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Publié le 11 Février 2017

Jeanne venait de publier sur sa page Facebook consacrée à sa poésie quelques vers qu’elle avait dédiés à  Maxime :

Âme en souffrance

Qui cherche un sens

Cœur qui éponge

Ou bien qui songe

Aux cendres d'amour

Qui brulent toujours

Désir d'évasion

D'une prison passion

L'espoir scintille

La nuit vacille

Merveilleux rêve

Trêve trop brève

Ne pas s'éveiller

Pour toujours s'aimer

Maxime l’avait lu, avait cliqué sur « j’aime » et avait ajouté ce commentaire

« Je t’envoie en cadeau de quoi éteindre ces cendres d’amour qui brulent toujours »

Jeanne n’en revenait pas que son ancien amour, non seulement continue à suivre sa page mais, qu’en plus, il lui annonce qu’il allait lui faire un cadeau lui dont elle était sans nouvelles depuis plus de deux ans.

Pourquoi voulait-il soudain lui faire un cadeau ? Qu’elles étaient ses intentions ? L’aimait-il toujours ? Souhaitait-il se faire pardonner et reprendre leur relation.

Qu’allait-il lui offrir ? Du temps de leur liaison passionnelle, il la couvrait de cadeaux : parfums, bijoux, foulards..

Elle ne désirait plus rien de lui. Elle eut envie de lui répondre en commentaires qu’il s’abstienne de lui envoyer quoi que ce soit. Elle commença à rédiger la réponse et abandonna avant de la valider.  Non seulement Facebook n’était pas le lieu idéal pour régler ses comptes personnels mais surtout elle avait très envie de savoir ce qu’il allait lui offrir.


Ce matin du 14 février, elle ouvrit sa boîte aux lettres. Elle y trouva  un tout petit colis.  Sur l’emballage était écrit « Pour Jeanne ». Elle reconnut l’écriture de Maxime. Ce cadeau tant attendu était enfin arrivé et le jour de la Saint Valentin ce qui n’était certainement pas fortuit. Elle regagna rapidement l’intérieur de sa maison, se précipita dans son bureau et retira rapidement l’emballage du paquet. A l’intérieur un très joli petit écrin rouge en forme de cœur. Jeanne était certaine qu’il contenait un  bijou, très certainement une bague ou des boucles d’oreille.

Photo PIXABAY

Photo PIXABAY

Elle ouvrit avec précaution l’écrin et là qu’elle ne fut pas sa surprise de découvrir à l’intérieur deux minuscules fioles en verre : l’une fermée contenant un liquide incolore, très certainement de l’eau , l’autre ouverte renfermant un petit rouleau de papier roulé qu'elle s’empressa de s’emparer et dérouler. Dessus quelques mots écrits «En cadeau mes larmes pour éteindre ces cendres d’amour qui brûlent toujours. Maxime».

Sa déception fut si douloureuse qu’elle se mit à pleurer. Elle se dirigea ver sa cuisine, ouvrit l’évier,  y versa les larmes de Maxime et jeta l’écrin, les fioles et le message dans la poubelle. C’est avec ses propres larmes qu’elle éteindrait ces cendres d’amour.

Soudain Jeanne fut prise d’un remord : Et si Maxime en lui montrant sa peine voulait lui montrer qu’il l’aimait toujours sans oser lui avouer. ?  Les cendres d’amour ne s’éteindraient jamais tant qu’ils n’oseraient pas se parler en face à face.

Martine / Février 2017 Pour le nid de mots d'ABC

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Rédigé par Martine.

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Publié le 7 Février 2017

Après que nous ayons récité comme chaque matin le traditionnel « Notre père », l'institutrice s'assied sort de son cartable un paquet de copies. Elle les dépose sur son bureau et dit d'une voix froide : Je vais vous rendre vos rédactions « Racontez votre dernier Noël ». Comme à chaque fois, elle lit les écrits qui ont obtenu les meilleures notes. Après avoir lu 2 rédactions, elle me regarde d'un air hautain et sévère, s'empare de ma copie et débute sa lecture :

« Le jour commence à poindre derrière les persiennes de métal rouillé, Je reste quelques minutes blottie bien au chaud sous la couverture écossaise, j'hésite quelques instants à quitter cette douce quiétude et affronter la fraîcheur matinale de la pièce mais je me souviens que c'est Noël aujourd'hui. Que vais-je avoir cette année ? Impatiente de découvrir mon cadeau. Cela fait plusieurs jours que je résiste à la grande envie de fouiller les placards du petit appartement. Je me lève et me dirige pieds nus sur le plancher froid vers la salle à manger. Au pied du sapin, je repère très vite mon paquet. Une boîte bien rigide recouverte d'un joli papier cadeau vert sur lequel des pères-noël sont imprimés. Je dénoue avec soin le ruban rouge, enlève le papier et découvre un coffre en bois clair vernis. Que peut-il contenir ? Je l'ouvre religieusement et découvre .... un microscope noir et de nombreuses lamelles de verre. Je n'ose pas y croire, me frotte les yeux. Serait-ce un rêve, On m'a offert le microscope dont je rêve depuis longtemps. Je me retourne, Papa se tient là derrière moi, me regarde comme à chaque fois avec tendresse et fierté. Je me précipite dans ses bras, l'embrasse. Je pose le coffret sur la table de la salle à manger et je sors le microscope. Que vais-je pouvoir observer. Papa va chercher une épingle, la nettoie avec de l'alcool et se pique le doigt, il dépose une goutte sur une lamelle de verre, l'étale et la recouvre d'une seconde lamelle. Il place le tout sous l'optique du microscope et me demande de regarder. Tout est flou, je règle la molette et soudain apparaissent de nombreuses cellules rondes grises et transparentes. C'est magique et merveilleux. Je prends conscience à ce moment-là que nous sommes constitués de cellules et que chacune d'entre elle porte la vie.

Je me souviendrai de ce matin la toute ma vie comme mon meilleur souvenir de Noël »

Le microscope

Après avoir terminé la lecture, l'institutrice se lève de son bureau ma copie à la main,  emprunte l'allée centrale entre les pupitres, s’arrête devant moi jette ma copie sur mon pupitre en éructant :

- "Mademoiselle, bien que cette rédaction soit très bien écrite et qu'il n'y ait aucune faute, vous aurez zéro car vous n'avez pas eu un microscope, vous avez menti comme un arracheur de dents par vanité"

- "Je ne mens pas j'ai bien eu un microscope, je peux l'amener pour vous le prouver".

- "Taisez-vous immédiatement, ne tentez pas de me rouler dans la farine, vous devriez avoir honte. Avouez que vous avez menti. Comment voulez-vous que vos parents qui sont pauvres et qui ne peuvent même pas payer votre scolarité puissent avoir les moyens de vous offrir un microscope ? "

Cette dernière phrase me transperce comme une blessure. Je ne sais quoi répondre à cette injuste et cruelle accusation, une de plus. Si papa ne me retire pas de cette école, à force d’ humiliations publiques successives qui me minent, je risque de perdre la boule comme ma maman parfois. Toutes mes camarades me regardent, certaines avec un méchant air moqueur. Je ne pourrai même pas amener le microscope pour me justifier de peur qu'on réclame à papa de payer ou pire qu’on croit qu’ils l’ait volé. Je préfère passer pour une menteuse. J'ai honte.  

Je retiens mes larmes mais je ne baisserai pas les yeux, Papa doit être fière de moi.

Martine / Février 2017 (pour les EXPRESSIONS CLARA du mois de Février. (expressions à utiliser en gras dans le texte). Réédition d'un texte modifié pour ce défi.

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Rédigé par Martine.

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Publié le 21 Novembre 2016

Photo Pixabay

Photo Pixabay

Chaque Matin Jeanne SERIN passait voir sa cane dans la grande mare du champ de ses parents située près de l’église. Son amour pour sa cane lui avait valu dans le village le surnom de « Cane de serin ». Pourtant ses jambes étaient belles et musclées. En effet Chaque  jour elle parcourait des kilomètres à vélo à travers le canton pour distribuer le courrier.

Ce jour-là n’était pas un jour comme les autres.  C’était un beau dimanche printanier de fin mars et Jeanne n’enfourcherait pas sa bicyclette pour faire sa tournée de factrice mais surtout elle avait un rendez-vous avec un certain Jules qu’elle ne connaissait pas avec qui, par blogs interposés, elle échangeait virtuellement chaque jour.

Le blog de Jeanne « Cannelloni »  était consacrée à la vie de sa cane Élonie où elle la faisait raconter, à la première personne, ses pensées et sa vie dans la mare avec ses congénères. Élonie y relatait aussi, sans aucune retenue, les confidences que Jeanne lui faisait.

