Publié le 24 Avril 2010

Après :

 

 

 

Voici la suite de ma biographie (partie d'un écrit déjà diffusé sur quai des rimes avant que je me lance dans ma biographie mais pour que ceux qui ne l'ont pas lue puisse comprendre la suite de mon histoire, il était essentiel de la diffuser de nouveau ici car c'est une partie essentielle et charnière de ma vie)

 

Mon père avait acheté un talkie-walkie (pour les connaisseurs un Tokaï 500). C'était un gros talkie-walkie assez puisant qui avait une bonne portée qui sortait des limites d'un appartement. Il s'était vite lassé de son jouet que j'avais récupéré.

 

Mes débuts de cibiste on été discrets. Le soir après le collège et le week-end, je tournais le gros bouton et j'écoutais les cibistes échanger entre eux...... Pour la plupart c'étaient des hommes d'un certain âge (OM : old man veut dire homme dans le langage cibiste pas forcément vieux) qui tenaient des discours très techniques auxquels je ne comprenais rien. Chaque cibiste à un pseudonyme. J'avais choisi Barbara (j'étais dans ma pleine période Prévert : « Souviens toi Barbara, il pleuvait sur Brest ce jour là ». C'était un peu stupide quand j'y pense, Barbara cela fait quelque peu séductrice et cela ne me ressemblait pas du tout.

 

Un jour enfin j'ai osé sortir de l'ombre, presser le bouton et prononcer quelques mots du bout des lèvres avec ma voix d'adolescente mal assurée « Appel général, appel général de Barbara ». Il y avait très peu à l'époque de femmes cibistes (YL : young ladie qui veut dire femme pas forcément jeune) à l'époque, Imaginez chers lecteurs l'effet que cela a pu avoir chez ces « OM » un peu machos, il faut l'avouer.

 

 Candide comme je l'étais à l'époque, j'ai été très surprise du résultat et très ennuyée. Tout le monde souhaitait parler avec Barbara et je n'avais rien à leur dire.

 

De plus, je ne comprenais pas la moitié de ce que l'on me disait en langage cibiste « quel est ton QRA, quel est ton QRA me répétait t'on ». Certains de ces messieurs plus futés que les autres ont bien compris que je ne connaissais pas du tout le vocabulaire et que j'étais arrivé sur le canal 27 par le plus grand des hasards et que si ils voulaient m'entendre à nouveau ils fallait qu'ils traduisent.  Je les en remercie.  QRA veut dire domicile (ville).  Mais pourquoi voulaient-ils tous savoir où j'habitais.  Je leur ai répondu que j'habitais Rueil-Malmaison, heureusement pour ma tranquillité, ce n'était pas un village où je ne serais pas restée très longtemps anonyme  !

 

Devant leur empressement et leur afflux de questions, je me suis très rapidement mise en  QRT  (on cesse d'émettre... temporairement).

 

Et puis j'ai repris, et j'ai noué des contacts privilégiés avec certains cibistes qui habitaient dans la région, la portée de mon Tokaï 500 n'était pas très grande, certains avaient connus mon père lors de son passage éclair sur la fréquence. Il y avait pratiquement que des vieux cibistes, peu de jeunes mais je venais souvent échanger avec eux pour  lutter contre l'ennui et la solitude qui me rongeaient.

 

Il y avait bien un  jeune que j'entendais souvent, ce n'était pas réellement un cibiste. Tout le monde pensait que c'était un radio-amateur, un pro. En fait c'était un petit génie de la technique,  qui conversait avec le monde entier . Il m'énervait passablement car lorsqu'il parlait, sa puissance était telle qu'il couvrait tous les autres et qu'on ne pouvait plus échanger. On aurait dit qu'il prenait un malin plaisir à étaler sa puissance et montrer à tous qu'il était en communication avec des radios amateurs du monde entier.

 

 Cela m'énervait mais  m'intriguait à la fois.... Je me faisais un plaisir de l'écouter, sa voix était plaisante.  Il me snobait vraiment ce qui n'était pas pour me déplaire bien au contraire.

Son pseudo ou plutôt ses pseudos : « Juliet Mike » pour les échanges internationaux et pour les cibistes avoisinants c'était tout simplement ou impérialement Titus. Ce nom d'empereur romain qui disait tout et son contraire : Titan (géant) ou titi (petit) me plaisait bien car il entretenait le mystère et j'ai toujours aimé les paradoxes.

