fables et contes

Publié le 15 Juin 2015

Il était une fois des marins et leur capitaine sur un vieux bateau « les croqueurs de mots ». Curieux nom me diriez-vous pour un bateau ? Non car tous ses matelots, même s’ils étaient très différents, avaient un point commun : Ils étaient des gastronomes des mots qu’ils croquaient et dégustaient avec un plaisir immense. Ils aimaient naviguer ensemble à travers les mers du monde avec leur Commandant Domi et ses seconds ¨qui prenaient chacun à leur tour la barre.

 

Quelle galère !

Tout allait très bien pour eux jusqu’à ce qu’ABC devienne le capitaine d’une traversée qui devait les emmener aux îles sanguinaires.

 

Les matelots ne voulaient pas d’ABC comme capitaine. Pourquoi n’en voulaient t-ils pas ? tout simplement parce qu’elle était différente et que leur tolérance avait des limites. ABC était amoureuse non pas des mots comme eux mais des lettres, et pas n’importe lesquelles : les lettres A B et C qu’elle avait l’outrecuidance de croquer dans tous les mots qui perdaient ainsi de leur saveur.

Dès qu’ils furent tous dans le bateau, les matelots ligotèrent Capitaine ABC, l’enfermèrent dans la cale et levèrent l’ancre. Ils avaient décidé qu’ils prendraient le gouvernail chacun à leur tour.

 

Honneur au matelot rose au visage poupon, la cravate de travers qui sortit la goélette du port de La Rochelle et mis cap à bâbord, à gauche toute, ce qui était logique puisqu’il fallait aller vers le sud et puis il l’avait promis lorsqu’il avait proclamé devant tous les matelots « moi capitaine, je mettrai cap à gauche ». ll pleuvait des cordes, la mer était très agitée mais cela n’inquiétait pas Matelot rose qui avait offert les croissants à tout l'équipage. Tout va pour le mieux dans le meilleur des bateaux se persuadait-il !

 

Matelot rose passa le gouvernail à Matelot vert, une femme. Jusqu’à là le bateau avait avancé au moteur. Elle coupa le moteur et ordonna à ses équipiers de hisser les voiles pour économiser le carburant et préserver l’environnement ce qu’ils firent aussitôt mais certains d’entre eux grognèrent en la maudissant. Elle navigua à vue (ayant oublié ses lunettes rouges) mais garda tant bien que mal le cap à gauche plein sud et son sourire malicieux.

 

Matelot vert passa la barre à Matelot rouge qui continua à prendre le cap sud tout en déviant un peu à bâbord sur l'est. Il se devait d'être un peu plus à gauche que Matelots Rose et vert les capitaines de pédalos. Quelques équipiers parmi les plus courageux (car il fallait oser afrontter matelot rouge avec son visage de tueur)  lui dirent que s'il continuait ainsi il finirait  par percuter la côte et qu'il était préférable de remettre le moteur. Matelot rouge, surnommé quand il était au gouvernail "Capitaine Hadock",  les harangua "Bon ca va, Bachivouzouk, je vous ai compris, je vous ai bien cerné, à mon époque on se suait sang et eau. On savait ce qu’était la valeur du travail".

 

Juste avant la collision avec la côte Matelot rouge passa la barre à Matelot orange qui redressa légèrment le cap pour virer vers le sud tout en longeant la côte, c'était plus prudent avec la tempête annoncée. Parfois il louvoyait à gauche, parfois à droite mais gardait le centre et le cap Sud. Certains matelots lui suggèrèrent d’affaler les voiles et de reprendre la navigation au moteur. Il ne céda pas pour ne pas contrarier Matelots Vert  et Rouge car Matelot orange était un homme de compromis, un modéré qui voulait être un modèle. Cela ne rassurait pas ses équipiers qui avaient peur que le manque de pot de cet enfant de Pau finisse par leur porter malheur.

 

Matelot orange passa la barre à Matelot bleu azur qui avait beaucoup de classe avec ses Ray bans.

Il ordonna aussitôt de baisser les voiles et de changer le nom du bateau en « les républicains roqueurs ». on remarquera au passage qu’il avait retiré le C à croqueur, cela faisait plus jeune et moins carnassier. Le capitaine ABC en fond de cale devait s’en réjouir.

