Publié le 27 Mars 2010

 

Voici la suite de ma biographie. Après :


L’ancienne Directrice enseignait le Français ce qui n’était pas le cas de la nouvelle.


Elle embaucha  une jeune femme entre 30 et 40 ans qui me plut tout de suite. Elle avait les cheveux retenus en une longue et rousse queue de cheval , un visage très pâle constellé de tâches de rousseur et éclairé par un regard clair très expressif.


J’imaginais souvent que ma mère n'était pas la mienne. J'imaginais que ce nouveau prof aurait pu être ma mère ou en tout cas que c'est comme cela que j'aurais aimé qu'elle soit. J’ai toujours eu l’écriture facile et je redoublais d’effort de créativité et d’expression dans mes rédactions pour lui plaire, la surprendre par ma maturité acquise par les difficultés de la vie.


J’y réussis facilement. Je me souviens m’être passionnée pour Chateaubriand et ses mémoires d’outre tombe et d’avoir fait avec Ariane un exposé sur cet écrivain et sa vie à Combourg dans son donjon qui lui servait de Chambre. Nous étions dans notre pleine époque romantique et nous imaginions le petit François René les nuits d'orage dans son donjon.

Je lus aussi sur ses conseils l’Emile de Jean-Jacques Rousseau.



Souvent après la classe, nous échangions. Elle s’intéressait à moi, cherchait à savoir comment je vivais, ce que je lisais. Je lui parlais de ma grand-mère qui m’avait appris à lire et surtout m’avait donné le goût de la lecture, même si c’était des romans un peu à l’eau de rose qu’elle me faisait lire comme les Dehli qu’on pourrait aujourd’hui comparer aux romans des Éditions Arlequin.


Je lui parlais des films que mamie qui venait de perdre papie m’emmenait voir au cinéma : Sissi impératrice, les Hauts des Hurle vents, Mayerling…


Moi et mammie à cette époque à Paris 14ème


Je lui disais aussi ma passion pour Jules Vernes que mon père m’avait fait découvrir en m’achetant à crédit (qu’il ne payait pas) toute une collection.


 

Je ne luis parlais pas de l’indifférence de ma mère, de sa dépression, de l’alcoolisme de mon père. Cela m’aurait certes soulagée mais de ces choses là je ne pouvais en parler aisément.


Je me souviens d’une fête de l’école. Elle y acheta un petit sachet père noël fait main en  papier crépon rouge et blanc décoré et qui contenait un chocolat. Elle me l’offrit. Je dégustais le chocolat et je gardais précieusement l’emballage que je collais le soir même dans mon journal intime, journal que j’ai hélas détruit par la suite  pour que personne d’autre que moi puisse en prendre connaissance. Je le regrette encore aujourd’hui


Je grandissais et quittait progressivement l’enfance pour l’adolescence, la période où les garçons commencent à vous regarder d’une façon déplaisante, la période des premiers émois amoureux, des premiers baisers timides car on ne sait pas trop comment s’y prendre. On s’est dit entre filles qu’il faut embrasser avec la langue mais sans vraiment avoir un mode d’emploi

précis !! On ne veut pas avoir l’air bête et empruntée mais on l’est forcément.


Lors d’un séjour de vacances en Italie à Massa dans un camp de jeunes  avec le Comité d’entreprise de la banque où travaillait mon père, Je rencontrais Antonio  un italien beaucoup plus âgé que moi qui n’arrêtait pas de me tourner autour, qui m’amusait beaucoup en me disant avec un sourire de cinéma « Tou es la plou belle fille du monde », il me faisait beaucoup rire et ce fut mon premier flirt juste pour essayer et faire comme tout le monde.


L’été suivant j’ai rencontré dans un autre camp  à Dubrovnik dans l'ex  Yougoslavie (à l’époque) un jeune étudiant journaliste. Ce fut mon premier amour. Il était brun, la peau mate avait de grands yeux noirs pleins de douceur. Il était romantique et tendre à souhait et j’étais follement amoureuse. Hélas les vacances ne durèrent que quelques jours, je  suis revenue en France, nous nous sommes écrits quelques temps.  Il promettait de venir me voir. Il ne vint jamais et nous sommes perdus de vus. Je me demande aujourd’hui parfois ce qu’il est devenu et s’il a survécu à cette guerre fratricide horrible entre bosniaques et serbes.


