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Publié le 17 Février 2016

Marine habite avec Ses parents au bord de l’océan. Elle rêve d’être architecte. Elle ne construira ni châteaux, ni maisons, ni ponts entre deux rives. Non, elle dessinera des voiliers qui vogueront sur tous les océans et mers du Monde dans de longues courses solitaires, en famille ou entre amis.

Son papa possède un petit et vieux gréement qu’il a sorti à l’aube pour initier son frère aux joies de la navigation à voile. Sujette au mal de mer, elle ne les accompagne pas. Quand il y aura moins de vent, son père l’emmènera avec elle. Pour le moment, elle préfère rester là sur la plage à les regarder, à observer le voilier de son père s’éloigner sur les flots argentés et brumeux. Elle sort son carnet de croquis et son fusain et elle dessine avec le plus de précision possible le vieux gréement. Au moment du coup de crayon final, elle contemple son œuvre cherchant la moindre erreur.

Soudain le vent se lève, une bourrasque déchire les flots comme un éclair dans le ciel une nuit d’orage. L’océan devient un puzzle gigantesque et mouvant dont une pièce se détache soudain, celle où était le vieux gréement de son père. Ce morceau d’océan se soulève comme tiré par les câbles d’un hélicoptère invisible et atterrit à l’endroit où les vagues viennent mourir empêchant ainsi ce petit voilier de mourir en sombrant derrière l’horizon. Son frère descend du bateau et aide son père à amarrer sur terre ce morceau d’océan ailé et voilé.

L'orage menace, le tonnerre gronde. Un bruit strident retentit venant interrompre la magie de l’instant. Sa joue est humide, elle se réveille sur son oreiller mouillé de pluie… de larmes. Ce n’était qu’un rêve interrompu par la sonnerie du réveil, un magnifique rêve lui permettant de croire quelques instants à l’inaccessible étoile…

 

Martine / rediffusion d'un article d'Octobre 2015 pour Les prénoms du mercredi

Marine

photo la dernière pièce d'Alastair Magnaldo dont j'ai acheté un exemplaire numéroté tant je l'aime et qui m'a inspiré ce texte que vous pouvez vous procurer ICI

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Rédigé par Martine.

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Publié le 13 Février 2016

Je fais régime sur régime. Etre beaucoup moins lourde est devenue une obsession à tel point que J’ai rêvé cette nuit que j’étais devenue si légère que je n’avais plus les pieds sur terre, j’étais en lévitation permanente. Impossible de retrouver le plancher des vaches. Ce songe aurait dû me réjouir. Bien au contraire il a perturbé mon sommeil et je me lève ce matin du pied gauche. C’est « bête comme ses pieds » d’être pieds et poings liés à ce régime. Pour me remonter le moral je décide de sortir et d’aller dans le Centre-Ville faire les soldes qui viennent de débuter. Je n’ai rien besoin de particulier mais il est certain que je ne reviendrai pas bredouille. Je passe devant la boutique de sabots et comme à chaque fois j’admire ces jolis souliers artisanaux forts onéreux. C’est peut être l’occasion d’en acheter une paire s’ils sont soldés, ils feront des chaussures d’intérieur avec lesquelles je pourrais aussi sortir dans mon jardin. Je n’ai jamais porté de sabots, je pense qu’ils doivent être pesants à porter mais n’est-ce-pas ce qu’il me faut après mon rêve de la nuit. Avoir le pied lourd et le reste léger ; m’alourdir sans grossir ce serait le pied, Je ne risquerais pas de m’envoler. Je craque pour une jolie paire de sabots à l’imprimé page de journal. Ils sont soldés : 49 euros au lieu de 59 euros. Je ne les essaye pas, ils sont à ma pointure et des sabots cela ne peut pas serrer. En plus je pourrais lire en marchant et ainsi regarder mes pieds quand je marche ce que je ne fais jamais ce qui m'a valu quelques chutes mémorables. Maman sera heureuse dans son paradis elle qui me disait toujours quand j'étais petite : "Regarde tes pieds quand tu marches" !

Une de mes photos (sabots youyou aux Sables d'Olonne)

Une de mes photos (sabots youyou aux Sables d'Olonne)

La vendeuse dépose délicatement  les sabots dans une grande boite à chaussures qu’elle insère dans un sac plastique. Je paye et sors du magasin.

Arrivée à la maison, je retire le carton du sac, ouvre la boîte et en libère mes premiers sabots. Je mets le premier à mon pied gauche. Il l’épouse à merveille. Heureuse, Je me saisis du second et m’apprête à l’enfiler sur mon pied droite quand j’ai un doute. Il semblerait que ce soit un pied gauche aussi. Je dois me tromper je l’enfile sur mon pied droit, il y rentre mais c’est bien un pied gauche. C’est incroyable. Eureka ! Peut-être que j’ai mis le pied droit sur le pied gauche et j’intervertis les deux sabots. Le sabot du pied gauche est parfait, mais force est de constater que le sabot mis au pied droit n’est toujours pas adapté. Néanmoins il rentre. J’essaye de marcher. J’y arrive mais ce n’est pas vraiment le pied. Je retire les deux sabots et me mets à lire la page de journal imprimée sur le dessus. Heureusement je lis bien l’anglais même si je ne le parle pas bien car mon accent est déplorable. C’est un article sportif. Si cette équipe de foot a perdu c’est peut-être parce que leurs joueurs droitiers avaient deux pieds gauches.

Photo web (google image)

Photo web (google image)

Peut-être que les anglais ont deux pieds gauches parce qu’ils sont presque les seuls à rouler à gauche. Je vote à gauche, je préfère avoir deux pieds gauches que deux pieds droits. Je décide de les garder et comme il m’arrive de changer d’avis en politique, je ne retournerais pas ma veste si j’évolue vers la droite mais retournerais mes pieds et j’aurais alors deux pieds bots à défaut de beaux pieds (les miens sont affreux). Cette idée me fait sourire et me console. Il me plait d’avoir deux pieds dans le même sabot gauche car cela fera mentir tous mes proches qui me reprochent d’être hyperactive, de mettre le pied à l’étrier en permanence (façon de parler car je n’aime pas les chevaux et ne peux m’en approcher) et de n’avoir pas les deux pieds dans le même sabot. Par contre j’ai toujours eu deux mains gauches. Je ne sais rien faire avec mes mimines et suis la maladresse personnifiée. Maintenant mes pieds seront adaptés à mes mains et je pourrais, grâce à cet achat malencontreux, faire des pieds et des mains en parfaite harmonie sans, tout du moins je l’espère, perdre pied. C’est bien, je positive toujours et cela me permet de m’adapter à toutes les situations mêmes les plus désagréables. C’est ma façon de faire un pied de nez aux difficultés et aux changements.

Je pourrais aller changer ces sabots qui, en plus, sont plutôt masculins  (je ne suis pas vraiment pas douée pour trouver chaussure à mon pied au propre comme au figuré) mais c’est décidé je les garde ainsi et, au lieu de les porter, je les accrocherai pointe en bas au mur de ma véranda et y planterai un sabot de vénus et un pied d’alouette. Je pourrai ainsi passer de longs moments  à faire le pied de grue pour admirer ces sabots fleurir et je ne doute pas qu’ils vont s'épanouir, j’ai deux mains gauches mais vertes.

 

Martine pour le défi "le nid de mots" d'ABC

Les deux pieds dans le même sabot

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Rédigé par Martine.

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Publié le 16 Janvier 2016

Depuis des semaines, une idée fixe la harcèle nuit et jour. Elle se lève en ce vendredi matin en sachant qu’aujourd’hui est un autre jour : elle va enfin passer à l’acte. Ne plus se laisser envahir par les obsessions : Agir

Elle avale son thé et son jus d’orange en vitesse, grignote quelques céréales. Elle chausse ses mocassins, enfile sa marinière bleue au col rayé de blanc. Elle embrasse son Paul hâtivement. Elle a le temps de remarquer qu’il semble perturbé. Peut-être a-t-il une mauvaise intuition. Non il ne peut deviner qu’il ne la verra plus.  Ne pas s’apitoyer,  se dégager de l’affectif comme n’arrête pas de lui répéter le type coincé qui lui sert de patron.