Il était gai Matelot bleu azur, il se mit à entonner la chanson un peu parodiée de la sirène à la voie enrouée "Quelque chose me dit que vous m'aimez encore !". Ensuite Il mit cap à tribord, à droite toute sans aucune hésitation, il fallait bien se démarquer après la navigation hésitante du matelot orange. Certains de ces équipiers protestèrent. Il leur répondit, « vous me faites bien rire vous les matelots ». Sans se laisser perturber il continuât cap à l’ouest sur une mer de plus en plus mouvementée jusqu’à la fin de son quart.

 

Il passa la barre ensuite à Matelot Bleu marine, une femme, pensant qu’elle conserverait le cap ouest. Il se trompait, elle mit cap à droite, plein nord. Elle était consciente qu'elle revenait en arrière mais  elle se devait d’aller encore plus à droite que Matelot bleu ciel. Elle fit changer le nom du bateau en « Les républicains on les a eus ». L’océan en colère grondait, le bateau valsait dangereusement. Les matelots effrayés se disputaient à bord, chacun attribuant aux autres la responsabilité de ce désastre. Qu'étaient-ils venus faire dans cette galère ?

 

Seul matelot jaune qui n’avait pas encore pris de quart était silencieux et calme. Il descendit à la cave et il libéra le capitaine ABC lui faisant promettre en échange qu’elle ne croquerait plus jamais de lettres. Ils remontèrent main dans la main sur le pont. Capitaine ABC fut acclamée par les matelots unanimes ou presque.

Matelot Bleu Marine refusa de  rendre la barre. « J’y suis, j’y reste foi de marin breton et n'en déplaise à mon papa » Clama-t-elle d’une voix tonitruante et glaçante. Les matelots ensemble se révoltèrent, se précipitèrent sur Matelot bleu Marine et la jetèrent à la mer au moment où un mur d'eau en furie fit chavirer le bateau qui sombra très rapidement avec tout son équipage. Il n’y eut pas de survivants.

 

Laissons à Kant la morale de cette fable politique un peu folle :

« La possession du pouvoir corrompt inévitablement la raison »

 

Martine pour le défi 147 des croqueurs de mots

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #FABLES ET CONTES

Repost0

Publié le 7 Janvier 2015

Pour les prénoms du mercredi de Jill bill (aujourd'hui Perrine), je vous propose une parodie de la fable de Lafontaine (La laitière et le pot au lait)

 

Perrine et le pot au lait

 

Perrine aurait aimé être Perette

Pour porter sur sa tête un pot au lait

Parfois naïve et un peu gentillette

Elle buvait tout comme du p’tit  lait

Hélas Perrine n’était pas Perrette

Ce qui  l’avait rendue très soupe au lait

Elle pouvait faire sa mauvaise tête

Quand on la prenait pour une vache à lait

Elle fit des salamalecs de midinette

Pour obtenir un premier pot au lait

D’un jeune  laitier de Barcelonnette

Elle lui plaisait : blanche comme son lait

Il l’épousa au son de la trompette

Il ne buvait pas que du petit lait

Pas de pot, le soir il rentrait pompette

Un sac à vin au lieu d’un pot au lait

Adieu son rêve,  A vouloir être Perette

Avec sur sa tête son pot au lait

Elle avait épousé  une mazette

Le comble : Perrine haïssait le lait

 

 A trop vouloir être ce qu’on n’est pas, On oublie ce que l’on est

 

Martine / Janvier 2015

 

 

Perrine et le pot au lait

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #FABLES ET CONTES, #Parodies

Repost0

Publié le 7 Juillet 2012

Pour répondre au jeu d'écriture de Miletune de la première semaine de juillet, ci-dessous, une fable que j'ai écrite sur un sujet qui ne m'inspirait pas du tout au départ car j'ai la phobie des chevaux  et puis mon imagination débordante a fait le reste :

 

 

 

img144

 


Tâches et attaches / Églantine

 

Sur le chemin de chasse-marée, une calèche filait. Elle avait fière allure avec ses deux élégants chevaux qui la tiraient crinière au vent dans une harmonie presque parfaite. Seule un des chevaux Black Fox avait une robe blanche comme  White Spirit son frère d’attelage mais parsemée de tâches brunes. Cette singularité rajoutait à la beauté de l’ensemble. Les deux chevaux conversaient tout en continuant à galoper au risque de s’essouffler.

