Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Voyage de Brigite Lécuyer

 

 

 

 

 

Une forêt de bouleaux entrecoupée de pins,

Des fougères roussies qui balisent un terrain,       

Un clocher, des maisons regroupées

Un village éteint,

Les croix d’un cimetière

Émergent au lointain

Des champs noirs et d’autres,

Couleur de sang séché

J’imagine

La glaise qui colle aux pieds,

Le ciel bas, cotonneux

Et la pluie de janvier.

Des gouttes sales giflent l’acier trempé,   

Plus loin, sentinelles efflanquées   

Des troncs nus que des lierres étranglent

Qui s’en soucie, pas nous

Du gui pour s’embrasser dessous

Des rigoles, des talus,  

Des chemins sinueux qui vont là,

Où personne n’ira plus.

Des bœufs ventrus et sages 

Eparpillés comme des nuages

La terre écartelée,

Prête à tous les outrages.

Des clôtures mitées,

Des ajoncs bistre,

Une mare sans nénuphar

Les ruines d’un chateau sinistre,

Des portails fermés à trouble tour,

Des chevaux doux et roux,

Un reliquat de neige

Sur une pente à rides

Comme un trait noir

Un train qui semble vouloir

Faire la course avec nous,

Une buse fichée sur un poteau

Des congères

Des bosquets, des fourrés

Des moutons pales qui bêlent

Des boudins de plastique noir

Où la paille sommeille

Des fermes, des fumées blanches

Une éolienne      

Des toits aux tuiles vermeilles,

L’ardoise qui ruisselle,

Des étangs où des truites frissonnent  

Une fourgonnette oubliée sur un parking.

Le carreau me sépare de tout,

D’une nature hostile,

Du froid,  des courants d’air,

De l’hiver, de toi

Ici, de couloirs en couloirs,

On tangue, on déménage

On traine des bagages,

De page en page

Mes mots surnagent  

S’obstinent et mon stylo déraille   

Dehors tout est saisi d’effroi

La lumière des toilettes clignote

La porte de verre clique 

S’ouvre, se ferme comme une claque

Les uns après les autres, ils défilent

Les vessies s’oublient

Sur des rails transis     

Le TGV s’en fout de sa foule indocile

Il roule à toute berzingue

Encore deux heures à ce train-là,

Et j’arrive…

Tu seras là !

 

Brigitte Lécuyer

Tag(s) : #Brigitte Lécuyer

Partager cet article

Repost 0