nouvelles

Publié le 6 Octobre 2014

C’est la première fois que je vais à la Bourboule. Je n’aime pas cette ville thermale trop bourgeoise, trop clinquante mais, addiction aux jeux de hasard oblige, je dois absolument, avant de la quitter ce soir, tester son casino un des seuls que je ne connaisse pas en France, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai fait ce détour et j’ai déboulé à La Bourboule en ce soir de Noël sur la route d’un ailleurs que je ne connais pas.

 

Un employé du casino après avoir vérifié mon identité me laisse me diriger vers la caisse, J’achète des jetons pour la boule et les machines à sous. Par quel jeu vais-je débuter ? Les machines à sous me tentent. Comme l’enfant que je suis restée au fond de moi. Je ne me lasse pas de voir tourner ces grands rouleaux avec des figurines de couleur et d’entendre le bruit métallique si grisant des jetons qui tombent dans le réceptacle de métal. Je jette un œil sur le jackpot des bandits manchots sur l’écran lumineux : 96 477 euros.

 

Je décide de débuter par la Boule, normal à la Bourboule. J’observe le croupier, les joueurs avant de miser. Je me rapproche du tapis de jeu, le deux vient de sortir. Nous sommes encore le 24 décembre, je suis né le 4 avril 1944, j’ai l’intuition que le quatre va sortir immédiatement après le deux.

 

Le croupier d’un ton assuré  lance le sempiternel « Messieurs faites vos jeux » Je m’empresse de mettre ma mise de 500 euros sur le quatre. Les autres joueurs misent certains impulsivement, d’autres en hésitant.

« Les jeux sont faits » retentit soudain. Le bouleur observe les joueurs. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai une  intuition soudaine Noël c’est le 25 décembre et non le 24. je change ma mise pour la mettre sur le cinq. Le bouleur envoie la boule dans le plateau en prononçant « rien ne va plus ». Je regrette aussitôt d’avoir changé, il est trop tard. J’observe la révolution de la boule à en avoir le tournis. C’est très grisant pour moi de voir une boule tomber et ne pas savoir dans quel godet elle va s’arrêter, plus jouissif encore que le bruit des pièces tombant dans les machines à sous. Je rêve d’être bouleur, quel pouvoir de jeter une boule et de donner ainsi bonheur ou malchance.

 

Je suis guilleret ce soir,  je chantonne une chanson de ma composition

Le Bouleur a lâché la boule
Soudain, libre, elle se défoule
Elle roule, roule, et se saoule
Je la recherche dans la foule
Au secours j'ai perdu la boule
au casino de la Bourboule

Non je ne l’ai pas perdu la boule, elle est bien la devant moi entrain de tourner, soudain elle ralentit sa course effrénée je continue de chantonner en sourdine

Il est près de minuit La boule hésite entre le quatre et le cinq, elle semble préférer le quatre  mais s’arrête définitivement sur le cinq. J’ai gagné 7 fois ma mise de quoi passer la nuit dans un hôtel de luxe. Il y avait longtemps que je n’avais pas gagné et cela m’incite à continuer. J’ai l’habitude de choisir une machine qui n’a pas laissé couler son flot de pièces depuis longtemps.

 

Une vieille dame s’excite sur une machine depuis au moins une demi-heure sans qu’elle n’ait été récompensée de son assiduité. Elle renonce et change de machine. C’est certain si cette machine doit donner ce soir c’est maintenant. J’introduis mon jeton de cinq euros, appuie assurée sur le bouton….Silence et puis soudain un bruit métallique en cascade celui des jetons tombant dans le réceptacle, le bruit ne se termine pas. Ils tombent, tombent, tombent. Un dernier choc métallique. Tout les joueurs se tournent vers moi et j’entends des « le jackpot », «  le jackpot ». Sur le coup je suis stupéfait, est ce que je ne rêve pas je viens de remporter le jackpot du casino  qui clignote sur l’afficheur : 994738 euros.

 

Je ramasse mes jetons tombés dans le réceptacle sans les compter. Les joueurs se lèvent m’entourent ; Je me  lève me dirige vers la caisse. Le Directeur du casino me félicite et me fait un chèque du montant de tous mes gains ce soir plus de 100.000 euros en une soirée.

J’ai eu la chance du débutant. Je pense à l’amertume de la vieille dame qui a eu un malaise quand elle a vu que la machine s’est vidée une fois qu’elle l’a quittée. « Le bonheur des uns fait le malheur des autres ».

Je sors du casino et me dirige vers ma voiture sur le parking. Je suis tout excité d’avoir gagné mais frustré d’avoir décidé d’arrêter de jouer à tenter le hasard mais aujourd’hui la chance ne me sourira plus et je risque de perdre.  Néanmoins je peux encore jouer avec le hasard sans perdre un seul euro…  C’est décidé je ne resterai pas à La Bourboule ce soir et je me dirige vers l’autoroute A 89.

 

Je passe sur un pont qui domine l’autoroute. Il n’y a personne en ce soir de Noël dans cette zone rurale. Je m’arrête sur le pont et regarde les voitures passer en dessous. Je reste là fasciné par ce spectacle des feux des voitures qui trouent l’obscurité d’une nuit glaciale d’hiver. Des gens rentrent de leur réveillon. D’où viennent-ils, Où vont-ils qui sont ils ? Ont-ils un jour eu de la chance ou la malchance les poursuit-elle ? Je me soustrais à regret de ce spectacle et de mes pensées, ouvre le coffre de ma voiture, en sors une lourde boule métallique, un poids à lancer, ferme le coffre et regagne mon observatoire et me mets à compter les voitures :

Un, deux, trois,  …. Quelques secondes sans voiture. Deux voitures arrivent au loin, une évolue à très grande vitesse et double l’autre avant de passer sous le pont, je crie quatre. Bien lui a pris de doubler. Je me concentre et juste le temps qu’il faut avant que le véhicule cinq passe sous le pont  je lâche la boule crie « les jeux sont faits !», elle atteint le pare-brise, un bruit de verre brisé, un cri dans la nuit puis un grand bruit de choc métallique.

 

Le bouleur, ainsi m’ont surnommé les médias, n’a pas raté son coup aujourd’hui comme cela peut lui arriver parfois.

Le cinq gagne à tous les coups ce soir.

