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Publié le 26 Octobre 2012

Pour répondre au défi de la dernière quinzaine d'octobre de Miletune sur un tableau d'Edward Hopper

 

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Extrait du journal de bord de Yves Le Goff / dernier gardien du phare  de fin de terre


Mon père était marin pêcheur. Par une nuit de tempête dans le rail d’Ouessant, il a sombré en mer avec son bateau. Jamais on ne l’a retrouvé. Aujourd’hui  encore chaque nuit de veille, il est la présent en moi, en dessous de moi dans ses flots que je domine et qui ne m’engloutiront pas comme lui. Il me parle, il est fier de ce que je fais aujourd’hui. Il comprend que je n’ai jamais pu être pêcheur comme lui-même  même si j’en rêvais quand j’étais petit. Je sais qu’il aurait aimé que je le sois.


Mais comme lui je vis au cœur de l’océan de longues journées et de longues nuits bien à l’abri en haut de ma tour de pierres et de verre, fouettée par les vents et sur laquelle se brisent les flots déchaînés.


Que la lumière fût, que la lumière ne s’éteigne jamais, c’est ma raison de vivre. Je suis gardien de lumière : éclairer la nuit des marins, leur redonner l’espoir au cœur de la nuit, les guider.  Je me sens à la fois puissant de donner la lumière de vie mais impuissant de vivre en ermite et de me complaire de cette vie monotone bien protégé des furies de l’océan. Je ne suis pas fier de moi mais pourtant j’aime cette vie solitaire dans la pénombre dans mon phare du bout du monde. Je rêve de voyages lointains, d’autres horizons.


J’aime cette vie solitaire dans mon phare du bout du monde,  je rêve de voyages lointains, d’autres horizons. Je pense à ma femme Jeanne et à mon fils Pierrick à terre que j’aime tant qui me manquent. Je me réjouis de les retrouver après quelques jours et nuits passées dans le phare.


Je pense aux marins qui ont lancé leurs chaluts et les remontent avec angoisse : la pêche sera-t-elle bonne, leur permettra-t-elle de faire vivre leur familles. Ils doivent demander souvent ce qu’ils font là dans ses flots en colère au cœur de la nuit pour juste gagner au mieux de quoi subsister « Oh combien de marins, combien de capitaines qui sont partis joyeux pour des courses lointaines dans ce morne horizon se sont évanouis ».  L’image de mon père est à jamais gravée en moi. J’en parle à mon fils souvent pour perpétuer le souvenir et qu’il soit fier de ses racines.

Je passe des nuits à écrire mes mémoires pour témoigner de la vie des gardiens de phare quand l’automatisation les aura tous fait disparaître.


La nuit cède le pas au jour petit à petit. Certains matins L’aurore enflamme le ciel et la mer. J’observe ces levers de soleil toujours avec une grande émotion même si ils marquent la fin de mon travail. Je vais pouvoir bientôt m’endormir content du travail accompli.

 

Demain sera un autre jour à bord de mon bateau phare, un jour très particulier, le dernier que je passerai sur ce phare après 35 ans de service.  Je serai à la retraite et je ne sais pas si je vais pouvoir vivre en dehors du phare, le quitter à jamais. Je conserverai à la fois la fierté et la peine d’avoir été le dernier gardien de ce phare qui sera maintenant automatisé. J’aurais tellement souhaité que Pierrick mon fils puisse transmettre la lumière dans ce phare.

 

Yves Le goff / Le 4 avril 1998

 

 

 

 

 

Blog de Pierrick le Goff  / le 21 octobre 2012

Aujourd’hui  c’est l’anniversaire de la mort de mon père qui a été le dernier gardien du phare de fin de terre. Il a pris sa retraite et il n’a pas été remplacé, le phare ayant été automatisé.


Quand j’étais gamin, je rêvais je souffrais de l’absence de mon père mais en même temps j'imaginais faire le même métier qui pour moi était le plus beau métier du monde : donner la lumière  et la garder au cœur de la nuit, donner l’espoir à ceux qui sont perdus au cœur de l’océan et en même temps profiter de la solitude pour rêver, écrire.

 

 Hélas avec l’automatisation des phares,  je ne pouvais plus être gardien comme papa. Je sais qu'il en rêvait et même si ce n’est pas de ma faute, je m’en veux de n’avoir pas pu lui donner ce plaisir avant sa mort.


Mon rêve d’enfant était brisé mais il fallait bien que je choisisse un métier pour vivre, pouvoir me marier avoir des enfants un métier qui me plairait. Je ne savais pas quoi faire.


J’aime le cinéma et  adolescent je suis allé voir  Cinéma Paradisio en 1988 et j’ai eu une révélation en voyant l’histoire d’Alfredo le projectionniste qui passe sa passion de son métier à Salvatore (toto).


Alfredo c’était papa dans son phare qui donnait la lumière dans l’obscurité de la nuit, qui donnait l’espoir d’une vie meilleure. Papa vivait dans la solitude de son phare comme Alfredo vivait dans la solitude de sa cabine de projection au-dessus de la vague des spectateurs. Il éclairait et enjolivait leur nuit.  Sa lanterne se transformait en projecteur, il n’avait qu'à veiller comme Alfredo que tout se passe bien et pendant ce temps , il pouvait bien sûr voir de nombreux films mais aussi rêver, écrire.

 

C’était un ermite, un solitaire papa et je suis comme lui. En sortant de la salle de cinéma après ce film j’avais trouvé mon métier « je serai projectionniste » et comme papa je serai le gardien de la lumière au cœur de l’obscurité,  je serai le faiseur de rêves et je pourrais, pendant les projections, continuer à rêver.

 

Aujourd’hui je suis projectionniste dans un multiplexe, j’aurais préféré l’être dans un cinéma d’art et essai mais je n’ai pas trouvé, ils sont de plus en plus rares.

 

Avant la projection,  je prépare mes bobines en assemblant les différentes parties du film que je reçois, je mets le projecteur en marche et je regarde le film tout en surveillant.

 

Parfois  le film peut se casser et il faut que j’intervienne très vite. Mais le plus souvent tout fonctionne bien et après avoir vu le film une fois, je peux rêver, écrire, prendre du recul dans le noir et l’obscurité et ma solitude sont propices à ma créativité.


Comme dit notre DRH, je ne travaille que vingt minutes toutes les deux heures. Tu vois papa je fais en fin de compte le même métier que toi et j’espère que tu t’en réjouis la haut.


