vecu

Publié le 25 Juin 2009

L'entreprise où je travaille est une importante société française d'Ingénierie de travaux Publics (électricité, tuyauterie instrumentation) pour des constructions industrielles du type centrales nucléaires en France, plate formes pétrolières, sucreries, raffineries, métros. Elle est aussi sous-traitante du Centre spatial Guyanais.

 



Monsieur F..... à 36 ans est  Directeur des Chantiers français et internationaux. Il a la responsabilité de la préparation et du suivi des chantiers, de tout le personnel (900 personnes grands déplacés, locaux, intérimaires) et du parc matériel et outillage.


C'est une responsabilité importante qui lui donne beaucoup de travail mais il aime cela. C'est un drogué du travail.  Il est très souvent en déplacement dans le monde entier. Diplômé d'une grande école d'ingénieur, il a  commencé sa vie professionnelle  dans l'installation et la maintenance des lignes à haute, très haute tension d'EDF où il faut être disponible jour et nuit.

Il se plaît à dire et à répéter que   « le soleil ne se couche jamais sur nos chantiers.


Après avoir accepté d'être sa secrétaire particulière, je m'installe dans un bureau individuel qui communique avec le sien par une porte que je décide de laisser en permanence ouverte quand il n'a pas de visiteurs. Elle était du temps de Mademoiselle R....constamment fermée. Il ne m'en fait pas le reproche. Je pense qu'il apprécie de n'être plus coupé du reste du service. Chacun de ses collaborateurs peut maintenant en passant par mon bureau aller le voir. Quand ce n'est pas le moment, je leur fais un signe et ils comprennent parce que Monsieur F. a une humeur qui varie beaucoup d'un moment à l'autre, d'un jour à l'autre.


Mes journées sont très longues comme les siennes. Je passe quand il est là de longs moments à ses côtés. Il me dicte son courrier technique et me laisse rédiger beaucoup de courriers et de comptes-rendus.  Il me fait confiance,  j'apprécie vraiment et je m'investis à fond avec enthousiasme comme je sais le faire quand je suis motivée.


Le soir après des journées très chargées, nous nous plaisons à  discuter et échanger sur la vie, nos conjoints, nos enfants, nos loisirs. Il arrive au bureau tôt et part très tard. Souvent son épouse l'appelle le soir et c'est sur moi qu'elle tombe car je filtre tous ses appels.


Un soir elle me dit : Madame dites à Alain que les invités sont arrivés et que nous l'attendons. Il apparaît alors dans le cadre de la porte de communication, je luis dis que c'est son épouse. « Que veut elle me dit il sans prendre le téléphone », je luis dis « que vous rentriez chez vous car vos invités sont là » et sur ce il me répond « dites lui qu'ils prennent l'apéritif et qu'elle me serve un whisky avec des glaçons ».  J'éclate de rire et tout en essayant de garder mon sérieux je traduis à son épouse que cela ne fait pas rire du tout.


Mon Jeff vit très mal mes absences et nos relations s'en ressentent.  Je vis par le travail et pour le travail. Le peu de temps qui me reste le soir et tous les week-ends, je le consacre aux enfants. Je tiens à ce qu'ils ne pâtissent pas de mon peu de disponibilité.


En 1980 quand  la guerre Iran / Irak éclate, nous devons rapatrier notre personnel de la base vie d'un grand chantier en Irak qui a été bombardé. Je passe des soirées, des nuits à aller à Roissy chercher les personnels qui arrivent. Et là au milieu des journalistes nombreux qui les attendent micros à la main, je les récupère hébétés.  Les femmes et les enfants et les chiens de  rentrent sans les époux qui sont restés encore quelques jours pour organiser sur place les rapatriements ou plutôt la fuite.... Imaginez dans ma toute petite voiture toute la famille, les bagages et le molosse (j'ai peur des chiens !), je les véhicule à travers Paris et l'Ile de France pour les ramener qui à l'hôtel, qui chez eux. C'est important qu'un représentant de la Direction des chantiers soit la pour les accueillir et régler différents problèmes de logistique. Monsieur F..... pense qu'il vaut mieux que ce soit une femme qui y aille pour accueillir les épouses et les enfants. Jeff comprend très mal ces absences la nuit tard le soir ou très tôt le matin. Je ne sais pas si il me croit, pense-t'il que j'ai une liaison ?


J'accompagne parfois Monsieur F.... dans ses déplacements en France sur les chantiers de centrales nucléaires. Je me souviens d'un déplacement sur la centrale de Saint laurent des eaux. Invités par un viticulteur de Sancerre à un dîner de vendangeurs avec quelques salariés du chantier, nous mangeons, buvons avec modération (en ce qui me concerne) et chantons.


Un autre jour nous nous déplaçons à Rouen  pour rencontrer un inspecteur du travail afin d'obtenir l'autorisation de licenciement d'un délégué du personnel qui travaille sur la centrale de Paluel et qui a commis une faute sérieuse.

Après l'entretien nous l'invitons à déjeuner, il accepte et choisit lui-même un des grands restaurants de la ville. Après le déjeuner nous sortons et faisons une petite promenade dans le centre historique de la ville. Nous passons devant la belle cathédrale gothique. Monsieur F... qui a le réflexe sécurité s'aperçoit qu'il y a un chantier de ravalement de la façade de la cathédrale et que certains ouvriers travaillent en hauteur sans équipement de sécurité. Il le montre à l'inspecteur du travail qui lui répond qu'il s'en moque parce que ce n'est pas son secteur !!!! ».  Je suis outrée mais je ne dis mot. Il ne dit rien non plus et pourtant la sécurité des hommes sur les chantiers est pour lui ce qui prime avant tout.