 

Martine pour le défi des croqueurs de mots N° 131

Les jeux sont faits

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 22 Septembre 2014

Pour le défi  130 des croqueurs de mots piloté par Lenaig, ci dessous ma participation

 

Eva.... Evasion

 

Je m’appelle Eva. Je suis une jolie brunette aux yeux verts. J’ai 4 ans.  Orpheline, J’ai été adoptée il y a un an  dans une famille sans enfants : pas tout à fait,  mon père et ma mère  ont un  petit chien tout fou au nom stupide de Gribouille. Il n’arrête pas de m’asticoter en me mordillant les mollets ou en m’envoyant une balle avec sa patte que je m’empresse de lui retourner. Il sent mauvais,  je n’aime pas trop les chiens. 

Nous vivons dans un appartement d’un immeuble de banlieue le long d’une rue bordée d’arbres et de pavillons aux jardins fleuris ou des enfants bruyants jouent. Je les envie. J’aimerais comme eux pouvoir jouer et courir au soleil.

Ma mère adoptive n’est pas une affective, elle me fait rarement des câlins, ne me serre jamais dans ses bras et ne joue pas avec moi. Elle est pourtant gentille et attentionnée. Elle aime cuisiner de bons petits plats. Chaque matin, après ma toilette, elle me peigne longuement et même si elle fait attention à ne pas me faire mal,  j’ai horreur de cela, je proteste, j’essaye d’échapper à ce supplice. 

Mon père travaille beaucoup, on ne le voit presque pas et quand il est présent,  Il me regarde d’un air absent. Comme moi il a l’air de s’ennuyer ici.

Depuis quelques temps le ventre de ma mère a grossi, il parait qu’elle est enceinte. Je ne savais pas trop ce que cela voulait dire mais elle m’a expliqué qu’elle attendait un petit bébé pour bientôt et que je devrais faire attention à lui car ce n’était pas un jeu. Je ne veux pas de ce bébé.
Je sors parfois avec mon père et ma mère pour aller chez le docteur qui me tripote sur toutes les coutures et me fait des piqures. Je déteste le docteur qui me fait si mal.

Parfois je pars en week-end avec eux  en voiture. Les trajets sont très longs. Je n’aime pas la voiture. J’ai envie de faire pipi mais il faut que je me retienne. Nous passons deux jours dans une petite maison à la campagne où je peux jouer dans le jardin.  Ces escapades trop rares m’ont donné le goût de la liberté.

Aujourd’hui j’ai décidé de partir Cette idée, loin de me faire peur, me grise mais le plus difficile est de réussir mon évasion. Ma mère est absente. La femme de ménage est là et je sais qu’elle va ouvrir la porte de l’appartement, prendre l’escalier pour aller vider la poubelle au sous-sol deux étages plus bas. Je guette le moment. Dès qu’elle ouvre la porte, je me précipite dans la cage d’escalier et descend en courant. Elle m’appelle Eva, Eva ….  Je continue à descendre jusqu’au sous-sol par chance la porte d’accès au parking est ouverte. Je pénètre dans le parking et me cache derrière une voiture tout près de la porte donnant sur la rue. Elle arrive dans le parking, ouvre la lumière et m’appelle, je ne bouge pas. Soudain le feu de la porte se met à clignoter, la porte s’ouvre peu à peu. Quand elle est complètement ouverte une voiture blanche pénètre dans le parking. Je me précipite dehors juste avant que la porte se referme complètement. Je cours pour m’éloigner au plus vite.  

Je traverse la grande avenue en faisant attention aux voitures et emprunte une petite rue bordée de jolies maisons. L’une d’entre elles a son portail ouvert. C’est trop tentant, je suis curieuse, je rentre et m’en vais batifoler sur la pelouse. Une des portes fenêtres de la maison est ouverte, je m’en approche avec prudence et jette un regard à l’intérieur. Une jolie jeune fille s’approche et m’aperçoit.  Je recule. N’ai pas peur minette, je veux te caresser, je ne te ferai pas de mal. Je n’ose pas approcher, elle repart dans la maison. J’attends caché derrière un massif. Elle revient avec une assiette avec des croquettes et un bol de lait.  « Allez approche jolie petite chatte me dit-elle de sa voie si douce ;  J’avance doucement. Elle reste immobile, je suis près d’elle, elle ne bouge pas. Je me mets sur le dos et me roule à ses pieds. Elle se baisse et me caresse comme personne ne l’a jamais fait.  C’est l’extase.   A peine la liberté retrouvée, je décide de rester là dans ce grand jardin : ma nouvelle demeure.

 

Martine / Septembre 2014

Eva.... Evasion

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 17 Septembre 2014

Pour les prénoms du mercredi de la cour de récréation de Maîtresse JILL BILL, voici ma folie hebdomadaire : un conte

 

Waudru un destin en W

 

Waudru jolie wallonne née à Wattignies Vécut son enfance dans une famille de mélomanes propriétaires d’un zoo. Dès son plus jeune âge, elle parlait  aux animaux et particulièrement à Wenceslas le Wapiti et Wilfried le Wallaby.

Fan de Wagner et de Sa Walkyrie, elle fit de l’opéra son métier et devint cantatrice.

Elle rencontrât, dans un wagon bar à Waterloo station, un Jeune Ephèbe au corps d’athlète : Walter HEGAULT, haltérophile et nageur de waterpolo.  Il l’emmenait souvent au cinéma voir des westerns avec John Wayne  et Warren Oates.   Il devint rapidement  sa seconde moitié. Ils se marièrent, s’installèrent à Paris dans un immeuble cossu de la rue de Wagram.  Deux faux jumeaux Wendy et William naquirent rapidement de leur union. Deux ans plus tard,  ils eurent  leur troisième enfant, une petite fille aux cheveux blonds et yeux bleus persans Lassie. Pourquoi Lassie et pas un prénom commençant par W me demanderez-vous chers lecteurs ? Tout simplement parce qu’ils aimaient ce prénom Lassie comme « lassés » oui lassés ils l’étaient des « W » qui avaient marqué leur vie. Ils voulaient couper avec cette série redoutant ce qu’elle pouvait encore leur apporter.  Quand Lassie allât à l’école on se moquât d’elle en la surnommant Lassie  HEGAULT ïne, vous savez cette scie qui a des lames en « W » et effectivement la vie de Lassie comme celles de ses parents, de son frère et de sa sœur fut en lame de scie avec des sommets et des abîmes.

On n’échappe pas à son destin, il nous rattrape tôt ou tard.

