Quartier Pernety : ma source

Publié le 12 Juillet 2013

 

"C'est en allant vers la mer qu'un fleuve reste fidèle à sa source"

Jean Jaurès

 

 

Nous avons tous des lieux qui sont chers à notre coeur, où nous avons vécu enfant.

 

Plus nous nous en éloignons, plus ils s'ancrent en nous même si nous n'y revenons pas.

 

Ce n'est pas facile de revenir en arrière, de revoir des lieux dans lesquels on n'est pas revenu depuis des dizaines d'années. Je m'étais jurée de ne jamais revenir à Paris dans le quartier Pernety, j'avais peur d'être submergée par les émotions car ce lieu reste profondément liée à ma grand-mère paternelle avec qui j'y ai vécu mon enfance et qui me manque tant aujourd'hui

Ma fille habite le 15ème (arrondissement où je suis née) à côté de la porte de Vanves. En ce beau mardi de juillet,   je promenais ma petite fille Agathe  (6 mois) et je ne sais pas ce qui m'a pris, une impulsion soudaine, j'ai emprunté la rue Raymond losserand et je l'ai remontée jusqu'au métro pernety.Il n'avait pas changé mais c'est normal, les stations de métro font partie de notre patrimoine et on n'y touche pas.

 

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Agathe dormait toujours dans son landeau alors j'ai poursuivi ma promenade avec en tête un souvenir de mes promenades au square avec ma grand mère. Nous nous installions toujours sur le même banc. Je voulais revoir ce square et notre banc

 

mamie et moi

 

 

Il y avait toujours un banc à cet endroit, il était occupé par une nounou et la petite fille qu'elle gardait.

 

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Cela m'a fait plaisir de le voir occupé même si à la place de la nounou j'aurais préféré voir une grand mère ou un grand père avec sa petite fille . La vie continue. 

 

J'ai eu envie de demander à cette dame, quand elle aurait terminé sa conversation téléphonique, si elle pouvait me prendre en photo avec ma petite Agathe dans les bras sur ce banc en lui expliquant pourquoi.

Elle était au téléphone (je hais le téléphone mobile). Agathe dormait encore. J'aurais pu attendre. Je suis maladivement timide, alors je me suis éloignée, j'ai fait un tour de parc. Il n'avait pas beaucoup changé. Seuls des immeubles assez hauts avaient poussé comme des champignons autour de cet îlot de verdure. Etrangement je n'étais pas émue, c'était une impression étrange, comme si je ne vivais pas vraiment cet instant. 

 

Je me suis demandée si la Cité Bauer, un petit paradis au coeur de la ville, existait toujours.

J'ai traversé la rue, Elle était encore là avec ses petits jardins "qui sentaient bons le métropolitain" autour de leur jolies petites maisons aux volets colorés. Je n'étais plus à Paris, je ne savais plus où j'étais, c'était comme dans un rêve.

 

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Soudain au bout de la Cité Bauer, J'ai aperçu la rue Boyer Barret (au fond sur la photo ci-dessous), j'ai progressé lentement en poussant le Landau. Agathe dormait toujours. J'ai ralenti mon allure comme pour repousser la promesse d'une émotion intense

 

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C'était inexorable, à moins de faire demi-tour, je ne pouvais qu'y arriver, revoir ce lieu où j'ai vécu heureuse avec ma grand-mère, mon oasis au sein d'une vie familiale tourmentée.

 

Je n'ai pas de photo de la rue BB comme je l'ai toujours appelé mais j'ai trouvé une année à la Foire de Paris une carte postale datant du début du 20ème siècle

 

rue boyer barret-copie-1

 

La voici aujourd'hui. Elle n'a pas changé depuis mon enfance. Seuls les commerces ont changé et il ya beaucoup plus de voitures.

 

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J'étais triste de voir que beaucoup de commerces étaient fermés. Cette rue est peu passante et les petits commerces de bouche n'ont pas résisté à l'expansion des super-marchés et hyper-marchés.

 

Dans les années soixante, soixante-dix il y a vait un crémier, un marchand de journaux, une marchande de couleurs ce qui donnait de la vie à cette rue dortoir aujourd'hui. il y reste le boulanger à l'intersection avec la rue Raymond Losserand. Je me rappelle chaque jour j'y allais et je demandais à la vendeuse en lui tendant mes pièces un "petit fendu" bien cuit. Elle me faisait un grand sourire et je ramenais fièrement à ma mamie le pain tout chaud.

 

P1120996.jpgL'ancienne boutique de la Marchande de couleurs

 

Je me suis arrêtée longtemps devant le 3 bis de cette rue. Ma grand mère en était la concierge et j'ai vécu mon enfance dans la minuscule loge au fond de la grande entrée qui donnait sur une cour où il y avait les toilettes. Nous n'avions pas non plus de lavabo, d'eau chaude mais j'étais heureuse. Quand ma grand-mère a pris sa retraite, elle a continué à vivre dans cet immeuble au second, les fenêtres avec les stores au 2ème étage. J'étais émue. J'aurais aimé pouvoir rentrer, voir s'il y a vait toujours un gardien ou une gardienne. Je n'ai pas osé et je n'ai vu personne rentrer ou sortir de l'immeuble

 

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A droite de l'entrée la boutique est à louer, c'était auparavant un café tenu par un couple auvergnat qui vendait également du charbon qu'on mettait dans la cuisinière. Le bougnat et sa femme étaient charmants. Je les aimais beaucoup.