 


 

 

Mais j'aimais bien aussi «Juliet Mike »  pour  le côté made in USA de ce double prénom et l'aspect féminin et romantique de Juliet qui me faisait penser à Roméo (autre prénom de la CB) et Juliette. Et si ce Juliet  devenait mon Roméo.

 

Barbara décidément ne me plaisait plus cela n'allait pas dans le contexte et Dutronc remplaca Prévert dans mon coeur : « le monde entier est un cactus », Du jour au lendemain Barbara devint « cactus » ..... Cela rimait bien avec Titus et c'était comme un avertissement : « N'approche pas, qui s'y frotte s'y pique ».

Savais-je à cette époque la consciemment ou inconsciemment que le danger attire les jeunes audacieux..... Cela eut son effet sur le 27 méga et sa Majesté de la CB, Titus 1er, voulut connaître cette jeune Barbara (j'avais 17 ans) qui de jeune fille extravertie légère, séductrice comme pouvait le laisser penser son prénom sortait soudain tous ses piquants. Il y avait dans cette mutation matière à en émoustiller plus d'un....

 

La rencontre eut lieu dans une brasserie près de la gare de Rueil une belle journée de printemps . Je m'en souviendrai toute ma vie, je portais une robe short légère et fleurie choisie pour l'occasion.

Titus apparut alors et tout de suite je fus séduite par ces cheveux longs auburn, son regard appuyé intelligent et doux. 

 

Je compris tout de suite qu'il n'était pas déçu par la jeune fille brune aux cheveux longs qui n'était pas du tout à son aise dans cette rencontre improvisée.

 

Mon côté militant (toujours défendre les plus faibles) que j'ai toujours gardé  prit le dessus. Je lui fis part de mes revendications lui faisant le reproche d'émettre quand je parlais avec les autres et de nous couvrir.

Il s'excusa en souriant (quel sourire) et me proposa de venir émettre chez lui ou plutôt chez ses parents ce qui me permettrait d'échanger et de dépasser les limites de Rueil et d'échanger sans frontière.

 

 

 

Je revis Jean-François (son vrai prénom dans la vie) souvent chez lui.

Je l'ai aussitôt appelé Jeff certainement pour conserver ce côté U.S. qui me plaisait dans son indicatif radio (aujourd'hui on dirait pseudo).

 

J'étais impressionnée par le matériel qu'il avait dans sa cave et par cette antenne géante motorisée qui tournait sur son toit. Nous échangions ainsi avec le monde entier et particulièrement avec le Québec. J'étais très heureuse ensuite de recevoir des QSL (cartes postales qui témoignaient de ces échanges internationaux sur les ondes).

 

Il venait parfois chez mes parents. Je me souviens de son grand éclat de rire quand je lui montrais mes jardinières sur mon balcon et qu'il vit chaque brin de muguet soutenu par un tuteur que j'avais confectionné avec une allumette !! Il n'y avait pas de cactus..... Je crois vraiment que j'ai fini de le séduire ce jour là.

 

 

 

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Rédigé par eglantine

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Publié le 17 Avril 2010

Après :

Voici la suite de ma biographie :

 


Mes parents n’ayant pas les moyens de me payer des études secondaires dans un lycée privé, il me fallait continuer mes études de nouveau dans le public. Je dus donc passer un concours d’entrée en 6ème concours exclusivement réservé aux élèves du privé souhaitant passer dans le public. Bien qu’étant bonne élève et ayant obtenu facilement mon BEPC, je fus recalée.


Mon rêve étant de devenir journaliste pour valoriser ma passion pour l’écriture mais je savais que mes parents ne pouvaient pas me payer ses études.

 

Alors je voulais devenir sage-femme. Pour moi aider à donner la vie était le plus beau métier du monde. Mes parents s’y opposèrent. Il ne faut pas oublier qu’ils avaient perdu leur fils mort né à cause d’une erreur d’accouchement. Il leur en était resté une rancœur importante contre le corps médical et alors qu’ils n’étaient jamais d’accord en ce qui me concerne, cette fois ci,  ils firent front contre moi. Ils prétextèrent que ce n’était pas un métier pour une femme à cause des horaires qui empêchaient d’être disponible pour les siens. Je leur en ai beaucoup voulu.


Je décidais donc de faire les études les plus courtes possibles et je décidais de rentrer dans un collège d'enseignement technique (CET) à Asnières pour préparer un BEP de secrétariat. Je pourrais ainsi en deux ans avoir un métier, trouver du travail et enfin prendre ma liberté et les quitter enfin.