Aujourd’hui je suis particulièrement ému à cause de l’anniversaire de ta mort mais aussi parce que j’ai appuyé sur la touche du clabier de l’ordinateur, le film est parti tout seul. C’est le dernier film que je projette.

 

Avec le numérique n’importe qui peut maintenant d’un poste de commande central commander la projection des films dans plusieurs salles et même à distance.  Je suis devenu inutile et on n’a pas attendu que je prenne ma retraite.

 

Je peux m’estimer heureux ma société ne m’a pas licencié, elle m’a proposé un poste dans le hall d’accueil du multiplexe.  Mon prochain travail va consister à vendre des billets, les contrôler à l’entrée des salles et même faire des pop-corn dont l’odeur m’écœure et les vendre. On m’a garanti qu'en contrepartie quand il y aurait des problèmes techniques avec le numérique qui  Bogue parfois mais de moins en moins, je serai en priorité appelé. J’ai accepté ce poste polyvalent, il faut bien que je vive et surtout que je fasse vivre ma femme et ma fille.  La DRH a semblé ravie de mon acceptation, beaucoup ont refusé et m’a dit comme pour me consoler, vous allez moins vous ennuyer maintenant. Je sais qu'elle voulait dire sans l'oser "vous allez enfin travailler".


Je suis courageux, J’ai le sens des responsabilités, imagines toi papa, après avoir vécu dans l’obscurité et la solitude, quelle agression de me retrouver soudain face aux clients nombreux excités, pressés, ce n’est pas pour moi le solitaire. Je suis comme toi victime du progrès technique.  Faute de pouvoir de nouveau donner et garder la lumière, je vais conserver bien au fond de mon cœur cette lumière que tu as gardée et que tu m’as transmise. Tu seras toujours mon phare papa.  Il ne s’éteindra jamais car je le transmettrai à Anne ta petite fille pour qu’elle garde toujours ta lumière au fond de son cœur même au milieu des tempêtes de sa vie.

 

Eglantine / Octobre 2012

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Publié le 21 Septembre 2012

Pour répondre au jeu d'écriture de la deuxième quinzaine de septembre sur le blog de miletune, voici ma participation :

 

Mamie MADELEINE

 

Extrait du journal de Madeleine / 6 juin 2012

 

Par ce bel après-midi de juin, assise au jardin, je lis cette phrase du livre de Stefan ZWEIG "24 heures de la vie d’une femme" que j’ai relu de nombreuses fois tant je l’aime…... Je relis une nouvelle fois cette phrase qui ne m’avait pas marquée à une lecture précédente. Je pose le livre et lève les yeux et je me souviens il y a longtemps, il y a plus de quarante ans de ce tsunami qui m’a envahi brusquement en croisant un regard, souvenir agréable mais douloureux aussi. Je sors de ma rêverie et je vois Jean, mon petit-fils, m’observer avec tendresse et tristesse à la fois.

Que peut-il penser de moi à ce moment précis, j’espère qu’il n’a pas percé mes pensées les plus profondes. Soudain il sort son appareil photo numérique et immortalise ce moment de complicité entre nous. Je n’aime pas être prise en photo, Jean ne l’ignore pas mais il sait aussi qu’il peut tout se permettre tant je l’aime et l’admire. Avec lui je ne suis jamais la vieille grincheuse que je suis depuis longtemps et cela ne s’arrange pas avec les années.  Je râle après le chat quand il me réveille la nuit alors qu’il dort toute la journée. Je râle après les voisins quand ils font du bruit les soirées d’été. Je râle après les commerçants quand ils n’ouvrent pas à l’heure, je râle après Max mon époux quand il se plaint de ses douleurs. Je râle après ma fille qui m’infantilise et qui s’adresse à moi comme à une gamine « A ton âge maman, il ne faut pas ceci, il ne faut plus cela …» et pire je râle même après moi-même, après ce corps qui ne me permet plus toutes les folies de ma jeunesse et notamment celles de ce fameux jour ….

 

 

Extrait du journal de Madeleine / 20 septembre 2012

 

Pour mon anniversaire, 89 ans déjà, Jean m’a offert hier un cadeau, le plus beau que je n’ai jamais reçu.
Il est arrivé avec un très beau et grand paquet emballé de papier vert pomme avec un ruban en soie violet. Que cela pouvait-il être ?
J’ai retiré le papier avec précaution. Je ne pouvais déchirer un si beau papier et j’ai découvert un tableau, un portrait d’une vieille bourgeoise assise dans le jardin avec un regard à la fois pensif et malicieux, une vieille à la peau burinée par le soleil et les ans  un livre ouvert posé sur ses genoux avec un grand chapeau de paille.  C’est en reconnaissant mon chapeau que je me suis aperçue que c’était moi avec mes seins encore très fermes qui ne tombent pas comme mes joues. Il y avait même pacha le chat entrain de dormir comme d’habitude qui ressemblait plutôt à un chien. 

 

img055.jpgTableau d'un artiste de talent : http://sixte.wordpress.com/


J’ai serré Jean dans mes bras. Les larmes aux yeux je l’ai embrassé et je lui ai murmuré à l’oreille un secret... Je me suis tournée vers Max et je lui ai demandé de l’accrocher tout de suite dans l’entrée. Max très étonné par ma demande me répond moqueur : « ce portrait te ressemble tant, c’est comme un miroir tu sais, toi qui ne les supportes pas et qui les as tous retirés du mas ».  

Max qui ne perd jamais l’occasion de se taire me fait réfléchir néanmoins : « En effet pourquoi accrocher ce tableau ? Simplement pour faire plaisir à Jean mais pourquoi dans l’entrée ou je me verrai plusieurs fois dans la journée. Je crois que c’est aussi pour pouvoir le montrer à tous mes visiteurs de moins en moins nombreux tant je deviens grincheuse. Je suis si fière de Jean, de son intelligence, de sa sensibilité, de son talent, de sa douceur. Ce petit fils est un trésor et je veux que tout le monde le sache. C’est un artiste ce que j’aurais voulu être mais je suis beaucoup trop pragmatique et conventionnelle. Il n’est jamais tard pour réveiller l’artiste qui dort en moi. Peut-être que jean pourrait m’y aider.
C’est vrai que je suis ressemblante hélas. Ce chapeau de paille ridicule me donne un air de vieille propriétaire terrienne moi la citadine qui n’a jamais su retenir le nom des fleurs et reconnaître les arbres. Je suis une vieille « bobo » comme on dit maintenant.


En fait, Je m’aime bien  vu à travers le regard de Jean et je prendrai plaisir à me regarder. Je vais faire remettre des miroirs dans le mas en commençant par celui de la salle de bain ce qui évitera à Max de se couper en se rasant et de me râler dessus.