Je me souviens d'un accident du travail mortel sur une centrale française. Un de nos intérimaires s'est fait électrocuter. Il a ouvert une armoire électrique consignée. L'écriteau était sur le devant de l'armoire, il a déboulonné l'arrière. Quand il appris ce tragique accident, Monsieur F...s'est senti coupable alors qu'il n'y était pour rien et j'ai vu des larmes couler sur son visage. Il était le patron des chantiers, il assumait les erreurs de ses hommes. J'aurais dû deviner me répétait il que même s'il y avait une porte, quelqu'un pouvait pénétrer par la fenêtre !!

 

J'organise les élections des délégués du personnel et du comité d'entreprise, vote uniquement par correspondance puisque tout notre personnel est sur chantier. Un jour je vais, escortée d'un représentant de chaque syndicat, relever la boîte postale à la poste de la ville. Le protocole d'accord qui fixe les conditions de l'élection stipule que la boîte postale sera relevée à 8 heures. à 8 heures moins cinq le receveur me dit que tout le courrier est arrivé et qu'il n'y a pas lieu d'attendre 8 heures. Je demande aux délégués présents leur accord pour prendre le courrier qu'ils me donnent facilement. Les élections ont lieu mais un syndicat mécontent de son résultat intente une action d'annulation des élections prétextant que la boîte postale a été relevée à 8heures moins cinq contrairement au protocole d'accord. Heureusement ils sont déboutés.


Je perds ma candeur en découvrant que tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes et qu'il faut se méfier de tous.


Une complicité, une amitié est née entre Monsieur F et moi. Elle n'est pas sans me poser de problèmes au sein du service avec les autres assistantes surtout et même avec certains collaborateurs de Monsieur F. d'anciens baroudeurs de chantiers qui imaginent des choses qui ne sont pas ce qui me peine beaucoup.


Monsieur F.  m'invite un jour avec mon époux dans sa maison de campagne dans l'Oise, une belle maison toute simple qui lui ressemble. Son épouse italienne à la forte personnalité est charmante et très drôle. Il a deux petites filles.

 

Nous les invitons plusieurs fois à la maison pour des soirées déguisées. Il arrive un jour déguisé en seigneur du désert. Je le trouve superbe ainsi. Il nous raconte qu'il a été obligé d'aller chercher l'essence dans cette tenue. J'imagine la surprise du caissier de la station service.

 

Il organise un samedi une visite de la centrale nucléaire de Paluel, j'y emmène des amis et voisins et nous passons une très agréable journée. Le midi nous allons tous manger ensemble sur le port de Saint Valéry en Caux .


 



 

Monsieur F.... me fait de plus en plus confiance et me confie des responsabilités croissantes. 


30 ans après, je suis encore très émue de raconter ici cette période qui restera parmi les plus belles pages de ma vie professionnelle.  je vais arrêter là aujourd'hui. Je reprendrai bientôt ce récit pour vous raconter la suite de cette aventure professionnelle et pourquoi après 10 ans à ses côtés, j'ai dû quitter Monsieur F.

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0

Publié le 22 Juin 2009

Je profite quelques temps de mon second congé de maternité ......  Je n'ai rien d'intéressant à raconter à Jeff le soir..... Mes journées sont  très chargées : changes et tétées , moments de tendresse, repas,  risettes, histoires, jeux, promenades avec le landeau .... courses, ménages. Je suis fatiguée et je m'ennuie et déprime.



Il faut que je retrouve rapidement une activité. Je n'ai pas envie de retourner au laboratoire, il y avait peu d'activités et j'ai besoin de m'investir dans le travail d'une manière active. J'envoie une série de lettres de candidatures spontanées à toutes les entreprises de ma ville.

Je suis convoquée par le responsable du recrutement d'une grosse société d'ingénierie travaux publics.
Je passe avec succès la sélection . il me me présente au Directeur des chantiers qui recherche une assistante dans son service. Il me prévient. "Vous savez  il est très exigeant mais juste et je crois que vous pouvez bien vous entendre avec" me dit-il ?

Cela fait déjà une heure que j'attends dans la salle d'attente et ce Monsieur ne s'est toujours pas montré et je sais qu'il est dans son bureau. Son assistante, une cinquantaine d'années avec un grand chignon, une vieille fille sans doute,  vient de temps en temps l'excuser ce qui ne m'empêche pas de m'énerver. J'ai horreur d'attendre je suis dans un état d'excitation "proche de l'Ohaïo". 

Au bout d'une heure un quart d'attente, Monsieur daigne se montrer. Il apparait dans l'encadrement de la porte de la salle d'attente, très grand, mince avec des yeux d'un bleu gris assorti à son costume. Quel charisme. Je reste ébahie et sans mot. Il me serre la main énergiquement en me souriant. 

Je m'assois timidement dans son bureau. Il s'excuse (tout de même) pour le retard et me dit qu'il ne va pas me retenir longtemps. Je fais confiance à Olivier me dit il s'il vous a sélectionnée, vous me convenez. J'aurai néanmoins une seule question, attention éliminatoire, à vous poser "Vous avez deux jeunes enfants, sont-ils en bonne santé ?"

Je réponds que pour le moment oui et que ma mère me les garde à domicile. Son visage s'illumine et il me dit "alors ce sera tout pour moi, vous commencez lundi". Il me sert chaleureusement la main et nous nous quittons.

