Publié le 29 Septembre 2009

Le lendemain du jugement du tribunal de commerce, le Président m'appelle et m'annonce cette reprise. Il me rassure en me disant qu'il me reprend dans les effectifs .

Il me donne quinze jours pour fermer le bureau de Cergy, prévenir mes secrétaires et les consultants qui ne sont pas repris, les clients, organiser le déménagement. Il m'annonce qu'après je regagnerai le siège parisien. Pour compenser le fait que, n'ayant plus de bureau, je perds mon titre de BU Manager , il me dit  "Nous rouvrirons un jour ce bureau et vous en aurez la responsabilité. En attendant, je vous donne la responsabilité de la filière commerciale". Je sais que ce titre est purement honorifique. Il s'agit de prendre en charge la responsabilité du reclassement des personnels commerce et marketing. Je suis contre les fillières.  Je le lui avais dit lors de notre court échange qu'elles ne se justifiaient que pour l'informatique ou le médical ou pour bien comprendre ce que font les candidats, il faut s'y connaître un peu sans être toutefois expert. Je refuse donc cette responsabilité et il le comprend. Redevenir simple consultante me va très bien, je stresserai moins.

En attendant j'ai un vrai défi à réaliser, fermer mon bureau sans perdre un client. Pour le personnel c'est plus facile puisque Françoise a trouvé du travail, mon autre consultant arrivé en fin de CDD est déjà parti et nos  secrétaires ont retrouvé du travail aussi grace à mes contacts dans les entreprises de la région. Elles vont être licenciées, je suis la seule reprise et pourtant tout le monde va m'aider pour réussir ce challenge. Je me charge des clients et avec Françoise des candidats. Les secrétaires organiseront le déménagement en relation avec les services généraux. Je n'aurais jamais réussi sans elles. Quand le Président me remercie de cette réussite,  je luis répond que c'est elles qu'il doit remercier. Mon homologue sur le bureau de St Quentin nons seulement a dû se débrouiller seule mais en plus avec certains de ses collaborateurs qui lui ont causé de sérieux problèmes. Elle devait être reprise et en fait elle est partie. Je pense que c'est en partie pour cela qu'elle n'a pas été reprise. Dans les entreprises surtout dans les moments difficiles, il faut se méfier de tout le monde car potentiellement on a plus d'ennemis que d'amis.

Quant aux clients, je les appelle un par un et je leux explique les choses comme elles sont. Je les rassure quant au sort de leurs anciens salariés en leur expliquant que je vais continuer à les accompagner mais sur Paris ce qui au moins aura l'avantage de montrer aux moins mobiles que Paris n'est seulement qu'à 3/4 heure de Cergy par les transports en commun.
Je suis très étonnée de leur réaction de soutien. Le DRH d'une filale d'un grand groupe me dit que ce n'est pas à la Société X ou Y qu'il fait confiance mais à moi et que tant que je m'occuperai de ses salariés, il continuera à me donner des missions. Je conserverai presque tous nos clients.

Les déménageurs arrivent, nous sommes toutes là pour les orienter. Le Gérant qui est dans l'immeuble est qui n'a pas été prévenu de notre départ par le Siège arrive très inquiet et en colère de nous voir déménager alors qu'il lui reste plusieurs factures de loyer non payées. Une des secrétaires le reçoit et lui dit qu'effectivement nous avons oublié de le prévenir, qu'il veuille bien nous en excuser mais que nous sommes toutes licenciées et très perturbées par cela. Elle lui donne les coordonnées de l'Administrateur Judiciaire pour ses factures. Ce Monsieur s'excuse même de nous avoir opportunées dans un moment difficile pour nous.




J'arrive à Paris et Je sens tout de suite que la culture de ce nouveau groupe est très différente. Il va falloir m'adapter. Heureusement je ne suis pas seule et j'apprends à travailler avec mes collègues parisiens de mon ancienne entreprise. Cela va être très difficile pour nous. Auparavant on nous faisait une grande confiance, nous étions très gâtés, récompensés de nos efforts. Rien n'était trop beau pour nous, pour les clients et les candidats. Nous avions de fort caractère et avions l'habitude de nous exprimer sans  hésiter et ce mode de communication était apprécié, il faisait partie de la culture de l'entreprise.  Ici c'est beaucoup plus feutré, hiérarchisé, on se croirait dans une grande administration ou on dépense vraiment avec une extrême modération. Il faut surtout se taire mais faire la carpe, je sais.... Rappelez vous.... L'adaptation est à ce prix et ceux qui savent le faire restent, les autres partent.