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Rédigé par eglantine

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Publié le 20 Mars 2010

Voici la suite de ma biographie. Après :


Ci-dessous bribes d'enfance (4) - Amitiés


Après le départ de Renée, la vie reprit comme avant. Mon père buvait de plus en plus ce qui nuisait à sa santé. Il était souvent en arrêt maladie et pour tuer le temps, il s’adonnait à l’alcool.
  Progressivement, je quittais l’enfance. Je m’étais adaptée à cette école, aux professeurs, à mes camarades mais je gardais au fond de moi une rancœur tenace..  Ce n’était pas de l’adaptation mais de la résilience.. J’ai toujours fait des efforts énormes pour m’intégrer partout, j’y suis arrivée en surface seulement car j’ai toujours au fond de moi et encore aujourd’hui l’impression d’être un vilain petit canard au milieu des cygnes.


Les amitiés d’enfance sont inoubliables.  Je me souviens d’Ariane, de son beau visage, de la force de son regard, de ses cheveux blonds cendrés. Nous étions inséparables. Elle fut la seule que j’osais inviter chez moi dans cet appartement qui suintait d’humidité mais qui transpirait aussi  la pauvreté et le mal être. Je savais qu’elle ne m’en voudrait pas et qu’elle resterait mon amie. J’allais aussi chez elle dans un bel appartement cossu mais que je trouvais triste sans aucune fantaisie. Elle ressemblait beaucoup à sa maman, la même élégance, le même charisme adouci par un regard intelligent et généreux. Son père qu’Ariane craignait m’impressionnait par sa taille, sa corpulence, sa raideur militaire mais je sentais que cette carapace protectrice cachait une certaine sensibilité. Ariane avait un frère, Yves, grand, mince et très discret.  La maman d’Ariane m’aimait beaucoup et j’étais la seule de ses amies à être invitée chez elle. Nous écoutions ensemble à la radio dans sa chambre « Salut les copains » et nous nous confions nos joies et nos peines. Après les vacances, à la rentrée des classes, nous étions toujours très heureuses de nous retrouver.  


Une photo de moi à cette époque à défaut d'avoir des photos de mes amies.



J’avais une autre amie, Annie,  blonde aux yeux bleus dont je me souviens plus le prénom. Elle vivait avec sa mère qui vivait avec l’ambassadeur en France d’un pays d’Afrique. Son père un belge lui manquait beaucoup. Un jour elle me montra sa photo. C'était un très bel homme qui lui ressembait beaucoup.  Elle vivait dans une belle villa style colonial en bord de seine. Elle m’y invita une fois. J’étais impressionnée par la taille de la cuisine et la richesse des lieux. Il y avait une cuisinière et des domestiques. Sa maman m’accueillit très bien.  Annie et moi devions partir quelques jours plus tard en classe de neige par train. Elle me proposa de m’emmener à la gare de Lyon avec sa fille. Le soir du départ, je me rendis chez elle et nous partîmes dans une imposante limousine noire arborant le fanion étoilé. L'ambassadeur un africain très élégant m'accueillit avec un grand sourire s'assit  à l'avant et je m'assis derrière avec mon amie et sa maman. Le trajet passa vite, trop vite. Je pris beaucoup de plaisir à traverser Paris à bord de cette voiture.  J'étais dans un monde qui n'était pas le mien mais me faisait rêver. Annie resta peu de temps à l'école. La belle maison fut vendue quelques temps plus tard pour en faire un centre aéré de la ville. Je fus très attristée de son départ.

La Directrice de l'école autocrate et acariâtre qui me faisait toujours sentir ma différence partit à la retraite. Ce fut pour moi un vrai soulagement. Elle fut remplacée par une autre vieille demoiselle au cheveux blancs qui me parut tout de suite sympathique. Elle nous enseignait l'histoire avec enthousiasme et j'attendais chaque semaine avec impatience ses cours. Je pense sincèrement qu'elle m'aimait bien même si elle ne laissait rien paraître.  L'école y gagna en ouverture et on y vit quelques élèves arriver qui n'appartenaient pas à la bourgeoisie de la ville.

A suivre

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Rédigé par eglantine

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Publié le 13 Mars 2010

Au matin, la mer, sale, étale s’étalait partout, à perte de vue, de vie, de mort. Elle avait repris ses droits, ses terres, anéanti ces stupides dunes qu’ils appelaient digue, digue digue dondaine, elle avait  la haine chevillée au port !

