Kléber dans le métro

Publié le 19 Mai 2021

Kléber dans le métro

Je m’appelle Kléber. Ce prénom m’a été donné par mon père, passionné par l’Empire, en souvenir du général  qui  combattit courageusement pendant la campagne d’Egypte. Je l’ai échappé belle, il aurait pu m’appeler Bonaparte. Ce nom aurait été beaucoup plus difficile à porter pour quelqu’un qu’Austerlitz ne fait pas vibrer et qui a tout fait tout pour éviter de remplir son obligation nationale. J’ai quitté les Pyrénées (mes pyramides à moi) pour vivre dans une jolie cité au bord du Danube quelque part au nord de l’Europe.

En ce début de matinée, je m’y promène sur le chemin vert, un sentier de randonnée qui débute dans la plaine au hameau du bel air au milieu des champs maraîchers, se poursuit jusqu’au port de plaisance sur le fleuve et monte ensuite jusqu’à la chapelle du château rouge.

Tu apparais soudain sur mon chemin. Ta peau si blanche fait ressortir tes grands yeux noirs. Tu me souris en humant une fleur de jasmin que tu viens de cueillir. Cette image de gaieté et de liberté ressortira toujours du monceau des souvenirs flous qui s’estomperont au fil du temps. Je m’approche de toi, tu me tends ta  fleur en restant muette. Je m’imprègne de son parfum délicat puis je range ce précieux cadeau religieusement dans ma bourse en cuir. Je prends ta main dans la mienne et nous continuons à marcher.

Face au château d'eau, à la fourche des chemins, je coupe une ou deux de ces frondes de fougères luisantes pour en faire des couronnes. J'en pose une délicatement sur tes cheveux d'ébène. Je te donne l'autre dont tu me coiffes. Tu ressembles ainsi, Madeleine, à une reine grecque ou de la Rome antique qui pourrait être l’héroïne d’un opéra du Châtelet. Je suis ton chevalier décoré de la Légion d'honneur de la cité dont j'arbore fièrement l'insigne à ma boutonnière. Ne me demandez pas comment je l'ai obtenue. On décore n'importe qui avec.

Nous nous arrêtons devant une petite maison blanche curieusement appelée « les boulets de Liège ». Tu es arrivée Madeleine. Nous avons du mal à nous séparer. Je ne suis pas encore un boulet pour toi et j’espère que je ne le serai jamais (même de liège).

Tu pousses une porte dorée, nous pénétrons dans un grand couloir. La défense d’éléphant, que fièrement tu me montres en me chuchotant à l’oreille que tu l’as obtenue au Venezuela pour quelques bolivars, semble tout à fait anachronique. Où peut-on trouver des éléphants au Venezuela ? Je ne connais que les éléphants de mer d’Argentine sans défenses (à tous les sens du terme). Je n’ai pas le temps d’y réfléchir Tu m’invites à entrer avec toi dans ta petite république, ton temple, ta chambre peinte en bleu nuit avec une grande étoile lumineuse au-dessus du lit. J'ai froid, il fait sombre, on se croirait soudain dans une glacière. Que tu es étrange Madeleine presque irréelle. Je te prends dans mes bras.

Au moment où Je m’apprête à t’embrasser je sursaute quand une voie tonitruante annonce « Mairie d’Issy, terminus. Tout le monde descend. »

Je me réveille soudain à Paris dans le métro. Je m’étais endormi. Le mot de Cambronne m’échappe… Mais bonne nouvelle : Madeleine tu es en face de moi mais sans couronne. Tu te lèves et tu te diriges vers la porte… Je crie en chantant Madeleine, Madeleine… Tu ne te retournes pas, tu sors de la rame…. Cela ne doit pas être ton prénom. Madeleine. Comme dit Jacques Brel « Tu n'viendras pas » même si je t’apporte du jasmin à la porte des lilas.

Martine Martin / pour les prénoms du mercredi de Jill Bill (aujourd'hui Kléber). Les mots en gras sont les noms de stations de métro parisienne.

Rédigé par Martine.