Le Président décide seul mais consulte beaucoup, il écoute avec beaucoup de patience et de politesse. Il semble parfois absent quand on lui parle mais il est déjà entrain d'intellectualiser ce que nous lui disons. Parfois au moment où on ne s'y attend pas, il pose une question fort surprenante et pertinente, preuve qu'il n'a rien perdu.  Il parle peu, nous ne savons jamais ce qu'il pense réellement.

Ayant évolué dans les milieux politiques, il aime faire des discours et chaque année nous ne manquons pas le discours protocolaire des voeux.
Très intéressant de voir comment il peut dans le même discours dire tout et son contraire comme en politique. Un exemple, il nous explique qu'il faut que nous échangions entre salariés du même groupe mais de différentes entités et il dit " Aimez vous les uns les autres..... mais pas trop tout de même".... Autrement dit la concurrence est bonne pour l'entreprise et je pense réellement qu'il fait tout pour l'entretenir. C'est vrai à y réfléchir, il vaut mieux que nous soyons trois à nous battre pour avoir un client qu'il n'y en ait pas du tout  à cause de l'amour universel !!




C'est donc la guerre pour certains, guerre auquel je ne participerai pas. J'ai mes clients cela me suffit. Ils me connaissent trop pour faire appel à un autre consultant et je n'irai pas en voler d'autres à mes collègues. Ce système a ses limites. Imaginez un client qui reçoit deux propositions commerciales émanant de deux consultant du groupe avec des prestations identiques mais des honoraires différents ! C'est arrivé souvent.

Ma rémunération fixe augmente rapidement mais comme mes primes commerciales diminuent puisqu'elles sont désormais plafonnées. Je gagne moins. Comme il n'y a plus de carotte pour avancer dans le domaine commercial et surtout parce que je n'ai aucune motivation pour la chasse de nouveaux clients , je ne fais  que très peu d'efforts pour aller en chercher de nouveaux . Heureusement qu'ils arrivent souvent seuls.

Je continue à accompagner des candidats mais beaucoup moins d'ouvriers, plutôt des cadres en outplacement individuel.  J'anime des formations aux techniques de recherche d'emploi. Au bout d'un moment je suis lasse de ce métier n'ayant plus les responsabilités que j'avais avant.
Il faut que je puisse évoluer mais comment ?

A suivre..... le temps d'écrire la suite... En attendant prochainement de nouveau des poésies.

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0

Publié le 25 Septembre 2009

Le groupe a de sérieuses difficultés dues en grande partie à une mauvaise gestion du dirigeant qui a débuté seul son entreprise et s'est vu à la tête rapidement d'une entreprise de 350 personnes. Il a la folie des grandeurs, nos locaux sont luxueux, bien trop grands..... Je sais que l'aventure va se terminer par un dépôt de bilan..... En 1986 , il donne au bureau de Cergy qui s'est bien développé sa complète indépendance en en faisant un centre de profit à part entière. Il m'en donne la responsabilité. Me voila promue "B.U.  Manager" (directeur de centre de profit). Je précise que nous sommes dans une entreprise franco française mais que c'est à la mode d'employer beaucoup de termes anglais.  Je trouve cela stupide mais je dois bien m'adapter.

J'apprends à faire un "business plan" (prévision de chiffre d'affaires et de dépenses). Je gagne un très gros contrat sur Cergy ce qui est très rare car nos clients avant de nous confier des affaires regardent nos comptes et quand ils le font ils s'apperçoivent aussitôt que l'entreprise n' a pas d'avenir et donnent le contrat à un autre cabinet. Ce Président de la filiale française d'une grosse société japonaise n'a pas regardé, je sais que le contact est tout de suite passé. Il n'a rien négocié sur le contrat et nous a fait confiance. Il me reste à reclasser rapidement les salariés avant le dépôt de bilan annoncé.

Le bureau de cergy conjointement se développe bien. Je renforce l'équipe par l'embauche d'un nouveau consultant, d'une secrétaire et par la mutation à cergy de mon amie Françoise . C'est une erreur de l'avoir accepté car ce n'est pas facile de manager une amie et pour elle cela est très difficile d'être sous ma responsabilité.  En cette période difficile Françoise et moi, très affectives,  nous attachons beaucoup plus que d'habitude aux candidats qui nous sont confiés et perdons le recul que nous avons.
Je m'attache particulièrement à Bernard un candidat, c'est le début d'une liaison passionnelle.  Elle me dit qu'elle ne comprend pas ce que je lui trouve.  Aujourd'hui je sais qu'elle avait raison. Tout cela entraînera de nombreux nuages dans notre amitié assez exclusive.

Nous savons que dans quelques mois la société sera dissolue, au mieux reprise, et que nous nous retrouverons toutes les deux sur le marché de l'emploi. Pour faire bien ce métier, il faut être rassuré sur son propre avenir. Françoise devance et commence à rechercher du travail. Je ne bouge pas et j'attends, on verra bien.