Ce matin elle se rend à pieds au travail, il fait beau et elle n’a plus besoin de voiture. Elle arrive tôt au bureau. Elle met en route son PC portable et ouvre sa messagerie par habitude mais aujourd’hui elle ne lit pas ses mails, c’est désormais inutile. A la place, elle se met en position d’observation, d’écoute, de réflexion.  Elle aime être la première arrivée pour goûter au calme des bureaux vides.  Ne pas stresser pour débuter la journée : Ressentir, penser, prendre du recul.

Ses collègues arrivent un à un et quand ils sont tous fidèles au poste, elle les accompagne dans la pièce où trône la machine à café, appareil  indispensable à la vie de bureau. C’est le moment privilégié d’échanger les banalités quotidiennes, de commenter l’actualité avec un brin, voir même une tige, un tronc d’humour populiste. Elle est la plus âgée « la vieille » comme l’appelle « le vieux » son manager  qui n’aime que les jeunes consultantes ou secrétaires affriolantes.

Ses collègues racontent les péripéties de leur progéniture en pleine crise d’adolescence, c’est à celui ou celle qui racontera l’anecdote la plus saisissante. Si elle voulait, elle pourrait participer et gagnerait certainement la compétition car son fils à elle est en pleine crise d’adolescence aussi mais il la fait avec quinze ans de retard  et avec toute la violence d’un adulte ! Elle les écoute, elle se tait, elle a trop honte du  rejet agressif de son fils tant aimé et adoré pour pouvoir en parler.  Ne pas culpabiliser, ne rien regretter. Avec Paul ils ont fait le mieux possible avec un réel amour qu’ils n’ont pas su hélas montrer. Fuir comme son fils. Après ce café avalé, chacun reprend son activité de conseil en recherche d’emploi.

Elle reçoit un salarié qui vient de signer un CDI après qu’elle l’ait chaleureusement recommandé au dirigeant qu’elle connait bien d’une petite entreprise. Il lui a apporté des chocolats. Elle le remercie, s’efforce d’être conviviale mais son esprit est ailleurs. Ce sera son dernier succès professionnel, son dernier entretien de conseil. Elle offre les chocolats à la secrétaire.

La matinée lui parait interminable. Elle prend le temps d’écrire une lettre d’adieu à son patron avec la même jubilation que l’heureux du gagnant du loto qui, dénudé, clame « au revoir président » dans la publicité à la télévision.

A midi, elle ferme son PC, range ses affaires comme chaque midi. Sa collègue souhaite déjeuner avec elle, elle lui répond qu’elle ne peut pas aujourd’hui.  Elle ouvre son sac, sort sa carte bleue et la coupe en mille morceaux qu’elle jette dans la corbeille. Elle laisse sur le bureau son portable professionnel. . Si elle avait un téléphone mobile personnel elle le jetterait aussi mais elle n’en a pas, elle n’a jamais aimé le téléphone. Ne laisser aucune trace, se volatiliser

Elle jette un dernier regard à son bureau qu’elle occupe depuis sept ans puis se dirige vers la sortie. Heureusement elle ne croise personne. Ne pas regarder en arrière, ne pas s’attacher. Quitter cette vie trop monotone.

Avant elle veut voir l’Oise  une dernière fois. Elle se dirige vers le pont qu’elle emprunte à pieds. Elle descend sur l’ancien chemin de halage. Elle s’assoit sur un banc, mange une pomme qu’elle sort de son sac à main, contemple le large ruban argenté qui court vers une autre vie, celle du fleuve qu’il va rejoindre au confluent tout proche.  Ne plus penser à rien. Confluer, changer de route. Pour le moment, se lever, marcher, beaucoup marcher, se laver l’esprit

Un homme l’attend à 15 heures devant la gare RER de Conflans fin d’Oise.. Fin d’oise, Fin de vie…. départ vers la mer, vers l’inconnu…

Conflans Sainte Honorine : Confluent entre la Seine et l'Oise

Conflans Sainte Honorine : Confluent entre la Seine et l'Oise

Elle presse le pas et arrive dans le parking de la gare de Conflans, Comme toujours il est en avance. Son prince est là. Tout va bien, il ne l’attend pas dans un carrosse mais tout simplement dans sa citrouille grise, une Twingo neuve…. Il descend, lui ouvre la portière avec classe, elle s’assied sur le siège en cuir, signe de luxe qui contraste avec l’apparente sobriété du véhicule. Sa voiture est à son image : fière et modeste. Il reprend sa place au volant. Il la regarde, ils se regardent intensément. Le désir comme un aimant les pousse à se rejoindre dans une très longue étreinte. Ils s’embrassent longuement avec fougue. Ils ont du mal à revenir à la réalité. Au bout de très longues minutes qui ont passé très vite, il démarre. Ils se dirigent vers la mer. Elle aime l’observer quand il conduit. Concentré sur la route, il semble rêveur. A quoi pense-t-il ? S’il savait que sa vie d’avant de célibataire est terminée, qu’elle va confluer avec la sienne et prendre dès aujourd’hui une autre route. Ne pas lui faire part trop vite de sa décision, agir, le surprendre…

La route défile dans les champs…  il est silencieux, il ne parle pas. De temps en temps il lui jette un regard plein de désir, lui caresse le genou avec douceur. Elle lui rend ses caresses. Il continue à conduire imperturbable.

Des éoliennes dans un champ brassent du vent. Brasser du vent ce qu’elle a fait jusqu’à présent.  Arrêter de brasser du vent pour embrasser la vie…. une autre vie…..

Soudain à l’horizon, derrière les falaises de craie, la mer se confond avec le ciel….. La route se met à descendre en tournant pour venir mourir en bord de plage.  Il se gare sur le parking. Ils sortent. L’air iodé et le vent frais les sort de la torpeur du voyage qui les avait mis dans un état second. Et là, face à la Manche, ils s’étreignent et s’embrassent.  Ils sont seuls en cette fin d’après-midi, seuls face à la mer, seuls au monde. Plus rien d’autre n’a d’importance.

Ils descendent sur le sable jusqu’à la mer qui prend une teinte dorée au couchant. Elle retire ses mocassins et marche dans l’eau qui est très froide. Il la regarde mais ne la suit pas. Ils remontent vers la promenade du bord de plage. Elle remet ses chaussures. Ils se dirigent vers l’hôtel qu’elle a choisi. La chambre que la patronne lui montre est petite mais elle donne sur la mer. Il ferme les volets pour cacher cet amour interdit qu’on ne saurait voir alors qu’elle a envie de l’exposer au grand jour sans culpabilité. Ils sont si différents. La vie au quotidien avec lui est-elle possible. N’est-ce pas une utopie ? Ne pas raisonner, ne pas douter. Se laisser comme lui porter par ses instincts. Ils font l’amour avec fougue comme si c’était la dernière fois et qu’ils devaient en garder le souvenir tout le reste de leur vie.

Ils prennent ensuite un bain ensemble dans l’étroite baignoire. Elle n’aime pas comme lui se prélasser dans une baignoire mais préfère les douches. Aujourd’hui c’est différent, elle apprécie ce moment d’intimité et de tendresse en sa compagnie. Ils s’essuient mutuellement frissonnant de  désir toujours présent et s’habillent. Ils sortent de l’hôtel et vont dîner au restaurant qu’il a réservé. Tout est planifié chez lui. Il angoisse s’il ne maîtrise pas. Même si elle a horreur de prévoir à l’avance, elle s’en amuse, le taquine, lui demande s’il a prévu ce qu’ils allaient manger également. Le serveur leur apporte un cocktail maison. Il cherche à savoir ce qu’il contient. Il est délicieux, c’est le principal, elle se moque bien d’en connaître la recette. Il insiste et dit qu’il va demander au serveur. « C’est un philtre d’amour et on ne demande pas la composition d’une potion magique » lui répond-t-elle. Il rit et renonce à savoir. Ils choisissent ensuite un immense plateau de fruits de mer qu’ils savourent lentement tout en échangeant des souvenirs personnels du temps où ils ne se connaissaient pas. Ils ont trop mangé, n’ont plus faim et ne prennent pas de dessert.

Il veut payer mais elle insiste pour le faire car il a payé l’hôtel. Elle ouvre son sac à main et sort discrètement d’une grande enveloppe en kraft des billets pour payer l’addition.  Il ne s’étonne pas car lorsqu’ils sont ensemble elle paye toujours en liquide pour ne pas laisser de trace de leur liaison. Ils ressortent. Ce qu’il n’a pas vu c’est qu’aujourd’hui, l’enveloppe contient beaucoup plus de billets que d’habitude.