 

 

BLOG DE JEAN

 

Mamie Madeleine / 20 Septembre 2012

 

Aujourd’hui j’ai envie de vous parler de ma grand-mère maternelle dont je ne vous ai jamais parlé. Mamie Madeleine est une vieille dame. Elle vient d’entrer dans sa quatre-vingt-dixième année et ne les fait pas tant elle est vive, toujours à s’activer et à booster Papi Max qui, bien que plus jeune s'encroûte à force de savourer l’oisiveté avec délectation ce qui énerve Mamie.


Mamie Madeleine ne sait pas marcher lentement et quand je me promène dans la rue à ses côtés, je dois marcher plus vite que je ne le fais d’habitude. Elle a encore une grande vivacité d’esprit et dépense une énergie considérable à râler après tout le monde sauf après moi et pourtant je m’amuse parfois à la taquiner pour la faire réagir mais en vain.


Cet été elle était en train de lire au jardin 24 heures de la vie d’une femme de Stefan ZWEIG, son roman préféré dont elle ne se lasse pas. Je l’ai lu c’est l’histoire d’une passion entre une jeune femme veuve et un joueur invétéré. Une de ces passions fulgurantes déclenchées par les visions de deux élégantes mains s'agitant sur un tapis jeu. Une passion dévastatrice très courte qui marque une vie pour toujours. Je me suis toujours demandé ce que Mamie pouvait aimer dans ce livre. Je ne l’imaginais pas avoir une telle passion, elle est trop raisonnable, réfléchie. Elle ne se laisse pas prendre par l’émotion d’un instant, tout chez elle est bordé, contrôlé. C’est aussi pour cela que je l’aime aussi car elle sait cadrer ma fougue et me ramener parfois à la raison quand j’idéalise trop. Peut-être avait-elle besoin de vivre ce qu'elle n'avait pas vécu et qu'à son âge elle ne vivrait sans doute pas. Je reviens à cet après-midi d’été, elle était entrain de lire ce roman quand elle a soudain levé la tête après avoir souligné une phrase au crayon dans son livre. Son regard fixe avec ses yeux bleus comme l'azur du ciel provençal s’est perdu au loin devenant à la fois rêveur avec une joie comme contenue. Je l’ai trouvé très belle à cet instant, ce n’était plus la même.  J’ai sorti mon APN impulsivement et je l’ai prise en photo bien que je sais parfaitement qu’elle a horreur de cela. Je n’ai pas pu m’en empêcher.  Je me suis promis d’aller voir discrètement quelle était la phrase qui avait pu la sortir de sa lecture.

J’ai regardé en rentrant la photo sur mon écran et c’est là que j’ai eu l’idée d’en faire une peinture et de lui offrir pour son anniversaire. Une fois la peinture terminée et sèche. Je l’ai enveloppé d’un beau papier et noué le paquet avec un très long ruban en soie mauve acheté pour l’occasion.

 

Je lui ai offert hier. Elle l’a ouvert avec beaucoup de soin pour une fois sans se précipiter et quand elle a découvert son portrait, des larmes ont doucement coulé sur son visage je ne l’avais jamais vu pleurer et j’en ai été tout ému. Elle m’a serré dans ces bras et embrassé en murmurant tout bas « Tu ne sais pas à quel point tu me fais plaisir Jean, ce tableau me rappellera toujours un souvenir très ancien d’un grand bonheur fugace ».


Je lui ai répondu « Excuse-moi  Mamie de te faire pleurer comme une Madeleine et en plus d'avoir transformé PACHA en chien mais  avec son nom je ne pouvais pas en faire un chat ». J'ai réussi à la faire rire à travers ses larmes.

 

Je me suis soudain  rappelé que je n’avais pas encore pris le temps de regarder quelle était la phrase qui avait donné à Mamie ce si beau regard.


Pendant que Papi Max accrochait le tableau, je suis allée discrètement dans la bibliothèque de la chambre de mamie et j’ai trouvé bien en évidence le livre culte.  J'ai recherché la phrase soulignée, il n'y en avait qu'une seule.

Je l'ai lue à haute voix :

 

« Seuls des êtres absolument étrangers à la passion connaissent en des moments tout à fait exceptionnels, ces explosions soudaines d’une passion semblable à une avalanche ou à un ouragan : alors des années entières de force non utilisées se précipitent et roulent dans les profondeurs d’une poitrine humaine »

Stefan ZWEIG.

 

 

Eglantine / Septembre 2013

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Publié le 22 Août 2012

Pour répondre au défi d'écriture de Miletune de la seconde quinzaine d'août une nouvelle ci-dessous :

  

L'absente

 

 Marie-Xavière regarde la couverture du livre offert : un ours brun en peluche sur une table en bois. Pauvre ours seul dans cette pièce triste, il doit se sentir abandonné se dit elle. Le titre attire alors son attention « l’absente ».  Peut-être un doudou oublié ou perdu qui recherche son propriétaire. Elle s’apprête à sortir du métro. Elle dépose le livre sur la banquette vide en face d’elle et s’apprête à le laisser la puis se ravise. Elle met le livre dans son sac à main et le referme. Sans doute elle ne le lira pas, c'est un livre pour la jeunesse mais elle est incapable d’abandonner un livre sans savoir entre quelles mains il va tomber. 

 

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Parait-elle si jeune pour qu'on le lui ait donné à lire. C’est vrai : elle est restée une enfant au fond d’elle-même et elle a toujours besoin de son doudou pour dormir. Elle sait qu'à 40 ans c’est ridicule mais elle ne peut s’en empêcher, c’est moins dangereux qu’un somnifère. Elle souhaite néanmoins pouvoir un jour devenir une adulte, rencontrer un homme et avoir des enfants mais pour le moment elle en est incapable, pas assez mature pour prendre des responsabilités et s’engager. Beaucoup de ses amis lui conseillent de faire une psychothérapie mais à quoi bon, tant qu’elle n’aura pas retrouvé celle qui lui manque depuis toujours elle n’y parviendra pas. Elle a toutes les chances de mourir célibataire car elle est une enfant adoptée par un couple dont elle a fait le bonheur et qui lui a beaucoup donné d’affection en échange. Mais elle veut retrouver sa vraie maman. Elle a entrepris des recherches qui n’ont rien donné puisque sa mère a accouché sous X. Qui est-elle ? Pourquoi l’a-t-elle été abandonnée chez les sœurs ? Que ressent-on quand on abandonne son enfant ?  Tant qu’elle ne pourra répondre à toutes ses questions, elle n’y parviendra pas. Elle est en perpétuelle quête de son identité et n’utilise jamais son deuxième prénom Xavière qui lui a été donné à l’orphelinat. Elle se fait appeler Marie et signe tous ses courriers par Marie X Bertier, le nom de ses parents adoptifs. Elle ne peut retirer le X très important pour elle aujourd'hui car c'est la seule chose qui la relie à l'absente. C'est son vrai nom de famille. 