Sur son blog « 1jour1foto » Jules publiait chaque jour une superbe photo jamais commentée  de paysages vallonnés, de couchers de soleil, de fleurs, d’arbres, d’animaux rencontrés dans ses promenades.

Jules s’était vite passionné pour la vie de la cane de Jeanne. Jeanne le soupçonnait d’être plus intéressé par Élonie que par elle-même dont il ne connaissait pas le prénom juste le surnom de blog « Yes I cane ».

Sur le chemin de la mare,  l’esprit de Jeanne était préoccupé par cette rencontre : Jules l’intriguait, elle ne savait rien sur lui. Était-ce bien prudent d’avoir accepté ce rendez-vous ? Il savait beaucoup de choses sur elle, elle ne savait rien de lui. Quel âge avait-il ? Comment était-il physiquement. Elle l’imaginait solitaire, introverti. Pourtant il avait accepté de venir, de sortir de sa supposée solitude, de sa peur de l’autre pour la rencontrer elle et sa cane et cela même lui paressait étrange.

Juste après l’église, elle croisa sur son chemin un petit homme très agité vêtu d’un short de jogging blanc, d’un tee-shirt noir et de baskets bleues. Il pressait le pas sans courir. Son visage était rouge,  il semblait contrarié, à bout de souffle et se dirigeait vers le parking de l’église,  Ce n’était pas un habitant du village, Certainement un jogger épuisé en fin de parcours qui venait récupérer sa voiture. Elle ne l’avait jamais vu auparavant et, même si sa mère lui répétait toujours quand elle était petite qu’elle ne devait pas dire bonjour à des inconnus,  elle prit plaisir à le saluer en le croisant. Il ne répondit pas à son bonjour, ne tourna même pas la tête vers elle. Il semblait perdu dans ses pensées et elles ne devaient pas être agréables.

Elle poursuivit son chemin et arriva à l’entrée du champ. Elle regarda sa montre. Il était 9 heures et  demie  elle était en avance d’un quart d’heure.

Pour attendre Jules, elle entra dans le champ et s’approcha de la mare.  En bord de rive, à  l’abri des regards cachée par les glycéries, sa cane Élonie l’attendait sagement en couvant quatre beaux œufs bien blancs. Farfale , son mâle col vert, surveillait sa dulcinée en  faisant le pied de grue sur la rive, prêt à chasser tout inconnu qui oserait perturber la couvaison.

Jeanne sortit un petit pochon en plastique de son sac à dos. Elle l’ouvrit et donna quelques granulés à sa cane. Farfale le morfale approcha. Jeanne lui en donna aussi quelques-uns qu’il avala aussitôt goulûment.

Jeanne raconta à sa Cane qu’elle attendait un ami qui avait hâte de faire sa connaissance et de la prendre en photo.  Elle sortit son appareil photo et fit un zoom sur Élonie et ses œufs. Farfale approcha et prit la pose tout près du nid. Une vraie vedette ce beau et fier col vert,

Elle espérait que Jules en arrivant n’effraierait pas trop Élonie beaucoup moins assurée et assez farouche. Elle resta là assise sur la rive à parler doucement à sa cane de l’éclosion future de ses œufs, de ses petits canetons qu’elle devrait bien surveiller et aimer. C’était la première couvée d’ Élonie. Jeanne était rassurée et heureuse, elle avait cru longtemps que sa cane était stérile mais non elle pouvait être mère. « Yes she can » pensa-telle en souriant. Elle l’enviait, elle aurait aimé être maman mais avant il fallait trouver celui qui pourrait en être le père !  

Elle jetait en même temps un œil vers l’entrée du champ. Elle ne se lassait pas de ce paysage. La nature, après le long hiver, renaissait enfin. Les iris d’eau commençaient à fleurir.

Soudain elle entendit le clocher de l’église sonner et, comme à chaque fois, elle s’amusa à compter les coups : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 , 10 et quand elle se retourna vers l’entrée du champ pour voir si Jules arrivait elle entendit un onzième coup. Ce n’était pas possible, il ne pouvait être onze heures.  Elle regarda la pendule du clocher de l’église qui affichait onze heures et les paroissiens se précipitaient vers l’église pour la grand-messe dominicale de onze heures. Encore incrédule, elle sortit son smartphone de sa poche, il marquait onze heures aussi. Dans ces mails plusieurs new’s letters de ses amis blogueurs titraient sur le changement d’heure qui avait eu lieu la nuit dernière et qu’elle avait complètement zappé.

Jules était certainement venu à 10 heures, heure qu’ils avaient convenue ensemble. Il devait la maudire de n’avoir pas honoré ce rendez-vous sans le prévenir.

Elle se rappela soudain le jogger, ce petit homme pressé agité, cet inconnu qu’elle avait salué et qui portait un appareil photo en bandoulière ce qui est inhabituel chez un jogger et si c’était Jules ?

L’après-midi Jeanne consulta le blog de Jules pour lui adresser un commentaire d’excuse.

Sur la page d’accueil sa photo du jour consacrée à  sa cane Élonie couvant ses œufs et titrée « CANNELLONNI  AUX ŒUFS de NO I CANE ‘OT ».

Il se moquait d’elle et d’Élonie. Elle en fut très chagrinée. Elle ne s’excusa pas et ne retourna jamais sur le blog de Jules. Elle publia la photo zoomée de sa cane couvant ses œufs en titrant : Première couvée : « YES CHICANE ».

Martine / Novembre 2016 pour le défi 174 des croqueurs de mots animé par Lilou Soleil

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Rédigé par Martine.

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Publié le 24 Octobre 2016

Voyage à Bruges

Partir, ça y était : instant magique… enfin pas tout à fait cette fois ci. Je voulais aller à Venise et faute d’avoir trouvé un billet d’avion ou de train, je pars à Bruges. Cela m’apprendra à réserver à la dernière minute. Et bien Jacques Je vois tout de même Venise mais celle du Nord, celle de ton plat pays.  

Alors pour faire illusion jusqu’au bout et rechercher un peu de fraîcheur sur l’eau, faute de gondole,  je décide  de me faire mener en Bateau. Après une demi-heure de queue,  je me retrouve enfin dans une longue barque avec une quinzaine de personnes,  ce n’est pas la promenade en amoureux avec le gondolier, il y a beaucoup moins d’intimité mais comme j'étais seule, je serai au moins accompagnée et peut-être trouverais je l'amour dans cette barque ! J’essaye de passer le temps en regardant le paysage : que des vieilles pierres, des ponts anciens, des clochers. Sur les berges des pêcheurs  taquinent je ne sais quel poisson.  Je crains fort qu’ils rentrent bredouilles avec tout ce trafic sur les canaux.Tu as voulu voir Venise et tu as vu Bruges". Quelle idée saugrenue d’aller à Bruges en plein été, il y fait chaud, il y a trop de touristes qui envahissent la ville.  J’étouffe à Bruges. En Belgique, je pense à Jacques BREL et je chantonne en moi « 

Les barques en  font le tour et se suivent de si près qu’elles pourraient presque se toucher.  J’ai l’impression d’être sur la rivière enchantée du jardin d’acclimatation ou dans un grand manège.  J’aimais, quand j’étais enfant, monter sur les éléphants ou dans les barques qui décollaient et qui me permettaient d’attraper la queue du singe.  J’y arrivais souvent. La compétition m’a toujours stimulée. "Il faut  toujours que tu te fasses remarquer" me reprochait sans cesse ma mère qui n’avait qu’un seul objectif être invisible,  complètement invisible.

Ici à Bruges, je suis grugée, il n’y a même pas de queue de singe.  J’ose toujours espérer qu’un jour les  éléphants et les barques  pourront voler comme des soucoupes volantes  et si cela arrivait  je monterais dans la première et  je serais chef d’escadrille pour  retourner sur Mars. Me prénommant Martine, pour avoir des idées pareilles, je suis sûre que je suis une martienne venue un jour sur terre

Au moment précis où je me vois dans l’embarcation de tête d’une escadrille composée de barques et d’éléphants roses, notre bateau se met lentement à décoller, puis accélère pour faire du rase-motte au-dessus du canal. Les autres barques derrière décollent également et nous suivent…. Les passagers affolés crient :  « Attention le pont nous allons nous écraser sur son tablier ». 

Étant chef d’escadrille je dois prendre tout de suite la bonne décision,  j’appuie sur la flèche du haut de mon téléphone mobile et la barque prend de la hauteur et passe au-dessus du pont, j’attrape au passage une queue de singe sortie de je ne sais où qui volait.