Je pense que j'aurais du dire que mes enfants étaient malades car travailler avec un individu qui vous fait attendre plus d'une heure pour vous garder 3 minutes juste pour savoir si vous ne serez pas trop absente cela s'annonce difficile. Pourtant je suis très heureuse, une sorte d'intuition positive. Ce type m'a plu. Je sens qu'un courant de sympathie et de confiance est passé entre nous. Peut être est ce aussi parce qu'il m'en impose et c'est ce que j'attends, je crois, d'un patron et peut être des hommes aussi.

Monsieur F. gère les ressources humaines , le matériel et les moyens des chantiers. Mon travail consiste à passer de longs moment de la journée dans son bureau et prendre en sténo sous sa dictée puis de retranscrire tout cela et de le saisir sur une machine IBM à boule.  Il faut ensuite classer les pelures des courriers. Cela m'amuse un peu au début. car Monsieur F. a beaucoup d'humour et son contact est agréable. Mon travail semble tout à fait lui convenir mais vite l'ennui me gagne.

Pour échanger avec Monsieur F. , je dois à chaque fois passer par son assistante,  Melle R...   un vrai cerbère qui défend le bureau de son patron en faisant une vraie forteresse.

Les deux autres assistantes du service ne sont pas très sympathiques et semblent me snober. Je ne suis pas extravertie et cette froideur affichée me freine dans mes élans pour échanger avec elles.

Monsieur F. est très exigeant. Un jour il me redonne mon parapheur plein de courriers et comptes-rendus tapés en écrivant sur une note "il y aune faute dans ce parapheur, trouvez la......". Je passe une heure à chercher et enfin je trouve.... Je n'apprécie pas et pour montrer mon mécontentement "je lui rends le parpapheur" en écrivant sur une note "bon sang mais c'est bien sûr.... j'ai trouvé et corrigé". Dans la même journée, il me croise dans le couloir et me dit en riant de bon coeur : "je ne savais pas que vous étiez bourelienne".

Un jour j'arrive en retard je ne sais plus pour quelle raison (je ne suis presque jamais en retard), il m'appelle dans son bureau et me dit : "l'immeuble est trop grand, vous n'avez pas trouvé le bureau ce matin", je lui répond imperturbable que c'est l'immeuble que je n'ai pas trouvé.... Il sourit car il faut savoir que l'immeuble est juste en face de ma maison et il le sait. Je prends conscience à ce moment là que ces joutes sont comme un jeu dont nous ne pouvons nous passer tous les deux.

Je tiens un an et même si j'aime les contacts avec Monsieur F..., ce travail sans réellement de dossier à gérer en toute autonomie m'ennuie vraiment et ayant trouvé un autre emploi ailleurs, je décide de démissionner. Je lui remets ma lettre à la suite d'une séance de dictées de courriers. Il semble surpris mais ne dit mot. Je lui dis que j'ai trouvé un autre poste plus intéressant et mieux payé et que j'aimerais pouvoir être dispensée d'une semaine de mon préavis.

Il me dit qu'il me donnera sa réponse ultérieurement. Un vendredi soir, il m'appelle dans son bureau, je pense que c'est pour me donner sa réponse

Il me regarde et me dit, Je voulais vous promouvoir et votre démission me gêne vraiment. je voudrais que vous restiez et que vous retiriez votre démission. 

Je lui réponds qu'il n'a pas vraiment compris, je lui répète que ce travail m'ennuie, que j'ai trouvé mieux et que je vais partir et que j'aimerais savoir quand je pourrai le faire.

"Vous ne m'avez pas bien écouté me répond-t-il, je vous change de poste, Melle R.... Vient d'être mutée dans un autre service et je vous demande de la remplacer. Si vous acceptez bien entendu, je revois aussi votre salaire à la hausse".

Je suis médusée.... Je m'attendais à tout sauf à cela. Melle R... est à ce poste depuis de nombreuses années, c'est un pivot du service, incontournable et elle me semble d'une efficacité remarquable.

Je lui fais part de mon étonnement, le remercie pour sa confiance et lui demande de pouvoir réfléchir pendant le week-end car ce poste bien sûr m'intéresse mais cela m'ennuie de revenir sur ma démission.
"il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis" conclue-t-il, j'attends votre réponse lundi matin". Il ajoute que lui même il y a quelques temps est revenu sur sa démission.

Imaginez, mon week-end, je réfléchis, j'en parle avec Jeff..... D'un côté c'est une belle promotion qu'on ne peut refuser sans réfléchir, d'un autre côté que vont penser de moi Melle R.... et les autres collègues du Service. Je n'ai rien fait pour.  Je ne comprends pas pourquoi il éjecte son assistante pour me mettre à sa place. De plus ce nouveau poste va me demander un investissement important à la jeune maman que je suis et je ne veux pas que mes petits bouts en pâtissent. Néanmoins, avec l'accord de Jeff,  je décide d'accepter.

Le lundi il m'appelle dans son bureau et je lui dis qu'après avoir beaucoup réfléchi, j'accepte et que j'espère pouvoir faire aussi bien que Melle R..... pour être digne de la confiance qu'il me témoigne ainsi.

Sur ce il me répond dans un éclat de rire "ah non surtout pas n'essayez pas de faire comme Mademoiselle R..... sinon on est bien mal partis, faites comme vous le sentez ce sera parfait"....


A suivre.....