 

 « L’absente » : elle vient de se rendre compte que c'est justement le titre de ce livre qu’une inconnue lui a offert dans le métro avant de quitter la rame en lui disant qu’elle avait terminé de le lire et que ce livre l’avait beaucoup touchée. Marie-Xavière a dévisagé l’inconnue étonnée par tant de bienveillance. Celle-ci l’a regardé en souriant. Puis elle a ajouté qu’elle était certaine que ce livre lui plairait aussi et qu’elle y trouverait peut être des réponses aux questions existentielles que chacun peut se poser dans la vie.

Elle a bien fait de le conserver. Peut être le lira t’elle en fin de compte se dit-elle.

 

Rentrée dans son petit appartement parisien, elle sort le livre de son sac à main et le dépose sous la table du salon avec les livres et revues à lire quand elle aura un moment et que bien souvent elle oublie là.

 

Quelques semaines plus tard un dimanche d’août, elle reçoit ses parents à déjeuner.

 

Pendant l’apéritif, Sa mère adoptive se saisit du livre qui est à portée de main sur l’étagère, lit au dos le sujet du livre

 

Une poignante histoire d’amour filial au-delà de l’absence Claire Mazard nous offre un roman très fort qui traite d’un sujet encore tabou : l’accouchement sous X.

 

et lui demande en la regardant :

  • « Marie, puis-je te l’emprunter ».   ?
  • «Bien sûr maman, je n’ai pas encore eu le temps de le lire, tu me diras ce que tu en penses répond t’elle».

Elle n’ose pas dire à sa mère adoptive  que c’est le cadeau d’une inconnue. En effet sa mère adoptive lui répétait souvent quand elle était petite qu’on ne parlait pas à des inconnus. Même qu’un jour elle lui avait rétorqué : « mais pourtant, de mère inconnue je suis issue.

  

Le lendemain soir en rentrant du travail elle ouvre sa boîte aux lettres dans l’entrée de son immeuble et trouve une enveloppe où il est écrit « Pour Marie ». Elle reconnaît l’écriture de sa mère. Pourquoi lui écrit-elle alors qu’elles se sont vues hier et que d’habitude elle appelle. Elle prend l’ascenseur, dépose son sac sur le porte manteau et s’installe dans son fauteuil :

 

Elle ouvre l’enveloppe avec impatience une photo tombe, elle la regarde. Sur un grand lit tout blanc une femme et un bébé dorment.

 

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Elle est surprise par la grande distance qu’il y a entre la mère et l’enfant. Quand elle sera maman, si elle l’est un jour,  elle dormira avec son bébé serrée contre elle comme elle serre son doudou mais peut être que ce n’est pas bon et qu'elle pourrait risquer d’étouffer son enfant.

 

Elle regarde la photo avec plus d’attention. C’est étrange comme la femme lui ressemble et elle se rend compte soudain qu’elle ressemble également à l’inconnue du métro.

 

Avec la photo une lettre avec une belle écriture ronde inconnue quelle s’empresse de lire :

 

Ma chérie,

Je suis ta maman, j’ai été obligé de t’abandonner car tu es née d’une courte liaison, un amour passionné avec un inconnu dénommé Pierre rencontré au cinéma et qui est sorti de ma vie aussi vite qu’il y est  rentré dès qu’il a su que j’étais enceinte. Je ne pouvais te garder, j’étais sans travail, je vivais chez mes parents et tu aurais toujours été pour eux l’enfant du péché. Ils m’auraient mis à la porte avec toi et comment aurais tu pu vivre. Je voulais le meilleur pour toi et pour cela il te fallait une bonne famille. Je t’aimais et je t’aime encore 40 ans après. L’abandon a été douloureux. Je t’ai serré fort dans mes bras, embrassé, je t’ai dit adieu. Je t’ai posé délicatement dans mon lit en demandant aux sœurs de te retirer à moi pendant mon sommeil pour éviter des cris inutiles. Je souffre aujourd’hui encore de cet abandon et je le regrette. Chaque jour tu m’as manquée. Dans la rue quand je rencontrais une petite fille, puis une adolescente, puis une femme je me disais qu’elle pourrait être ma fille. J’ai su que tu avais fait une recherche pour me retrouver et que je pouvais lever l’anonymat. J’ai réussi à avoir ton adresse, je t’ai suivie. Je sais maintenant à quoi tu ressemble mais cela ne me suffit pas, je souhaiterais pouvoir te serrer dans mes bras si tu le désires. Je me suis dit qu’il fallait que je lève l’anonymat pour que tu saches aussi mais veux tu simplement savoir qui est ta mère et qui est ton père (droit légitime)  et tu le sais maintenant ou vraiment faire ma connaissance et rattraper le temps perdu. J’ai donc décidé de te remettre cette photo, tu sais maintenant que je suis l’inconnue du métro qui t’a offert ce livre qui raconte en fait une histoire semblable à la nôtre. Tu sais à quoi je ressemble et d’où tu viens. Si cela te suffit j’en souffrirais mais je  le comprendrais. Si tu souhaites mieux me connaître fais-moi signe, ci-dessous mes coordonnées.

Ta maman Eugénie

 

Des larmes coulent sur son visage au fur et à mesure de sa lecture. Elle repose la lettre et la photo sur la table, sort son téléphone portable et appelle aussitôt sa mère adoptive.

Celle-ci répond aussitôt en lui disant :

  • «bonjour Marie, tu as lu…..  ». 
  • «Oui l'interrompt-elle en pleurant, merci maman je t’aime, c’est une belle preuve d’amour que tu m’as donnée en me remettant cette lettre et cette photo. Je t'embrasse. Laisse moi me remettre, je te rappelle ». 

Contacterait-elle sa maman de sang, certainement mais elle ne se sent pas encore tout à fait prête, comment l’appellerait t’elle, pourrait-elle la tutoyer comme elle. Elle ne le sait pas mais elle sait maintenant : Elle a deux mères qui l’aiment. Elle va pouvoir enfin remplacer X par Xavière après Marie car elle sait maintenant qu'elle n'est plus née sous X. Ayant une identité, elle va enfin devenir adulte.