C’est ainsi qu’un beau jour de septembre, je fis ma rentrée dans ce collège public d’enseignement technique tout près de la Gare d’Asnières. Venant du privé et sachant comment on considérait dans le public les élèves venant du privé, j’étais au début très méfiante et sur mes gardes. Je redoutais le pire.
Je fus surprise de constater que tous les profs semblaient ignorer cela et je fus très bien accueillie.

 

 

 

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Photo google map

 

 

La plupart de mes collègues avaient de sérieuses difficultés scolaires ce qui n’était pas mon cas. 

 

J’appris la dactylographie sur de vieilles machines underwood. Il fallait apprendre à taper sans regarder ses doigts avec un cache clavier pour résister à la tentation de regarder. J’appris aussi la sténographie aisément mais ces matières techniques après m’avoir amusé quelques semaines pour leur aspect nouveau  m’ennuyèrent vite à terme. Je détestais la comptabilité et le droit.


Nous avions un professeur de français extraordinaire, Madame Bellevue,  une dame, la cinquantaine blonde, avec de jolis yeux turquoise pétillants d’intelligence, toujours souriante. Bien qu'avenante, elle imposait par sa présence et son autorité naturelle. Je fus conquise. Passionnée par son métier, le français et l’histoire,  Ses cours étaient d’une grande qualité.. J’attendais avec impatience ses cours. 


Elle organisa plusieurs promenades à Paris. Je me souviens encore de la visite de la conciergerie et de la Sainte-Chapelle.


Ecrire a toujours été naturel chez moi, je crois être née avec un stylo dans la main. Je n’avais jusqu’à présent jamais soigné mes rédactions.  Dans le désir de plaire à Madame Bellevue, je me surpris à soigner mon style, à réfléchir beaucoup plus. Mes textes gagnèrent en maturité. J’étais fière quand elle les lisait à toute la classe.

 

Elle nous appris l’histoire contemporaine. Je buvais ses paroles. Le soir après la classe, je prenais beaucoup de plaisir à feuilleter des magasines, à les découper pour illustrer ses cours dans mon cahier d’histoire / géographie.

 

C’était un exercice que j’aimais beaucoup. Je crois que je garde de cette période la le goût pour illustrer des écrits par des images. Mon cahier était en quelque sorte un blog avant l’heure et il y avait même les commentaires élogieux de mon professeur sur mon cahier comme sur mon blog. 

 

Je n’avais jamais eu auparavant d’aussi bonnes notes en Français et en histoire. Je discutais souvent avec Madame Bellevue après la classe. Elle me disait que c’était dommage que je ne poursuive pas d’études plus loin mais qu’elle était sûre que j’allais réussir. Je me confiais beaucoup à elle.

Par contre, je n’aimais pas la prof principale qui nous enseignait les matières professionnelles et c’était logique vu le peu d’intérêt que je portais à ses matières. Il m’arrivait parfois d’échanger quelques mots avec elle en cours et me retrouver dans le bureau de la surveillante générale.


Cette surveillante générale était redoutée, elle ressemblait un peu à la Folcoche de  «Vipères au poing d’Hervé Bazin par son autoritarisme et son aspect rigide, impitoyable.

 

A force d’aller dans son bureau, j’appris à la connaître et à l’apprécier. Elle me grondait pour le principe quand je me retrouvais dans son bureau mais je sentis qu’elle était en fin de compte contente d’échanger avec moi.  En plus elle n’avait pas l’air d’apprécier vraiment la prof d’enseignement technique et cela nous rapprochait.


J’avais d’excellentes notes dans toutes les matières générales et des notes assez médiocres dans les matières techniques ce qui faisait écrire à la prof principale sur mon bulletin de notes « Capable du meilleur comme du pire, mais devrait réussir ». Cela m’est resté parce que je pense que le début de cette appréciation est tout à fait véridique encore aujourd'hui : Je suis capable du meilleur comme du pire car je suis entière j’aime ou je n’aime pas et quand je n’aime pas, je le fais savoir avec impertinence.

 

A suivre.....

 

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Rédigé par eglantine

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Publié le 3 Avril 2010

Voici la suite de ma biographie. Après :

 

C’est ainsi qu’arriva dans ma classe Marie-Pierre. On aurait dit un garçon. Assez grande, forte, les cheveux courts, elle avait une belle assurance et nous toisait tous avec ses petits yeux à la fois malicieux et narquois. J’admirais son assurance et je n’eus pas trop d’efforts à faire  pour devenir son amie. Ses parents que je ne vis jamais tant elle était livrée à elle-même étaient des ouvriers. Elle se fichait comme moi de la religion et il nous arrivait d’avoir des fous-rire que nous essayons tant bien que mal de cacher pendant les prières imposées en début de journée et avant de déjeuner.