 

  • Si tu n’avais pas Black Fox toutes ces tâches brunes nous serions semblables.
  • Quelles tâches brunes white spirit ?
  • Celles qui parsèment ta belle robe blanche.
  • Tu te trompes c’est le contraire, j’ai une robe brune avec des tâches blanches comme toi.
  • Comment  comme moi ? ma robe est blanche., immaculée. Elle devait être brune quand j'ai été conçu mais avec le nom stupide « white spirit » dont notre mère Black Idea m’a affublée je suis devenu petit à petit tout blanc dans son ventre  où j'ai baigné
  • Que tu le veuilles ou non tu es recouvert d'une unique et grande tâche blanche, moi j’en ai plusieurs, tu m’as refilé le  brun que tu as perdu et il s'est déposé n'importe où. Ne t'en fais pas white spirit avec ton nom, tu peux te détacher.
  • C’est toi la tâche Black Fox ! Pour me détacher je dois me déshabiller car je ne suis pas Omo, je ne lave pas plus blanc que je ne suis. Et si je me déhabille je ne serai plus qu’un amas d’os et de muscles, écorché vif. Triste spectacle que je ne veux pas offrir à nos voyageurs et aux habitants des villages que nous traversons.
  • Fais-toi peindre en brun alors White Spirit
  • Bonne idée mais j’accepte à la seule condition que tu peignes tes tâches blanches en brun pour que nous soyons enfin frêres jumeaux
  • C’est d’accord à la prochaine halte on demandera à « Rik Côcher » de nous peindre

 

Lors de l’arrêt de la calèche  White spirit et Black Fox s’écrièrent en cœur :

 

  • Rik peux-tu nous peindre tous deux en brun ?
  • Sacré canassons, Quelle idée vous avez, c’est impossible et je n’ai pas de peinture ?
  • Oh si Rik, nous irons beaucoup plus vite, tu n’auras plus besoin de nous fouetter pour nous faire avancer
  • Non je ne vous peindrai pas. Vous êtes très beaux tous les deux et complémentaires. Je suis fier de vous. Les passants s’arrêtent pour regarder ce magnifique attelage.
  • Rik on t’en supplie.
  • Non, inutile d'insister, je vous aime ainsi semblables dans votre différence….. Que serait un monde mono-colore sans diversité ?
  • On comprend que tu ne peux pas nous peindre et puis cela ne tiendrait pas, alors s’il-te-plaît Rik, on t’en supplie détache nous, white spirit peut t'aider

 

Et Rik grand buveur, qui avait bu plus que de coutume, ne comprit pas ce que ses chevaux lui demandaient. Il crut qu'ils leur demandaient la liberté. Il en avait assez d'être cocher et de faire toujours le même chemin avec les même clients et de supporter leurs simagrées et caprices de riches.

 

Il les détacha de l’attelage  en criant « vous êtes libres et moi aussi » à la stupéfaction de White Spirit et Black Jack qui restèrent quelques minutes les sabots cloués sur place avant de réaliser que leur rêve de liberté était devenu réalité.

 

Ils se dirigèrent vers la mer dans une harmonie parfaite d’abord au pas, puis au trop et enfin au galop sous le regard embrumé de larmes de Rik.

 

Alors qu'ils avaient tant souffert d’être ainsi liés l’un à l’autre et que chacun rêvait de poursuivre sa route seul en toute liberté, ils continuèrent ensemble le même chemin vers un avenir sans tâche même si Black Fox conserva ses tâches brunes. Ils étaient liés par un lien invisible, bien plus solide que des attaches : un lien d'amour.

 

Puisqu’à toute fable, même à la plus fantaisiste, il faut une morale, La voici :

il suffit parfois de ne pas avoir peur d’exprimer ses désirs et rêves même les plus fous pour qu’ils deviennent un jour réalité.

 

Églantine / Juillet 2012

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #FABLES ET CONTES

Repost0