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0

Publié le 19 Juin 2009

J'ai été taguée d'abord par Alrisha , puis par Lilounette qui m'ont demandé de m'exprimer sur le tag maquillage, j'ai longtemps hésité et puisqu'elles étaient deux à me le demander et que je ne voudrais pas les décevoir, je me suis fais violence pour écrire les quelques lignes qui suivent :


Je suis fascinée par les phares qui éblouissent ni pour séduire, ni pour tromper mais pour guider dans la nuit les marins vers les ports.  J'aime  grimper à leur sommet le jour pour admirer les coquilles de noix aux voiles colorées qui dansent et se grisent sur l'océan d'écume. Je me souviens du goût incomparable des fars bretons que me confectionnait avec amour ma grand-mère. Cela pourrait paraître superficiel d'aimer manger, mais la cuisine est un partage et on la fait avec amour pour donner du plaisir à ceux qu'on aime.


Pour ne pas faire mentir le proverbe : "jamais deux sans trois" et parce que la nature m'a donné un sexe féminin, il faudrait que j'aime les fards pour séduire. Il conviendrait que je m'en couvre le visage pour cacher mes tâches de rousseurs qui brunissent avec les ans et les sillons qui commencent à se creuser.


Je déteste les fards, tous les fards cosmétiques, vestimentaires (lingerie sexy, hauts talons, mini jupes, dentelles et frous frous...)  fausses attitudes qui cachent la réalité ou ont pour but d'attirer,  on me prend comme je suis tous les jours où on ne me prend pas.

 

 



Je suis une adepte du naturel, ne rien cacher tout dévoiler. Je n'utilise pas de fards, juste une crème teintée de jour d'une grande marque couleur pêche (très onéreuse) qui colore légèrement mon teint tout en conservant son naturel. Je ne vous en dirai pas la marque, je ne suis pas ici pour faire de la publicité gratuite à l'industrie cosmétique et cela ne vous apporterait rien de plus cher lecteur. Je mets juste un peu de mascara noir pour épaissir un peu mes cils très fins et secs et les nourrir. Important il doit résister à l'eau car un rien m'émeut et j'ai souvent les larmes aux yeux.


J'aime que mes interlocuteurs professionnels et notamment les hommes soient parfumés, je suis très sensible aux odeurs, elles font souvent resurgir des souvenirs anciens très affectifs enfouis au fond de moi-même. Mon odeur préférée la lavande car je me souviens des étreintes de ma grand-mère, j'enfouissais mon  visage dans son cou pour sentir son eau de lavande.

 



Le parfum trahit la personnalité de celui qui le porte. J'en porte chaque jour, toujours le même : l'Air du temps de Nina Ricci. C'est un parfum floral, naturel , très féminin et c'est pour cela que je l'aime car il exhale ce qu'il y a de féminin au plus profond de moi sous des apparences qui sont plus masculines.

 

 

Je n'aime pas la presse féminine souvent superficielle. Je la parcoure rapidement chez le coiffeur quand j'ai oublié d'emporter un livre pour passer le temps pendant la pose de ma couleur. Cela m'évite d'entendre les échanges sans intérêt des coiffeuses et des clientes qui papotent pour passer le temps sur la pluie, le  beau temps, leurs enfants, leurs hommes, l'actualité, les amours du show biz....  


J'ai toujours choisi mes coiffeurs et coiffeuses sur le critère de l'intérêt de leur conversation. J'ai beaucoup de chance actuellement, ma coiffeuse est une artiste qui peint, s'intéresse à la littérature, à la poésie et, cerise sur le gâteau, même si ses brushing sont un peu plats, elle me coupe très bien les cheveux.


J'aime les femmes.  Je les  adore, les admire pour leur intelligence, leur sensibilité et je me fiche de leur physique. Parmi mes préférées des militantes : Louise Michel, Simone de Beauvoir, Françoise Dolto, Simone Veil,


Je n'envie le look de personne mais j'aime le naturel et la fraîcheur de Marlène Jobert ou de  Jane Birkin.


Pour qui ou pour quoi pourrais-je me damner. Rien ni personne au monde ne justifie que je perde mon âme.


La féminité c'est l'intelligence du cœur, l'intuition, cette sensibilité à fleur de peau qui ose s'exprimer et déborder. Les hommes sont aussi affectifs que les femmes mais ils mettent un point d'honneur à contenir leur émotions à ne rien laisser paraître. Leur éducation leur a appris à ne pas montrer. Les mères de ma génération, même les plus féministes, quand leur fils tombait dans la rue disaient souvent « pleures pas tu es un homme mon fils » et consolaient leur petite fille dans la même situation. La féminité il paraît que c'est aussi la séduction et c'est cet aspect la que je rejette et que je refuse.


Je ne cherche pas à être une femme, je cherche tout simplement à être moi-même avec tout ce qui est féminin et masculin en moi et c'est très  difficile de concilier les deux.

 

Voila chères Alrisha et Lilounette, j'ai répondu à votre tag. Le jeu veut que je désigne d'autres blogueuses pour le réaliser.... J'aimerai lire sur ce sujet Annick, Arielle, Clementine, Enriqueta .......et toutes celles qui souhaiteraient s'exprimer

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0

Publié le 11 Juin 2009

Je souhaite travailler dans ma ville et j' adresse une candidature spontanée aux entreprises Rueilloises et notamment aux laboratoires pharmaceutiques car ce secteur d'activité me plait et j'y ai maintenant une expérience.


Je suis reçue par la Responsable du personnel du laboratoire C.... J'arrive à la convaincre de mes compétences et motivations. Elle me présente aussitôt au Docteur J...., Responsable du recrutement et de  la formation des visiteurs médicaux qui recherche son assistante.

 


Je me souviens de ce premier contact, ce Monsieur a beaucoup de classe malgré sa petite taille et sa minceur.  Il est vêtu d'un costume gris foncé, d'une chemise blanche orné d'un nœud papillon bordeaux discret.  Je suis impressionnée mais un sourire chaleureux vient par moment réchauffer un visage un peu froid.