 

Martine / Septembre 2014

Waudru un destin en W

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 28 Juillet 2014

Photo google image

Photo google image

Journal de Natacha / Moscou Janvier 1964

 

Comme chaque matin en me réveillant, je tire les rideaux. La Moskova gelée est recouverte d’un épais manteau de neige. A travers la brume, le soleil essaye de percer pour réchauffer la ville. C’est une belle journée qui débute. Je ne me doute pas à cet instant qu’elle marquera à jamais ma vie.

Après avoir avalé rapidement quelques blinis tartinés de fromage blanc et du café bien chaud. Je sors de chez moi et me dirige vers l’hôtel pour venir chercher mon client du jour, Monsieur SILLY. C’est un français ce qui est exceptionnel. Ils sont rares les touristes de l’Europe de l’ouest venant en URSS en pleine guerre froide.  Dans le hall de l’hôtel, je l’attends comme convenu.

Soudain, un homme brun mince d’une trentaine d’années descend  prestement avec élégance  les dernières marches du grand escalier.  Il a les cheveux bruns lissés en arrière avec de la brillantine Il porte un manteau en daim brun au col de fourrure. Il s’arrête brusquement, jette un bref regard circulaire dans le hall, se remet en marche et se dirige vers moi.

 

  • Bonjour  François Silly, Vous êtes Natacha ?
  • Oui Monsieur enchantée de vous accompagner ?
  • Excusez-moi de vous avoir posé cette question mais je suis surpris, agréablement, vous êtes rousse et j’imaginais les russes blondes : stupide idée reçue.
  • Que voulez-vous visiter Monsieur ?
  • Je ne sais pas, c'est vous qui décidez, je vous suivrai avec plaisir  Natacha.
  • Alors nous allons débuter par le mausolée de Lénine

 

Je suis troublée par son regard noir pétillant de vie, mais curieusement doux et charmant.

Il sort de l’hôtel, se coiffe d’une chapka noire. Nous marchons dans les rues presque désertes à cette heure matinale.

Sur l’immense place, nous nous arrêtons pour admirer la vue d’ensemble. J’attire son attention sur la cathédrale Basile le Bienheureux, véritable château de conte de fée aux dômes ressemblant à des berlingots recouverts d'un soupçon de chantilly neigeuse. De l’autre côté de la place, je lui montre l’imposant musée d’histoire rouge foncé avec de fines tourelles blanches. Je termine ma présentation par le  mausolée de Lénine adossé au Kremlin avec sa coupole de cuivre recouverte de neige. Pendant que je lui raconte la révolution de 1917, je le sens rêveur, absent comme si l’histoire ne l’intéressait pas.

 

  • Dois-je continuer mes explications Monsieur ?
  • Mais oui bien sûr. Excusez moi Natacha : vous avez une très jolie voix avec un accent charmant qui me fait rêver.

 

Devant le cercueil de verre ou Lénine repose embaumé, rien ne vient briser le silence mais je sens derrière moi son regard insistant.

Nous quittons la place. Il fait très froid, Il me propose de nous arrêter dans un café pour boire une boisson chaude afin de nous réchauffer. J’accepte volontiers son invitation.

Attablés dans la salle sombre de ce café moscovite, en dégustant chacun notre chocolat brûlant, je le découvre enfin. Il fume en me regardant une cigarette brune. Il attire ma curiosité. Je ne sais rien de lui. Je ne sais jamais rien sur mes clients, c’est la règle. Que fait cet homme en France ? Pourquoi vient-il visiter Moscou ?

 

Il interrompt mes pensées :

 

  • J’aime bien votre prénom Natacha
  • Merci, je l’aime bien aussi
  • Vous paraissez si jeune Natacha, Peut- être êtes-vous mariée ?
  • Je suis célibataire, étudiante en français et je vous sers de guide pour gagner quelques roubles pour payer mes études. Je suis intriguée de voir un français visiter Moscou. Si ce n’est pas indiscret, puis je savoir ce qui vous amène ici ?
  • Le plaisir de la découverte Natacha et un certain goût pour ce qui sort des normes. J’aime aller où les autres ne vont pas et pourquoi pas ensuite en témoigner
  • En témoigner mais comment ?
  • Par la chanson Natacha, je suis chanteur
  • Chanteur mais que chantez vous ?

 

Sans répondre il se penche ver moi et se met à chantonner à voix basse

« Et maintenant, que vais-je faire
Vers quel néant glissera ma vie
Tu m'as laissé la terre entière
Mais la terre sans toi c'est petit »

 

Je suis sous le charme de sa voix chaude et vive

 

  • C’est beau et triste. Vous chantez très bien Monsieur
  • Accepteriez-vous Natacha de me chanter une chanson russe.
  • Je chante très mal Monsieur, je préfère vous réciter quelques vers de notre célèbre poète Pouchkine ;
  • Je vous écoute Natacha

 

Je me mets à réciter langoureusement tout en le regardant.

 

Ciel de brume ; la tempête
Tourbillonne en flocons blancs,
Vient hurler comme une bête
Ou gémit comme un enfant. 
Mais buvons, compagne chère
D'une enfance de malheur !
Noyons tout chagrin ! qu'un verre
Mette de la joie au cœur !

 

Je m’arrête, garde le silence quelques instants…. Il semble ailleurs.

  • Vous aimez ces vers ?

Il me prend la main et la tient dans les siennes soutient mon regard. Je suis sous le charme. Le désir monte. La table qui nous sépare freine mon impulsif désir d’étreinte. Il me serre la main plus fort la caresse, se lève et me fait un petit bisou sur la joue en me disant :

 

  • Un petit bécot Natacha.... avant le grand.... peut-être !

 

N'osant nous l'étreindre dans ce café devant de nombreuses personnes, je lui propose de sortir et de continuer la visite.

Nous nous levons à regret, il paye le serveur. Nous sortons. Nous continuons la visite de Moscou. Je suis tellement troublée que je n’ai plus aucun souvenir de ce que nous avons vu.

Je lui propose de passer la soirée avec mes copains étudiants à l’université. Il accepte avec plaisir.

Dans ma petite chambre, nous lui parlons de la vie à Moscou, de nos joies et difficultés quotidiennes. Il nous parle de la France, de Paris, des champs élysées.

Nous buvons beaucoup, beaucoup trop. Il fume ses cigarettes brunes en chantant :


Salut les copains
Voyez j'ai mauvaise mine
Les rues de Pantin
Manquent de mandoline

Je pars en voyage
Avec pour bagage
Dans ma petite musette
Cinq ou six chaussettes

Deux ou trois chemises
Ma plus belle mise
Moi je pars pour l'Italie

Vous me voyez sur des gondoles
Emporté au fil des canaux
De tarentelle en barcarolle
Dansant l'soir au bord du Lido

 

Au petit matin, mes copains un à un nous ont quittés. Seuls dans la chambre, nous nous aimons.