Elle vivait dans une cité HLM de notre ville qui n’avait pas bonne réputation. Elle souffrait comme moi d’un manque d’amour et d’attention. Tout ceci nous rapprocha et nous furent très vite inséparables. Je ne me sentais plus seule. Finies les récréations ou je restais adossée à un mur à observer les autres, à envier leurs vies mais sans vouloir vraiment leur ressembler. 

Cette amitié ne plaisait pas à certains professeurs qui faisaient tout pour nous séparer en classe. Le professeur d’anglais, nous reprocha un jour notre « instinct grégaire ». Il nous fallut regarder dans le dictionnaire pour bien comprendre ce qu’elle avait voulu dire.  Je pense avec du recul qu’elle avait bien compris que ce grégarisme ne nous poussait pas au meilleur bien au contraire. Il fallait que nous nous distinguions de toutes ces petites mijaurées bien polies et policées qui étaient nos compagnes de classe et dont nous nous moquions ouvertement. Nous aurions pu avoir quelques problèmes mais il se trouvait que la Nouvelle directrice avait pris Marie-Pierre en affection et qu’elle m’aimait bien aussi. Un jour que Marie-Pierre était absente pour avoir tenté de se suicider en avalant des médicaments, la Directrice m’appela dans son bureau et m’indiqua qu’elle allait revenir et qu’il fallait que je sois très gentille avec elle et que je l’environne bien.  Elle me demanda aussi de la prévenir si je voyais que cela n’allait pas. Cette confiance me toucha mais je m’en sentis indigne. Il est difficile d’aimer sans rien attendre en retour quand on est soi même en quête d’amour.

Les week-ends je sortais avec Marie-Pierre et ses nombreux copains de sa cité. Nous allions à Paris, nous promener dans les bois de Saint-Cucufa. Certains avaient des motos et nous montions derrière et faisions quelques promenades pétaradantes en ville. Nous flirtions. Ces sorties en ville n’étaient pas discrètes et un jour de mais 1968, époque qui nous donnait encore plus envie de nous émanciper, nous fumes vues par notre professeur d’anglais alors que nous étions entrain de flirter avec nos copains à la sortie du bois de Saint Cucufa.

Le lendemain en classe (les écoles privées étaient les seules à rester ouvertes), elle nous demanda de changer de place en disant : « Mesdemoiselles COSQUER et HENRI  puisque vous aimer la chaleur, allez vous installer au fond de la classe près du radiateur. A cette époque, il n’y avais plus de poêle ».  Ma mère fut convoquée par Mademoiselle LORIOT le professeur de sciences qui m’aimait beaucoup. En ma présence, Mademoiselle LORIOT lui dit que j’avais de mauvaises fréquentations et qu’il fallait qu’elle contrôle mes sorties. Je fus surprise d’entendre ma mère lui répondre qu’elle me faisait confiance et qu’elle faisait confiance aussi à mes amis. Je n’avais pas l’habitude de la voir prendre ma défense et celles de mes copains qu’elle ne connaissait pas. Je continuais donc à sortir avec Marie-Pierre et sa bande. Et nous flirtions avec beaucoup de garçons.  Marie-Pierre était profondément amoureuse de l’un d’entre eux, Marc un brun pas vraiment beau mais qui avait un certain charme et surtout beaucoup de maturité.  Je n’avais pas compris sa passion pour lui en particulier.  Je n’en étais pas vraiment amoureuse mais il m’attirait. Ce qui devait arriver arriva, je sortis avec lui.  Marie-Pierre ne me le pardonna pas et ce fut la fin de notre amitié, la fin du flirt avec Marc et avec les autres de la bande. Je n’en voulus pas à Marie-Pierre. Je la comprenais et je culpabilisais. Je m’isolais de nouveau encore plus qu’avant.

Je sortais de ma solitude une fois par an pour aller au rassemblement annuel de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) à Montfort-L’amaury. J’aimais échanger avec ces jeunes venus de différents horizons. Je me sentais enfin appartenir à une communauté.

 

Marie-Pierre quitta l’école quelques temps après. Je n’ai jamais cherché à savoir ce qu’elle était devenue.


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Rédigé par eglantine

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