J’ai gagné un tour gratuit mais pour en bénéficier, il faut que je redescende. J’appuie sur la flèche du bas de mon mobile, et la  barque redescend et suit le cours du canal à petite vitesse.  A chaque pont je fais prendre de l’altitude à la barque puis l’obstacle passé, je redescends. C’est angoissant mais grisant de voir ainsi Bruges en apesanteur.

Et si notre barque arrêtait de suivre le cours de sa vie normale, celle du canal, pour s’évader enfin, emprunter d’autres voies, sortir de son destin. Je prends de l’altitude pour dépasser les toits des maisons et des clochers. Ensuite j’hésite une seconde : appuyer sur la flèche de gauche de mon téléphone ou celle de droite et  j’enfonce la touche gauche (j’ai toujours été à gauche), la barque volante vire à gauche et prend de la vitesse. Nous arrivons sur la place centrale. Le beffroi  se met à sonner midi. Je crois que c’est la sonnerie de mon téléphone portable. J’appuie sur la touche pour répondre à cet appel et soudain la barque tombe à pic à toute vitesse. « Téléphoner ou conduire il faut choisir ». Nous nous écrasons juste au milieu de la place  et  nous passons à travers le dallage.

Voyage à Bruges

Je me réveille horrifiée.  Dans mon rêve je suis encore tombée brusquement dans un trou sans savoir comment j’y étais parvenue, je ne me souviens de rien.

Martine / Réédition d'un texte de Novembre 2012 modifié pour le défi 172 des croqueurs de mots animé par Durgalola

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Rédigé par Martine.

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Publié le 1 Août 2016

Je suis facteur. En semaine j’aime parcourir à vélo ma verte campagne normande, m’arrêter à chaque maison ou ferme, échanger avec les agriculteurs, les commerçants. Je m’attarde chez les personnes âgées pour rompre quelques instant leur solitude, je leur rends parfois quelques services. Je connais tout le monde et tout le monde me connait. Certains sont heureux de me voir, je leur apporte des nouvelles de proches, l’annonce d’un heureux évènement. Pour d’autres je suis synonyme de factures, de relances, de lettre d’huissier mais ils continuent à m’accueillir avec chaleur

Je hais les dimanches. L’ennui me gagne. Je suis célibataire, je n’ai pas encore trouvé la femme idéale mais existe-t-elle ? N’allant pas à la messe, je ne vois presque personne ce jour-là. Je m’efforce de sortir et de passer au café du village pour discuter avec le patron et les habitués, toujours les mêmes. Nous noyons notre ennui en jouant à la belote et en buvant un verre. Mais aujourd’hui n’est pas un dimanche comme les autres, c’est la foire agricole dans une petite ville voisine. Chaque année c’est pour moi un plaisir d’aller dans cette ferme géante en plein air, d’admirer les chevaux et les bovins et goûter aux produits de notre terroir.

Je me précipite donc dès l’ouverture dans l’espace des bovins, chez les éleveurs de vaches laitières normandes. Je suis chauvin, ce sont mes préférées et mes amies que et peux observer lors de mes tournées dans la campagne normande. Un éleveur est en train de préparer une de ses vaches, Valentine, pour le concours agricole qui aura lieu en fin de matinée. Elle est superbe avec sa robe luisante noire comme l’ébène, ses pattes blanches et son pis énorme gonflé comme une baudruche. C’est plus fort que moi lorsque je vois des animaux, j’ai envie de les toucher. Je demande à l’éleveur que je connais si je peux la caresser. Il pose la brosse avec laquelle il la frottait vigoureusement me sourit et accepte. J'effleure lentement le flanc droite de la vache. Son pelage est très doux. Elle tourne la tête et me regarde fixement avec ce regard à la fois insistant et vide qu’ont les vaches curieuses de tout.

Saint-Valentin à la foire Agricole

Pour répondre à ma question l’éleveur me précise que le concours aura lieu en fin d’après-midi juste avant que sa fille Anna qui est chanteuse amateur le week-end dans  les Karaokés de la région monte sur scène. Je la connais aussi. Je ris au fond de moi-même en pensant que sa vache et sa fille, les deux êtres que l’éleveur chérit le plus, vont monter sur scène.  Anna,  que je n’ai jamais entendu chanter,  a une quarantaine d’années et vit encore chez ses parents. Elle est aussi brune que la vache de son père. Ses grands yeux verts illuminent son teint porcelaine. Elle a beaucoup de charme et je n’y suis pas insensible.. Je n’ai jamais entendu Anna chanter.

Je quitte l’espace bovin pour visiter les  chevaux,  moutons, chèvres et termine par les stands de produits régionaux et d’artisanat ou ma gourmandise va être satisfaite. Je rencontre beaucoup de personnes que je connais qui me racontent les derniers potins du bled.

Au  concours des vaches normandes, Valentine remporte le premier prix.  Je suis heureuse pour l’éleveur que je félicite.  

Saint-Valentin à la foire Agricole

Le temps passe très vite. La fatigue commence à me peser.  J’ai beaucoup marché, il y a beaucoup de bruits. Le brouhaha de la foule, les beuglements, hennissements et le pire l’animateur de la foire qui prend beaucoup de plaisir à crier dans son micro des annonces qui en deviennent parfois inaudibles. Je rentrerai bien chez moi mais j’ai tant envie d’entendre la jolie Anna chanter.

Je  me dirige vers l’estrade et m’installe sur une chaise juste devant la scène. Anna commence son répertoire en chantant quelques chansons françaises parmi les plus populaires de Piaf, Brel, Lama. Elle a une voix sensuelle à la fois chaude et haute qui me donne des frissons. Je suis conquis. J’oublie ma fatigue et ne voit plus le temps passer et ne quitte plus Anna du regard. Elle fait monter parfois des spectateurs sur scène pour chanter avec elle. Elle termine son tour de chant dans un tonnerre d’applaudissements. Je ne suis pas démonstratif et je me mets à hurler « une autre » aussitôt repris par la foule. Anna me regarde me sourit et me demande au micro de monter sur scène à ses côtés. Me voyant hésiter elle insiste. Je la rejoins timidement. Je me sens rougir. Elle me présente à la foule en disant « c’est mon facteur et certainement pour beaucoup ici le vôtre ». Il affronte avec le sourire les pluies, le vent, la chaleur l’été pour vous apporter de jolies lettres et parfois des bonnes nouvelles. Même quand il nous en apporte de mauvaises on est heureux de le voir, sa venue est réconfortante. Pour le remercier je Vais lui chanter une vieille chanson de Bourvil qui ne se démodera jamais….

En me regardant avec un sourire plein de tendresse, elle se met à chanter

 

Dans chaque village, on connaît l'facteur.

C'est un personnage qu'on porte dans son cœur
Recevoir une lettre, vous met en émoi
Chacun s'dit, peut-être y'en a une pour moi

Voilà pourquoi quoi quoi quoi quoi
Quand l'chien aboie boie boie boie boie
Tout le monde se dit avec joie

{refrain:}
Tiens! voilà l'facteur
Son p'tit air est affranchi
Comme ses lettres et ses colis

Tiens! voilà l'facteur
Il apporte le journal
Et son bonjour matinal

L'été quand il fait beau, il vous dit il fait chaud
Mais quand on veut la pluie, il vous dit ça pleut aujourd'hui
{rires: Ah! Ah!...}

Tiens! voilà l'facteur
Pour garder son amitié, soyez complètement
{rires: Ah! Ah!...}

Le printemps fait naître les lettres d'amour
Et pour les connaître, on attend toujours
Mais par la fenêtre, un jour le facteur
Vous remet une lettre
Zut, c'est l'percepteur

Voilà pourquoi quoi quoi quoi quoi
Quand l'chien aboie boie boie boie boie
Tout le monde se dit avec joie

Tiens! voilà facteur
A cheval sur son vélo
A côté quand ça monte trop

Tiens! Voilà l'facteur
Et pour les plis très urgents
En courant il prend son temps

Quand il roule rapidement ce n'est pas pour un urgent
Mais c'est tout simplement parce qu'il est poussé par le vent

Tiens! Voilà l'facteur
Quand il roule un peu penché, c'est qu'il a une lettre chargée
{parlé: Ah! Sacré facteur}

Et lorsque vous restez quelques jours sans courrier
Chez vous quand même il vient pour vous dire aujourd'hui y'a rien


Tiens! Voilà l'facteur
Venez boire à ma santé, vous l'avez bien mérité

Merci bien facteur et à demain

Elle me prend la main et se tourne vers la foule qu’elle salue en se baissant.