François me quitte, il doit passer à son hôtel chercher sa valise avant de prendre son avion. il me promet de revenir un jour prochain. Il m’invite à Paris où il me servira de guide.

J’irais peut être un jour à Paris.

 

 

Journal de Natacha / Mars 1965

 

 

Ce matin j'ai reçu un courrier venant de Paris. À l'intérieur de l'enveloppe une courte lettre de François : Pour vous Natacha ces quelques vers de Pouchkine et mon dernier disque "Nathalie".
Je lis les quelques vers de Pouchkine en Français

 

"Je vous ai aimé et mes sentiments
Tressaillent encore dans mon âme,
Et si mon cœur est dans les tourments
Ne vous inquiétez surtout pas, Madame.
Je vous ai aimé sans grand espoir,
Jaloux, suspendu à vos regards,
Je vous ai aimée timidement et si sincèrement
Que Dieu fasse qu’un autre vous aime autant.
"

 

Sur la pochette du disque la photo de François (alias Gilbert Bécaud). Je met ce disque sur l’électrophone et j’écoute :


 

 

Quelle émotion, je pleure. Je n’ai pas oublié François, je l’aime toujours. Je ne suis pas pour lui non plus un amour de passage. Non seulement il ne m'a pas oublié et il me célébre en me dédiant cette chanson ……. Et si j’allais à Paris.

 

 

Martine / Juillet 2014 pour le défi N° 128 des croqueurs de mots

 

N.B. :

Merci à Jeanne pour ce défi qui m'a procuré un beau plaisir d'écriture de cette fiction (car c'en est une même si cela part d'une rencontre réelle) et, au delà,  m'a permis d'apprendre sur Gilbert Bécaud et sur cette chanson que j'aime tant  ce qui suit :

Le vrai nom de Gilbert Bécaud est François Silly.

Le texte de Nathalie est de Pierre delanoé qui interviewé par l'express disait :

« J'ai mis un an à le convaincre d'interpréter Nathalie, qui s'appelait d'abord Natacha et vivait un amour impossible dans l'horreur communiste. À chaque fois, il m'envoyait sur les roses. Un jour, il m'a dit : «Invente une image forte ! » J'ai sorti : « La place rouge était vide/Devant moi marchait Nathalie »… Il s'est mis au piano. On a fini dans l'heure…"

Natacha n'était pas blonde mais rousse.

Le café Pouchkine n'existait pas en 1964 à Moscou. Il a été ouvert en 1999 pour célébrer le bicentenaire de la naissance d'Alexandre Pouchkine. Gilbert Bécaud viendra participer à cette inauguration en 1999. L'histoire ne dit pas s'il a revu Nathacha à cette occasion et si il a servi un jour de guide à Natacha dans Paris.

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 14 Juillet 2014

Plus de futur à Hières

Dans ma bibliothèque, j’ai trouvé en arrivant ce matin, sur mon bureau, un bouquet de roses pourpres accompagnées d'un bien curieux message dactylographié :

 

« Ne cherchez pas les livres de Sciences Fiction, je les ai tous volés et pour me faire pardonner je vous offre  ce bouquet de roses pourpres. Trouverez-vous Hélène qui je suis  parmi les visiteurs qui viendront ce jour en votre bibliothèque d'Hières ? Si vous me reconnaissez, faites le moi savoir en me disant « Plus de futur à Hieres» et je vous ferai un cadeau.  A Bientôt Mignonne ! ».

 

Je me suis précipitée vers les rayonnages de la section fantastique et sciences fiction. Ce n’était pas une blague tous les ouvrages avaient effectivement disparu.

 

Il n’y avait pas eu d’effraction. Qui pouvait posséder une clef de la bibliothèque. J’en avais égaré une il y a une semaine, le voleur avait dû me la dérober dans mon tiroir de bureau à mon insu.

 

Offrir des roses rouges dans le langage des fleurs est l’aveu d’un amour passionné.

Qui parmi les habitués de la bibliothèque pouvait à la fois me vouer un amour secret et être passionné de Science-Fiction ?  Je savais que la réponse à cette question me permettrait de démasquer le voleur amoureux. 

 

Cet acte insensé n’avait peut-être pas de justification. Il pouvait être l’acte d’un dément. Cette dernière hypothèse m’angoissait, ma vie n’était-elle pas en danger ? cet individu ne voulait-il pas me tuer et, ainsi, aussi me voler mon futur ?

 

Il ne me restait plus qu’à attendre les habitués de la bibliothèque et à  être vigilante.

Le premier visiteur fut un jeune gendarme qui venait suite à mon appel téléphonique. Il prit ma déposition et me confisqua le message du voleur. Il repartit bien vite en m’indiquant qu’un de ses collègues viendrait prendre des empreintes. J’eus la conviction que ce vol à la bibliothèque n’avait aucun attrait pour lui et que ce dossier serait vite classé.

 

Une journaliste du quotidien local, une jolie rousse aux yeux turquoises, lui succéda me posa quelques questions et me prit en photo. Je lui suggérais un titre pour son article « Plus de futur à Hières». Elle éclata de rire et me dit que cela ferait un excellent titre.

 

Monsieur le Maire, un agriculteur du village à la grande taille et forte corpulence fit ensuite son entrée, solennelle comme à chaque fois. Quel charisme Monsieur le Maire ? Il me fit la bise et se montra rassurant.

 

  • « Ne vous en faites pas Hélène, vous n’êtes pas responsable. Qui aurait pu penser qu’on viendrait dérober une nuit des livres sans valeur dans notre petite bibliothèque ? et puis notre voyou est gentleman, il vous offre des roses pour se faire pardonner. Notre voleur a-t ‘il pris les Barjavel ?

 

  • "Bien sûr Pierre, absolument tous les livres de Sciences Fiction Barjavel compris" lui répondis-je étonnée par sa question".

 

Il me regarda alors avec un curieux sourire mi amusé, mi ironique qui me déplut en me disant :

 

 

Je me rappelais soudain que Monsieur le Maire ne lisait que les livres de sciences fiction. Il avait un double des clefs de la Bibliothèque. Il voulait  soudain relire un roman dont le titre évoque une rose, Curieux. Et si c’était lui notre voleur amoureux ? Serais-je la rose et le paradis serait-il une menace d'un futur ailleurs tout là haut.