L'entreprise ne paye plus ses factures, nous paye avec beaucoup de retard, Un jour EDF, faute d'être payée, vient nous couper l'électricité à Cergy.   Les candidats ne peuvent plus utiliser les ordinateurs. Je ne veux pas les inquiéter avec les difficultés de l'entreprise.  Avec Françoise nous prétextons une panne électrique et un candidat ingénieur nous propose de tenter de nous dépanner. Je lui réponds que c'est très gentil mais que pour des raisons de sécurité il est hors de question qu'il touche à l'électricité. S'il arrivait un accident je serai responsable.

Le dépôt de bilan est annoncé. Un administrateur judiciaire est nommé et trois repreneurs se font connaître. L'un des plus gros prétendants à la reprise du groupe, le Président de l'entreprise X, .... ,qui est capable à lui tout seul de financer la reprise, alors que les autres sont associés à des investisseurs demande à rencontrer tous les BU Manager. Je le rencontre un midi dans son bureau au siège de son entreprise de communication. Il est petit, habillé d'un costume gris et sur le costume une grande écharpe blanche. Son visage allongé assez rouge éclairé par un regard souriant pétillant d'intelligence contraste avec sa chemise blanche décorée d'une cravate très classique. Ce Monsieur, un énarque ancien conseiller ministériel, malgré sa très petite taille, a un charisme certain. Je suis impressionnée mais sa convivialité me rassure et je me sens rapidement à l'aise. Il ne me posera seulement deux questions et je sais que sur les réponses si il obtient la reprise (il en parait persuadé) , je joue mon avenir.

Dois je fermer le bureau de Cergy me dit il ? Votre Directeur pense qu'il faut le conserver. Qu'en pensez vous.  Je lui dis qu'effectivement  le bureau de cergy est le seul bénéficiaire actuellement mais que cela est dû à ce gros contrat que nous avons obtenu et que c'est temporaire et qu'il est urgent de diminuer les dépenses de structure. Je sais que cette réponse peut me faire perdre mon emploi et celui de ceux qui travaillent dans ce bureau mais si je lui avait dit qu'il fallait le conserver, je n'aurais pas été crédible. 

Il me demande ensuite comment je vois l'avenir de mon métier à court et plus long terme. Je lui réponds que les grands groupes qui sont nos clients vont de plus en plus anticiper leur plans sociaux en développant la mobilité interne grace à une gestion meilleure de leurs compétences et en faisant du préventif de plans sociaux. Il ne dit mot mais je sens qu'il partage mon point de vue. Il prend congé en me disant à bientôt. Je sors ravie de cet "examen de passage" et en étant optimiste quant à la reprise du Groupe. Quelques jours après les deux autres prétendants renoncent.

Peu de temps avant le jugement du tribunal de commerce. Nous allons au siège du groupe à Paris pour une réunion de fin. Je revois le président de la société prétendante à la reprise qui me salue en me demandant "Comment allez-vous chère Madame" mais "très bien cher Monsieur" ..... enfin dans mon fort intérieur je me dis que cela ira beaucoup mieux dans quelques semaines quand je serai fixée sur mon sort.


Françoise, quant à elle, a retrouvé du travail ailleurs avec un salaire très important. Il faut dire que Françoise ne fait pas de commercial et que pour bien gagner dans cette entreprise, il faut développer le Chiffre d'affaire. Le Patron sait récompenser les consultants qui lui apportent le business et je gagne très bien ma vie. Ma dernière prime d'objectif annuelle sera de 90.000 Francs que me règlera l'administrateur judiciaire. Paradoxal, je n'ai jamais autant gagné que cette année du dépôt de bilan.




Nous sommes très tristes avec Françoises et très émues de la fin de cette aventure. Nous étions très attachées à notre entreprise, à son dirigeant. Nous sortons en dernier de la réunion, il n'y a plus personne dans le hall d'accueil. Il y a dans un grand vase de superbes faux tournesols (le tournesol était l'emblême du groupe). Personne en vue, je subtilise discrètement deux tournesols que je cache dans mon manteau  pour sortir.  Nous éclatons toutes les deux de rire mais un rire proche des larmes. Nous garderons Françoise et moi ces tournesols en souvenir de cette belle aventure qui se termine. Il faut dire qu'avec Françoise, à chaque fois que nous nous quittons pour les  vacances, nous nous envoyons des cartes de tournesol. Je me mets à planter aussi des tournesols géants dans mon jardin.