Un homme dans la foule crie « Facteur une chanson » que toute l’assistance se met à scander « Facteur une chanson, facteur une chanson….. ». Jean une Chanson me dit-elle doucement avec une certaine tendresse. Je ne peux que chanter et j’entonne ma chanson préféré de Ronan Luce en regardant Anna dans les yeux et en serrant plus fort sa main dans la mienne :


J'ai reçu une lettre
Il y a un mois peut-être
Arrivée par erreur
Maladresse de facteur
Aspergée de parfum
Rouge à lèvres carmin
J'aurais dû cette lettre
Ne pas l'ouvrir peut-être
Mais moi je suis un homme
Qui aime bien ce genre de jeu
(Je) veux bien qu'elle me nomme
Alphonse ou Fred, c'est comme elle veut
Des jolies marguerites

Sur le haut de ses « i »
Des courbes manuscrites
Comme dans les abbayes
Quelques fautes d'orthographe
Une légère dyslexie
Et en guise de paraphe
« Ta petite
brune sexy »
Et moi je suis un homme
Qui aime bien ce genre de jeu
(Je) n'aime pas les nonnes
Et j'en suis tombé amoureux

L’émotion me submerge et je ne peux finir la chanson, je pleure devant tout le canton. C’est la honte. La foule m’applaudit, Anna aussi et soudain elle me prend dans ses bras et une pulsion commune incontrôlable nous pousse à nous embrasser. Les applaudissements redoublent.
 

J’ai trouvé à la foire agricole ma "Valentine" le jour de la Saint Valentin mais rassurez-vous ce n’est pas une vache normande.

 

Martine / Réédition de Janvier 2015 pour le défi d’ABC (Le nid des mots). La consigne : écrire un texte en utilisant les mots en gras dans mon texte.

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Publié le 25 Juillet 2016

Plus de futur à Hyères

Dans ma bibliothèque, j’ai trouvé en arrivant ce matin, sur mon bureau, un bouquet de roses pourpres accompagnées d'un bien curieux message dactylographié :

« Ne cherchez pas les livres de Sciences Fiction, je les ai tous volés et pour me faire pardonner je vous offre ce bouquet de roses pourpres. Trouverez-vous Hélène qui je suis parmi les visiteurs qui viendront ce jour en votre bibliothèque d'Hières ? Si vous me reconnaissez, faites le moi savoir en me disant « Plus de futur à Hieres» et je vous ferai un cadeau. A Bientôt Mignonne ! ».

 

Je me suis précipitée vers les rayonnages de la section fantastique et sciences fiction. Ce n’était pas une blague tous les ouvrages avaient effectivement disparu.

Il n’y avait pas eu d’effraction. Qui pouvait posséder une clef de la bibliothèque. J’en avais égaré une il y a une semaine, le voleur avait dû me la dérober dans mon tiroir de bureau à mon insu.

Offrir des roses rouges dans le langage des fleurs est l’aveu d’un amour passionné.

Qui parmi les habitués de la bibliothèque pouvait à la fois me vouer un amour secret et être passionné de Science-Fiction ? Je savais que la réponse à cette question me permettrait de démasquer le voleur amoureux.

 

Cet acte insensé n’avait peut-être pas de justification. Il pouvait être l’acte d’un dément. Cette dernière hypothèse m’angoissait, ma vie n’était-elle pas en danger ? cet individu ne voulait-il pas me tuer et, ainsi, aussi me voler mon futur ?

Il ne me restait plus qu’à attendre les habitués de la bibliothèque et à être vigilante.

Le premier visiteur fut un jeune gendarme qui venait suite à mon appel téléphonique. Il prit ma déposition et me confisqua le message du voleur. Il repartit bien vite en m’indiquant qu’un de ses collègues viendrait prendre des empreintes. J’eus la conviction que ce vol à la bibliothèque n’avait aucun attrait pour lui et que ce dossier serait vite classé.

 

Une journaliste du quotidien local, une jolie rousse aux yeux turquoises, lui succéda me posa quelques questions et me prit en photo. Je lui suggérais un titre pour son article « Plus de futur à Hières». Elle éclata de rire et me dit que cela ferait un excellent titre.

 

Monsieur le Maire, un agriculteur du village à la grande taille et forte corpulence fit ensuite son entrée, solennelle comme à chaque fois. Quel charisme Monsieur le Maire ? Il me fit la bise et se montra rassurant.

  • « Ne vous en faites pas Hélène, vous n’êtes pas responsable. Qui aurait pu penser qu’on viendrait dérober une nuit des livres sans valeur dans notre petite bibliothèque ? et puis notre voyou est gentleman, il vous offre des roses pour se faire pardonner. Notre voleur a-t ‘il pris les Barjavel ?

 

  • "Bien sûr Pierre, absolument tous les livres de Sciences Fiction Barjavel compris" lui répondis-je étonnée par sa question".

Il me regarda alors avec un curieux sourire mi amusé, mi ironique qui me déplut en me disant :

 

Je me rappelais soudain que Monsieur le Maire ne lisait que les livres de sciences fiction. Il avait un double des clefs de la Bibliothèque. Il voulait soudain relire un roman dont le titre évoque une rose, Curieux. Et si c’était lui notre voleur amoureux ? Serais-je la rose et le paradis serait-il une menace d'un futur ailleurs tout là haut.

Cette pensée subite me fit peur mais bien vite je l’écartais. C’était stupide, Monsieur Le Maire avait lu tous les livres de cette section de la bibliothèque, pourquoi les aurait-il volés ? J’hésitais un moment puis je prononçais la phrase de reconnaissance

  • « Plus de futur à Hières Pierre ».
  • « Pour le moment seulement Hélène. pour le moment ...Je vais appeler le commandant de la gendarmerie pour que tout soit fait pour retrouver rapidement le coupable. Si nous ne retrouvions pas les livres, nous en achèterons d’autres. Il y aura toujours un futur à Hières Hélène. Peut-on concevoir une vie sans futur.

Et fier de cette dernière sortie hautement philosophique, Il prit congé et sortit.

 

Plusieurs visiteurs vinrent emprunter des livres. Certains s'étonnèrent que le rayon Science-Fiction soit vide et m'interrogèrent. Je leur appris le vol en ajoutant en souriant "Plus de futur à Hyeres". Beaucoup sourirent de ce jeu de mots mais aucun ne me fit de cadeau.

 

En fin de soirée, J'étais prête à fermer la bibliothèque quand un homme brun élégant d'une quarantaine d'années qui ne faisait pas partie des habitués des lieux et que je n'avais jamais vu auparavant s'approcha de mon bureau, me sourit :

  • Bonjour, j'aimerais pouvoir consulter un livre sur place si vous le possédez dans votre bibliothèque.... ". Est-ce possible ?
  • Je suis désolée Monsieur mais la bibliothèque va fermer. Revenez demain matin et vous aurez le temps nécessaire pour consulter tous les livres que vous souhaitez.
  • C'est très gentil mais Je suis ici aujourd'hui, nul ne sait où je serai demain. Je n'ai qu'une seule page d'un seul livre à consulter, cela me prendra à peine cinq minutes. souhaitez-vous savoir quel livre je souhaite consulter ?

 

Incroyable, Je ne luis avais même pas demandé quel était ce livre tant j'étais perturbée par la recherche du mystérieux voleur, par l'envie de revenir au plus vite chez moi tant la journée avait été éprouvante et, il faut bien l'avouer, par le charme de ce visiteur du soir.

  • Quel est donc ce livre Monsieur ?
  • C'est un livre de poésie "les amours" de Ronsard
  • Nous en possédons un exemplaire en livre de poche, je vais vous le chercher

Je me dirigeais vers le rayonnage poésie, saisit le livre et le remit à cet homme qui aimait Ronsard, poète pour qui personnellement j'ai une grande admiration.

Il le prit s'installa à une table et le feuilleta. Il s'arrêta sur une page et se mit à lire.... Il semblait songeur.

Je m'approchais de lui doucement

  • Monsieur je dois fermer la bibliothèque, j'ai eu une rude journée aujourd'hui on nous a volé tous nos livres de Sciences Fiction. Vous vous rendez compte "Plus de futur à Hières"
  • Mais il vous reste le présent, Vivez le intensément sans penser à hier, ni à demain. Vous devriez remercier ce voleur de futur qui je l'espère viendra aussi voler vos livres historiques. Hières sans passé et sans futur, avouez Mignonne que c'est une perspective séduisante.

Brusquement il arracha la page qu'il était en train de lire, prit son stylo plume souligna le titre et quelques vers du poème se leva et partit en chuchotant "au revoir Hélène"

Je restais tétanisée la page du livre à la main, incapable pendant quelques secondes de réagir. Je repris mes esprits : Sur ma feuille un titre souligné "Sonnets pour hélène : Quand vous serez bien vieille" avec quelques vers encadrés

"Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie"
.