 

Cette pensée subite me fit peur mais bien vite je l’écartais. C’était stupide, Monsieur Le Maire avait lu tous les livres de cette section de la bibliothèque, pourquoi les aurait-il volés ? J’hésitais un moment puis je prononçais la phrase de reconnaissance

 

  • « Plus de futur à Hières Pierre ».

 

  • « Pour le moment seulement Hélène. pour le moment ...Je vais appeler le commandant de la gendarmerie pour que tout soit fait pour retrouver rapidement le coupable. Si nous ne retrouvions pas les livres, nous en achèterons d’autres. Il y aura toujours un futur à Hières Hélène. Peut-on concevoir une vie sans futur.

 

Et fier de cette dernière sortie hautement philosophique, Il prit congé et sortit.

 

Plusieurs visiteurs vinrent emprunter des livres. Certains s'étonnèrent que le rayon Science-Fiction soit vide et m'interrogèrent. Je leur appris le vol en ajoutant en souriant "Plus de futur à Hyeres". Beaucoup sourirent de ce jeu de mots mais aucun ne me fit de cadeau.

 

En fin de soirée, J'étais prête à fermer la bibliothèque quand un homme brun élégant d'une quarantaine d'années qui ne faisait pas partie des habitués des lieux et que je n'avais jamais vu auparavant s'approcha de mon bureau, me sourit :

 

  • Bonjour, j'aimerais pouvoir consulter un livre sur place si vous le possédez dans votre bibliothèque.... ". Est-ce possible  ?

 

  • Je suis désolée Monsieur mais la bibliothèque va fermer. Revenez demain matin et vous aurez le temps nécessaire pour consulter tous les livres que vous souhaitez.

 

  • C'est très gentil mais Je suis ici aujourd'hui, nul ne sait où je serai demain. Je n'ai qu'une seule page d'un seul livre à consulter, cela me prendra à peine cinq minutes. souhaitez-vous savoir quel livre je souhaite consulter ?

 

Incroyable, Je ne luis avais même pas demandé quel était ce livre tant j'étais perturbée par la recherche du mystérieux voleur, par l'envie de revenir au plus vite chez moi tant la journée avait été éprouvante et, il faut bien l'avouer, par le charme de ce visiteur du soir.

 

  • Quel est donc ce livre Monsieur ?

 

  • C'est un livre de poésie "les amours" de Ronsard

 

  • Nous en possédons un exemplaire en livre de poche, je vais vous le chercher

 

Je me dirigeais vers le rayonnage poésie, saisit le livre et le remit à cet homme qui aimait Ronsard, poète pour qui personnellement j'ai une grande admiration

 

Il le prit s'installa à une table et le feuilleta. Il s'arrêta sur une page et se mit à lire.... Il semblait songeur.

 

Je m'approchais de lui doucement

 

 

 

  • Monsieur je dois fermer la bibliothèque, j'ai eu une rude journée aujourd'hui on nous a volé tous nos livres de Sciences Fiction. Vous vous rendez compte "Plus de futur à Hières"
  • Mais il vous reste le présent, Vivez le intensément sans penser à hier, ni à demain. Vous devriez remercier ce voleur de futur qui je l'espère viendra aussi voler vos livres historiques. Hières sans passé et sans futur, avouez Mignonne que c'est une perspective séduisante.

 

Brusquement il arracha la page qu'il était en train de lire, prit son stylo plume souligna le titre et  quelques vers du poème se leva et partit en chuchotant "au revoir Hélène"

Je restais tétanisée la page du livre à la main, incapable pendant quelques secondes de réagir. Je repris mes esprits : Sur ma feuille un titre souligné "Sonnets pour hélène : Quand vous serez bien vieille" avec quelques vers encadrés

 

"Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie".

 

Une sonnerie stridente retentit soudain qui me fit sursauter, je venais de rêver. Dommage je ne saurais jamais si le voleur de futur reviendrait voler le passé à Hieres car, même si j'en rêve parfois, dans la vraie vie je ne suis pas bibliothécaire.

 

Martine / Juillet 2014

Défi N° 127 des croqueurs de mots lancé par Enriqueta

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 30 Juin 2014

Nous sommes deux vieilles sœurs jumelles.  Jusqu’à ce jour, ni la vie, ni personne n’a réussi à nous séparer mais aujourd’hui nous nous sentons menacées et nous sommes en pleine déprime.

 

Jolies, à la fois réservées et accueillantes nous avons su nous faire aimer de la plupart de ceux et celles qui nous ont côtoyées ; enfin nous le pensions jusqu’à ce jour.  En échange de leur estime et attention, nous les avons tous écoutés, soutenus  sans rien dire. Nous étions là pour eux tout simplement même pour ceux qui nous en avaient fait voir de toutes les couleurs sans nous ménager. C’était parfois difficile surtout en vieillissant mais nous supportions sans nous plaindre.  

 

Aujourd’hui nous nous sentons de plus en plus délaissées, nous angoissons et nous n’arrêtons pas de nous remettre en cause en nous posant des questions inutiles et parasites : Cette vie-là vaut-elle encore la peine d’être vécue ? Sommes-nous réellement utiles à nos proches ? Nous craignons de vieillir encore, de physiquement nous délabrer et de mourir oubliées de tous ?

 

Il faut dire que nos conditions de vie ont changé dernièrement. Auparavant nous vivions en ville dans une maison avec un petit jardin où nous aimions nous dorer au soleil, observer les roses que les abeilles aimaient butiner et les cétoines dorés sur les arums, écouter le chant matinal des oiseaux dans les arbres avant que les bruits de la ville viennent le couvrir. Il y avait de la vie, des couleurs autour de nous et nous aimions.

Les vieilles jumelles

A la retraite depuis peu, nous avons déménagé en zone rurale. C’est triste la campagne.  Les immenses champs aux herbes hautes ont remplacé le jardin fleuri, coloré au parfum de rose et au gazon bien entretenu ;  Les rumeurs de la ville ont fait place au silence.


Nous sommes désormais installées en plein milieu d’un pré avec notre amie la table. Nous avons entendu notre propriétaire dire qu’il allait nous brader dans une brocante, peut-être... S'il le fait, nous risquons ainsi d’être séparées. S’il  nous conserve nous allons pourrir sur place. Ce n'est pas l’amour mais l'ennui qui est dans le pré pour nous. Triste vie que la vie de chaise mieux vaut une vie de bâton de chaise !