Le Tribunal de commerce en 1988 accepte la reprise du Groupe par l'entreprise X..... C'est la fin des tournesols, la fin de ce qui restera ma plus belle période professionnelle et la fin d'une amitié passionnée. Je continuerai à revoir Françoise et aujourd'hui elle est toujours une  amie mais c'est différent.

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0

Publié le 21 Septembre 2009

Un jour je retourne à Saint-Quentin où je vais assez souvent et on me présente une consultante Françoise. Au début nous nous snobons par ma faute surtout car elle m'impressionne et j'ai du mal à faire les premiers pas dans la relation et puis quand je travaille, je n'aime pas être détournée de mes objectifs par des conversations de machine à café ou de bureau. Néanmoins je ne sais pas pourquoi elle m'attire vraiment et petit à petit nous arrivons à échanger et une grande amitié naît rapidement.

Françoise à une cinquantaine d'années est célibataire et vit seule au Pecq dans un grand appartement avec vue sur Seine au dessus de la très grande piscine de la résidence. Elle est élégante, intelligente a beaucoup d'humour. Ses seuls défaut à mes yeux fumer beaucoup trop (je fume aussi à l'époque, depuis j'ai arrêté) et jouer dans les casinos. Elle est capable un soir sous l'impulsion du jeu de prendre sa voiture et de monter à Deauville ou à Forges les eaux pour jouer aux machines à sous. Elle gagne parfois et perd beaucoup. Dans notre métier, c'est une nomade, elle travaille sur des antennes emploi sur toute la France. Le soir quand elle est sur Paris je vais souvent dîner avec elle et, après un passage dans la piscine l'été, nous échangeons sur notre métier, nos candidats, la vie, l'amour.

Elle me demande de la rejoindre sur une antenne emploi d'une usine qui ferme dans une ville de Corrèze pour animer pendant une semaine des stages aux techniques de recherche d'emploi. Je découvre les antennes emploi de province avec des populations ouvrières très ancrées sur leur territoire. Les bureaux de l'antenne sont dans une boutique dans une rue très passante le long d'une nationale où les camions passent et font trembler les vitrines de l'antenne. Pour aller au W.C. il faut descendre un escalier qui s'apparente plus à une échelle et avec des toilettes à la turque. Citadine à la campagne, Je fais comme Françoise, je rentre à l'hôtel proche.




Mes animations se passent bien, j'ai la qualité de pouvoir m'adapter facilement à tous types de population. A la fin du stage lorsque je fais l'évaluation avec les participants et que je leur demande ce qu'ils ont pensé, ils sont tous satisfaits.
Une petite dame me dit néanmoins avec le sourire "qu'est ce vous devez l'aimer votre métier pour nous raconter si bien des bêtises pareilles". Ce genre de réflexions permet de relativiser et évite d'avoir la grosse tête. J'éclate de rire et je comprends là encore mieux toute la difficulté de ce métier et la nécessité de "vendre" nous mêmes ces ouvriers aux entreprises qui recrutent sans trop leur demander d'écrire et d'envoyer leur C.V. 

J' apprends aussi que ce sur ce plateau des mille vaches, faire 10 Kms dans un sens peut être différent que de le faire dans une autre direction.  Un ouvrier me dit qu'il ne veut pas travailler dans l'entreprise X.. ou il a une offre même à 10 Kms de son domicile parce qu'il y a trop de tournants sur la route dans ce sens là  !

Le soir nous nous racontons nos expériences et en rions de bon coeur. La semaine passe trop vite, je reviens et reprends mes activités en ville.

Françoise m'invite un week-end l'hiver à Clermont Ferrand à l'hôtel. nous visitons le joli village de Saint-Nectaire, Royat, la Bourboule et bien entendu Françoise m'emmène au Casino. Pour la première fois de ma vie, je joue aux machines à sous et avec la chance du débutant en jouant 10 francs, j'en gagne 2500. Françoise me propose de les rejouer, je refuse. Je ne suis pas joueuse et personnellement je préfère donner de l'argent à des associations qu'aux casinos. Je trouve cela indécent et je le dis à Françoise qui ne s'en émeut pas. Nous avons toujours eu toutes les deux un langage très direct.

Pour la première fois de ma vie d'adulte, j'ai l'impression d'avoir une vraie amie. Je l'admire beaucoup. Dans l'amitié comme dans l'amour, j'ai besoin d'admirer et quand on se fait de l'être aimé un idéal, les déceptions peuvent être rudes. Mais pour le moment tout va bien et ces années seront sans aucun doute les meilleures de ma vie professionnelle.