 

Une sonnerie stridente retentit soudain qui me fit sursauter, je venais de rêver. Dommage je ne saurais jamais si le voleur de futur reviendrait voler le passé à Hieres car, même si j'en rêve parfois, dans la vraie vie je ne suis pas bibliothécaire.

 

Martine / Juillet 2014

Défi N° 127 des croqueurs de mots lancé par Enriqueta

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Publié le 18 Avril 2016

Vincent est né dans un village de montagne. Son père était berger et sa mère s’occupait de la ferme : des poules, des lapins, des vaches.

C’était un enfant rêveur et solitaire. Il l’était à ce moment-là par force des choses du fait que sa mère détestait les jeux vidéo. Et que peut faire à la campagne un petit garçon dans un village isolé, loin de toute vie humaine, s’il ne peut jouer aux jeux vidéo sur un ordinateur ?

Vincent se jurait que, quand il serait grand, il quitterait son village pour aller vivre à la Capitale, à Paris. Il rattraperait ainsi des années de solitude et d’ennui sur les Champs Elysées au milieu de la horde des parisiens et des touristes venus du monde entier. La foule pressent le vide de chaque individu qui la compose et s’en nourrit. La foule, remplie de solitudes individuelles accumulées, est un leurre de plénitude et de vie pour combler l’ennui.

En attendant l’été le week-end et pendant les vacances, quand il n’allait pas à l’école, il s’occupait des moutons dans les alpages avec son père et les deux chiens de berger qu’il aimait et admirait. Il ne se lassait pas de les regarder travailler à rassembler les moutons en une masse compacte et gare à celui qui s’éloignerait. Chaque mouton à sa place ! Les chiens étaient aussi maniaques et ordonnés que lui. ils avaient l’instinct grégaire, le goût du troupeau, de la foule. Vincent n’aimait pas les moutons qui se laissaient ainsi tyranniser par les chiens sans se rebeller tant ils avaient peur. Les moutons ressemblent aux hommes.

Le garçon qui voulait être chien de berger

Le  jour où il osa avouer à son père qu’il les haïssait son père lui dit  «Parfois leurs bêlements sont les seules paroles que j’entende de toute une semaine ». Je les aime mes moutons et tu verras, quand tu seras berger plus tard et que tu passeras tout l’hiver avec eux dans les alpages,  tu les aimeras autant que tes chiens. Ils seront ta seule compagnie. Vincent répondit alors à son père qu’il ne serait jamais berger plus tard mais chien de berger pour pouvoir commander et rudoyer les moutons. Son père éclata de rire en lui disant : tu es un homme mon fils, tu ne pourras jamais être un chien.  Vincent était très volontaire et il se promit de réaliser l’impossible : Être chien de berger.

Vincent grandit vite mais ses années d’enfance et d’adolescence lui parurent très longues tant était virulente son impatience de s’émanciper et quitter la ferme, les moutons et surtout les Alpes  qu’il n’avait jamais aimées.  Emmuré dans sa vallée sans horizon, il trouvait disgracieuses et ingrates ces montagnes qui l’emmuraient. Mais tous les goûts sont dans la nature, et ce qui est laid plaît beaucoup aussi. Il suffisait de voir les nombreux touristes qui envahissaient son pays l’été pour randonner et l’hiver pour skier.

Son père avait raison il ne pouvait être un chien et ne voulant pas rester à la montagne il ne pourrait être berger non plus.  Mais  après avoir vu un reportage au journal télévisé, une idée réaliste commençait à mûrir dans sa tête il se plaisait à croire qu’il pourrait être une sorte de chien de berger à la capitale.

Après avoir obtenu son bac, il fit des études d’hôtellerie restauration ce qui lui permit de travailler comme saisonnier été comme hiver dans les stations de la région.  Cela lui permit d’économiser pendant quelques années et de disposer d’un petit pactole qui lui permettrait de vivre et de se loger le temps de trouver un travail à Paris.

Aujourd’hui samedi Vincent le Savoyard part  et prend  le TGV à Annecy pour rejoindre Paris.  D’ailleurs à en croire la météo,  ça va être un très beau week-end et c’est de très bonne augure pour sa nouvelle vie qui débute. S’il avait plu, il aurait différé son départ. Les savoyards, croyant aux légendes de leurs montagnes  ancrées en eux, sont très superstitieux.

Arrivé à Paris, il travaille comme serveur dans une pizzéria. Il remplace même parfois le pizzaïolo. Il loue une ancienne chambre de bonne transformée en studio.

Vincent a 25 ans, on le dit méticuleux, presque maniaque (il suffit de voir à quel point son petit logement est parfaitement rangé).

Il vient de quitter la pizzéria car il a trouvé un travail en CDI mieux rémunéré avec une vraie sécurité de l’emploi. Il a réalisé son rêve d’être une sorte de chien de Berger à la capitale. Il a été embauché, après une formation, comme agent de sécurité  à la RATP.  Aux  heures de pointe, à la station Saint-Lazare, dès qu’une rame arrive, il contient la foule excitée de chaque côté des lignes tracées au sol pour dégager l’emplacement des portes afin de  laisser descendre les passagers. Quand ceux-ci sont tous sortis, il incite ceux qui rentrent à le faire le plus vite possible. S’ils  n’obtempèrent pas aussitôt,  il les pousse pour les tasser au maximum dans la rame. Quand il ne pousse pas les passagers, il déambule avec un berger allemand dans les rames et les couloirs des stations pour détecter tout comportement ou colis suspect.  Il a réalisé son rêve d’être « chien de berger » dans le métro parisien. Certes il n’est pas en altitude sur les sommets mais sous terre emprisonné comme il l’était dans sa vallée. On n’échappe pas à son destin mais il a appris que dans la vie on ne pouvait pas tout avoir et qu’il fallait définir des priorités.

Martine / Avril 2016 défi 164 des croqueurs de mots animé par Domi  

 

PS :liste des  Livres dont sont extraites les phrases en gras dans la nouvelle ci-dessus

Trois jours et une vie de Pierre lemaitre

Il l’était à ce moment-là par force des choses du fait que sa mère détestait les jeux vidéo.

Victor Hugo vient de mourir de Judith Perrignon

La foule pressent le vide.

six fourmis blanches de Sandrine Collette

Parfois leurs bêlements sont les seules paroles que j’entende de toute une semaine.

Une pluie de neige de Evelyne Thomer

Mais tous les goûts sont dans la nature, et ce qui est laid plaît beaucoup aussi.

la fille du train dePaula Hawkins

D’ailleurs à en croire la météo,  ça va être un très beau week-end.

tu me plais de Jacques expert

Vincent a 25 ans, on le dit méticuleux, presque maniaque (il suffit de voir à quel point son petit logement est parfaitement rangé).

 

Vous remarquerez qu'il y en a six au lieu de cinq car j'avais vraiment envie de profiter de ce défi pour vous parler de ces six livres lus dernièrement et que j'ai beaucoup aimés. En plus je me laissais un joker au cas où je ne réussirai pas à utiliser une phrase mais une fois l'idée trouvée grace à deux de ces phrases (six fourmis blanches et Victor Hugo vient de mourir), j'ai réussi à toutes les placer

 

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Rédigé par Martine.

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Publié le 21 Mars 2016

11 juin 2015 : Adam

Adam est guilleret aujourd’hui, Il s’ébaudit et sifflote en marchant sur le trottoir ce qui lui arrive rarement. Il a rendez-vous au café du violon violet avec JADE qui a répondu à son annonce MEETIC. Impatient de la rencontrer mais également anxieux, il ne sait pas grand-chose d’elle. Sur la photo que Jade lui a envoyée, Elle porte un caraco blanc contrastant avec sa peau bronzée et, sur ses cheveux bruns, un étrange galurin de paille à larges bords. Il y a à la fois beaucoup de détermination et de douceur dans son regard ce qui l’a séduit.