 

Martine Juin 2014 pour le défi N° 126 des croqueurs de mots

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 31 Mars 2014

Nous sommes le dernier de jour de ce si beau mois de Mars 2014 qui s'est terminé dans la joie hier, joie d'une victoire à la quelle j'ai participé à mon humble échelle, j'ai eu envie de publier à nouveau ici ce texte déjà publié sur Quai des rimes qui est une fiction noyée dans le réel.

 

 

Journal Dernières nouvelles de Mars du 31 mars 2014

Journal Dernières nouvelles de Mars du 31 mars 2014

MARTINE LA MARTIENNE

« Martine MARTIN,  une lectrice de 58 ans a remporté notre grand concours d’écriture  « Pourquoi pensez-vous  que vous êtes martienne ? ». Le jury, à l’unanimité, l’a désignée comme la Martienne Marseillaise de l’année.  Lire page 6 »

 

 

J’avais complètement oublié que j’avais participé à ce jeu d’écriture séduite par le thème inhabituel et par Mars qui m’a toujours fascinée. Je ne  m’imaginais pas pouvoir gagner ce concours. Je tourne les pages vite et sur la page 3  je trouve mon texte que je lis à haute voix.

 

MARTINE LA MARTIENNE

« Mars m’a toujours hantée. Je suis née un 30 mars à Marseille sous le signe du bélier. Mes parents m’ont appelée Martine et si l’on inverse les deux dernières lettres de ce prénom cela fait Martien ».

Depuis que je suis petite, je déborde d’énergie, je suis hyperactive, aime le risque, l’aventure.  On me dit tenace, pugnace, volontaire. Ma mère  me disait que j’étais un garçon manqué en insistant sur le mot manqué.

Elle m’a toujours reproché d’être une fille, si j’avais été un garçon j’aurais pu remplacer  mon petit frère MARTIN mort 2 ans avant ma naissance.

Je pense souvent à ce petit frère que je n’ai pas connu et je l’imagine, petit habillé de vert avec de grands yeux turquoise. Je le vois vivre sur une autre planète, une planète rouge remplie de cratères, une planète qui pourrait bien être Mars telle que les scientifiques la décrivent.

J’aurais voulu aussi être un garçon et je refuse cette féminité dont j’ai hérité par erreur. Je compense cela par un besoin de m’affirmer en permanence, de me faire remarquer.  Je m’habille souvent en rouge ou en couleurs vives.

Je suis impulsive. Il m’arrivait de me battre comme un garçon dans la cour de l’école. J’ai cet instinct guerrier, viril qu'on prête à Mars dans la symbolique collective : « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus ».

Je me suis assagie en vieillissant mais je suis restée une femme combative, et je me bas en permanence sans  mes poings mais avec mes convictions. Je me bats pour le respect des valeurs qui sont les miennes et contre l’injustice. Mes causes étant souvent perdues d’avance, je perds souvent mais le principal n’est-il pas d’avoir combattu. Il m’arrive aussi de gagner ; j’affiche alors mes victoires, il faut que cela se sache, que cela serve d’exemple.

Quand j’étais petite, j’étais très gourmande,  je raffolais des barres de MARS et dès que j’en avalais une je m’écriais en riant « Mars et ça repart ».  Aujourd’hui je n’en mange plus, j’en ai trop mangé de façon boulimique jusqu’à l’écœurement. 

Adolescente Je passais beaucoup de temps à lire des romans de sciences fiction et des BD : tintin, Spirou avec un attachement particulier pour cette petite bête étrange à la longue queue : le marsupilami qui semblait sorti d'une autre planète.

Je me suis mariée à 20 ans avec Martial MARTIN, un jeune homme aux cheveux longs roux rêveur et qui semblait vivre comme moi sur une autre planète. Nous étions en quelque sorte des extra-terrestres, des inadaptés pour nos congénères et c’est ce qui nous a unis. Je m’appelle donc maintenant Martine MARTIN.

Nous avons beaucoup voyagé ensemble notamment aux États-Unis.  Je me souviens de Yellowstone, cette immensité de terre orangée semée de cratères d’où, majestueux, jaillissent des geysers.  J’ai l’impression d’y être déjà allée,  C’est ainsi que j’imagine Mars ai-je dit à Martial qui ma répondu « j’ai la même impression que toi ».  Martial et moi, nous sommes toujours sur la même longueur d’ondes.

Je me souviens de Paris, avec la Tour Eiffel surplombant le champ de Mars verdoyant, Un beau terrain d'atterissage pour soucoupes volantes ai-je pensé la première fois où j'y suis allée. C'est mon endroit préféré de la Capitale.

Nous avons eu deux enfants : en premier Marceline, puis plus d’un an après : Marceau. Ils sont arrivés un peu comme Mars en carême.  Mais néanmoins nous les avons beaucoup entouré et leur avons beaucoup donné.  Ils nous ont beaucoup apporté.

Ils nous ressemblent beaucoup. Ils ont l’air comme nous toujours absents, perdus dans leurs rêves comme s’ils vivaient eux aussi dans la 3ème dimension. Ils sont dynamiques et tenaces comme nous, peut-être plus que nous. Ils nous ont donné quatre beaux petits-enfants que nous adorons.

Nous avons acheté un grand appartement rue neuve Saint-Martin à Marseille.  Souvent nous allons en week-end dans le Var et j’aime me promener en hiver à Saint-Tropez, voir la vieille gendarmerie. Je pense à l’adjudant Cruchot qui a combattu les extra-terrestres et aux fous-rires que nous avons eus avec Martial en le voyant perdu. Difficile parfois de distinguer un humain, d’un martien qui peut parfois prendre apparence humaine.

E.T. restera pour Martial et moi un grand moment de cinéma plaisir. Nous avons été émus aux larmes par E.T. , son envie de retourner à la maison malgré son amitié pour Elliott  petits enfant terrien. Je ne sais pas pourquoi mais E.T. m’a fait penser à mon grand frère MARTIN que je n’ai pas connu.

Nous sommes bien-sûr allés  voir Mars Attack mais nous n’avons pas aimé. Nous ne pouvons pas imaginer des martiens agressifs venant attaquer les terriens. Dans notre imagination ce sont des êtres doux et rêveurs.

Je suis persuadée que les martiens sont discrètement présents sur terre, que j’en côtoie peut-être dans mon environnement quotidien sans m’en apercevoir.