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0

Publié le 17 Septembre 2009

Je débute dans le groupe C. sur le bureau de la ville nouvelle de Saint Quentin en Yvelines où est la Direction du Département pour être formée avant de débuter seule sur Cergy. Je participe en arrivant avec des nouvelles embauchées à un stage de formation aux techniques de recherche d’emploi et à la méthodologie du Cabinet. Ce stage est animé par une consultante senior expérimentée qui m’impressionne beaucoup par ses compétences, son sens pédagogique et son enthousiasme communicatif. Je me rends compte aussitôt que j’ai tout à apprendre dans le domaine. L’ambiance est très agréable, tout le monde se tutoie, s’appelle par son prénom. A part les directeurs les consultants sont en majorité des femmes. Elles ont toutes plus de quarante ans, voire plus de cinquante ans, sont passionnées par ce qu’elles font et sont très ouvertes et accessibles. Je suis tout de suite acceptée et me sens immédiatement acceptée.   Nous mangeons toutes ensemble le midi à la cantine ce qui permet de mieux nous connaître. Il y a un vrai esprit d’équipe et une excellente ambiance. Je n’ai plus de patron réellement et la perspective d’être lâchée sur le bureau de Cergy en toute indépendance sans personne derrière moi pour me contrôler me réjouit certes mais m’effraie aussi beaucoup compte tenu de mon manque d’expérience dans le métier.

 

Quelques semaines après j’arrive donc au Bureau de Cergy et je retrouve la consultante qui avait participé à mon recrutement et qui est elle responsable du reclassement des cadres. Elle appartient au département outplacement individuel basé au Siège du Groupe à Paris. Nous allons avoir à travailler ensemble mais sans lien hiérarchique direct. C'est une femme très active, enthousiaste, sympathique mais je sentirai tout de suite qu’il y a une frontière entre l’outplacement individuel des cadres et l’outplacement collectif des ouvriers.

Dans les locaux tout est séparé même les toilettes. il y a des toilettes cadres et des toilettes ouvriers et employés.  Ils auraient très bien pu être mis en commun ce qui aurait permis de faire des toilettes hommes et des toilettes femmes.

Je me rendrai compte par la suite lors de mes déplacements au Siège que ce qui est vrai à Cergy l’est encore plus à Paris, où les consultants d’outplacement individuel cadres se considèrent supérieurs à nous consultants des plans sociaux d’ouvriers et d’employés. Ils se gargarisent de la relation interpersonnelle qu’ils ont avec des cadres supérieurs et des dirigeants alors que nous travaillons avec la masse.

 

Peu importe, je vais apprendre à travailler en toute indépendance. J’ai mes premiers salariés à accompagner. Je me souviendrai toujours des deux premiers : Claudine une comptable trésorerie et Pascal un employé de reprographie d’un grand groupe qui retrouveront rapidement un emploi. Claudine à Cergy près de chez elle et Pascal à Paris près de l’étoile dans un société de reprographie. Je suis très heureuse de ces résultats et je resterai longtemps en contact avec Pascal et 16 ans après, je suis toujours en contact avec Claudine.






Dans les plans sociaux, il y a également des cadres à accompagner et j’en accompagne quelques uns avec beaucoup de succès.

J’anime des sessions de formation aux techniques de recherche d’emploi assez théoriques et des ateliers plus ludiques de mise en pratique.


J’apprends également à faire de la collecte d’emploi. J’appelle spontanément des responsables de recrutement et des responsables de PME pour connaître leur besoin en recrutement et leur proposer les candidats dont je m’occupe. Cette téléprospection (la moitié de mon temps) qui est contre ma nature m’apprends aussi à lutter contre ma réserve et ma timidité. Je me force à le faire avec comme seul objectif reclasser les salariés qui me sont confiés sur des postes que j’ai moi-même collectés et cela fonctionne assez bien.

Je me souviens d’un employé d’un grand constructeur automobile qui avait le visage très rouge. Je ne l’avais jamais vu en état d’ébriété mais je savais qu’il ne serait pas embauché car son faciès (d’ancien alcoolique je pense)  pouvait inquiéter le recruteur. Je collecte un poste d’employé administratif dans une mutuelle qui lui correspond tout à fait. Quand j’ai le responsable de l’entreprise en ligne, je lui annonce la couleur, c’est le cas de le dire, en lui précisant qu’il ne s’inquiète pas du faciès très rouge de ce Monsieur qui m’a inquiétée moi-même au départ mais que je peux lui garantir que je ne l’ai jamais vu en état d’ébriété. Il le reçoit en entretien et me rappelle ensuite en me précisant qu’il va l’embaucher.  Il sera conservé à l’issue de sa période d’essai.

 

Je me souviens de ce Directeur Administratif et Financier qui bégayait fortement. Je lui conseille en début d’entretien de prévenir son interlocuteur de son bégaiement pour que le recruteur ne soit pas surpris et qu’il soit ensuite plus bienveillant à son égard. Il retrouvera également un emploi.