Pour calmer son angoisse, il a une soudaine envie de fumer. Il n’a plus de cigarettes. De l’autre côté du boulevard, il aperçoit un bureau de tabac. Sans attendre le prochain passage piétons, il regarde à droite, à gauche pour trouver le moment opportun où il aura le temps de traverser le Boulevard Saint-Germain sans se faire renverser par une automobile. Très rapidement, comme par miracle, le flux s’arrête. les voitures en amont et en aval sont bloquées à un feu de circulation. Il traverse. Sur le trottoir d’en face, le bus 96 est arrêté. Une femme brune portant une robe rouge en descend et traverse la rue à toute allure face à lui comme muée par la colère. Il n’a pas le temps de la dévisager. Elle le bouscule violemment. Sans même s’excuser et s’arrêter, elle poursuit comme une fusée sa course effrénée. Dans la collision son téléphone mobile est tombé et elle ne s’en est même pas aperçue. Troublé et secoué Adam ramasse le smartphone le met dans sa poche et finit de traverser la rue avant que le flux d’automobiles ne reprenne. La femme à la robe rouge est trop loin et il ne pourra la rattraper. Tant pis ! En consultant le mobile, il trouvera certainement ses coordonnées pour lui restituer son téléphone. Il achète un paquet, sort du tabac, allume une cigarette  et poursuit son chemin vers le lieu de rendez-vous : ce petit bar sympa qu’il connaît bien.

Pas encore remis de la rencontre choc avec la passante pressée, il continue son chemin et pense à elle et à ce qui pouvait l’avoir rendue aussi furieuse. Où allait-elle si vite ? Il presse le pas tout en continuant à rêver inattentif à ce qui se passe autour de lui. Il manque de se faire heurter par une voiture sortant d’un grand portail en bois. Décidément c’est la journée des rencontres choc. Jamais deux sans trois, il repense à son rendez-vous, peut être une troisième en perspective. Et si Jade ne venait pas, si elle lui posait un lapin. ! Soudain il aperçoit la femme à la robe rouge qui coure sur le même trottoir face à lui, Pourquoi a-t- elle a fait demi-tour ? il l’interpelle pour lui rendre son mobile « Mademoiselle, Mademoiselle, arrêtez-vous » mais elle continue sa route de plus belle. Adam se retourne mais elle court, court. Dépité, Il continue son chemin.

Il est presque arrivé au bar quand il entend une violente explosion au loin. Le troisième choc de sa journée. Qu’est-il arrivé, une fuite de gaz ? un attentat ? Il arrive au bar et y pénètre.

Deux femmes, installées à une table ronde, caquètent et rient bruyamment devant un café qui refroidit . L’une est petite, un peu boulotte, les cheveux courts poivre et sel et l’autre plus jeune, svelte, grande et jolie avec de longs cheveux auburn ondulés. On dirait Josiane Balasko et Victoria Avril dans Gazon Maudit. Attablé seul, Un jeune homme à tête de Hérisson avec sa crête iroquoise brune sirote à la paille une menthe à l’eau et sa solitude. Curieusement, il y a un deuxième verre de menthe à l’eau en face de lui. Il a l’air fort angoissé et en colère comme la passante inconnue qui l’a bousculé. Il attend certainement une femme qui est en retard et qui ne viendra pas. Adam s’installe de façon à voir entrer Jade quand elle arrivera, si elle arrive. Il commande une bière pour se remettre de ses émotions.

En attendant il sort de sa poche le smartphone de l’inconnue à la robe rouge. Par chance la batterie est pleine et il n’y a pas de code d’accès. L’idée qu’il puisse ainsi accéder à l’intimité et à la vie de cette jeune femme le gêne un peu mais s’il veut trouver ses coordonnées, il est obligé de le faire. Il commence par dérouler sur l’écran le carnet d’adresse voir s’il trouve son adresse ou son téléphone. Rien que des noms et des prénoms dans la liste et pas de « domicile », «maison», « moi ». Peut-être a-t-elle saisi ses coordonnées tout simplement sous son nom et son prénom mais comme il ne les connait pas !

Il jette un coup d’œil de temps en temps vers l’entrée du bar pour pouvoir accueillir Jade quand elle arrivera. La reconnaîtra-t-il ? Il continue à explorer le téléphone portable. Il clique sur le logo « messages » pour voir ses SMS. La conscience qu’il rentre encore plus dans l’intimité de l’inconnue le gêne mais aussi l’excite. Que va-t-il découvrir ? Il entre dans le premier échange de SMS.

Photo wikipédia

Photo wikipédia

11 juin 2015 : ZORA

Zora trépigne d’impatience et d’angoisse. Elle a un rendez-vous important et le bus 96 dans lequel elle se trouve est coincé dans une rue parisienne étroite derrière un camion de livraison dont le chauffeur est entré il y a quelques minutes chargé d’un énorme carton dans un immeuble de bureaux. Cela fait au moins cinq minutes et il ne revient pas. Tous les automobilistes deviennent soudain les musiciens improvisés d’un grand concert de klaxon. Tout le monde sauf le conducteur du bus, la cinquantaine grisonnante, qui garde un calme olympien. Zora se dit qu’il doit apprécier ce moment de repos. Cette pensée l’énerve encore plus. Elle se lève et se dirige vers le chauffeur et lui crie énervée :

  • Cela fait plus de cinq minutes que nous attendons, sortez de votre bus et allez chercher le chauffeur dans cet immeuble, cela ne peut plus durer.
  • Je n’ai pas le droit de quitter mon bus et il va bien finir par sortir. Cela arrive souvent
  • Au moins faites comme les autres, soyez solidaire klaxonnez
  • Cela servirait à quoi sinon à troubler la tranquillité des passants et des riverains et agacer le livreur qui, par défi, traînera encore plus.

Zora énervée retourne à sa place. Sa voisine de siège, une vieille bourgeoise ridée la toise avec un regard ironique et réprobateur et lui dit avec son accent snob :

  • Calmez-vous Mademoiselle, c’est agaçant pour tout le monde de vous voir vous agiter ainsi
  • De quoi vous vous mêlez, je ne vous ai rien demandé lui rétorque Zora au comble de l’énervement

La vieille, le regard chargé de haine contenue, hausse les épaules dédaigneuses et se tait. Zora sort son téléphone mobile et écris des SMS pour calmer sa colère, son angoisse et tenir informé son Momo pour qu’il ne s’inquiète pas de son retard.

Le chauffeur livreur sort de l’immeuble en se pressant, rentre dans la cabine de son camion et démarre. Curieusement les passagers du bus applaudissent. « Tous des tarés dans ce bus » pense Zora à voix haute. Qu’est-ce qu’elle est venue faire à Paris ? Elle hait cette ville, ces habitants stressés, prétentieux. Elle le sait trop bien ce qu’elle est venue faire et cela la ramène à la réalité. Et si le sac qu’elle a à ses pieds, elle l’oubliait ici dans ce bus sous son siège avant de sortir au lieu de le déposer où c’était prévu. Elle se vengerait du chauffeur, de la vieille bourgeoise, de tous ces cons. Elle met le sac sur ses genoux. L’ouvre, bricole dedans puis le remet à ses pieds. Elle le pousse discrètement sous son siège et se lève pour descendre à la prochaine avant l’arrêt prévu. Elle se précipite vers la porte et dès qu’elle s’ouvre, jaillit sur l’avenue et se met à courir, traverse le boulevard comme une folle sans regarder. Elle bouscule un grand jeune homme brun qui traversait en sens averse. Elle ne tombe pas et continue sa course de plus belle en se demandant tout de même pourquoi elle court. N’ayant plus de sac à déposer, elle ne sera pas en retard. Au bout de quelques minutes de course, elle s’arrête pour sortir son téléphone de sa poche de robe afin de prévenir son Momo que le paquet est déposé mais pas à l’endroit prévu et qu’elle va le retrouver comme convenu au café du violon violet. Il lui pardonnera ce changement de programme.  L’objectif est de tuer, de marquer l’opinion publique et d’engendrer ainsi la peur. Alors que cela soit ici ou ailleurs ! Plus de téléphone dans sa poche droite, elle regarde dans sa poche gauche. Force est de constater qu’elle a perdu son téléphone. Il a dû tomber dans le bus. Elle est perdue. Elle va se retrouver au violon mais pas au café et entrainer Momo avec elle. Il ne va pas lui pardonner, il va la tuer. Elle rebrousse chemin et reprend sa course dans l’autre sens. Sur le trottoir face à elle un jeune homme brun, elle croit reconnaître le passant qu’elle a bousculé en traversant la rue, elle entend vaguement qu’il l’appelle. Peut-être qu’il l’a reconnue et veut lui exprimer sa colère. Elle ne s’arrête pas. Elle doit partir loin très vite, quitter la France, l’Europe.