Tellement marquée par mars, les Martin, les martiens, je me dis qu'il y a des coïncidences étranges. Je ne crois pas réellement au hasard et je me dis que peut être j’ai été martienne dans une autre vie ou peut-être même dans celle-ci ne serais-je pas une martienne envoyée sur terre pour espionner et témoigner à mon retour sur Mars.

Martine MARTIN / Mars 2011

 

 

Je repose le journal sur la table de la cuisine, il est déjà 8 heures, il est temps d’aller travailler. Il faut revenir sur terre et aux activités quotidiennes. J’enfile mon manteau,  mes chaussures et sort de l’appartement. Je prends l’ascenseur pour descendre dans le hall d’accueil. J’ouvre la porte de l’immeuble  et je me dirige vers le parking extérieur encore perdue dans mes rêveries.  Je relève la tête et là je reste stupéfaite, tétanisée par la peur

A côté de ma  «Twingo»  verte une soucoupe volante est stationnée.

Un petit être vert aux grands yeux turquoises en sort et me fait signe de monter avec lui. Nous rentrons me dit-il. Je refuse de monter et je crie que je suis très bien sur terre et que je ne veux pas rentrer à la maison.  Il se met à pleurer,  m’embrasse, me fait un signe d’adieu, monte dans la soucoupe et  décolle dans un nuage de feu.

Je lève mes grands yeux noyés de larmes au ciel et je lui envoie un baiser de la main en chuchotant « Adieu mon petit-frère Martin, embrasse bien Maman et Papa  »

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 27 Mars 2014

Je vis face à la mairie d’un ancien village au cœur d’une grande ville. Depuis que je suis ici, j’aime regarder à travers les vitres sans rideaux  les gens passer indifférents devant moi.

Parfois il arrive que quelqu’un s’arrête et franchisse le seuil. J’écoute alors mes visiteurs raconter leur vie mais c’est comme s’ils ne s’adressaient pas vraiment à moi mais qu’ils parlaient à quelqu’un d’autre juste pour le plaisir de parler. Cela ne me gêne pas, bien au contraire, je peux ainsi mieux les écouter parler de leur vie.  Ils ont tous un besoin de partager les bonnes nouvelles comme les mauvaises. Certains parlent d’amour avec des mots tendres pour l’aimé absent mais si présent. Les mots d’amour font parfois place aux mots de haine si violents.  Certains parlent tout simplement de leur quotidien, du temps qu’il fait,  des tracasseries administratives, ou professionnelles.  J’ai appris ainsi en écoutant à comprendre l’âme humaine et la vie avec ses joies et ses douleurs. Je suis un peu comme un psychanalyste qui se contente d’écouter les gens couchés sur son divan, à absorber telle une éponge la vie des autres juste pour leur permettre de parler et d’échanger. Je suis utile, c’est ma fierté.

Un jour un SDF est rentré chez moi et il a squatté ma petite maison, Il avait trouvé ainsi un abri bienveillant pour le protéger des frimas de l’hiver,  je me sentais moins seul même s’il dormait la plupart du temps et éructait parfois quelques paroles incompréhensibles. N’ayant pas d’odorat cela ne m’aurait pas gêné s’il n’avait pas empêché mes autres visiteurs de venir. Sa présence les éloignait et ils avaient dû trouver une autre oreille attentive pour les écouter.

 Un jour mon amis SDF a disparu. Mes visiteurs sont revenus rapidement.  Ayant manqué certains épisodes de leur vie, J’ai eu du mal à comprendre les changements brutaux. Parfois Les larmes avaient remplacé les rires. Le bonheur serait-il éphémère ? Peut-être mais le malheur aussi pouvait l’être car parfois les rires avaient remplacé les larmes.

 Petit à petit mes visiteurs se sont fait rares, je ne comprenais pas pourquoi.  Je vieillissais, peut être que mon écoute était moins bonne, peut- être  avaient-ils moins besoin de communiquer.

Un jour un orage violent s’est abattu sur le village, un Monsieur a franchi le seuil de chez moi pour s’abriter de la pluie. Il a sorti de sa poche un petit boîtier noir avec un écran et s’est mis à lui parler et alors j’ai compris que j’étais à la retraite, en quelque sorte aux abonnés absents,  en entendant les paroles qu’il a prononcées « Chérie j’aurais un peu de retard,  il pleut très fort, je me suis abritée dans une cabine téléphonique ».

 

Martine / Mars 2014 pour la petite fabrique d'écriture  d'azacamopol

Ecouter la vie

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 23 Février 2013

C’est l’été,  Yves se promène pieds nus sur la plage. Perdu dans ses pensées, il ressent néanmoins un  léger souffle qui caresse soudain son visage buriné par quarante ans de travail exposé au soleil et aux intempéries. Il n’y prête pas plus d’attention. Il vient d’entreprendre un long voyage  en noir et blanc vers son passé.

 Il y a 60 ans, sur cette même plage…  Il se voit courir sur le sable brûlant vers la mer son seau à la main, avancer avec précaution  dans l’eau, s’arrêter un instant saisi par le froid, remplir son seau et revenir en courant vers Mamie Jeanne qui l’attend sous son parasol rayé.  Son château est superbe. Les autres enfants le regardent avec envie. Pourtant il n’est pas terminé, il manque une route d’accès, une route comme il les aime, une route qui ressemble à la vie avec des virages qu’il faut bien savoir anticiper, avec des croisements où il ne faut pas s’égarer. Il se voit creuser dans le sable cette route. Le château est maintenant terminé. Plus tard il sera maçon. Il regarde Mamie Jeanne avec fierté. Tout en lui souriant, elle sort de son sac de plage un petit paquet de papier kraft avec un joli ruban.  Elle lui tend. Il dénoue avec précaution le ruban, retire le papier. Une petite voiture cabriolet décapotable en métal bleu surgit soudain à ses yeux. Quelle est belle !  Il prend le plus beau coquillage qu’il a ramassé, le tend à Mamie Jeanne qu’Il  embrasse.  Elle le sert fort dans ses bras en lui disant « Bonne route mon petit». Il prend la petite voiture et la pose sur le sable à un croisement. Quelle  direction va-t-il prendre. Il ne peut hésiter et fait avancer à la main sa petite voiture vers la mer sous le regard attendri de Mamie Jeanne…

Il revient lentement à la réalité, des larmes coulent sur son visage comme à chaque fois qu’il pense à sa grand-mère  trop tôt disparue. Serait-elle fière de lui aujourd’hui, d’Anne sa femme et de ses deux enfants Armelle et Erwan maintenant adultes. C’est à elle qu’il doit ce qu’il est aujourd’hui,  elle qui l’a entouré d’amour, l’a guidé pendant les premières années de sa vie lui évitant de prendre des chemins glissants, elle qui lui a surtout appris à aimer la vie, les autres et à se faire confiance.