Ils rentrent à l’hôtel et se couchent et font de nouveau l’amour pour évacuer ce trop-plein de désir qui ne les a pas quittés.  Epuisés ils s’endorment enlacés.

Le lendemain matin, après le petit déjeuner copieux, ils quittent l’hôtel et vont se promener sur la plage de sable. Il s’assoient, Il lui parle de la lutte de la mer contre la terre. Elle se moque de la force des éléments et ne voit dans ce paysage qui s’offre à eux  que la beauté pure qui inspire le rêve d’autres rivages, d’autres continents.

Soudain, elle rompt son explication technique pour lui dire, sans aucune précaution, qu’elle a décidé de quitter Paul définitivement et ses enfants, de gommer son ancienne vie pour tout recommencer avec lui. Elle ajoute qu’ils vont pouvoir se l’offrir ce chalet dans la chaîne des Aravis où il rêve de vivre avec elle et qu’au moins personne ne viendra la chercher à la montagne parce que tout le monde sait qu’elle y étouffe et qu’elle la déteste. Il l’écoute d’abord médusé sans réaction, puis peu à peu l’énervement et la colère remplacent la stupeur. Il lui crie qu’elle est complètement folle, qu’il ne veut pas vivre avec elle, peut-être plus tard mais pas si vite. Elle le regarde abasourdie par cette révélation, ce violent rejet et éclate en sanglots. Il se lève, l’aide à se relever. Elle le repousse Ils marchent vers la voiture l’un derrière l’autre. Il lui dit  qu’il n’a plus envie de prolonger ce week-end et qu’il est plus raisonnable de rentrer. Elle refuse de pénétrer dans la voiture. Des promeneurs les regardent, Ne pas se donner en spectacle.

Vite s’asseoir dans la twingo.  Il démarre rapidement, Il conduit plus vite qu’à l’aller comme s’il était pressé de rentrer, de mettre fin à leur histoire. Elle se sent trompée, bafouée, honteuse d’avoir été aveuglée à ce point. Etait-ce trop tôt, Aurait-elle encore dû attendre. Non, elle est maintenant persuadée qu’il ne sera jamais prêt à renoncer à sa liberté. C’est une évidence qu’elle n’a pas vue, l’amour l’a rendue aveugle. Elle sèche ses larmes. Il ne mérite pas qu’elle pleure pour lui. Ne pas lui montrer qu’elle est profondément blessée.

Que doit-elle faire maintenant ? Débuter une nouvelle vie seule ou rentrer tout simplement et expliquer l’escapade amoureuse à Paul en espérant qu’il lui pardonne. Ne pas rester seule, elle ne supporte pas la solitude. Rentrer, expliquer, espérer le pardon.

Il la dépose au bout de sa rue. Elle marche lentement sur le trottoir craignant ce moment où elle va devoir s’expliquer, plus elle approche de sa maison, plus elle ralentit.  Rien ne sert de retarder l’échéance, Rentrer la tête haute. Expliquer qu’elle avait besoin de cette escapade, avouer le fiasco,  avaler sa honte …

Elle ouvre la grille, la repousse derrière elle, la referme. Elle monte sur le perron, pousse la poignée de la porte d’entrée. Elle est fermée à clefs ? Il s’est absenté, peut-être la cherche-t-il ? Elle rentre. Son chat l’accueille en miaulant tout heureux de la retrouver. Il se frotte sur ses jambes. Il se poste ensuite devant le réfrigérateur de la cuisine. Il a faim. Elle ouvre une boîte de pâté, en dépose le contenu dans une assiette, lui verse un peu de lait dans un bol. Il avale comme s’il n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Elle se retourne pour aller suspendre sa marinière au porte-manteau de l’entrée. Une feuille blanche sur la table en chêne de la cuisine attire son regard. Elle s’approche, s’assied sur la chaise bistrot, saisit la page qui est écrite. Elle reconnait la belle écriture ronde de Paul.


« Quand tu liras cette lettre ce soir à ton retour du bureau, je serai parti. J’ai rencontré une femme il y a 4 ans. La décision de te quitter n’a pas été facile mais aujourd’hui j’ai enfin décidé de la rejoindre et de vivre avec elle. Nous ne nous reverrons plus, ce serait trop douloureux pour nous deux. En cadeau, Je te laisse cette maison. Je sais que tu l’aimes, que tu aimes cette ville, les rives d’Oise où tu apprécies  te promener. Dans rivière, il y a vie, suis là jusqu’au bout, jusqu’à ce que tu rencontres ton fleuve celui qui saura t’aimer comme je t’ai aimé et te porter vers la mer pour y finir ensemble vos jours ».

Paul / Vendredi 13 Septembre 2013

 

En lisant la signature de Paul et la date… elle éclate intérieurement de rire : Quelle idée de vouloir débuter une autre vie un vendredi 13 et en plus de l’année 2013 ! Sa tentative était vouée à l’échec et il y a de fortes probabilités que celle de Paul aussi. N’était-ce pas de leur part un acte manqué pour ne pas regretter de n’avoir pas essayé un jour. Elle a peut-être des chances de récupérer son Paul. En attendant il va falloir qu’elle se mette à rechercher activement un autre travail.

 

Martine MARTIN / Réédition transformée pour le nid de mot d'ABC (thème : Vendredi 13)

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Publié le 16 Décembre 2015

Je m’appelle Abraham. J’aime bien mon prénom avec ces trois A. Ce matin de septembre  devant la glace de la salle de bain je fais des vocalises :  

  • « Abraham do ré mi…. Abraham fa sol la …. « 

Ce qui excède mon épouse, ma petite biche  Sarah  qui s’est réveillée  de mauvaise humeur et qui ne supporte pas la musique. Elle interrompt mes exercices vocaux en me criant.

  • « Arrête Abraham, tu ne chantes pas, tu brames  comme un cerf en rut».

Je souris  en continuant  mes vocalises en montant d’un ton  

  • « do ré mi fa sol la : Abraham il  brame »  

Je sors de la salle de bain, je suis mal réveillé ce matin, je suis en retard. Dans une semi-obscurité, J’enfile en vitesse une chemise blanche et mon complet noir corbeau.  Pour  touche finale une cravate rouge pour exprimer discrètement mon anticonformisme et ne pas ressembler à un croque-mort comme mes collègues de la banque de la city de Londres où je travaille. J’attrape machinalement mon chapeau melon  comme je le fais chaque jour et je m’apprête à bien l’enfoncer sur ma tête pour éviter qu’il ne s’envole au vent. Curieuse sensation, j’ai l’impression que mon chapeau s’est trop enfoncé,  m’a recouvert le visage et va m’étouffer.  Non, Je ne suis pas complètement  dans le noir, j’aperçois  l’armoire en merisier de notre chambre et la grande psyché. Je m’approche d’elle pour me contempler.  Oh  stupéfaction pas de chapeau. A la place des bois de cerf ont poussé sur ma tête, non pas sur ma tête, horreur ce n’est plus la mienne mais celle d’un cerf posée sur mon corps d’homme.. Horrible vision je suis devenu un cervidé, un homme cerf vidé de toute vie. 