 

Églantine / Août 2012

 

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Publié le 19 Juillet 2012

Texte supprimé

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Publié le 11 Juin 2012

Pour la communauté des croqueurs de mots d'over-blog,  défi N° 83 lancé par Manette,


Article en remaniement

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Publié le 3 Juin 2012

Je contemple le bouquet composé de roses blanches et roses thé. Je dénoue  le lien de raphia paille, retire l’emballage transparent et le papier de soie corail. Je coupe la ficelle verte et raccourcis les queues des fleurs en biseau.  Je sors du placard de la cuisine mon vase en forme de cœur en cristal sur pieds, le remplis à moitié d’eau et dispose les roses. Je  soulève le vase et porte les roses à mes narines pour m’enivrer de cette odeur à la fois profonde et suave. Satisfaite du résultat, je pose  le bouquet sur la table blanche de mon studio face au canapé en cuir blanc. J’aime le blanc  et pour rompre cette vague blanche, j’ai posé sur mes meubles  quelques décorations couleur  vieux  rose ou vert pomme. C’est magique cette composition florale est parfaitement adaptée à mon décor romantique et féminin comme à chaque fois et à ma personnalité d’adulte restée jeune fille et qui deviendra vieille fille car j’ai du mal à quitter la magie de l’enfance.

 

 


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C’est  le troisième bouquet anonyme que je reçois livré par le fleuriste de mon quartier avec chaque fois quelques mots écrits sur une carte blanche « je  pense chaque jour à toi, Je t’aime Emma ». A chaque fois cinq roses toujours blanches et quatre roses thé. Aujourd’hui, seul changement :  il y a 29 roses dans le bouquet, comme les 29 bougies  que je soufflerai seule en  ce soir du vendredi 9 septembre 2011. J’ai pris une journée de congés pour la circonstance et cela va me faire un week-end de trois jours.


J’ai demandé au fleuriste si il pouvait me dire qui était cet expéditeur qui,  le 9 de chaque mois m’envoyait ce même bouquet avec toujours le même mot. Il m’a répondu que c’était impossible, il ne pouvait révéler l’identité de ses clients. J’avais seulement réussi à  lui extirper que l’expéditeur  ne commandait pas les fleurs par téléphone ou internet mais se déplaçait à la boutique.  Il  m’avait rassurée en me disant « ne vous inquiétez pas Mademoiselle, tout ce que je peux vous dire c’est que votre expéditeur ne semble pas bien dangereux.

 

Aujourd’hui il avait fait rajouter sur le carton 4 mots  « bon anniversaire ma chérie.  Être admirée, aimée en secret  n’est pas pour me déplaire bien au contraire, c’est très romantique,  mais ce « ma chérie » me contrarie, cette familiarité m’angoisse soudain. De plus il semble si bien me connaître. M'épie-t-il en secret.


Il y a eu les bouquets mais aussi les cartes postales avec toujours les mêmes mots : « je pense chaque jour à toi, Je t’aime Emma »  Ces cartes représentant toutes des chats sont envoyées des quatre coins de l’hexagone : de Cergy, Nice, Bordeaux, Metz  mais c’est toujours la même écriture. Il sait que j’adore les chats,  j’en parle souvent sur mon blog.


Il connaît la date de mon anniversaire et mon adresse.  Pour la date d’anniversaire c’est facile, elle figure dans la présentation de mon blog et je l’ai indiqué à DOM une blogueuse qui indique chaque jour sur son blog les anniversaires du jour. Mon adresse je l’ai communiquée aussi à de nombreux blogueurs  pour qu'ils puissent m’envoyer des cartes postales et je leur en envoie en échange. Je sais que c’est stupide mais je me sens si seule et cela me fait plaisir de recevoir de temps en temps du courrier car sinon personne ne m’écrit ou me téléphone. Je vis  seule sans famille, mes  parents sont  morts jeunes, ils étaient enfants uniques. Mes  grands-parents maternels  sont aussi décédés.  Je n’avais presque pas connu mes  grands-parents paternels  qui  avaient passé leur vie à voyager et avaient disparu de notre vie alors que j’étais très jeune.

En pensant à mes amis blogueurs, me vient une idée.  Je saisis mon appareil photo numérique et prends  une photo du bouquet. Je  regarde le résultat sur l’écran de l’appareil : Superbe. Je  scanne ensuite les cartes postales reçues et le dernier message  « je pense à toi chaque jour, je t’aime Emma, bon anniversaire ma chérie ».  Je m’assois sur mon fauteuil de bureau face à mon ordinateur portable, j’accède à  l’administration de mon  blog et j’écris ce nouvel article avec ce titre « QUI ? ». J’insère la photo du bouquet et les cartes reçues. Je rajoute en conclusion que pour vivre heureux il ne faut pas vivre caché et que je serais très heureuse qu'il se révèle à moi.  Je demande à  mes lecteurs d’indiquer en commentaires leurs idées pour le démasquer au cas fort probable  où il ne se ferait pas connaître .Je  clique sur « publier l’article ». Je modère les commentaires pour que mon admirateur ne puisse pas lire les moyens de le confondre et j’attends avec impatience.

 

Les premiers commentaires s’affichent :


Superbe bouquet. Bon anniversaire Emma. Aujourd’hui grand soleil ici. Merci pour ta fidélité  je passe en vitesse te souhaiter un très bon vendredi. A bientôt bises amicales. Pierre17


Encore un qui ne lit pas, qui ne fait que passer chaque jour, un zappeur du net. Et si c’était lui…. Je chasse cette idée, non ce n’est pas ainsi que je me l’imagine. Je serais déçue si c’était lui


La rose blanche témoigne d’un amour pur, profond, elle peut aussi exprimer « je vous aime en silence, en secret ».  La rose thé exprime le message « je me souviendrai toujours de toi »  ton admirateur te connaît peut-être, Je ne sais pas si cela t’aide beaucoup. Bisous Emma. Chuchotine


Son admirateur connaît-il le langage des fleurs, pas certain. Emma pense à ses amours passés et notamment à  guillaume qui était secret et romantique. Cela pourrait lui ressembler


Bon anniversaire, Tu en as de la chance d’avoir un admirateur Emma, je t’apprécie beaucoup mais je te jure ce n’est pas moi. Le Quéqué


Pourquoi le Quéqué se  justifie-t ’il  ? Seuls les coupables se justifient mais je suis presque certaine que  ce n’est pas lui cela ne lui ressemble pas, il est trop bavard. Même s’ils sont pour la plupart restés virtuels,  je commence à très bien les connaître mes amis blogueurs.