 

Les résultats sont là. Je commence à accompagner quelques cadres.

Au bout de quelques temps on me demande de faire aussi du développement commercial.  Je vais donc rencontrer des entreprises, présenter le cabinet et négocier avec eux des prestations de bilans de compétences ou d'outplacement individuel ou collectif. Je ne suis pas une bonne commerciale, je suis trop réservée, je n'aime pas négocier. Je me force néanmoins et comme j'arrive à parler de mon métier avec passion cela marche assez bien.

Les premiers résultats en engendrent d'autres et quand j'ai obtenu un client je le garde car il est content de la qualité de la prestation, des résultats obtenus et aussi de la bonne relation que je sais instaurer. J'augmente beaucoup mon salaire avec les primes que j'obtiens sur les contrats gagnés.

A suivre
 

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0

Publié le 13 Septembre 2009

Me voici de nouveau en recherche d’emploi. Après toutes les compétences que j’ai acquises, je ne veux plus être assistante.

 

En 1993, en pleine crise économique, si je retrouve un poste en entreprise dans un département ressource humaines, ceci implique certainement d’avoir à mettre en œuvre des licenciements économiques et je ne souhaite plus faire cela.

 


Il me faut donc changer de métier ce qui implique une formation longue. Je n’ai aucune motivation pour me former…. J’ai toujours appris de manière empirique.

Alors que faire sans diplôme sans qualification en pleine crise……


C’est l’abattement, je n’ai plus envie de rien, de plus je suis découragée par l’entreprise dans laquelle j’ai mis tant d’espoirs.


Néanmoins, J'ai conscience que pour poursuivre ma route et poursuivre mon ascension professionnelle et il va falloir bien prendre le prochain virage afin d'éviter une sortie de route.


 

Et puis une nuit, j’ai une illumination. C’est souvent la nuit que les idées fusent chez moi, insomnie quand tu me tiens…. Et si je profitais justement de cette crise tout en aidant ceux qui en sont victimes……. J’ai une expérience en reclassement de personnels ouvriers d’une centrale nucléaire en construction plus une expérience en recrutement et si j’alliais ces deux expériences pour me reconvertir dans le reclassement de salariés. Cette fonction de consultante en mobilité professionnelle se situe bien à la croisée des chemins de mes compétences, capacités et motivations.


Rentrer à l’ANPE pourquoi pas mais ce n’est pas gagné,  il faut passer un concours, je n’ai pas le niveau d’études et je ne me vois pas fonctionnaire. Peut être existe-t-il dans le privé des sociétés de conseils pour les demandeurs d’emploi ou peut être pourrais je proposer directement mes services à des entreprises qui mettent en œuvre des plans sociaux en consultant indépendant ou en contrat à durée indéterminée.

 

Dès le lendemain, je me renseigne. Il existe déjà plusieurs cabinets sur le marché : des très grands et des plus petits. C’est une cible à exploiter prioritairement. J’écris une lettre de candidature spontanée pour expliquer mes atouts en termes d’expérience et ma forte motivation pour ce métier, je ne joins pas mon CV.  Mon objectif est d’obtenir un entretien et je ne l’obtiendrai pas si je montre que je n’ai aucun diplôme, aucune formation. Je suis très satisfaite de ma lettre.


Les résultats ne se font pas attendre. J’ai plusieurs réponses. Je rencontre le dirigeant d’un petit cabinet qui accepte de m’embaucher pour mener une antenne emploi sur Quimper pendant 6 mois. Je travaillerai toute la semaine sur Quimper dans cette Bretagne, dans cette ville ou j’ai des racines (ma grand-mère qui m’a élevée y est née, y a vécu). Mes frais de logements seront pris en charge.  J’annonce la nouvelle le soir à Jeff qui me demande de renoncer à cet emploi, il ne supporte pas l’idée de devoir être seul toute la semaine avec les enfants.  Si j’accepte cette proposition malgré tout je mets mon couple en péril une nouvelle fois, je ne le veux pas et j’y renonce avec regret et en voulant beaucoup à Jeff de m’avoir privé de cette perspective enthousiasmante.

