez !car voyez-vous , j'ai les mémes mouchoirs dans une armoire et l'homme
qui va avec ! bonne journée


Alrisha 13/01/2010 00:22


Mon doudou utilise ces grands mouchoirs à carreaux et fat un bruit épouvantable en se mouchant.
Mais, moi aussi j'utilise les mouchoirs en tissu; ils sont moins grands. Je ne supporte pas les kleenex qui ne sont pas assez grands et se déchirent tout de suite. Je ne trouve pas très hygiénique
de les jeter dans les poubelles publiques.
Bon, je suis vieux jeu mais je m'en fiche. C'est avec un vrai mouchoir en tissu dans la poche que je me sens bien.
En tous cas, je me suis bien amusée à lire toutes tes expressions!
Bises et bonne continuation !


Petit Poucet rêveur 03/01/2010 19:36


J'ai adoré...Superbement écrit, décrit...Si tu savais comme j'aime quand on me fait rire !


Enriqueta 28/12/2009 15:56


J'ai été éduquée enfant avec des mouchoirs en tissu. Certains étaient très beaux. Mais c'est vrai que c'est plus hygiénique d'utiliser des mouchoirs en papier, ce que je fais. Je n'achète plus de
mouchoirs à la chlorophylle depuis que j'en ai utilisé pendant une rhino-truc, résultat = le nez irrité XXX. N'utiliser ces mouchoirs qu'avec parcimonie.


Nettoue 23/12/2009 18:15


Bon Noël et plein de bonne chose chère 2glantine
Bises pour toi
Nettoue


enriqueta 23/12/2009 13:28


Joyeux Noël! Mon cadeau t'attend ici : http://enriqueta.over-blog.com/pages/Joyeux_Noel--2258097.html


martine créations 23/12/2009 10:14


je passais te souhaiter de bonnes fêtes de fin d'année; gros bisous ; martine


Bandolera 22/12/2009 20:43


MDR, c'est vrai qu'on a tous et toutes une anecdote avec un mouchoir ... C'est une bonne année que tu as eue ;-) Gros bisous !


clementine 22/12/2009 20:36


bonsoir
Réponse à ton com. j'adore. Je me suis bien amusée en le lisant. J'en ris encore.
C'est vrai que parfois, je suis un peu froide disons lointaine. lol..
Je te fais un gros bisous et je te souhaite une bonne soirée avant de te souhaiter un merveilleux Noël. Encore merci.
clem


eglantine 23/12/2009 20:32


Je n'ai jamais pensé que tu étais froide Clem, je parlais d'Eglantine LIMOGES sans du tout penser que tu t'étais identifiée à elle. C'est le nom limoges qui m'a fait penser à  la
porcelaine et employer l'adjectif froid..... Quand je disais dans mon texte que j'étais lourdingue, l'éléphant dans la porcelaine, c'était réel. Bises CLEM et dans l'attente vraiment de lire la
suite et joyeux Noël à toi.


sido 22/12/2009 19:03


Voila comment d'un sujet aussi banal du quotidien on peut réaliser un texte humoristique...et qui contient quelques vérités...Superbe, merci Eglantine.
Passe un bon Noël. Bises.


françoise 22/12/2009 06:14


Ah je me le relis, j'aime trop
bises
françoise


:0010 Lili Flore :0091: 21/12/2009 19:20


J'adore l'humour décapant de Brigitte, je suis ravie d'avoir les mouchoirs en papier, car sitôt utilisé, sitôt jeté, question hygiène c'est le top. Bisous à toi


Loic 21/12/2009 11:41


Je suis converti au papier, moi l’homme curieux qui sait que trainent trop, dans nos poches, de nombreuses choses qui ne devraient pas y rester.
J’ai des yeux gourmands de mots quand je lis cette prose à la gloire de ces bouts de papier qui auraient horrifié nos grand-mères !
J’ai le sentiment content d’avoir lu ces histoires de nez.
Merci.
Amitiés. Loic


Plume 21/12/2009 08:02


c'est quant même une belle invention !!!


françoise 21/12/2009 07:09


J'ai ri, souri, fait la grimace, mais je viens de passer un super bon moment de lecture !
J'en redemande...pas des mouchoirs, non merci je sors d'un très gros rhume et la maison Kleenex a dû voir augmenter ses ventes !
J'ai bien connu l'époque mouchoir en tissu, j'en ai encore des souvenirs quelque part dans une armoire...
Mais je commets parfois un acte qui paraitrait impardonnable à ma mère si elle était encore là, il m'est arrivé de m'en servir de ...chiffon ! oui, j'ai osé ! et j'ai pensé très fort à elle en
faisant çà, espèrant que vraiment on ne nous voyait pas de là-haut...
Je ne supporte pas de voir se moucher quelqu'un dans du tissu, je ne supporterai pas que l'homme le fasse, je refuserai de laver çà !
Merci Brigitte ! vraiment c'est extra ton texte
bises Eglantine


Annick 20/12/2009 19:59


toujours bien ce qu'écrit Brigitte!
il y a longtemps que j'ai banni...le mouchoir à laver!
vivent le "kleenex" et autres mouchoirs en papier....
gros bisous.


Corinne 20/12/2009 18:02


trop bien, ton article
mais que ferions nous sans mouchoirs hein ????

BISOUS


Nettoue 20/12/2009 14:32


Mais oui, au fait, pourquoi les hommes font-ils tant de bruit en se mouchant ? Je supposse qu'il faut un certain talent pour y arriver !
Bisous et bon dimanche
Nettoue


Armide 20/12/2009 13:03


On n'attrape jamais de rhumes dans les histoires et sur l'écran, les larmes coulent comme des diamants qui jaillissent d'une source. C'est tellement plus beau !


lylytop 20/12/2009 10:10


tous cela pour un nez, mais quel nez toujours au milieu du visage, si notre visage est bien conçue bien sur
a bientôt
lylytop


:0014:dom 20/12/2009 08:27


Excellent ! Ca, c'est de l'humour comme je l'aime. Et, en plus, très bien observé.
Mon pépère, lui aussi, utilise toujours ses grandes serviettes comme celles que se foutait Yasser Arafat sur la tête ... Et je gueule ...
Bon dimanche ! Bisoux gelés


Kelly 20/12/2009 07:35


un long texte, plein d'humour, sur le mouchoir, très utile en cette période de froid, bon dimanche


clementine 20/12/2009 00:56


Nous offrions des mouchoirs chez nous. De beaux mouchoirs en coton. J'aimais bien les mouchoirs en coton. J'aime pas les kleenex.
Il est bien ton article.
bonne nuit
clem


patriarch 19/12/2009 20:45


Figures toi que je prends en début de matinée, dès le lever comme mouchoir....les anciennes couches des enfants. C'est doux et je mouche beaucoup le matin, depuis que j'ai attrapé une myasthénie
pharyngée; Entre contrepartie, je ne sais pas ce qu'est le mal de tête !!!


Bonne soirée !!


:0091: :0010: :0085: 19/12/2009 18:50


Huguette parlait également de mouchoir aujourd'hui dans sont article humeur
Quelle différence entre « Hast du ein Taschentuch ? » et « As-tu un mouchoir ? » Elémentaire ! La première question est de Herta Müller, Prix Nobel de littérature 2009, la seconde est de
moi....!!!
important un mouchoir....même en papier.... bonne soirée à vous