 

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Partout ils s’activaient, leurs camions allaient de long en large en son large, des lucioles folles vrombissaient au dessus de ses vagues, elle n’avait pas de vague à l’âme, juste une immense, intense, une infinie colère contre ses rampants vers de terre qui écumaient ses côtes et vidaient ses fonds de ses habitants.


Hier encore, Magali était venue la voir, la contempler disait-elle. C’est pour cette raison  qu’elle avait choisi de s’installer ici pour y finir ses jours avec Henri. Mais Henri n’avait pas su attendre, il était déjà parti, un accident vasculaire cérébral l’avait emporté, et chaque matin Magali s’en souvenait avec douleur en regardant l’oreiller vide à son côté. Sa photo trônait près du téléphone qui ne sonnait plus guère. Les enfants ne venaient l’envahir qu’aux grandes vacances, ils jugeaient que c’était trop loin pour eux, depuis Strasbourg.

Elle, elle aimait tant la mer qu’elle venait la saluer chaque jour, même au pire de  ses démences, elle s’habillait juste en conséquence. Et puis le médecin lui avait prescrit de marcher pour se vider la tête. Comme si son cerveau ne marchait pas en même temps que ses jambes usées. Alors, elle allait alerte saluer cette compagne facétieuse qui savait aussi lui offrir tant de douceurs. Elle versait quelques larmes devant un lever de soleil plus somptueux que la veille. Elle se saoulait de vent, de sable et d’iode.

Mais ce matin gris, la météo avait ordonné de ne pas sortir, et c’est la mort dans l’âme qu’elle avait vidé le jardin des tous ces accessoires, sauf la balançoire qui était arrimée à des plots de béton, et qui était sensée ne pas s’envoler. Elle avait bouclé les volets, mis en lieu sur ses jardinières, enlevé les pinces à linge et même le fil de nylon qui risquait de se briser net. Elle était prête.


La maison commençait déjà à tanguer dangereusement, les murs à danser, à craquer, les tuiles à émettre des sons sinistres et inquiétants. Elle avait tenté de couvrir ces bruits intenables, et plus le soir s’enlisait, et plus elle se disait que la nuit serait terrible, mais que ça passerait, comme le reste.  Elle avait éteint la télévision dont le programme était toujours aussi affligeant. Elle avait mis Mozart à fonds et même Mozart ce géant, ne s’en sortait pas indemne, contre les rugissements affolants du vent. Tant de vacarme, elle n’avait pas peur au sens propre du terme, elle était juste inquiète des dégâts, de gérer seule les conséquences, elle se demandait si les assurances….. Sa pension était si modeste, elle ne voulait rien demander aux enfants.


Bon et puis, elle n’en était pas à sa première tempête,  et même si rien ne serait à nouveau pareil, si Henri n’était plus là pour l’étouffer entre ses bras, pour calmer ses angoisses, quand la peur s’accrochait et ne voulait pas céder la place,  elle savait qu’elle n’allait pas pouvoir s’endormir si sereine.

Alors, lasse de trembler et de se retourner entre ses couvertures,  elle s’était résolue à oublier, deux somnifères avaient suffi. Elle s’était dit qu’elle se réveillerait, la tête un peu lourde peut être, la bouche un peu pâteuse aussi, mais que tout, tout serait bel et bien fini à l’aube, que le ciel serait de nouveau bleu, la mer calmée et les vagues assagies.      


La mer ne l’avait pas entendu de cette oreille, elle était venue jusqu’à elle, la mer l’avait cueillie dans son lit, et elle Magali, n’avait eu le temps de se rendre compte de rien, son oreiller inondé de larmes trop salées, l’avait étouffée et fait disparaître dans le néant.


Elle voulait juste vivre ses derniers beaux jours près de ses flancs blancs, y mourir aussi sans doute, un jour, mais pas comme ça, non, pas comme ça !

 

                                                                            Brigitte Lécuyer  

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Rédigé par eglantine

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Publié le 6 Mars 2010

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Sur  les berges du rû de Liesse

Saule esseulé et échevelé

Flot de larmes d’or laisse couler

Dans un grand élan de tendresse

Allez Viens Dame Quichottine

A voix basse un conte lui chuchoter

Pour donner des ailes à ses racines

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Rédigé par eglantine

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