Après lui avoir parlé de mon expérience professionnelle, il me demande quelles sont mes passions extra-professionnelles. A vrai dire, je n'en ai pas réellement à l'époque mais j'ai toujours beaucoup aimé la peinture.  Je lui réponds que j'aime la lecture et que si je ne sais ni dessiner, ni  peindre, j'aime beaucoup regarder les peintures dans les revues, ou les musées. Impulsivement je lui avoue aimer Bernard BUFFET.  Je le regrette aussitôt en pensant immédiatement que cette peinture moderne ne pouvait pas plaire à ce monsieur d'apparence très classique. Il semble d'ailleurs très étonné et me demande « pourquoi l'aimez vous, pouvez-vous me parler de ses tableaux » ?

 


Sur tous les murs de notre petite maison nous avions des reproductions de Bernard BUFFET. J'ai toujours aimé sans jamais  chercher à comprendre pourquoi.  L'amour s'explique t'il ?


Je me surprends à lui répondre que Buffet peint la vie comme elle est vraiment structurée, et  à la foie gaie, colorée et parfois bien sombre. J'ajoute que BUFFET a peint tout ce que j'aimais La Rochelle, les chouettes, les fleurs et je deviens intarissable, je lui explique pourquoi j'aime la Rochelle, les chouettes, les fleurs. 

 

 

 


Il me laisse terminer et me dit que Bernard BUFFET est son peintre préféré et que j'ai très bien su en parler avec beaucoup de naturel.  Nous avons des points communs me dit-il et c'est important pour travailler ensemble, quand pouvez-vous débuter ? Je lui réponds dès demain. . Il décroche son téléphone, appelle la responsable du recrutement et lui dit qu'elle peut annuler tous ses autres rendez-vous car il m'a chosie et que je vais passer la voir à nouveau pour les formalités d'embauche".


Le docteur J.... est un homme charmant, je prends beaucoup de plaisir à travailler pour  lui, à taper ses cours de médecine pour les visiteurs médicaux, il m'explique tout avant de me les donner.

Je fais passer ses « quizz » de recrutement que je corrige. Je prépare ses stages de formation initiale et de post formation. J'apprends beaucoup  en rhumatologie et psychiatrie (deux spécialités du laboratoire).


A cause des salles de formation, nous sommes dans un autre bâtiment que le reste de l'entreprise et bien isolés. Entre deux sessions de formation et de recrutement, il n'y a pas grand-chose à faire. Quand il n'est pas là je m'ennuie toute seule mais quand il est présent nous parlons peinture. Sa femme est critique d'art. Il m'offre quelques belles lithographies.


Nous parlons aussi littérature, il aime beaucoup Paul Bourget qu'il me fait découvrir. Je lis « le disciple » qu'il me prête et qui montre comment un jeune homme peut par admiration pour un écrivain se laisser influencer par ses écrits et arriver à tuer. Tous ceux qui sont en position d'influence (artistes, cinéastes, enseignants, prêtres, coach...) devraient lire ce livre qui restera un de mes meilleurs souvenirs de lecture. Paul Bourget est considéré comme un écrivain moraliste, attaché à la tradition et réactionnaire et c'est peut être pour  cette réputation qu'il est assez méconnu.


Le Docteur J.... est un esthète il aime tout ce qui est beau artistiquement et moralement parlant mais cela ne l'empêche pas d'avoir une grande tolérance.


Il me raconte ses souvenirs de gynécologue. Il a exercé à ses débuts dans le 18ème et avait une clientèle constituée de beaucoup de prostituées. C'était difficile pour un jeune médecin sensible de voir la misère sexuelle au quotidien. J'aime l'écouter raconter ses souvenirs de médecin car il le fait avec beaucoup de sincérité sans me cacher les détails sordides.


Cette période de ma vie professionnelle reste un très bon souvenir. Elle correspond aussi à une des plus belles périodes de ma vie personnelle : la naissance de nos deux enfants, Laurence en 1976 et Grégorie en 1977.


A la naissance de Grégorie, je prends un congé parental et après quatre ans passé au côté du Docteur J.., je le quitte à regret. Je souhaite m'arrêter au moins un an et je tiens quatre mois sans travailler. Je déprime seule à la maison toute la journée avec mes deux petits trésors. J'ai besoin de m'investir intellectuellement et activement et je culpabilise de laisser mes petits bouts.


Je me dis que des docteurs J.... je n'en retrouverai jamais mais c'était sans savoir que  j'allais rapidement connaître la période de ma vie professionnelle la plus marquante....

 

A suivre.....

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0

Publié le 5 Juin 2009

Peu de temps après avoir quitté l'entreprise de transport, je réponds à une annonce d'un laboratoire pharmaceutique cherchant une secrétaire pour un de ses directeurs régionaux. Contribuer par mon travail à fournir des médicaments aux malades me rapproche un peu d'un rêve d'enfant celui de devenir Médecin ou infirmière que je n'ai pu réaliser.




Ie me présente très motivée et je suis retenue par le Directeur du Personnel du Siège Social, puis par mon futur patron Monsieur Olivier Masson.


La Direction Régionale est dans un très beau quartier de Paris au Carrefour de l'Odéon, rue de l'ancienne comédie. Nous sommes en rez-de-chaussée. Les locaux sont luxueux et modernes. Je suis dans le même bureau que Monsieur Masson. Il y a deux autres directeurs régionaux et leurs secrétaires ainsi qu'une hôtesse standardiste.