Ton intérieur te ressembles Emma, je comprends que cela puisse t’angoisser.  Pourquoi ne te postes tu pas devant le fleuriste le 9 octobre prochain et si tu vois un client rentrer, se diriger vers la caisse, payer et ressortir sans fleurs tu seras fixée. Bon anniversaire. Bisous des retraités qui aimeraient bien avoir 29 ans et encore des admirateurs. Monette


J’aime beaucoup Monette mais prendre un jour de congés pour faire le poireau devant chez le fleuriste toute une journée me rebute vraiment, on va se demander ce que je fais là, peut être appeler la police mais elle a raison Monette , c’est la seule solution. Je sors mon iPhone de ma poche pour regarder quand tombe le 9 octobre …. C’est un dimanche. Non seulement je n’aurais pas à prendre un jour de congé, le fleuriste n’est ouvert que le matin et l’admirateur va certainement venir de bonne heure pour que je puisse être livrée dans la matinée. J'aurais moins de temps à attendre


Un mois plus tard. Je me lève tôt pour un dimanche et je suis en faction devant le fleuriste dès 9 heures.


Un jeune homme brun hésite un peu avant de rentrer dans la boutique, se dirige directement vers la caisse et échange avec la fleuriste qui retire délicatement des roses rouges d’un vase qu’elle dispose délicatement dans du papier transparent. Hélas ce n’est pas mon admirateur, il doit avoir un rendez-vous galant. Heureuse élue. Beaucoup de bonheur à eux.


Plusieurs clients entrent et ressortent avec des fleurs de la boutique.

Un vieux couple main dans la main passe sur le trottoir, je les observe, cela m’émeut toujours de voir des vieux  qui s’aiment toujours avec une si  grande tendresse. La dame me regarde furtivement avant de rentrer dans la boutique. Ils se dirigent vers la caisse, échangent longuement avec la fleuriste.


Soudain mon regard est détourné par, un homme brun d’une quarantaine d’années qui  s’arrête devant  les fleurs de  l’étalage du fleuriste. Il rentre dans la boutique. C’est lui j’en suis certaine, une impulsion me pousse à le suivre et à pénétrer dans la boutique.


Une fois rentrée, il se dirige vers le vase de roses thés,  Les contemple en silence.  Je suis sous le charme, quel bloggeur se cache derrière ce bel  homme au regard si doux, je ne peux le dire…..


J’entends soudain la voix de la vendeuse demander au couple de vieux : "le même message comme d’habitude". La vieille dame répond "oui le même message, c’est pour notre petite fille que nous n’avons pas revu depuis longtemps". Cette voix ne m'est pas inconnue. Je détourne mon regard vers le couple, le vieux se tourne vers moi et dans ses yeux je retrouve ceux de mon père. Je regarde ensuite son épouse nos regards se croisent.

 

Des souvenirs enfouis remontent soudain : le regard de Mamie Simone me regardant avec tendresse, ses câlins, les cris de mon père et les larmes de Mamie et Papi un soir d’été quand nous sommes partis brutalement avec papa et maman.


Les larmes coulent sur mon visage, je prends une  rose thé dans le vase et la tends à cette femme en lui disant : c’est pour toi Mamie, c’est bien toi n’est-ce pas ? Nous nous regardons. Elle me prend dans ses bras et me serre fort en m’embrassant et en murmurant en pleurant : Oui c’est nous Mamie et Papi. Merci Emma.

 

Eglantine / Juin 2012

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Publié le 14 Mai 2012

Pour répondre au défi N° 81 de la communauté des croqueurs de mots lancé par Jeanne FADOSI

 

 

Très chère maman

 

Louis vide la maison de sa grand mère tant aimée qui vient de mourir avec beaucoup d’émotion. C’est fou ce que les vieilles personnes peuvent conserver comme objets et papiers inutiles. Il ouvre un grand et joli coffret en bois de merisier et en sort quelques papiers. Son regard est attiré par une gravure d’un journal de mode représentant un petit garçon sur un tapis de jeux.

 

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Une lettre accompagne cette gravure. Il reconnait l'écriture de sa mère, s'en saisit et se met à la lire à voie basse.....

 

 

 

Paris, le 24 juin 1870

 

Très chère Maman,

 

Je t’envoie la page du journal la mode illustré avec ton  petit Louis. Il a été très sage quand  il a fallu qu’il pose sans bouger sur le tapis avec cette jolie robe. Au début il jouait avec la poupée déposée sur le tapis de jeux, je l’en ai empêché. Quelle idée, Louis me surprendra toujours : un vrai garçon ne joue pas avec des poupées. Un vrai garçon ne pleure pas. Louis est très sensible et un rien le fait pleurer. Je me fâche quand il pleure et j’ai beau lui asséner qu’un homme ne pleure pas, il continue de plus belle rien que pour m’embêter.

Dans la malle du grenier, il se plait à sortir les robes de petites filles et à les porter. L’autre jour il m’a même demandé de lui mettre du rouge à lèvres. Tu te rends compte maman du rouge à lèvres ! Dans la rue avec ses cheveux blonds bouclés, son regard d’ange, on le prend pour une fille. Quand une passante le regarde et s’exclame  « oh la belle petite fille ! », j’ai tellement honte que je ne la contredis pas et je lui  réponds en la regardant dans les yeux  « N’est-ce pas qu'elle est belle ma petite louise ? ».

Que va-t-il devenir ?  je suis très inquiète. je n’avais pas besoin de cela. Maman tu sais que je souhaitais une fille pour oublier la mort de Louise, pour apaiser cette douleur insupportable, ce manque que je conserverai à jamais mais le mauvais sort a décidé que j’aurai un garçon et comme pour me narguer il lui a donné des instincts féminins. Ce ne pourra jamais être l’enfant de remplacement que j’avais rêvé. Qu’ai-je fait à Dieu pour mériter cela ?

Louis et son père Valentin, qui est en admiration devant son fils, me rendront folle.

Maman, tu devrais demander à papa d’écrire à Valentin ce que je n’arrête pas de lui dire qu’il doit élever son fils comme un homme, ne pas lui céder tous ses caprices, et être béat d’admiration devant sa beauté et sa douceur.

J’espère ma chère maman que tes rhumatismes ne te font pas trop souffrir et que tout va bien pour toi. Tu me manques beaucoup.


Je t’embrasse tendrement

Ta fille Lucie qui t’aime.