 

J’ai d’autres rendez-vous dans des cabinets dont un dans le plus grand cabinet français de ressources humaines de l’époque le Groupe C... qui a un poste à pourvoir sur le bureau de Cergy qui va ouvrir pour prendre en charge la responsabilité du reclassement du personnel Ouvriers, employés et techniciens. Je n’ose pas y croire. Je ne dois pas manquer cette opportunité. J’enchaîne les entretiens avec différents consultants, je passe toute une batterie de tests psychologiques, de motivation. J’ai même le droit à une graphologie. En final je suis présentée au Directeur de l'activité emploi., Monsieur L…, avec qui j’ai un très court entretien très convivial et sympathique. Il me demande pourquoi j’ai quitté mon dernier poste dans l’immobilier d’entreprise et je lui dis la vérité tout simplement. A la fin de l’entretien, il me dit que je suis embauchée et me demande si je peux débuter immédiatement. Je n’en reviens pas : Intégrer le leader en France de l’outplacement, jamais je n’aurais osé le croire. Il est certain que je vais m’impliquer à fond pour remercier de cette confiance et de cette chance que Monsieur L…. me donne mais d’un autre côté, ma confiance en moi étant très relative, je doute beaucoup de mes capacités à réussir ce challenge.

 

Un an plus tard en revenant déjeuner avec Marie-Pierre dans mon ancienne entreprise (voir article), je rencontre à l’accueil une négociatrice que j’appréciais beaucoup et qui me dit qu’elle a des nouvelles de moi régulièrement ce qui m’étonne beaucoup. Très étonnée, je lui demande par qui. Elle me répond par ton Directeur. Elle est en effet la Belle fille de Monsieur L… qui lui avait bien entendu demandé son avis avant de m’embaucher.

 

Morale de cette chronique :

Il est très important en recherche d’emploi de contacter son réseau relationnel car, le monde étant petit, on est jamais bien loin du contact que l’on recherche…..

Toujours dire la vérité sur son départ sans critiquer son ancien patron ni son ancienne entreprise, tout peut se vérifier.

 

Bientôt la suite de mon histoire professionnelle…

 

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0

Publié le 9 Septembre 2009

A Brigitte avec toute mon amitié,


bon anniversaire pour tes 2x30 ans



photo flickr mise à disposition par OB


Rose sensuelle  si fragile

 

Ta plume, épine indocile,

 

A l’encre de tes larmes  écrit

 

des océans de mots symphonie.

 

Sur chaque pétale de papier,

 

tu te dévoiles sans T’effeuiller

 

nous comblant d’un infini plaisir

 

Jamais ton cœur ne pourra vieillir


Eglantine / 6 septembre 2009

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Poèmes

Repost0

Publié le 4 Septembre 2009

Le dimanche précédant l'opération Laurence notre fille vient nous rendre visite. Je ne lui ai encore rien dit pour ne pas l'inquiéter et je lui annonce que je vais me faire opérer du sein. Laurence est gastro-entérologue-hépatologue dans un hôpital parisien. Elle me demande ma radio, je lui montre et elle me dit rassurée que les fausses images radiologiques existent et que peut être qu'il n'y a rien du tout et que s'il y a tumeur, elle est infime. Elle me recommande de surtout pas me faire opérer avant d'avoir consulté un autre radiologue sénologue. L'opération étant programmée,  ne supportant pas l'idée que ce grain de riz puisse grandir encore en attendant d'avoir un autre rendez-vous, je décide de passer outre son conseil.


L'avant-veille de l'opération, je me rends à l'hôpital pour rencontrer l'anesthésiste. Il regarde mes radios et après examen médical approfondi, il me déclare apte à être opérée.... Ouf. En sortant, je surprends la conversation de l'anesthésiste avec un assistant à qui il dit « Je me demande comment va faire le chirurgien pour situer ce qui est à enlever, je leur souhaite bien du courage. Je me rappelle soudain ce que m'a dit ma fille mais cette idée s'évacue rapidement, demain je rentre à l'hôpital et après demain plus de grain de riz, juste un mauvais souvenir.


Le lendemain soir, je rentre à l'hôpital. Je partage ma chambre avec une femme à qui on vient de retirer l'utérus complet. Ceci me permet de relativiser. Il fait très chaud : 35 °, les chambres ne sont pas climatisées, c'est d'autant plus insupportable que je ne dois rien avaler pas même de l'eau. Je ne dors pas de la nuit car ma campagne de chambre souffre énormément. J'essaye de la réconforter en lui parlant doucement. J'appelle une fois l'infirmière qui lui administre un calmant. La nuit passe difficilement, l'angoisse montre. Vais-je autant souffrir demain après l'opération.


Enfin le jour se lève, j'attends patiemment qu'on vienne me chercher. Le brancardier arrive en fin de matinée vers 11 heures, j'ai faim, j'ai soif. Il est temps que cela finisse. Je pense qu'il m'achemine au bloc opératoire, et bien non. Uniquement au service radiologie pour une radio qui permettra de situer la tumeur avant l'opération.


Je n'imaginais pas que ce grand hôpital pouvait avoir en sous-sol un réseau impressionnant de sous-terrains  avec de longues artères sombre que les brancardiers dévalent à toute vitesse en se croisant. Il ne manquerait plus que nous ayons un accident de brancard !