11 juin 2015 : ADAM

Adam attablé au café du violon violet consulte le dernier échange de messages sur le smartphone de l’inconnue et en débute la lecture :

  • Momo le bus est coincé derrière un camion
  • Descends Zora, continue à pieds
  • Le sac est lourd, j’attends
  • Ok, Calme toi, n’ai pas peur
  • On redémarre
  • Ouf
  • Je laisse le paquet dans le bus.
  • Pas dans le bus Zora
  • Si, Momo
  • Non
  • À plus au violon violet. Commande-moi une menthe à l’eau.
  • Zora qu’as-tu fait ?
  • Zora réponds moi !
  • Que fais-tu Zora ?
  • Zora, j’ai entendu une explosion, réponds moi

ADAM est troublé, il se tourne vers l’iroquois aux deux menthes à l’eau qui semble de plus en plus énervé. Il est toujours seul. Serait-ce lui le Momo de son inconnue et quel est ce paquet laissé dans le bus ? il se souvient soudain de l’explosion entendue ! Il frémit. Non ce n’est pas possible. Il reprend le smartphone de l’inconnue, une alerte d’informations s’affiche « Attentat à Paris, explosion du bus 96. Plusieurs morts ». Il blêmit et se tourne vers l’Iroquois qui regarde paniqué l’écran de son portable. Il est pâle de surprise, vert de colère rentrée, vert comme ces deux menthes à l'eau et rouge comme la robe de cette Zora et du sang versé. Adam prend conscience qu’il ne faut pas rester dans ce café à côté de ce terroriste, il faut partir et prévenir aussitôt la police. Il prend son propre portable et envoie un SMS à Jade pour lui dire qu’il l’a attendue comme convenu et que, ne la voyant pas arriver au bout de vingt minutes, il s’en est allé. Il paye sa consommation et quitte rapidement le café. Mais que vont penser les policiers ? Il aurait dû, immédiatement, aller leur porter ce mobile et on va lui reprocher d’avoir consulté les messages. Il le rendra de manière anonyme en effaçant ses empreintes. Il rentre chez lui abattu et triste de n’avoir pas pu rencontrer Jade. Sans l’avoir jamais vue, il croit bien qu’il est amoureux. Il ressort de son portefeuille la photo  de Jade et la regarde ému. Demain il l’appellera.

Robe rouge et Menthes à l'eau

18 juin 2015 : ADAM

Cela fait une semaine que l’attentat a eu lieu. Adam comme chaque matin au petit déjeuner consulte son quotidien « le Parisien » qui publie la liste des 22 victimes de l’attentat du 96. Adam la consulte avec beaucoup d’émotion même s’il ne connait pas toutes ces personnes qui étaient ce jour-là au mauvais endroit. Il aurait pu être dans ce bus s’il n’avait pas fait si beau et qu’il avait préféré Marcher dans Paris. Soudain il blêmit en lisant « Jade DUPAS – 22 ans ». Il comprend pourquoi JADE n’était pas venue au rendez-vous du Violon Violet et pourquoi depuis une semaine elle ne répondait pas à ses appels incessants. Des larmes coulent sur son visage.

Il retrouvera Momo (alias Mohamed) et Zora et vengera Jade. Il a pris soin, avant de jeter le smartphone de Zora dans la Seine, de relever leurs adresses et coordonnées et celles de toutes leurs relations. Il connait maintenant toutes leurs habitudes.

 

Martine / Mars 2016 pour le défi 162 des croqueurs de mots (Les mots en gras sont les mots imposés pour ce qui aurait dû être un scénario mais qui est une nouvelle)

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Rédigé par Martine.

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Publié le 2 Mars 2016

Eusébie Zarroïd extra-lucide

Aujourd’hui, j’ai décidé d’aller consulter Mme Eusébie Zarroïd, médium. Cela fait longtemps que j’ai envie de connaître mon avenir mais je n’ai jamais osé aller voir une voyante auparavant de peur qu’elle m’annonce une mauvaise nouvelle à venir qui me remplirait d’angoisse. J’ai failli ce matin annuler mon rendez-vous quand Christine HAAS, dans son horoscope matinal sur RTL, a dit que les hommes poissons devaient se méfier d’une femme brune qui serait source de problèmes.  J’espère qu’Eusébie Zarroïd est blonde, il n’y a pas sa photo sur son site internet. J’arrive au pied de son immeuble haussmannien dans un beau quartier de Paris. Je sonne à l’interphone, J’entends une voix féminine doucereuse, me dire

  • qui-est-ce ?

Avouez que c’est surprenant pour une voyante, elle devrait le savoir !

Je lui réponds en riant

  •  devinez ?  

Sans se laisser déstabiliser par ma répartie, elle me répond

  • un homme méfiant qui a de l’humour.

J’apprécie et je décline mon identité

  • Pierre-Jean Lafosse.

La porte s’ouvre. Je monte l’escalier et sonne à la porte à double battant de son appartement. Une femme aux cheveux très bruns relevés en chignon recouvert par un foulard panthère m’ouvre la porte et se présente en me serrant la main :

  • Eusébie Zarroïd.

Non seulement elle est brune ce qui, vu mon horoscope, ne me rassure pas  et en plus elle a vraiment l’air bizarre, elle porte bien son nom. J’ai envie de fuir mais, subjuguée par son regard, je ne le peux. Elle me demande de patienter 5 minutes dans la salle d’attente et me propose un café. Je la remercie et je me marre en lui répondant :

  • C’est très gentil, merci Madame,  Comme cela vous aurez du marc pour y lire mon avenir !

Elle se marre aussi (elle a de l’humour la dame) et m’assène

  • Comme je ne lis pas dans le marc de café mais dans le sucre en poudre et comme je n’en ai plus assez, vous aurez un café sans sucre !

Je luis réponds

  • Je suis venue voir une extra-lucide pas une extra-glucide !

Elle m’apporte mon café, un très bon expresso un peu difficile à avaler sans sucre, cela m’apprendra à faire de l’humour de bas étage.

Elle me fait pénétrer dans son bureau, je m’assois dans un fauteuil  Voltaire, ma foi fort confortable, face à elle. Elle me regarde avec son regard perçant en me disant

  • C’est la première fois que vous venez Pierre-Jean, présentez vous.
  • Non je me présenterai pas tout de suite, essayez de deviner qui je suis puisque vous avez des dons de voyance.
  • Je vous vois Cadre financier marié même si vous ne portez pas d’alliance ou pacsé, vous êtes père de deux enfants un garçon et je vous annonce vous allez être cette année papa d’une petite fille. Dois je continuer ?
  • Soit vous avez consulté mon profil Facebook avant que j’arrive, soit vous être vraiment forte. Je suis bien cadre financier, enfin plus précisément conseiller clientèle dans une banque, je suis marié, père d’un garçon, mais vous vous trompez je n’attends pas de petite fille. Ma femme hélas ne veut pas d’autre enfant, elle prend la pilule.
  • Je persiste, je pense que vous serez papa prochainement, vous auriez tort d’être septique.
  • Mon nom de famille étant Lafosse, il est normal Eusébie que je sois septique.  En plus j’angoisse. S’il vous plait ne m’annoncez pas de mauvaises nouvelles. Dites-moi que des bonnes choses »
  • L’arrivée d’un enfant est une bonne nouvelle n’est-ce pas ?
  • Pas pour moi en ce moment.
  • Les mauvaises choses à court terme peuvent être bonnes à long terme.

Je ne comprends pas vraiment pouvez-vous me donner un exemple,

  • Votre femme vous quitte. Effectivement c’est une mauvaise nouvelle sur le moment et cela va vous déprime mais dans quelques semaines avec du recul, vous vous en réjouirez. Cela vous aura permis de reprendre votre liberté, de vivre à plein temps avec votre maitresse ou de rencontrer l’amour de votre vie, le vrai.  
  • Vous insinuez que j’ai une maîtresse ?
  • Je n’insinue rien, c’est dans les possibles pour une fois je ne suis pas sûre de moi. Aidez-moi, avez-vous une maîtresse ?
  • Vous êtes bien curieuse, non je n’en ai pas.
  • Je ne suis pas certaine que vous dites la vérité mais ce que je peux vous garantir avec certitude c’est que votre épouse va vous quitter à court ou moyen terme, je ne peux dire quand ? La voyance n’est pas une science exacte.  Voulez-vous me donner votre main
  • Vous êtes astucieuse Eusébie, vous m’annoncer  une séparation et juste après vous me demandez en mariage, Nous formerions un drôle de couple, plutôt bizzaroïde
  • Arrêtez de plaisanter, cela me déconcentre, présentez moi votre main gauche d’abord s’il vous plait

Je m’exécute et lui donne ma main à regret

  • Jolie main… Euh pardon, vous êtes en parfaite santé Pierre-Jean et vous devriez avoir une longue vie. Néanmoins je vois que vous aurez un petit accident de santé prochainement certainement mais rien de bien méchant. Quant à votre vie professionnelle, elle va bientôt bifurquer. Vous allez quitter prochainement votre emploi actuel, cela risque de vous déstabiliser mais, après une période assez longue de chômage,  vous en trouverez un autre qui vous apportera beaucoup de satisfaction.
  • Oui j’ai une bonne santé, forcément que je vais déprimer après tout ce que vous m’annoncez. Je n’ai pas du tout envie de quitter mon travail actuel, il me convient tout à fait.
  • Vous le quitterez votre travail très prochainement et si ce n’est pas de votre plein gré ce sera contraint. On ne peut échapper à son destin.
  • Cela suffit maintenant, J’en ai assez entendu pour aujourd’hui, je ne peux en supporter plus, combien vous dois-je ?
  • 120 euros.
  • 120 euros pour entendre des mauvaises nouvelles, c’est du masochisme.