 

 

Louis repose en tremblant la feuille mouillée par ses larmes…..  Il la saisit à nouveau, la  jette dans le feu de la cheminée et la regarde se consumer lentement. il brûle dans l’âtre les autres courriers du coffret sans les lire.

 

Il vient de comprendre pourquoi sa mère ne l'aimait pas et pourquoi il n’était attiré que par les hommes. Inconsciemment il a toujours tout fait pour être la fille que sa maman souhaitait avoir pour être aimée d'elle.

 

Pour la première fois de sa vie il a pitié de sa mère et lui pardonne enfin : "Paix à ton âme maman" murmure t-il en larmes.

 

Il est désormais un homme, un vrai. Il ouvre le tiroir du haut de la commode, saisit une paire de ciseaux, referme le tiroir. Il se regarde dans la glace de l’armoire du grenier et commence à se couper les cheveux très courts.

 

Eglantine / Mai 2012

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Publié le 30 Avril 2012

Pour le  défi N° 80 : Mystério de la communauté les croqueurs de mots lancé par ENRIQUETA, voici ma modeste participation : une courte nouvelle :

 

 

Le blog en T

 

 

Il était une fois une étrange contrée ronde nommée blogosphère. Sur cette planète des millions de blogs vivaient. Certains étaient très actifs et travaillaient comme des fourmis. ils publiaient sans cesse sans se fatiguer pour un salaire de misère, avec comme seule récompense le plaisir de laisser une trace sur cette planète, que dis-je, des milliers de trace. Ils aimaient aussi communiquer avec  leurs semblables, leur montrer des milliers de photos ou les abreuver de mots.  Parfois ils mouraient épuisés et disparaissaient soudain laissant ceux qui les côtoyaient un peu orphelins

 

D’autres beaucoup plus cigales pendant ce temps vagabondaient et  chantaient tout l’été   se moquant des blogs fourmis, travaillant en dilettante. Ils avaient bien compris que  «  travailler plus pour gagner plus » n’était qu’un slogan électoral  inventé par ceux qui vivaient du travail des autres et leurs amis. 


Parmi ces blogs cigales se cachait un blog très timide, complexé manquant depuis sa naissance de confiance en lui. C’était la faute de son nom stupide « le blog en T ». Tous ses semblables étaient jolis, tout en rondeur. Lui avait la forme d’un « T ». Comment pouvait-il s’adapter à la rondeur de la blogosphère. Il était tout en angles mêmes pas aigus, même pas obtus, en angles droits, tout simplement droits comme un « T ».

 

 

Il était très sage , sage comme une image mais la métaphore n’était pas appropriée car il ne montrait aucune image, juste le cadre des photos et le vide à l’intérieur.

 

 

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II ne voulait pas ôter le long voile noir qui le dissimulait au regard des autres.  En bannière il avait un grillage fait de nombreux "T" de métal  à travers lequel il se plaisait à voir la stupéfaction de ses visiteurs, leur réprobation aussi devant cette burqa virtuelle.  Il n’était pas comme les autres et au fond de lui-même cela n’était pas pour lui déplaire, bien au contraire. Provoquer était sa tasse de thé, il se délectait de déranger ainsi.

 

Ses rares billets étaient écrits avec des caractères en noir sur fond noir si bien que l'on ne pouvait les lire, existaient-ils d’ailleurs ces billets ? Là encore chaque lecteur pouvait imaginer ce qui était écrit, l’écrire en commentaire mais curieusement, il n’y avait pas de commentaires. Comment commenter le vide, parfois juste des points de suspension ou d’interrogation.

 

Cela  rendait le blog en T un peu vivant mais ce qui le rendait le plus réel c’est que quand on l’ouvrait il était sonore. En effet on entendait des rires, des pleurs, des souffles, des « hou » « hou » et soudain une voie d'outre tombe s’écriait "je suis Mystério dit Belphégor le blog hanté".

 

Et si vous pensez que ce blog n'est que légende , ALLEZ VOIR ICI

 

n'hésitez pas à le faire vivre en y laissant vos commentaires

 

Eglantine / Avril 2012

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Publié le 6 Février 2012

J’avais à peine trois mois quand j’ai été adoptée par un couple Alphonse et Rose Bégum. C’est Alphonse qui a eu le coup de foudre quand il m’a vu. Peut être a-t-il été attiré par ma blancheur.  J’étais aussi blanche qu’il était noir. Il m’a pris, regardé sous toutes les coutures  caressée puis  m’a reposé délicatement, il a fait de même avec mes compagnes d’infortune puis est revenue vers moi, m’a pris une nouvelle fois. Son épouse à côté piaffait d’impatience devant ses hésitations, elle était si sûre d’elle si hautaine, Une "belle gueule" un peu "bégueule" la Bégum : « Elles se ressemblent toutes alors prends celle-ci et finissons en lui a-t-elle dit ». Je savais qu’elle se désintéresserait de moi et qu’ainsi elle me laisserait tranquille sans me faire subir de sévices. Il semblait être habité par le doute et cela me plaisait.

 

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Je pourrais ainsi vivre à ses côtés, l’observer, Je voulais le meilleur pour lui, l’aider à se débarrasser des ses mauvaises pensées ou idées. Il divaguait à longueur de journée. Il notait tout ce qui lui venait  à l’esprit dans des carnets à spirales et se réveillait même la nuit pour y noter quelques idées subites afin de les fixer avant qu’elles ne s’échappent ; Je compris qu’il était écrivain. Il passait des heures entières à écrire un nouveau livre autobiographique «Le jardin des doutes »  J’espérais secrètement qu’il y parlerait de moi. Parfois il me prenait, me tenait fermement par la main et me promenait dans les allées rectilignes de son jardin, ensemble nous cheminions rapidement dans un sens, puis revenions sur nos pas. C’était sa façon à lui de faire le vide dans son esprit, d’y voir plus clair pour magnifier son inspiration et pourvoir aussitôt se remettre  à écrire. J’avais usé combien du caoutchouc de mes semelles dans ces virées.  Je finis par me lasser de ces promenades rapides et très fréquentes où je n’avais même pas le temps de voir autour de moi mais n’était-ce pas ma destinée d’obéir à mon père d’adoption, de le suivre la où il me mènerait sans dire mot et me rebeller. Ma peau n’était plus aussi blanche, elle était devenue un peu grise, j’avais aussi mauvaise mine que celle du crayon de mon père Alphonse qui courait sur le papier infatigable mais qui  se rapetissait après chaque blessure de la lame du taille crayon.  Je m’étais tassée, j’étais devenue informe. Lui aussi s’était tassé, était devenu dépressif, alcoolique. Alphonse s’enfonce petit à petit depuis le suicide de Rose son épouse.