Au début c'ést parfait, j'ai un travail intéressant. Je fais l'interface entre mon patron et son équipe de visiteurs médicaux qui sont bien sympathiques. Je participe aux réunions mensuelles et j'en fais le compte rendu. Je trouve néanmoins Monsieur MASSON particulier., un rien étrange.


A 45 ans environ, de taille moyenne, il est toujours vêtu d'un costume gris clair, d'une chemise blanche et de cravates très sobres.. Il parle peu et est en permanence nerveux et angoissé. Les deux autres directeurs ne le fréquentent presque pas et le critiquent beaucoup, il est très seul mais il s'isole lui-même. Il ne parle jamais de lui et de sa famille.


Perfectionniste, il est très exigeant sur la qualité du travail mais cela ne me gêne pas car je suis très rigoureuse à l'époque. Ce n'est plus le cas aujourd'hui où  ma créativité prend le dessus sur la précision.


Tous les midis il déjeune seul au très beau et ancien restaurant « le Procope » qui est juste en face du bureau.

 

L'intérieur du Procope / Photo flickr


Je le trouve de plus en plus bizarre, déphasé mais à cette époque je ne cherche pas encore à analyser les comportements comme je le fais aujourd'hui. Il ne fait confiance à personne. Il part souvent pour aller contrôler, on pourrait dire espionner, ses visiteurs-médicaux sur le terrain.


Quand il est absent du bureau une journée, le lendemain il me demande de lui décrire par le menu tout ce que j'ai fait la veille. Un jour je lui dis qu'un autre directeur régional m'a demandé de lui taper un document et que je l'ai fait. Il se met en colère subitement et va trouver ce directeur dans son bureau en lui criant « je t'interdis de donner du travail à ma secrétaire ». Il s'en suit une dispute virulente entre les deux hommes.


Aujourd'hui, avec mes quinze ans de relations interpersonnelles en face à face avec des femmes et des hommes de tous âges et de tous niveaux, je dirai que Monsieur MASSON était un maniaco-dépressif parfois même obsessionnel.


Pendant plusieurs mois, je supporte sa méfiance permanente, son manque de confiance, ses colères pour des broutilles. 


Un jour je lui reproche de ne pas me faire confiance .... Il se met très en colère me prend par les épaules et me secoue en criant « je suis gentil, je suis gentil ».  Ce n'est plus supportable.


La violence entraîne la violence. Un autre jour face à une autre de ses crises, j'attrape sur mon bureau impulsivement le premier objet que j'ai sous la main : un rouleau d'adhésif et je le lance dans sa direction. Je crois que je vais être licenciée et bien non, cela curieusement l'a calmé.


Un vendredi matin, je suis malade, des vomissements. Je ne vais pas travailler. Je le préviens par téléphone. Il ne me croit pas et se met en colère. Le lendemain samedi c'ést la réunion mensuelle de la Direction Régionale au siège de l'entreprise au sud de Paris.


Je vais un peu mieux alors j'y vais car je dois prendre des notes en sténo et faire ensuite le compte-rendu. J'arrive dans la salle, il ne répond pas à mon bonjour. Il attend que tous ses visiteurs médicaux soient présents et il me renvoie à domicile en me disant qu'il n'a pas besoin de moi aujourd'hui et que c'était hier que je lui ai fait défaut. Je crie que je vais  retourner chez moi et que je ne reviendrai plus jamais parce que je vais dès lundi démissionner.


Le lundi matin, je me rends au siège voir le chef du personnel et je lui remets ma démission. Je lui demande de me dispenser de mon préavis car je ne peux plus supporter mon Directeur et que cela pourrait se finir mal. Il m'écoute puis me propose un poste de secrétaire au Siège  me disant que les deux autres directeurs régionaux lui ont dit beaucoup de bien de moi et que j'ai battu un record. Monsieur MASSON a  eu plusieurs secrétaires successivement qui ne sont restées que très peu de temps. Je suis la seule à avoir tenu un an ce qu'il a l'air de prendre pour une performance !


Je le remercie chaleureusement pour sa confiance et cette proposition que je décline,  le 13ème arrondissement est trop loin de chez moi et j'ai envie de me rapprocher de mon domicile.


Je me mets de nouveau à rechercher un emploi mais je suis très déçue de mes débuts professionnels et de mon métier qui a consisté à supporter des comportements anormaux de mes patrons.


Vais je enfin le trouver ce patron qui me ferait confiance et avec qui j'aurais des relations agréables ?


A suivre......

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0

Publié le 29 Mai 2009

En commentaires de mon billet « un amour de CB » vous avez été nombreux à me demander de continuer à raconter ma vie. Je suis contente que vous ayez aimé. Je vais donc continuer aujourd'hui avec d'autant plus de plaisir que je n'ai pas trop envie en ce moment d'écrire des poèmes. Je vais vous la raconter par épisodes pas forcément dans le bon ordre. Peut être un jour, quand je serai à la retraite je rassemblerai le tout pour en faire un récit.


Je vais commencer par vous parler des « hommes de ma vie » et oui j'en ai eu plusieurs et il y a de quoi en faire un roman. Les hommes de ma vie ce sont mes patrons.

 


 



J'ai arrêté l'école très tôt au B.E.P.C. pour des raisons que je vous raconterai peut être un jour si j'en ai le courage. J'avais un désir fou d'autonomie mais pour cela je devais avoir un métier.  Alors j'ai opté pour un BEP de sténodactylographe en 2 ans dans un collège d'Asnières. Je l'ai eu facilement sans effort et j'ai pu ainsi me mettre à rechercher du travail.