 

Abraham ou la métamorphose

Je vais m’évanouir tant cette vision est insupportable. Je m’éloigne du miroir, m’assoie sur mon lit. Je vis dans un rêve, peut-être est-ce un cauchemar ? Je me donne des claques pour me réveiller, mes joues dodues sont devenues bien maigres mais si soyeuses. Je devrais maintenant sortir prendre le métro pour aller travailler mais c’est impossible. Je vais effrayer tous ceux que je rencontrerai et je vais me faire tirer comme un lapin. I  Que faire ? Et ma biche comment va-t-elle réagir en voyant son cerf en rut qui brame devenu réalité ? Septembre, pleine période des amours : peut-être vais-je lui sauter dessus comme un animal. Elle sera surprise, je ne suis pas très chaud d’habitude. Justement je l’entends dans le couloir, elle arrive. Je n’ai pas le temps de me cacher.  Je crie ou plutôt je brame « attention ma biche,  je suis devenu un cerf » .  Elle pousse la porte, entre dans la chambre. Elle va crier de frayeur… Non, elle éclate de rire

  • Oh Abraham tu es trop drôle avec le masque de cerf que je t’ai acheté pour la soirée déguisée prévue samedi soir….. J’ai aussi acheté le corps de cerf en fourrure. Je n’aurais pas dû c’est beaucoup mieux avec ton complet et ta cravate.
  • Oh Sarah, je croyais vraiment que j’étais devenu un cerf, rassure moi
  • Mais non Abraham,  encore moins un taureau mais si tu continues à être aussi sot pauvre pomme, il pourrait t’en pousser des cornes.  Retire vite ton masque tu vas être en retard à la banque

D’un geste brusque je retire ma tête de cerf. Je respire mieux d’un seul coup. Il faut que j’arrête le soir de prendre de l’alcool,  des somnifères et de lire les métamorphose de Kafka.  Oh oui quelle pomme je suis d’avoir mis un masque au lieu de mon chapeau et surtout pensé j’étais devenu un homme cerf.  Soudain J’entends ma biche crier, je me tourne vers elle, Sarah est livide. Elle me regarde effarée et s’affaisse. J’ai  juste le temps de la retenir dans mes bras avant qu’elle ne tombe au sol. Je me dirige avec ma biche dans les bras. Je la pose sur le lit. Je sors mon téléphone mobile de ma poche pour appeler les secours, et à ce moment je me vois dans la  psyché,  je vacille. Une grosse pomme a poussé au milieu de mon visage.

 

Martine / Décembre 2015 pour les prénoms du Mercredi

Magritte

Magritte

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Publié le 2 Novembre 2015

Retour de Neptune

Retour de Neptune

Ma mère la lune était déjà bien pleine quand mon père Neptune la rencontra.  Qui l’avait enfantée ? Il ne le sut jamais, il faut dire que Lune était souvent pleine mais n’avait jamais donné naissance à aucun enfant. Elle retrouvait sa ligne très rapidement pour regrossir à nouveau.  Dès qu’elle vit mon père, armé d’un trident avec lequel il combattait les flots bien paisibles de l’océan, menant triomphalement son chalutier « le drakkar ».  Il avait l’air d’un dieu.  Lune en tomba aussitôt amoureuse. Elle se mit à le faire danser et tanguer sur l’océan qu’elle agitait pour lui. Cela rajoutait à sa superbe. Mon père prit goût à danser sur les flots. Il avait souvent rêvé de décrocher la lune et il y était parvenu.  Le dieu de notre univers ne peut rien refuser à ses seigneurs.  Ils s’unirent et Lune une nouvelle fois se mit à grossir jusqu’à devenir toute ronde, elle n’avait jamais été aussi ronde. On aurait dit un ballon, mon père lui dit un soir il serait temps d’accoucher maintenant sinon Lune chérie  tu vas exploser.  Tous les dieux faisant des Miracles, elle n’explosa pas mais mis au monde le lendemain, une nuit de Février sous le signe du poisson,  une jolie étoile qui aussitôt tombât dans les flots obscurs de l’océan !  Cette étoile c’était moi, La mer m’avait engendrée. Ben que l’océan faisait   intimement partie de moi, je  ne pouvais vivre continuellement en son sein  dans une semi-obscurité privée du soleil  le jour et de ma mère la lune la nuit. J’aurais dû crier en naissant mais je restais muette, le gosier encombré de cette eau qui m’étouffait et qui ferait que je vivrais les premières secondes de ma vie en apnée n’osant pas respirer complètement et profiter de cette jolie vie. Mon père le comprit et me sauvât en plongeant et me récupérant dans ses bras éloignant avec son trident les requins qui auraient dévoré  ce bébé, étoile innocente venant de naître dans l’univers. Il me déposât sur le sable de la plage allongé sur le dos et là je vis pour la première fois ma maman la lune, je fus conquise par sa beauté lumineuse qui me réchauffa quelques instants avant que je ne comprenne sa déception qu’elle n’osa prononcer mais que je lus dans son regard « Ce n’est pas une étoile de plus que je te demandais Neptune,  Je voulais un garçon, un homme » et moi qui rêvait de m’envoler dans le ciel la rejoindre avec mes sœurs les autres étoiles, je décidais de rester sur terre, d’être une étoile qui guiderait ici-bas ceux qui avaient besoin d’être éclairés au bord de l'océan, très proche de mon père qui disparut trop tôt dans le naufrage de sa vie. J’aimerais toujours observer le ciel la nuit souhaitant retrouver la lune et le craignant à la fois. C’est pourquoi j’ai toujours préféré les jours d’éclipse trop rares quand la lune est dissimulée par le soleil.  Il y a des souvenirs cruels qu’il vaut mieux se cacher.  

Le fruit de l'océan et de la Lune

Martine / Novembre 2015 pour le défi 153 des croqueurs de mots sur le thème de la naissance avec mots imposés en gras dans le texte ci-dessus. Merci pour ce défi et joyeux anniversaire Domi. Pour toi cette rose

Le fruit de l'océan et de la Lune

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Publié le 19 Octobre 2015

La dernière pièce : Alaistair Magnaldo

La dernière pièce : Alaistair Magnaldo

Marine habite avec Ses parents au bord de l’océan. Elle rêve d’être architecte. Elle ne construira ni châteaux, ni maisons, ni ponts entre deux rives. Non, elle dessinera des voiliers qui vogueront sur tous les océans et mers du Monde dans de longues courses solitaires, en famille ou entre amis.

Son papa possède un petit et vieux gréement qu’il a sorti à l’aube pour initier son frère aux joies de la navigation à voile. Sujette au mal de mer, elle ne les accompagne pas. Quand il y aura moins de vent, son père l’emmènera avec elle. Pour le moment, elle préfère rester là sur la plage à les regarder, à observer le voilier de son père s’éloigner sur les flots argentés et brumeux. Elle sort son carnet de croquis et son fusain et elle dessine avec le plus de précision possible le vieux gréement. Au moment du coup de crayon final, elle contemple son œuvre cherchant la moindre erreur.

Soudain le vent se lève, une bourrasque déchire les flots comme un éclair dans le ciel une nuit d’orage. L’océan devient un puzzle gigantesque et mouvant dont une pièce se détache soudain, celle où était le vieux gréement de son père. Ce morceau d’océan se soulève comme tiré par les câbles d’un hélicoptère invisible et atterrit à l’endroit où les vagues viennent mourir empêchant ainsi ce petit voilier de mourir en sombrant derrière l’horizon. Son frère descend du bateau et aide son père à amarrer sur terre ce morceau d’océan ailé et voilé.

L'orage menace, le tonnerre gronde. Un bruit strident retentit venant interrompre la magie de l’instant. Sa joue est humide, elle se réveille sur son oreiller mouillé de pluie… de larmes. Ce n’était qu’un rêve interrompu par la sonnerie du réveil, un magnifique rêve lui permettant de croire quelques instants à l’inaccessible étoile…

 

Martine / Octobre 2014 pour le défi N°152 des croqueurs de mots

 

Sur une photo d'Alaistair MAGNALDO dont j'ai acheté un exemplaire. Si vous voulez en savoir plus sur ce photographe (VOIR ICI)

 

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Publié le 5 Octobre 2015

Dans son lit Julien entend  les murmures de la ville qui s’éveille soudain après la léthargie du week-end. Il fait un peu froid dans son appartement en ce lundi matin d’automne.  C’est l’heure où il devrait se lever pour aller travailler mais il n’a qu’une seule envie, rester encore dans la douce chaleur de sa couette pour cocooner et paresser. Sa vie peut s’arrêter à tout moment, aujourd’hui il va profiter au maximum des plaisirs qu’elle lui offre « Carpe Diem ». Il n’ira pas travailler. Il téléphonera  à son patron pour l’avertir qu’il est malade. Son patron lui pardonnera d’autant plus que cela ne lui arrive jamais. Il reste au lit une bonne partie de la matinée à sommeiller, rêvasser en imaginant ses collègues dans la folie furieuse et stressante du Centre d’appel « Oh qu’il est doux de ne rien faire » quand tout s’agite autour de vous ».  Il se surprend même à chantonner « le lundi au soleil ».  En fin de matinée,  la faim le sort du lit. Ayant eu la flemme de faire des courses ce week-end, force est de constater que son réfrigérateur et ses placards sont vides, désespérément vides…Plus un seul petit morceau de pain, de beurre ou une lichette de confiture.  Impossible à la cigale qu’il est aujourd’hui d’aller trouver la fourmi sa voisine qui est partie travailler bien entendu.  Tant pis, Il a une forte envie de pâtisserie, de chocolat,  il va déjeuner dehors et se faire plaisir. Il s’habille très vite, sort de chez lui, dévale les marches de l’escalier. Après la pénombre de la cage de l’escalier, la lumière crue de cette belle matinée d’octobre l’éblouit et la rumeur citadine l’étourdit.  Il se dirige vers la pâtisserie / salon de thé proche où le gourmand qu’il est a ses habitudes.