Un jour il  arriva avec un gros paquet en carton et en sortit un ordinateur portable aussi noir que lui. Soudain son écran s’alluma. Ses doigts effleurèrent les touches du clavier d’abord lentement, puis ils prirent de l’assurance. Il n’écrivait plus à la main mais ce qu’il écrivait défilait sur l’écran. Souvent il prenait la souris la déplaçait délicatement. Le texte qu’il venait d’écrire se noircissait et disparaissait. Je rêvais de me transformer en souris pour être au chaud au creux de sa main. Dans l’espace resté vierge de nouveaux mots apparaissaient sur son écran. Peu de temps  après  l’acquisition de son ordinateur, je le vis prendre son crayon qui était devenu tout petit et  le jeter au loin en visant la corbeille à papier que la femme de ménage n’avait pas remis à sa place.  Il n’eut aucun regard pour lui,  aucun regret, aucune reconnaissance pour le travail fourni.  Il était trop vieux,  trop usé « has been » out le crayon. Il en est des crayons comme des travailleurs dans les entreprises. Je savais que j’allais subir le même sort.. Après cette pensée je me dis que comme sa Rose,  j’avais vécu ce que vivent les gommes l’espace d’un matin. Il se tourna ensuite vers moi, m’attrapa et me lança en direction de la corbeille. J’aurais rejoins mon ami crayon si Boule le chat ne m’avait pas saisi au vol dans sa gueule et ramené à mon père son maître croyant à un jeu. Il me déposa dans le creux de sa main et mon père me relança avec beaucoup plus de force à l’autre bout de la pièce mais Boule n’arriva pas à m’attraper et ne voulant pas devenir la gomme de Boule, je disparus par la fenêtre ouverte en laissant à Boule la souris du PC.  Après avoir passé ma vie à effacer, je me suis effacée moi même.

Que suis-je devenue  réellement?  Répondez à ceux qui vous le demanderont « Mystère et boule de gomme » pour  ne pas gommer la part de rêve dans ce monde impitoyable ou tout finit par s’effacer.

 

 

J'ai écrit ce texte pour répondre au défi N° 74 des croqueurs de mots lancé par Enriqueta

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Rédigé par eglantine

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Publié le 13 Novembre 2011

Comme chaque matin, j’arrive devant la porte de l’immeuble de mon entreprise,  l’ascenseur est là et je vais monter vers mon bureau du 3ème étage.  

 

J’appuie machinalement sur le chiffre 3.  Les portes se referment.  Je suis seule dans la cabine, N’aimant pas trop les espaces clos,  une légère angoisse monte en moi.  Je crains que l’ascenseur s’arrête entre deux étages et l’idée de rester coincée dans cette boîte de fer est insupportable. Je regarde les chiffres défiler :  1, 2, 3 ;  Je me rapproche des portes coulissantes pensant qu’elles vont s’ouvrir. Elles ne s’ouvrent pas et  je sens que l’ascenseur continue à monter…. Je lève les yeux sur le panneau lumineux indiquant les étages, les chiffres continuent à défiler très vite 4, 5, 6 . Je me dis que peut être quelqu’un a appelé l’ascenseur, ce n’est pas grave, je redescendrai au 3ème avec lui.  

L’ascenseur a pris de la vitesse. Il va de plus en plus vite, trop vite : 7, 8, 9, 10. Angoisse totale l’immeuble n’a que 10 étages…. L’ascension vertigineuse continue  …La cabine est devenue transparente,  je suis maintenant dans le ciel de Paris que je vois en tout petit à mes pieds….  Curieusement  j’angoisse moins, je me sens libérée de la cage de fer,  mais il faut stopper cette ascension, je ne crois pas en Dieu.

Dans un bref éclair de clairvoyance,  je me dirige vers le clavier et j’appuie sur le RC espérant que l’ascenseur se mette à  descendre…. C’est ce qui  se produit. soudain la cabine s’obscurcit à nouveau et les chiffres réapparaissent sur le cadran :  8, 7, 6, 5. J’émets l’espoir soudain qu’il s’arrêtera  bien au 3ème  mais il continue sa descente inexorablement :  2, 1, RC, - 1, - 2..…. Vite appuyer, je ne veux absolument pas m’enfoncer dans les entrailles de la terre s’il dépassait le 3ème sous-sol.  J’appuie sur le 4, peut être que le 3 ne fonctionne pas  et je redescendrai à pieds par l’escalier….  L’ascenseur stoppe aussitôt sa descente et se remet à monter  doucement d’abord puis très vite il dépasse le 4ème, de nouveau le ciel et Paris à mes pieds.  Non ne pas monter plus haut. J’appuie sur RC de nouveau.

 

 

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L’ascenseur stoppe aussitôt son ascension vertigineuse et se met à redescendre à très grande vitesse, c’est certain je vais m’écraser au sol. Je transpire à grosses gouttes, ma vie défile très vite dans ma tête.

Soudain freinage violent de la cabine qui atteint le RC et s’arrête. Soulagement les portes vont s’ouvrir et je vais pouvoir sortir de ma prison. Les portes ne s’ouvrent pas. Je sonne pour appeler les services de maintenance. Pourquoi n’y ai-je pas pensé avant ? J’appuie sur la petite cloche et au même moment l’ascenseur repart mais il ne monte plus, il ne descend plus non plus. C’est étrange il se déplace au niveau du sol, il est parti sur la gauche et  emprunte le trottoir de la rue de Clichy. Les portes sont devenues transparentes, la circulation est intense à cette heure, je vois les voitures défiler, les bus, les « Vélib », la brasserie du casino de Paris où je déjeune le midi. Aucun passant  semble voir cette cabine motorisée….

La sonnette du téléphone retentit soudain dans ma boîte, ce doit être le service de maintenance. Je décroche le téléphone mais il continue curieusement à sonner….

 

Je me retrouve soudain dans mon lit le réveil sonne insistant et je prends conscience que j’ai encore fait ce stupide rêve de l’ascenseur que je fais très souvent mais nouveauté aujourd’hui, l’ascenseur s’est  déplacé horizontalement dans mon rêve…. Aurais- je enfin trouvé la sagesse qui vient dit-on avec l’âge ?

 

N.B. N'hésitez pas chers lecteurs à interpréter mon rêve en commentaires si le coeur vous en dit

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Rédigé par eglantine

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