A l'époque on en trouvait facilement et je suis rentrée très vite au Service du Personnel dans une grande entreprise de transports routiers et rail qui existe toujours. Le Chef du personnel avait une cinquantaine d'années, il était gros et rougeaud. Il n'avait rien d'attirant. Je détestais son regard malsain déshabilleur qui me mettait mal à l'aise.


Un jour je suis venue travailler en pantalon. Je l'ai croisé dans le couloir, il m'a toisé et m'a dit : « Il est interdit aux femmes de venir travailler en pantalon ». Très surprise par cette remarque, je lui ai demandé pourquoi. Il m'a tout simplement répondu « parce que j'aime voir les jambes de mes secrétaires».


Il avait une secrétaire en chef un peu plus jeune, Melle Delorme, à qui il déléguait tout. Je me souviens encore de son nom que j'ai changé ici. C'était une vieille fille grande et mince avec un regard d'une grande douceur.  C'était elle réellement qui dirigeait le service. Je l'aimais bien et je pense que c'était réciproque. Mes collègues de travail beaucoup plus âgées que moi disaient d'elles que seul le train sur le quai de chargement ne lui était pas passé dessus.



 

Je les trouvais méchantes et jalouses. Je découvrais la vie d'entreprise avec toutes ses vicissitudes et aussi la vie ouvrière difficile. Melle Delorme m'avait associée à son travail. Je recevais les candidats qui postulaient pour des postes de manutentionnaire pour les embaucher, en grande majorité des travailleurs immigrés qui pour beaucoup ne savaient pas lire. Je devais vérifier qu'ils savaient lire et leur montrer une carte de France en leur demandant de me situer Paris, Lyon , Marseille....Important pour le chargement des camions de savoir lire et d'avoir une idée des destinations.   J'étais aussi parfois chargée de donner des acomptes aux salariés qui n'avaient plus assez d'argent pour finir le mois. Je les écoutais raconter leurs difficultés. Très émotive parfois j'avais les larmes aux yeux mais je me retenais. Une fois un monsieur est venu, il pleurait, il m'a dit qu'il venait de perdre son enfant. J'ai cru à sa douleur et peu de temps après la police nous a informés  qu'il avait été arrêté parce que cet enfant était mort de malnutritions et mauvais traitements.

Ce n'était pas moi qui décidais de donner ou de ne pas donner les acomptes, c'était le chef du personnel qui transmettait sa réponse à Melle Delorme qui me la transmettait et j'étais chargée de communiquer la réponse  au salarié.  Il m'était très difficile de dire non...

J'ai eu des représailles. Je venais travailler en mobylette, une jolie « caddie » bleue turquoise et un soir quand je l'ai reprise elle avait été en partie démontée.

J'ai démissionné aussitôt et j'ai retrouvé un travail rapidement.

A suivre......

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0

Publié le 24 Mai 2009

Aujourd'hui, nous avons les blogs, les forums pour communiquer avec le monde entier mais comment faisions nous il y a quarante ans sans Internet ? Il n'y avait rien me diriez-vous, détrompez-vous !

Il y avait la radio et notamment ce que l'on appelait la Citizen-band, en abrégé la C.B. qui se prononce en anglais cibi. Avant d'être une blogueuse, j'ai été il y a longtemps une cibiste.

Cette envie de communiquer avec des gens que je ne connaissais pas venant du monde entier est ancrée en moi depuis toujours, comme l'est paradoxalement ma très grande réserve dans la relation. Est-ce un moyen de communiquer sans se mettre en danger ? Ou au contraire, se forcer à tout prix à communiquer ? Je cherche encore la réponse.

 J'ai décidé de vous raconter, amis blogueurs, mon expérience cibiste qui a vraiment marqué et construit ma vie.

Mon père avait acheté un talkie-walkie (pour les connaisseurs un Tokaï 500). C'était un gros talkie-walkie assez puisant qui avait une bonne portée. Il s'était vite lassé de son jouet que j'avais récupéré.

Mes débuts de cibiste on été discrets. Le soir après le collège et le week-end, je tournais le gros bouton et j'écoutais les cibistes échanger entre eux.. La plupart étaient des hommes d'un certain âge (OM : old man veut dire homme dans le langage cibiste pas forcément vieux) qui tenaient des discours très techniques auxquels je ne comprenais rien. Chaque cibiste à un pseudonyme. J'avais choisi Barbara. J'étais dans ma pleine période Prévert : « Rappelle-toi Barbara, il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là ». C'était un peu stupide quand j'y pense, Barbara cela fait quelque peu séductrice et cela ne me ressemblait pas du tout.

Un jour, enfin, j'ai osé sortir de l'ombre, presser le bouton et prononcer quelques mots du bout des lèvres avec ma voix d'adolescente mal assurée « Appel général, appel général de Barbara ». Il y avait très peu, à l'époque, de femmes cibistes (YL : young lady qui se traduit par jeune femme). Imaginez, Chers Lecteurs, l'effet que cela a pu avoir chez ces « OM » un peu machos, il faut l'avouer.

Candide comme je l'étais à l'époque, j'ai été très surprise du résultat et très ennuyée. Tout le monde souhaitait parler avec Barbara et je n'avais rien à leur dire.

De plus, je ne comprenais pas la moitié de ce que l'on me disait en langage cibiste « quel est ton QRA, quel est ton QRA me répétait t'on ». Certains de ces messieurs, plus futés que les autres, ont bien compris que je ne connaissais pas du tout le vocabulaire et que j'étais arrivé sur le canal 27 par le plus grand des hasards. S'ils voulaient m'entendre à nouveau, ils fallait qu'ils traduisent.  QRA signifie domicile (ville). Mais pourquoi voulaient-ils tous savoir où j'habitais. Je leur ai répondu que j'habitais Rueil-Malmaison. Heureusement pour ma tranquillité, ce n'était pas un village où je ne serais pas restée très longtemps anonyme  !