A la porte de la boutique, Un SDF l’interpelle pour lui demander de l’argent ou un ticket restaurant pour déjeuner.  Il pourrait donner une petite pièce au moins mais il est très avare surtout pour les autres.  Il passe devant lui et au lieu de jeter une obole dans le chapeau posé à terre il prend l’homme en photo avec son smartphone. Au fond de lui-même,  peut-être pour se déculpabiliser, il  envie même  ce fainéant qui a la chance de passer ses journées à ne rien faire pendant que lui travaille.  C’est juste de l’envie pas de la jalousie (horrible péché), il n’échangerait tout de même pas sa place avec ce gueux.

Il rentre dans la boutique, La serveuse qui n’est plus toute jeune l’accueille avec un joli sourire. Il commande un grand café bien chaud qu’il accompagne de savoureux petits macarons multicolores.  En attendant d’être servi il poste la photo du SDF sur internet avec comme légende « Péché : La Paresse ». Après avoir avalé ces macarons très vite sans même prendre le temps de les déguster, son envie de sucreries n’étant pas encore assouvie, il commande un saint Honoré et un éclair au chocolat. Avec son smartphone il se prend en photo entrain de croquer dans le saint-honoré et la poste sur facebook avec la légende «Péché : La Gourmandise ».  Après cette boulimie de pâtisserie,  ne risquant plus l’hypoglycémie, il se sent beaucoup mieux.  Avant de héler la serveuse pour payer, il prend en photo les jambes variqueuses de la serveuse qu’il poste sur facebook avec comme légende «Péché : la varice ». Il paye la serveuse sans lui laisser de pourboire et sort dans la rue.

Que faire maintenant  pour chasser l’ennui qui commence à le gagner ! Il passe devant une affiche publicitaire ou une blonde pulpeuse en lingerie sexy à dentelle blanche s’étire devant lui. il se prend en photo entrain de caresser la femme de l’affiche et la poste avec la légende : « Péché : l’envie ». 

 

Les selfies du péché

C’est vrai qu’il a une forte envie de sexe, un des autres grands plaisirs de sa vie. Il téléphone à Cathy avec qui il  depuis trois ans des relations épisodiques au gré de leurs envies respectives ou plutôt des siennes. Par chance Cathy est chez elle et a l’air de se réjouir de passer avec lui une après-midi coquine.  Cathy dans un vaporeux déshabillé l’accueille avec un sourire gourmand. Avec son smartphone, il se prend en photo avec elle se promettant de la poster plus tard avec la légende «Péché : la luxure ». Frissonnants de désir partagé, Ils s’étreignent alors avec fougue, roulent sur le tapis du séjour et s’adonnent à de multiples jeux  de domination et soumission décuplant leur plaisir jusqu’à l’apothéose qu’il aurait souhaitée moins précoce ce qui le frustre. cette chienne  en chaleur ne devrait pas l’exciter autant. Elle a de la chance, pense-t-il, d’avoir un amant comme lui aussi beau et performant.  Il sent la haine monter en lui. Cathy sort du champagne du réfrigérateur, en sort deux coupes et lui en tend une en s’écriant narquoise :

  • « À tes exploits Julien,  record de vitesse battu,  encore un effort et tu rentreras au Guiness ». je pourrais prendre ton sexe en photo et le poster sur Facebook avec comme légende « tare : l’impuissance ».

Il rougit, Il bouillonne en s’efforçant de se contenir

  • C’est de ta faute Cathy
  • De ma faute, arrête Julien de masquer ton manque de confiance en toi par un orgueil démesuré, une fausse assurance.
  • Madame joue les psy maintenant, tu lis trop Psycho Magazine
  • Regarde comment tu te tiens droit, comment tu bombes le torse avec excès.  Prends toi en photo et postes la avec la légende « Péché : l’orgueil »
  • Tais-toi Cathy, s’il te plait ferme-la
  • J’ai vu tes selfies lamentables sur Facebook ce matin surtout celui « paresse » avec le SDF et « La Varice », en plus tu te crois drôle !  je t’assure tu devrais vraiment consulter un psy
  • Arrête, s’il te plait,  c’en est trop
  • Non je ne me tairai pas, je ne me tairai plus puisque que tu ne veux pas entendre le message en mode atténué, je vais te le répéter en mode brutal : Tu es un minable complexé, instinctif et impuissant Julien et je te demande de partir tout de suite et de ne jamais plus revenir

Toute la colère contenue en lui  éclate soudain. Julien jette les coupes de champagne à terre qui se brisent en tombant se précipite sur Cathy  tétanisée de stupeur par sa fureur violente,  Il la fait tomber, la bloque en s’asseyant sur elle, la saisit par le cou et serre, serre, serre pour faire taire, taire à jamais cette salope…. Il l'a tuée, il ne le voulait pas mais c'est de sa faute. Il prend son smartphone qu’il avait posé sur la table basse et prend en photo les coupes cassées à terre et les poste sur Facebook avec comme légende «Péché : la colère», il efface le selfie trop compromettant de la luxure.  Il nettoie les traces de son passage,  ramasse le verre brisé le met dans un sac plastique avec la bouteille qu’il jettera dans sa poubelle en rentrant.  Il s’empare du smartphone de Cathy, efface son nom de la liste de ses amis et le met dans la poche de sa veste. Quand il passera sur le pont Mirabeau "sur le pont Mirabeau coule la Seine et nos amours"  il le lancera dans la Seine. Sur son propre téléphone, il raye Cathy de sa liste d’amis.

Enfin calmé et rassuré comme si rien ne s’était passé,  il sort de l’appartement puis de l’immeuble sans que personne ne l’ait vu ni entrer, ni sortir, pressé d’en terminer avec cette épique journée.

 

Martine 85 / pour le défi 151 des croqueurs de mots

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Rédigé par Martine.

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Publié le 7 Septembre 2015

Je m’appelle Eulalie Je suis né en 1952 à  la Nouvelle Orléans en Louisiane d’un père diplomate français et d’une mère cajun. Je me souviens avec nostalgie  de la végétation luxuriante de la mangrove et ses palétuviers dans le delta du Mississipi.  Je n’oublierai jamais les musiciens noirs jouant de la trompette et du saxophone dans les rues de la ville de jour comme de nuit. La chaleur était humide accablante l’été. Je jouais avec mon petit frère sur les plages du Golfe du Mexique. Il était timide, calme très affectif et tendre comme son prénom Clitandre.  J’étais extravertie, hyperactive un vrai garçon manqué peu démonstrative refusant les témoignages de tendresse.

Nous sommes revenus en France en 1969, j’avais 7 ans. Georges Pompidou, succédant au Général de Gaulle, venait d’être élu Président de la République.  La France débutait une mutation lente mais profonde.