Publié dans #Prénoms du Mercredi, #Nouvelles

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
E
Bien joué avec ces noms de stations dé métro bien amenées dans tin texte ! Bonne journée et bisous
Répondre
R
Ben dis donc tu connais bien paris est ces stations de métro au moins! Bravo original participation ainsi que bravo pour la présentation du roman et la participation au croqueurs avec ton joli texte. Bisous
Répondre
C
Magnifique texte, Martine ! Merci pour la belle balade en métro empruntée par moi depuis bien des années déjà ! Bonne soirée ! Bisous♥
Répondre
C
... emprunté ... bien entendu ...
C
Bien beau récit avec Kléber !!
Au service militaire, une jolie Madeleine il préfère mais n'a pas plus de succès que Brel, et repart une main devant une main derrière !!
Pour que Madeleine coopère il aurait fallut que tu saches son prénom ..
Rêveur notre Kléber !
Il a été téméraire !
La belle inconnue s'en est allée ..
Le métro, lui, l'a emporté vers une autre destinée...
Bonne soirée et merci pour ce formidable écrit.
Christelle
Répondre
V
Coucou Martine, absente pour la journée, je passe en retard. Et là, j'entre dans un roman. Une belle rencontre qui semble tout à coup verser dans l'horreur : Madeleine est-elle décédée ? Eh non, bravo pour le final, il s'agissait d'un rêve. Et pauvre Kléber, comme le dit une chanson de Bigflo et Oli :" Ah, il aurait du y aller ..." Trop tard, "Madeleine" est déjà partie. Bravo pour ce beau texte. Bises et bonne soirée
Répondre
P
Hum ... que de souvenirs tu fais remonter, sauf que je ne me suis jamais endormie dans le métro. Pas étonnant, je n'étais jamais assise.
Excellent ton texte.
Bonne fin d'après-midi Martine
Répondre
L
Bonjour ma chère Martine
Tu es très forte et ton vocabulaire est élaboré, c'est ce qui me plait, tu as encore relevé ce défi avec brio!
Bonne journée ma douce et gros bisous 
Méline
Répondre
J
Un beau voyage avec Kléber dans le métro, dommage nous sommes arrivés au terminus .
Bravo pour cette escapade avec Kléber que je préfère de beaucoup faire par écran interposé, j'avoue que le métro et moi nous ne sommes pas amis.
Bonne journée Martine
Bises .
Répondre
L
Le seul Kléber que je connais mais de nom puisqu'il est décédé avant ma naissance ce fut mon grand père maternel
bravo pour ton texte
bises amicales
Répondre
F
Un joli rêve brisé par l'arrêt du métro à la Madeleine ... Bravo pour cette jolie petite histoire d'amour bisé! Bonne soirée
Répondre
J
Une balade dans le métro parisien que je préfère de beaucoup faire sur ta page, tranquillement installée chez moi. Si dans mon enfance provinciale il était synonyme de découverte et des vacances parisiennes il est devenu l'obligation de mes années d'étudiantes. Merci pour cette randonnée sans peine. Bises
Répondre
M
Bonjour Martine, c'est la station de métro où je descendais pour aller travailler, je travailler chez le petit bonhomme vert CETELEM, je venais de faire plus d'une heure de métro, je n'aimais pas ça du tout bisous Bonne journée MTH
Répondre
D
Mais qu’elle surprise ce matin! J’ai adoré cette balade dans le métro parisien! Et si je te dis que mon KLEBER est né aux Lilas!
Bises
Répondre
Q
Excellent !
J'ai adoré ta page. Belle revue de notre métro parisien... et un humour décapant. Bravo !
Passe une douce journée. Bisous.
Répondre
Z
En te lisant ce matin je viens de faire un beau voyage dans le métropolitain parisien, bien joué Martine. Bises
Répondre
J
Belle revue des metros de Paris
j'en ai appris des chises!
Répondre
J
Merci Martine, nous voyageons avec Kléber ce jour ,-) bises de m'dame JB
Répondre
C
C'est un superbe texte qui, comme tu sais si bien le faire, a une fin surprenante! Bises et belle journée.
Répondre