Je me lève et prend congé

  • Au revoir Eusébie ou plutôt Adieu, je ne reviendrai plus.
  • Au revoir Pierre-Jean, je ne dis pas Adieu, nous nous reverrons je peux vous le garantir.

Je prends congé, descends l’escalier de l’immeuble très rapidement pour m’éloigner très vite de cet oiseau de mauvaise augure.

Ma voiture est garée  juste en face de l’immeuble. J’y pénètre, m’assois. J’ai besoin de reprendre mon souffle et mes esprits. Je sors mon téléphone portable de ma poche pour consulter ma messagerie.

J’ai un SMS de Delphine, ma maîtresse, une pétillante et jolie brunette. Et oui Eusèbie avait raison, je trompe ma femme et cette pensée me fait sourire mais jamais je ne quitterai mon épouse et elle non plus. Je lis le message :

« Chéri je suis trop heureuse, je suis enceinte. Je veux garder cet enfant, je viens de l’annoncer à ta femme par téléphone, Elle va te quitter. C’est super on va pouvoir enfin vivre ensemble, appelle-moi.»

Abasourdi par cette nouvelleJe m’affaisse sur mon fauteuil , j’ai tout perdu : ma femme que j’aimais, ma maîtresse (je ne pourrais jamais lui pardonner) et aussi mon travail, mon beau-père est mon employeur. Je crois que je vais retourner voir Eusébie, j'ai senti qu'elle n'était pas insensible à mon charme.

 

Martine / Mars 2015 pour les prénoms du mercredi de Jill-Bill (aujourd'hui Eusébie)

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Rédigé par Martine.

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Publié le 22 Février 2016

Zazie prends enfin le métro

A la station Saint-Lazare, je rentre dans le wagon et m’assoie sur la banquette, sort mon livre « Zazie dans le métro » de mon sac à main  et en reprends la lecture avec plaisir me réjouissant de la longueur de mon parcours sur cette ligne pour pouvoir en profiter au maximum.  Absorbée par ma lecture, je suis dans mon doux  cocon bercée par le mouvement de la rame et ne voit pas ce qui se passe autour de moi. Soudain on me tape sur mon épaule. Je quitte ma lecture à regret, lève et tourne la tête vers la gauche pour voir quel importun a osé me toucher. Ne supportant pas cette familiarité, je suis prête à exprimer  mon mécontentement. Stupéfaction ! C’est une adorable  petite fille pleine de vie brune aux cheveux mi- longs, aux yeux en amande qui affiche un sourire malicieux. Elle est vêtue d’une veste rouge.

  • Et m’dame je vois que tu lis le livre de mon père
  • Ton père ! mais l’auteur de ce livre Raymond Queneau est mort depuis près de 40 ans, tu ne peux pas être sa fille
  • Mais si madame, je suis Zazie qui devait être dans le métro si on en croit le titre mais qui ne l’a jamais pris pour cause de grève
  • Ne me raconte pas tout je ne l’ai pas fini même si je l’ai déjà lu
  • Tu peux arrêter là ta lecture M’dame, tu vas être déçue si tu t’attends à ce que dans ce roman je prenne le métro.  Ce livre du Raymond se termine en quenouille normal pour un Queneau, perds pas ton temps !
  • Mais je ne comprends pas ce que tu fais là Zazie ? Tu es un personnage pas une petite fille
  • Je ne le suis plus, je suis sortie du livre et suis devenue une enfant en chair et en os, touche mon bras M’dame et appuies bien fort,  tu verras que je ne suis pas Belphégor, il est resté lui dans le livre de son papa.

J’appuie fort comme me le demande Zazie sur son bras

  • Aïe ! tu me fais mal
  • Excuse-moi Zazie. Je te crois maintenant mais que fais-tu dans le métro alors que tu es censée  ne l’avoir jamais pris
  • J’étais trop frustrée de n’avoir pas pris le métro, je suis sortie du livre pour le prendre et ensuite me venger du Raymond qui m’a fait croire avec son titre que je le prendrai. Quelle frustration. Tu me dis que le Raymond a cassé sa pipe, j’espère qu’il est passé sous le métro un jour où il n’était pas en grève
  • Non c’est une maladie, un cancer qui l’a tué. Ce n’est pas bien de vouloir se venger Zazie. Grâce à lui tu es célèbre en France, personne ne t’oublieras, tu es immortelle.  Si tu avais vraiment pris le métro dans le livre, cela aurait été tellement commun que tout le monde t’aurait oubliée.  Les lecteurs ont été tellement frustrés qu’il est impossible qu’ils t’oublient. Ton papa Raymond est un grand écrivain
  • Ce n’est pas con ce que tu dis… Sacré Raymond
  • Tu sais Zazie, les temps ont changé et il n’est pas prudent pour une petite fille de 9 ans de se promener seule dans Paris
  • Même  pas peur, dans le livre du Raymond j’ai bravé un vieux satyre qui me poursuivait et il ne m’a pas attrapé, c’est qui la plus forte, la plus maline c’est Zazie
  • Alors le métro comment tu le trouves Zazie
  • Dis M’dame, c’est quoi la chose qu’ils ont tous dans la main qui fait de la lumière dans laquelle ils braillent ou sur laquelle ils pianotent une symphonie inaudible
  • C’est un téléphone portable Zazie, ils peuvent téléphoner, converser avec leurs amis, lire leurs messages, y répondre par écrit en tapant les lettres sur l'écran clavier,  jouer à des jeux et même lire « Zazie dans le métro » ou le livre qu’ils souhaitent sur leur écran.
  • Est-ce que cela fait miroir aussi
  • Non Zazie
  • Heureusement pour eux  car ils pourraient avoir un malaise à voir leurs faces de chimpanzés tristes qui  font la gueule.

Je sors mon téléphone portable et dit à Zazie

  • Ils peuvent se voir tout de même et se prendre en photo.  Souris  Je vais te montrer

Je prends le selfie et le montre à Zazie

  • Super cool. on sourit comme deux bananes toutes les deux, on ne devrait pas les singes vont nous mordre. S’il-te-plait M’dame tu m’enverras au zoo de Vincennes voir les vrais chimpanzés
  • Si tu veux Zazie mais tu sais ils sont tristes aussi les singes du zoo, d’être enfermés comme les voyageurs du métro qui sont confinés dans cette rame sous terre sans voir le soleil. C’est triste le métro et toi, tu n’as pas répondu à ma question, comment tu le trouves le métro,
  • Beurk, ça pue, c’est sale, c’est la course, ils sont tous pressés de se faire compresser dans les wagons comme des sardines dans une boîte je préfère le bus que j’ai pris dans le livre.  Je me suis même perdue dans les couloirs interminables de la station dont je ne me rappelle plus le nom mais où j’étais la bienvenue. C’est sympa d’écrire ce message sur la plaque de la station
  • C’est la station Montparnasse. Bienvenue n’est pas un message d’accueil  Zazie mais le Nom du Monsieur à qui on doit le métro parisien : Fulgence Bienvenue.
  • Il aurait mieux fait de rester couché le jour où il l’a inventé. Je ne retournerai plus dans le métro et après avoir visité avec toi le zoo de Vincennes, je quitterai paris et j’irais revoir le Berri où je suis née, je préfère les vaches aux singes.
  • Tu ne pourras pas Zazie tout de suite, il n'y a pas que les métros qui sont en grève, cette semaine ce sont les trains qui le sont.

Soudain la voix tonitruante du conducteur de la rame retentit dans le wagon

«La station Ternes est fermée mais Gaité est ouverte et un grand concours de sourire sponsorisé par les Galeries Farfouyettes est organisé. Souriez à votre voisin c’est peut être un des membres du jury  chargés de recueillir les sourires et de les noter »

Je me tourne vers Zazie pour lui dire qu’elle va certainement gagner ce concours avec son si joli sourire mais Zazie n’est plus là, elle n’est venue que dans mon rêve. Je me suis assoupie sur mon livre.

 

Martine / Février 2016 pour le défi 160 des croqueurs de mots animé par Lénaig.

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Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

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