J’ai rencontré Hector au potager du jardin des plantes alors que j’étais plantée devant une fleur que je n’avais jamais vue auparavant. J’entendis une voix masculine derrière moi prononcer « Belle plante »  J’ai cru que le compliment s’adressait à moi !  Je me retournai vers cet importun et lui répondis vertement

«Je ne suis pas une plante, Monsieur le misogyne, tout juste une fleur mais attention dans une peau de vache »

Il éclata de rire

  • « Je ne parlais pas de vous mademoiselle même si vous êtes jolie comme une fleur mais de l’aloysia triphylla citriodora »
  • De la quoi ?
  • De la plante qui est devant vous plus communément appelée verveine odorante ou verveine citronnelle. Je m’appelle Hector, je suis botaniste et quelle veine de vous rencontrer devant une verveine !
aloysia triphylla citriodora (wikipédia)

aloysia triphylla citriodora (wikipédia)

Il me regardait avec ses yeux bleus perçants exprimant à la fois la force de l’océan de mon enfance,  la douceur des ciels d’été et un soupçon de mystère. Il était vêtu d’un polo blanc qui contrastait sous une veste beige. Conquise par son charme, son humour et son intelligence, ce fut le début d’une grande passion amoureuse, une  passion ouragan qui dévasta ma vie jusqu’à ce jour trop rangée. La jeune fille Sage devint une experte en Kâma-Sûtra initiée par son Hector aussi violent en amour qu’il pouvait être doux dans la vie quotidienne. J’essayais toutes les positions. Ma préférée était la pieuvre car je pouvais ainsi enlacer mon Hector avec une de mes jambes tentacules. Cet animal visqueux, fort laid au demeurant, m’a toujours fascinée. J’en avais  vu de très grosses sur les plages de Louisiane. Hector, se prenant pour le personnage de Racine au destin tragique, préférait Andromaque au galop. J’étais Son Andromaque, son amazone montée sur son étalon…. Je détestais les chevaux mais lui je l’adorais. Je n’ai jamais cru aux contes de fée mais j’avais trouvé mon Prince charmant et charmeur et je croyais vivre un rêve… un rêve trop parfait pour y croire tout à fait.

Nous nous mariâmes deux ans après. J’ai toujours aimé cuisiner, je lui faisais son plat préféré : des pâtes à la carbonara en souvenir de sa maman italienne disparue trop tôt qui les faisait si bien et du risotto aux calamars. Dans la cuisine aussi je savais faire la pieuvre !

Nous habitions une grande maison bourgeoise à la périphérie de Paris au milieu d’un jardin vert et fleuri. Hector m’avait passé sa passion des fleurs. J’aimais observer les oiseaux du jardin que je nourrissais l’hiver. Hector connaissait bien les oiseaux, il me donnait leurs noms. Les mésanges bleues qui venaient se baigner dans le grand bassin du jardin étaient mes préférées.

C’était le bonheur.

Néanmoins, chaque soir depuis quelques semaines, je faisais le même rêve, un vrai cauchemar. J’étais dans le métro quand soudain un voyageur chutait sur la voie ferrée, derrière lui un homme au costume marron et au regard effrayant observait la scène impassible. Lui avait-il fait peur, l’avait-il poussé ?


Je racontais ce rêve à Hector qui me dit que ce cauchemar ressemblait étrangement au début d’un roman policier d’Agatha Christie « L’homme au complet marron » qu’il m’avait offert il y a quelques mois. Je me souvenais de cette lecture. Hector avait peut-être  raison ce livre avait pu m’effrayer au point de provoquer ce cauchemar. Curieusement je me souvenais moins de la scène du début où un voyageur tombait sur les rails du métro londonien mais beaucoup plus  d’Anne l’héroïne à laquelle je m’identifiais. Elle menait l’enquête jusqu’en Afrique du Sud pour innocenter l’homme qu’elle aimait au péril de sa vie.

Ce rêve ne serait-il pas plutôt une prémonition ? Une intuition d’un danger imminent m’avait sauvé la vie quand j’étais enfant. Mon lit était installé le long d’une ancienne et grande cheminée. Un soir prise d’une angoisse soudaine, j’avais refusé de me coucher et quelques secondes après, la cheminée s’était écroulée en partie sur mon lit où j’aurais dû me trouver.

Je prenais le métro tous les jours pour aller dans la banque parisienne où je travaillais comme juriste et  j’hésitais à m’approcher trop près du quai de peur de me trouver devant le pousseur du métro qui avait sévi plusieurs fois ces derniers jours et qui faisait régulièrement la une des quotidiens.  

Ceci n’était pas mon principal souci. Hector s’éloignait de moi. Il rentrait de plus en plus tard de son travail. Nos relations amoureuses s’espaçaient et étaient de moins en moins fougueuses. Je le soupçonnais de me tromper mais ne pouvais en être certaine.  Il fallait que je sache. Je ne pouvais continuer à vivre avec ce doute qui pourrissait petit à petit notre relation. Un soir,  je lui téléphonais à son travail, pour m’assurer qu’il y était toujours. Je quittais mon bureau et me dirigeais vers l’université où il travaillait. Je me postais à la sortie de son laboratoire en prenant soin de me cacher afin qu’il ne me remarque pas quand il sortirait. Une heure interminable était passée, quand, aux environs de 18 heures,  il sortit soudain seul ce qui me rassurât.  Il était heureux, il sifflotait dans la rue lui qui était si taciturne en ma compagnie ces derniers temps. Je le suivis. Il s’engouffra dans la bouche de métro, je descendis derrière lui les escaliers. Pour rentrer à la maison il devait emprunter la ligne 7 en direction du Nord pour prendre le train à la gare Saint-Lazare. Curieusement il prit la ligne en direction du Sud « Mairie d’Ivry ». Ce n’était pas normal. Mes craintes étaient certainement justifiées. Je le suivis, troublée et m’installais un peu en arrière sur sa droite de façon à pouvoir pénétrer dans le même wagon que lui mais assez loin pour qu’il ne me remarque pas. Le quai était bondé à cette heure ce qui m’arrangeait. Cela limitait les risques qu’il me voie. La rame sortit du tunnel dans un vrombissement d’enfer. J’angoissais.  Sans être au bord du quai, j’en étais assez proche, un mouvement de foule et  je pouvais chuter et entrainer dans ma chute celui qui était devant moi. Je ne quittais pas Hector des yeux. Je ne devais pas le perdre de vue. Soudain je le vis le jeune homme qui était devant lui tomber sur les rails avant que la rame arrive à son niveau sur le quai…. Non ce n’était pas possible : Hector, mon prince charmeur, mon ange,  l’avait poussé.  Etait-ce un rêve, un cauchemar. Non je l’avais vu…. Insupportables et terribles bruit du choc et hurlements de la foule…. Hector dans son complet marron restait impassible et il affichait un horrible sourire ironique. Je n’y croyais pas ce n’était pas possible. Hector, mon Hector, était le pousseur du métro, un sérial killer, un malade, un ange salaud.

Mais pourquoi avait-il pris la ligne en direction du Sud ? Le saurais-je un jour ?

 

Martine / Septembre 2015 pour le défi 149 des croqueurs de mots animépar LilouSoleil  (Les mots en gras sont les mots imposés par ce défi)

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Rédigé par Martine.

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Publié le 29 Juin 2015

Jeanne

C’est un matin où la chaleur lourde de l’été alourdit les corps et allège les cœurs libérant les souvenirs heureux. Jeanne rêveuse contemple Un couple de colombes blanches se désaltérer dans la cascade du bassin de son jardin citadin. Elle est dans une mauvaise période de sa vie. A cinquante ans, licenciée il y a un an d’une multinationale, elle n’a pas retrouvé de travail. Cette inactivité forcée a peu à peu anéanti sa joie de vivre et créé des tensions avec son époux au point qu’elle envisage une séparation mais sans l’accepter réellement. La vision de ce couple d’oiseaux messagers d’amour et de liberté batifolant dans l’eau lui rappelle curieusement un amour ancré au fond d’elle depuis de nombreuses années. Et si… si elle partait maintenant pour le retrouver. Elle ne l’a pas revu depuis quelques années. Elle pense souvent à lui à ses yeux bleus verts, à ses bras à la fois forts doux et langoureux qui l’étreignaient et la berçaient et où elle se sentait si bien. Elle aimait sa sérénité les jours heureux et ses yeux si bleus qui semblaient foncer quand quelques contrariétés et dépressions d’humeur lui faisait  perdre son calme. Impétueux, sa courbe de vie n’était pas plane Il n’était jamais le même et c’est ce qu’elle appréciait ayant toujours besoin d’être surprise. Telle est notre vie qui danse entre sommets et profonds abîmes. Jamais elle n’oublierait leur première rencontre un été sur une plage vendéenne. Son regard avait croisé le sien et rien ne fut plus jamais comme avant. Un choc interne violent s’était produit en elle entrainant une violente attraction. Son regard s’était aimanté sur le sien et une chaude pétulance l’avait envahie. Elle aurait pu nager dans le bonheur de l’instant mais cet envoûtement et ce chambardement interne si brusque, soudain et réciproque l’avait angoissée. Il était si beau qu’elle en avait les larmes aux yeux. Elle s’était précipitée dans ses bras qu’il lui avait ouverts spontanément. Pendant quelque temps elle avait nagé dans le bonheur et la jouissance  et puis la vie les avait séparés. Il lui manquait tant aujourd’hui et très souvent elle pensait à lui sans avoir ressenti jusqu’à ce matin l’impérieux besoin de le retrouver. Plus aucune obligation professionnelle ou sentimentale ne la retient aujourd'hui. Elle décide de partir aussitôt. Elle écrit un message très court sur l’ardoise de la cuisine à l’attention de son époux « je pars me ressourcer quelques jours aux Sables d'Olonne » met rapidement quelques affaires dans la valise qui lui servait, il y a pas si longtemps, pour ses déplacements chez des clients en Province, la dépose dans le coffre de sa voiture et s’en va cap plein ouest. Elle conduit en chantonnant quelques chansons ce qui ne lui est pas arrivé depuis longtemps :