Nous ressortons enfin à la lumière et le brancardier me laisse devant le service radiologie dans un couloir de l'hôpital. Il y a d'autres patients parfois perfusés de partout qui attendent sur des brancards. Les patients de ville passent devant nous pour pénétrer dans la salle d'attente. Ils détournent le regard gêné comme si éviter de nous regarder pouvait les éloigner de la maladie. L'attente est interminable.


Enfin on me fait rentrer dans la vaste salle de radiologie. Je descends du brancard. On m'écrase de nouveau le sein droite dans tous les sens. Le radiologue examine ensuite ses clichés longuement devant moi. Il les repose sur mon bureau et me dit « je ne vois rien, il n'y a rien ». Néanmoins je vais tout de même faire une échographie pour vérifier. Je m'allonge sur le lit et de nouveau le gel gluant et froid sur les seins au passage de l'appareil. Il examine l'écran longuement puis me dit. Bonne nouvelle, vous pouvez rentrer chez vous, il n'y a rien du tout, c'était une fausse image radiologique. il n'y aura pas d'opération, je préviens le bloc. Je pense aussitôt à ma fille qui va bien se moquer de moi quand je vais lui raconter.


Le brancardier vient me chercher, nous dévalons de nouveau les sous-terrains à toutes vitesse et me voila de nouveau dans ma chambre. Aussitôt arrivée je demande de l'eau et à manger. On me répond que ce n'est pas possible puisque je n'ai pas encore été opérée. Surréaliste ! Apparemment l'information n'est pas passée auprès des infirmières. Je leur explique, je leur demande d'appeler la radiologie ou le bloc pour vérifier. Elles le font et m'apportent aussitôt un plateau repas et une bouteille d'eau.


J'appelle mon Jeff pour le rassurer et lui demander de venir me chercher vite. J'explique à ma compagne de chambre qui va mieux ce qui m'est arrivé. Elle me dit que j'ai beaucoup de chance et que pour elle c'est le contraire. Elle se faisait suivre régulièrement, elle avait fait des échographies et ils n'avaient rien vu !! Je culpabilise alors d'être en bonne santé et cela fait baisser en moi la colère qui me gagne, colère contre le premier radiologue, contre le chirurgien, contre moi même.  Je fais ma valise rapidement et m'habille.


Jeff arrive. Nous allons dire au revoir aux infirmières très agréables. L'infirmière chef me dit que je ne peux pas partir sans que le chirurgien soit passé me voir et ait signé mon bon de sortie.  Je demande à le voir tout de suite. Ce n'est pas possible me dit elle, il est au bloc. Il passera en début d'après midi. A 15 heures, il n'est toujours pas là. L'infirmière me demande encore un peu de patience. 15H30,  personne. Je vais voir l'infirmière et je me dis que je me moque du bon de sortie du chirurgien qui m'a fait hospitaliser pour rien, que je suis libre de mes actes et que je m'en vais. Je suis prête à signer une décharge puisque n'ayant rien, je ne risque rien. Je me dirige vers ma chambre pour saluer une dernière fois ma compagne de chambre.


Nous ressortons dans le couloir et je vois le chirurgien qui se dirige vers nous. Curieux tout de même qu'il arrive ainsi. Il semble gêné. Il ne s'excuse même pas et me dit vous savez nous préférons être prudents quitte à opérer pour rien plutôt que de ne pas retirer des tumeurs cancéreuses. Sachant que c'est cette raison qui m'a décidé à me faire opérer, je comprends son argument même si l'on peut penser qu'ils ont aussi des intérêts financiers à opérer. Je lui dis que je ne lui en veux aucunement mais je demande à ce qu'il me donne mon dossier médical avec mes radios et les différents comptes-rendus. Il refuse en me disant que le dossier n'est pas à moi et qu'il appartient à l'hôpital. Je lui rappelle la loi que chacun a le droit à son dossier médical. Il me dit qu'il va me rendre ma radio initiale mais qu'il me donnera pas les radios de l'hôpital.


C'est totalement illégal et j'explose alors en lui disant que je ferai une lettre recommandée au Directeur de l'hôpital pour le mettre en demeure de me les rendre. Il me tend le dossier sans les radios de l'hôpital. Je l'attrape et nous nous levons avec Jeff et prenons congé. Souhaitant oublier, je n'ai pas fait cette lettre.


Je n'oublierai jamais de toutes façons car aujourd'hui, même si ce grain de riz n'est pas dans mon sein, il est toujours dans ma tête et je crains qu'il réapparaisse. Rassurez vous je me fais contrôler régulièrement.

Puisse mon histoire servir de leçon.

 

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0