 

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Aujourd'hui la boutique est innoccupée et c'est triste

 

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Agathe dormait toujours quand j'ai quitté le quartier pour revenir à pieds dans le 15ème. Je suis passée par le parc où je la promène habituellement, elle s'est réveillée en pleine forme toujours souriante comme à son habitude.

 

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Serais-je revenue seule dans ce quartier que j'aime tant ? je ne pense pas. Cette visite spontanée, impulsive était simplement pour moi une façon, en retournant à mes origines avec une de mes petites filles de perpétuer le lien familial. J'espère que j'aurais la force un jour de revenir avec mes trois petites filles ici et de leur raconter ma vie et celle de leur arrière grands parents.

 

J'espère aussi pouvoir y emmener mes petits fils un jour même si aujourd'hui cela parait fort compromis.... J'ai beaucoup changé, je pensais avant que la famille avait peu d'importance, que c'était une notion un peu dépassée. Je pense qu'inconsciemment, j'ai transmis cela.

 

C'est quand on devient soi-même grand parent qu'on comprend combien il est important de préserver le lien familial inter-générations pas pour soi-même mais pour nos enfants, petits enfants et les générations à venir.

Peut être aussi pour ceux qui nous ont quitté si, de la haut, ils nous voyaient.

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

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Ariane 18/04/2015 11:35

C'est ma rue... J'habite au 5 !

Martine. 18/04/2015 12:05

Juste l'immeuble d'à côté..... C'est une rue très agréable, bien calme

jerry ox 06/08/2013 16:22


Bonjour Martine ! Un billet nostalgique à la manière d'un Proust . L'occasion de revoir Paris et , de se pencher sur ses souvenirs . Oui, les lieux qui nous ont marqué faconnent notre histoire
personnelle et je trouve ce billet très touchant , introspectif et tout simplement beau et humain .


belle soirée Martine !


Je te fais un clin d'oeil dans ma nouvelle histoire.

Quichottine 15/07/2013 12:33


Ce retour vers le passé est émouvant, très... j'avoue que j'aime la façon dont tu parles de ces lieux, de ce que tu y as vécu, que tu retrouves tes souvenirs et que tu y ajoutes tes pensées
d'aujourd'hui...


J'gnore si tu y retourneras, mais je sais que c'est important... peut-être y feras-tu cette photo, sur ce banc de ton enfance... Un autre jour.


Merci pour ce très beau partage, Martine.


Je ne sais pas pourquoi je pensais que tu n'écrirais plus ici... il faut garder ce petit coin de toi... je l'aime infiniment.

Francine Peyrelongue 13/07/2013 11:57


Bonjour Martine,


Quelle belle et émouvante histoire! Tu n'osais pas y retourner mais je suis sûre que tu es très heureuse de l'avoir fait.


C'est incroyable, la rue n'a pas changé du tout.
Moi aussi quand je retourne dans ma ville natale de la Meuse, je suis très heureuse et toujours émue. Quand je passe à certains endroits, des souvenirs me reviennent.


Par contre, je la revois plus petite que ce que je me souvenais. j'ai l'impression que les trajets entre la maison par exemple et la mairie sont plus courts.


Merci pour cette balade dans le temps.


Bisous et bonne journée 

..........♥*¨*•.¸¸❤✿¸.¤*¨¨*¤.¸¸ 13/07/2013 08:09


superbe..... Martine..ne vais rajouter mot.....trop beau

Monie 13/07/2013 00:02


Coucou,
Ta plume a ravivé ces souvenirs d'enfance et je suis tout autant émue que toi. Ta grand-mère t'a fait un 'clin d'oeil' et tu as revécu ces moments émouvants. La vie est ainsi, elle passe. Vois le
'moment présent' maintenant et tout ce qui est à venir : tes petites filles et aussi ta vie propre. Profite...
Je ne m'occupe plus guère de mes blogs, car j'écris des livres et par mon mail, j'ai reçu l'adresse de ton lien.
Je te donne mon adresse mail : plumemoni@yahoo.fr, si tu veux que nous correspondions....
Mon blog est (était) 'La plume de Monie'
A bientôt. Bises

brigitte Lécuyer 12/07/2013 22:57


en évoquant les fleuves et leur source, tu es remontée à tes origines, parfois on ne peut s'en empecher, et parfois on résiste à cette envie d'aller voir comment c'était ce pays tourmenté que
notre enfance a traversé vaille que vaille..hier à Veule-les-roses, j'ai pensé à toi et à ce charmant reportage que tu avais fait sur ton blog.. Veules les Roses, a tenu ses promesses et pour
notre dessert, le soleil est apparu..et a rendu les roses plus éblouissantes encore.. je t'embrasse bien fort.. Agathe en a de la chance

jill bill 12/07/2013 21:46


Bonsoir Martine.... Les lieux de son enfance, même noyée d'émotion, pouvoir y retourner sois même en grand-maman déjà.... jolie lecture touchante.... merci à toi... Bises de jill et bon W-E du 14
juillet en famille, bien sûr !

Sonya972 12/07/2013 21:22


parfois il es bon de se replonger dans ses souvenirs


je pense que jaurai fait comme toi


douce soirée


ti bo du soir et très bon weekend

Annick 12/07/2013 21:18


que d'émotions dans ton récit, Martine!


j'en ai les larmes aux yeux!


oui, la famille est très importante à mes yeux aussi, même si je n'ai pas d'enfants....(mais une sœue et 2 frères....et neveux, nièces, petits-neveux,
petites-nièces...)


j'ai quelques petits soucis sans gravité en ce moment, et je suis contente de pouvoir être épaulée par ma nièce et son compagnon.....


et ma meilleure amie, que ferais-je sans elle?


bisous à vous deux et bon week-end.