Aujourd’hui il est perturbé car il a rencontré Isabelle et ils s’aiment passionnément mais il se refuse à  quitter Anne après 40 ans de vie commune paisible et  heureuse. Il a toujours été discret, silencieux, certains disent « taiseux ». il ne cherche pas à  dissimuler, seulement à ne pas blesser ceux qu’il aime et se protéger en même temps de la douleur qu’il éprouverait à les voir souffrir.

Soudain son pied butte contre un caillou dans le sable, le choc lui fait baisser les yeux.  Ce n’est pas un caillou mais un petit cabriolet en métal bleu turquoise, il n’a plus de capote mais ressemble étrangement à celui que sa grand-mère lui avait offert.  Il est profondément ému,  une larme qu’il a tenté de retenir s’échappe. Ce ne peut être la même voiture puisqu’il a conservé celle de son enfance et qu’elle trône fièrement aujourd’hui dans une des vitrines de sa bibliothèque. 

Il se baisse,  observe la voiture, qui est tournée dans une autre direction que celle ou il se dirigeait. Il prend la voiture avec sa main droite et l’observe. Ce n’est pas un hasard, il n’y a jamais cru. Il est persuadé  que sa chère mamie continue à être présente et à lui parler à sa façon.  Il a senti bien souvent sa présence à certains moments clefs de sa vie ;  elle a continué à le guider à son insu. Mais aujourd’hui elle lui parle, il l’entend murmurer avec tendresse « bonne  route mon petit ».

Aussitôt il ressent comme un soulagement, un bien être intérieur. Il est libéré mais chamboulé.  Le souffle qui a caressé sa joue est devenu en lui tempête.

Ce soir il quittera Anne et partira retrouver Isabelle. Il lui offrira ce petit cabriolet bleu comme les volets de la maison qu’il lui construira au bord de la mer et ils poursuivront  la route ensemble.

 

 

decapotable.jpg

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 19 Novembre 2012

Pour la petite fabrique d'écriture ce texte sur une photo de Joëlle CHEN 

 

img068.jpg

 

Photo de Joëlle Chen

 

Quelle idée saugrenue d’aller à Bruges en plein été, il y fait chaud, il y a trop de touristes qui envahissent la ville.  J’étouffe à Bruges. En Belgique, je pense à Jacques BREL et je chantonne en moi « Tu as voulu voir Venise et tu as vu Bruges »…  Et bien Jacques Je vois tout de même Venise mais celle du Nord, celle de ton plat pays..  Alors pour faire illusion jusqu’au bout et rechercher un peu de fraîcheur sur l’eau, faute de gondole,  je décide  de me faire mener en Bateau. Après une demi-heure de queue,  je me retrouve enfin dans une longue barque avec une quinzaine de personnes,  ce n’est pas la promenade en amoureux avec le gondolier, il y a beaucoup moins d’intimité. J’essaye de passer le temps en regardant le paysage : que des vieilles pierres, des ponts anciens, des clochers. Sur les berges parfois des pêcheurs  qui taquinent je ne sais quel poisson car je crains fort qu’ils rentrent bredouilles avec tout ce trafic sur les canaux.


Les barques en  font le tour et se suivent de si près qu’elles pourraient presque se toucher.  J’ai l’impression d’être sur la rivière enchantée du jardin d’acclimatation ou dans un grand manège ou j’adorais quand j’étais petite monter dans les éléphants ou les barques qui décollaient et attraper le ballon et j’y arrivais souvent. J’ai toujours eu l’esprit de compétition. "Il faut  toujours que tu fasses remarquer" me reprochait sans cesse ma mère qui n’avait qu’un seul objectif être invisible,  complètement invisible.

 

Ici à Bruges, je suis grugée, il n’y a même pas de ballon.  Je suis sûre que je suis une martienne venue un jour sur terre,  d’ailleurs  je m’appelle Martine. J’ose toujours espérer qu’un jour les  éléphants et les barques  pourront voler comme des soucoupes volantes  et si cela arrivait je monterai dans la première et  je serais chef d’escadrille et je retournerai sur Mars.


Au moment précis où je me vois dans l’embarcation de tête d’une escadrille composée de barques et d’éléphants roses, notre barque se met lentement à décoller, puis accélère pour faire du rase-motte au-dessus du canal. Les autres barques derrière décollent également et nous suivent…. Les passagers affolés crient.  Attention le pont nous allons nous écraser sur son tablier. Etant chef d’escadrille je dois prendre tout de suite la bonne décision,  j’appuie sur la flèche du haut de mon téléphone mobile et la barque prend de la hauteur et passe au-dessus du pont, j’attrape au passage un ballon qui volait au-dessus du pont. J’ai gagné un tour gratuit mais pour en bénéficier, il faut que je redescende. J’appuie sur la flèche du bas de mon mobile, et la  barque redescend et suit le cour du canal à petite vitesse. 

 

A chaque pont je fais prendre de l’altitude à la barque puis l’obstacle passé, je redescends. C’est angoissant mais grisant de voir ainsi Bruges en apesanteur.

 

Et si notre barque arrêtait de suivre le cours de sa vie normale, celle du canal pour s’évader enfin, emprunter d’autres voies, sortir de son destin. Je prends de l’altitude pour dépasser les toits des maisons et des clochers. Ensuite j’hésite une seconde : appuyer sur la flèche de gauche de mon téléphone ou celle de droite et  j’enfonce la touche gauche (j’ai toujours été à gauche), la barque volante prend de la vitesse. Nous arrivons sur la place centrale. Le beffroi  se met à sonner midi. Je crois que c’est la sonnerie de mon téléphone portable. J’appuie sur la touche pour répondre à cet appel et soudain la barque tombe à pic à toute vitesse. Je n'ai jamais voulu être chef. Nous nous écrasons juste au milieu de la place  et  nous passons à travers le dallage.


Je me réveille horrifiée,  dans mon rêve je suis encore tombée brusquement dans un trou sans savoir comment j’y étais parvenue, je ne me souviens de rien.

 

Eglantine / Novembre 2012

 

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Nouvelles

Repost0