 « Aimer à perdre la raison, aimer à n’en savoir que dire, à n’avoir que toi d’horizon et ne connaître d’horizon que par la douleur du partir… » (1)

La route défile devant ses yeux sans qu’elle la voit vraiment tant elle est déjà arrivée au bout de la route sur cette plage où ils s’étaient rencontrés. Ce sera la première étape d’un pèlerinage qui, elle l’espèreavant qu'elle entame une nouvelle vie,  pourrait l’aider à le retrouver aussi fougueux et vif qu’il était.

« Mon mec à moi, il me parle d’aventures et quand elles brillent dans ses yeux, j’pourrais y passer la nuit » (2)

Elle roule de plus en plus vite ayant hâte d’arriver

« Dans un autre monde on m’appellera, on m'attend là-bas, dans un autre monde une autre galaxie, ou dans une île, Partout dans les continents , On m'attend là-bas » (3)

Enfin, Au bout de la route, Olonne sur mer. Elle retrouve  facilement son chemin. Après avoir traversé la forêt, elle gare sa voiture sur le grand parking et prend à pieds le chemin de la plage de Sauveterre à travers la dune. Il fait une chaleur écrasante. Quelques papillons jaunes volettent au-dessus des fleurs dunaires. Elle accélère le pas et soudain la descente entre les dunes vers la plage naturiste. Elle l’aperçoit enfin. Il n’a pas changé, il a encore gagné du terrain sur la dune. Puisse la terre de Sauveterre être sauvée. Elle retire ses habits et se précipite en courant vers  son grand amour, l’océan Atlantique cette immensité infinie et majestueuse qu’elle est si heureuse d’enfin retrouver. Elle se jette dans ses bras comme la première fois, dépasse le cordon de vagues qui arrivent  et repartent on ne sait où et nage dans le bien-être et le bonheur de nouveau. Elle ne le quittera plus et va s’installer tout près de lui pour débuter une nouvelle vie.

Elle n’a pas remarqué qu’en haut de la dune un homme la prenait en photo au téléobjectif.

A suivre..... peut être .....

 

Martine / Juin 2015 pour le défi 148 des croqueurs (Ce texte pourrait être le premier chapitre d'un roman policier si je me décide à l'écrire cet hiver) 

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Rédigé par Martine.

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Publié le 25 Mai 2015

Aux petits bonheurs la chance

Elle n’a jamais connu le grand bonheur  mais elle est de nature joyeuse et a appris au fil des ans à profiter intensément de chaque moment en évitant de ressasser le passé et de penser à l’avenir. Ses plus grands plaisirs : la photographie et l’écriture. Elle aime photographier les inconnus au zoom, à leur insu,  dans leur quotidien. Ensuite elle prend plaisir à imaginer leur vie et en faire les personnages de ses nouvelles et poésies.  Aujourd’hui est un jour différent et important.  Elle va pour la première fois photographier incognito quelqu’un qu’elle connait : Rémi qu’elle a côtoyé il y a bien longtemps et cela la remplit à la fois de joie et d’angoisse.

Elle a retrouvé ses coordonnées grâce à des recherches sur Facebook et ce soir assise sur ce banc face à la mer elle l’attend. Elle sait que tous les soirs, il fait son jogging le long de la côte et qu’il va passer là devant elle sans lui prêter attention.  En attendant son arrivée, elle contemple le spectacle du couchant sur l’océan. Sur un ciel de feu constellé de nuées vaporeuses et d’oiseaux marins, l’astre solaire, boule de lumière étincelante de fierté, se détache avant de se noyer dans l’encre de l’océan. C’est beau, émouvant. Une larme de joie roule sur sa joue. Elle fait quelques clichés pour immortaliser ce moment. Rémi doit arriver sur sa droite, elle guette de ce côté mais jette aussi quelques coups d’œil à gauche au cas où il changerait le sens de son itinéraire. Un vieux couple se tenant tendrement par la main passe devant elle sans la voir, ils semblent encore si amoureux. Cela la remplit de bonheur. Elle les prend en photo. Un cycliste la salue, puis s’éloigne comme il était arrivé. Si Rémi lui disait bonjour en passant, ne serait-elle pas envahie par un trop plein d’émotions ? Elle s’impatiente. Que fait-il ? Aurait-il renoncé ce soir à son jogging. Pourvu qu’il arrive avant que le soleil ait disparu à l’horizon laissant le paysage dans la pénombre d’une nuit sans lune. Soudain elle aperçoit à droite au bout du chemin un jogger. Il est élancé, mince, cela doit être Rémi. Elle zoome avec son appareil photo et le mitraille ; c’est lui. Il s’approche rapidement, elle réduit le zoom et continue à le photographier cachée derrière son appareil. Il se détache dans le faste du couchant, c’est beau. Elle pleure de joie, depuis le temps qu’elle rêvait de ce moment. Il passe devant elle beau et ténébreux et continue sa course, indifférent, perdu dans son monde intérieur. Elle n’a jamais aimé courir. Vers ou après quoi  court -il si vite se demande-t-elle ?

Elle le photographie de dos et continue à le mitrailler jusqu’à ce qu’il disparaisse là-bas au bout du chemin. La joie fait place aux regrets. Même si elle le redoutait, au fond d’elle-même, elle aurait tant aimé qu’il lui parle, qu’il lui sourit. Pourquoi ne l’a-t-elle pas interpellé quand il était devant elle. Elle ne peut effacer le passé même si elle tente de l’occulter. Ce soir refusant de se noyer il remonte à la surface.  

Elle se lève et regagne à pieds son hôtel. Cette marche dans la fraîcheur humide de la nuit  océane  lui fait le plus grand bien. L’hôtel domine l’océan. Devant sa chambre, appuyée à la passerelle extérieure,  elle écoute le bruit des vagues se fracassant sur les rochers de la côte sauvage en contrebas. Devant l’océan, elle se sent si bien mais si petite. Elle se met à murmurer ces quelques vers de Baudelaire :

Le monde s’endort dans une chaude lumière

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

Un petit moment de bonheur pur, rêve de paradis face à l’océan.


Elle rentre dans sa petite chambre et dépose son appareil photo. Elle n’a pas envie de dormir, trop d’émotions ce soir. Elle décide de s’offrir quelques bonheurs supplémentaires pour terminer cette belle journée. Elle sort, reprend sa voiture sur le parking et se dirige vers le casino, un très bel édifice style Louisiane qui étincelle de lumières dans son écrin de pins.  Elle se gare et pénètre dans le grand hall. Un employé, après avoir vérifié son identité, la laisse se diriger vers la caisse. Elle achète des jetons.   Par quel  jeu va-t-elle débuter ? Elle se dirige vers la boule. Elle observe le croupier et les joueurs avant de miser. Elle se rapproche du tapis de jeu, le deux vient de sortir. Le croupier d’un ton assuré  lance le sempiternel « faites vos jeux »  Elle s’empresse de déposer sa mise de cinq cents euros au hasard sur le quatre. Les autres joueurs misent, certains impulsivement, d’autres en hésitant. « Les jeux sont faits » retentit soudain. Le croupier observe les joueurs quelques secondes, prononce « rien ne va plus » et lance la boule dans le plateau. Elle observe la révolution de la boule à en avoir le tournis. Elle se grise de plaisir à la voir freiner sa course infernale, hésiter avant de tomber dans un des godets. Elle aurait aimé être croupière, Être maître du jeu et avoir ainsi le pouvoir d’apporter fortune ou infortune.  Elle est guillerette ce soir, et chantonne en elle-même un de ses poèmes :

Le croupier a lâché la boule
Soudain, libre, elle se défoule
Elle roule, roule, et se saoule
Je la recherche dans la foule
Au secours j'ai perdu la boule
au casino de La Bourboule

Non elle n’est pas à La Bourboule où elle a fait ses débuts de joueuse mais dans celui de la belle cité Sablaise. Non elle n’a pas perdu la boule, elle est bien la devant elle en train de tourner, soudain elle ralentit sa course effrénée. Elle continue de chantonner en sourdine. Il est près de minuit La boule semble préférer le quatre  mais s’arrête définitivement sur le cinq.  

Même si elle a perdu, elle a pris beaucoup de plaisir à jouer et décide de titiller les bandits manchots. Les machines à sous la tentent. Comme l’enfant qu’elle est restée à s’émerveiller de tout,  elle aime voir tourner ces grands rouleaux avec des figurines de couleur et d’entendre le bruit métallique si grisant et magique des jetons qui tombent dans le réceptacle de métal. Une vieille dame s’excite sur une machine depuis au moins une demi-heure sans qu’elle n’ait été récompensée de son assiduité. Elle renonce et change de machine.  Elle prend sa place. C’est certain si cette machine doit donner ce soir c’est maintenant. Un employé lui apporte le whisky coca qu’elle a commandé et qui a pour elle des parfums d’adolescence. En le dégustant lentement pour prolonger le plaisir, elle introduit son jeton et appuie  assurée sur le bouton… Silence et puis soudain ce bruit métallique en cascade qu’elle aime tant, celui des jetons tombant dans le réceptacle. Elle est subjuguée, Ils tombent, tombent, tombent. Un dernier choc métallique. Tous les joueurs se tournent vers elle. Elle entend  le jackpot », «  le jackpot ». C’est un rêve éveillé, elle ne réalise pas, elle vient de remporter le pactole des bandits manchots qui clignote sur l’afficheur: 44 844 euros. Elle est stupéfaite mais curieusement elle ne se réjouit pas car elle ne joue pas pour gagner tout simplement pour le plaisir de jouer. L’argent ne fait et ne fera jamais son bonheur.

Elle ramasse les jetons tombés dans le réceptacle sans les compter. Les joueurs se lèvent l’entourent. Elle se  lève, se dirige vers la caisse. Le Directeur du casino la félicite et lui fait un chèque. Un jeune homme lui demande la permission de la prendre en photo. Elle déteste être ainsi immortalisée mais elle accepte. La chance lui a souri ce soir, lui sourira t’elle demain? Curieusement elle est triste de voir l’amertume  de la vieille dame qui a eu un malaise quand elle a vu la machine qu’elle venait de quitter se vider. « Le bonheur des uns fait le malheur des autres ».

Elle sort du casino et se dirige vers sa voiture sur le parking et rentre à l’hôtel. Quel plaisir de se glisser dans les draps propres et doux. Le bruit de la mer la berce doucement, elle s’endort. Le lendemain, elle ouvre les volets de sa chambre. Le soleil encore bas darde ses rayons à travers une légère brume laiteuse. Ciel et océan se confondent dans une immensité floue, irréelle mais si belle.  Subjuguée, Elle reste longtemps à contempler ce spectacle avant de reprendre ses bagages et de quitter l’hôtel.

Elle décide de se rendre en voiture sur le remblai  pour y prendre son petit déjeuner. Elle s’installe à la terrasse ensoleillée d’un café et commande un expresso et des croissants. Le serveur les lui apporte avec un sourire qui la réjouit et la met en appétit. Elle croque dans le croissant doré bien chaud qui fond sous son  palais. Elle porte la tasse à ses lèvres et délicatement boit quelques gorgées de son café à l’arôme légèrement boisé. La baie des Sables s’étend devant elle étincelante à marée basse. C’est divin. Elle a l’étrange et agréable impression d’être hors temps comme dans un rêve éveillé. Pour revenir à la réalité, elle déplie le journal local et qu’elle n’est pas sa surprise de voir son nom et sa photo dans un article dont elle est la vedette. N’avait-il rien d’autre à dire ce journaliste se demande t’elle en refermant le journal ? A cet instant un homme assis à une table voisine lui sourit et l’interpelle en lui proposant de partager, un moment, leurs deux solitudes. Elle refuse avec un sourire en s’excusant d’apprécier la solitude et de ne pas savoir partager ce qu’elle aime.

Elle a emmené son ordinateur portable et y relie son appareil photo. Elle a hâte de découvrir ses photos. Les couchers du soleil défilent. Le couple de vieux se tenant par la main sous un ciel de feu apparait à l’écran : magie d’un instant d’émotion saisi pour en garder le souvenir, bonheur du photographe ! Elle imagine déjà le texte que cette vision va lui inspirer. Puis Rémi  apparait : vision assez floue sur fond flamboyant. Au fil des photos la silhouette noire s’éclaircit, les traits fins de son visage se précisent. La dernière photo, quand il est devant elle, passe comme lui trop vite. Elle revient en arrière pour faire un arrêt sur cette image. Curieusement il a le visage tourné vers elle. Derrière la force trompeuse de son regard, elle devine un soupçon de songeuse tristesse, de doute traduisant la fragilité qui semble l’habiter. Elle imprimera cette photo et la conservera précieusement pour la contempler si elle en exprime le besoin. Les dernières photos de Rémi de dos défilent, il semble fuir le couchant comme s’il voulait arrêter le temps ou le devancer en courant plus vite que lui. Elle paye le serveur, se lève et rejoint à pieds le centre-ville. Elle s’arrête à la succursale locale de sa banque et y dépose le chèque du Casino. Cela lui procure beaucoup de plaisir même si elle ne sait pas ce qu’elle va faire de cette somme qui ira rejoindre ses économies et dormir avec elles d’un sommeil peut être éternel. Mais c’est si rassurant d’amasser en prévision d’un avenir incertain. L’employé la félicite chaleureusement pour son gain. Elle lui rend son sourire et sort de l’agence le cœur et le sac à main beaucoup plus légers.

Elle déjeune au restaurant de l’hôtel où elle a réservé une chambre pour la prochaine nuit. Elle passe l’après-midi à la thalasso. Elle prend plaisir, pour la première fois de sa vie, à se laisser dorloter et masser.  Dans la grande baignoire aux flots colorés et lumineux, elle marine dans l’obscurité sous fond de musique classique. Ce moment voluptueux lui permet d’évacuer les idées parasites et de réfléchir à l’issue de ce retour vers le passé pour embellir l’avenir. Comment prendre contact avec Rémi si cher à son cœur. Même si elle était venue aux Sables juste pour le voir et le prendre en photo, elle retournera ce soir sur le banc face à la côte rocheuse au moment du coucher du soleil pour le revoir une fois ou l’aborder si elle ose.

Elle sort de la thalasso et rejoint le bar de l’hôtel qui surplombe le lac et la mer. Le ballet des goélands argentés, qui vont et viennent nombreux en criant tristement, l’amuse et lui donne envie elle aussi d’échanger. Elle sort son smartphone de sa poche et consulte sur Facebook le mur de Rémi non protégé et que chacun peut consulter ce qui lui a permis de le retrouver et de savoir beaucoup de choses sur ses habitudes. Qu’il est imprudent ? Elle est déçue : pas de nouvelle publication aujourd’hui. Elle consulte ensuite son compte et voit qu’elle a une demande de mise en relation accompagnée d’un message « Bonjour, si tu es la personne qui a remporté le jackpot du casino des Sables hier soir et dont la photographie et le nom sont dans le journal ce matin, sache maman que je ne t’ai pas oubliée et que je serais si heureux si tu me contactais. Si vous n’êtes pas cette personne, veuillez  Madame excuser ce message et ne pas y répondre. Rémi»

L’émotion la submerge, elle ira, ce soir au coucher du soleil face à l’océan,  attendre Rémi et, quand il passera, elle arrêtera sa course et lui dira « Rémi, c’est maman, je suis de retour ». Il s’arrêtera, la regardera et elle aura le grand bonheur d’enfin pouvoir le serrer dans ses bras.

 

Martine / Mai 2015

NB : La partie de la nouvelle ayant pour cadre le casino est un extrait d'une de mes nouvelles déjà publiée sur quai des rimes. Tout le reste est inédit (écrit pour un concours de nouvelles en 2014 sur le thème des petits bonheurs).

 

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Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

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