Devant leur empressement et leur afflux de questions, je me suis très rapidement mise en  QRT  (On cesse d'émettre... Temporairement).

Et puis j'ai repris, et j'ai noué des contacts privilégiés avec certains cibistes qui habitaient dans la région. La portée de mon Tokaï 500 n'était pas très grande, certains avaient connu mon père lors de son passage éclair sur la fréquence. Il y avait pratiquement que des vieux cibistes, peu de jeunes. Je venais souvent échanger avec eux pour  lutter contre l'ennui et la solitude qui me rongeaient.

Il y avait bien un jeune que j'entendais souvent, ce n'était pas réellement un cibiste. Tout le monde pensait que c'était un radio-amateur, un pro. En fait, c'était un petit génie de la technique,  qui conversait avec le monde entier . Il m'énervait passablement. Lorsqu'il parlait, sa puissance était telle qu'il couvrait tous les autres. On ne pouvait plus échanger. On aurait dit qu'il prenait un malin plaisir à  montrer à tous qu'il était en communication avec des radios amateurs du monde entier.

Cela m'agaçait, mais  m'intriguait à la fois... Je me faisais un plaisir de l'écouter, sa voix était plaisante. Il me snobait vraiment ce qui n'était pas pour me déplaire bien au contraire.

Son pseudo ou plutôt ses pseudos : « Juliet Mike » pour les échanges internationaux et « Titus » pour les cibistes avoisinants. Ce nom d'empereur romain disait tout et son contraire : titan (géant) ou titi (petit), me plaisait bien. Il entretenait le mystère et j'ai toujours aimé les paradoxes.

Mais j'apprécien bien aussi « Juliet Mike » pour 

  • Le côté « made in USA » de ce double prénom
  • l'aspect féminin et romantique de Juliet qui me faisait penser à Roméo et Juliette 

Et si ce Juliet  devenait mon Roméo.

Barbara, décidément ne me plaisait plus, cela n'allait pas dans le contexte et Dutronc remplaça Prévert dans mon cœur : « Le monde entier est un cactus ». Du jour au lendemain, Barbara devint « cactus » ..... Cela rimait bien avec Titus et c'était comme un avertissement : « N'approche pas, qui s'y frotte s'y pique ».

Savais-je à cette époque, consciemment ou inconsciemment, que le danger attire les jeunes audacieux ? Cela eut son effet sur le 27 méga et sa Majesté de la C.B., Titus 1er, voulut connaître cette jeune Barbara (J'avais dix-sept ans.) qui de jeune fille extravertie légère, séductrice comme pouvait le laisser penser son prénom, sortait soudain tous ses piquants. Il y avait dans cette mutation matière à en émoustiller plus d'un.

La rencontre eut lieu dans une brasserie près de la gare de Rueil-Malmaison, une belle journée de printemps. Je m'en souviendrai toute ma vie, je portais une robe short légère et fleurie choisie pour l'occasion.

Titus apparut alors et, immédiatement, je fus séduite par ses cheveux longs auburn, son regard appuyé intelligent et doux.

Je compris tout de suite qu'il n'était pas déçu par la jeune fille brune aux cheveux longs qui n'était pas du tout à son aise dans cette rencontre improvisée.

Mon côté militant (toujours défendre les plus faibles) que j'ai toujours gardé prit le dessus. Je lui fis part de mes revendications lui faisant le reproche d'émettre quand je parlais avec les autres et de nous couvrir.

Il s'excusa en souriant (quel sourire) et me proposa de venir émettre chez lui ou plutôt chez ses parents ce qui me permettrait d'échanger et de dépasser les limites de Rueil-Malmaison et d'échanger sans frontière.

Je revis Jean-François (son vrai prénom dans la vie) souvent chez lui.

Je l'ai aussitôt appelé Jeff certainement pour conserver ce côté U.S. qui me plaisait dans son indicatif radio (aujourd'hui on dirait pseudo).

J'étais impressionnée par le matériel qu'il avait dans sa cave et par cette antenne géante motorisée qui tournait sur le toit de la maison de ses parents. Nous échangions ainsi avec le monde entier et particulièrement avec le Québec. J'étais très heureuse ensuite de recevoir des QSL (cartes postales qui témoignaient de ces échanges internationaux sur les ondes).

Il venait parfois chez mes parents. Je me souviens de son grand éclat de rire quand je lui montrais mes jardinières sur mon balcon et qu'il vit chaque brin de muguet soutenu par un tuteur que j'avais confectionné avec une allumette ! Il n'y avait pas de cactus. Je crois vraiment que j'ai fini de le séduire ce jour-là.

Trois ans après, en juin 1973,  nous nous sommes mariés.

Nous avons rapidement arrêté la C.B. Nous la conservions uniquement dans notre voiture pour écouter les routiers et ainsi éviter les radars sur l'autoroute.

Nous avons eu deux enfants : une fille Laurence et un garçon Grégorie qui nous ont comblés de bonheur et dont nous sommes fiers.

Nous allons bientôt fêter notre trente-sixième anniversaire de mariage et nous serons grands-parents pour la quatrième fois.

Mes blogs ont remplacé définitivement la C.B.  Je pense que, si je suis devenue une "accro" de la blogosphère, c'est grâce à la C.B. dont je serai toujours nostalgique, même si je préfère maintenant Internet parce que j'aime tant écrire.

Peut-être vous raconterais- je encore certaines parties de ma vie quand l'envie m'en prendra. Merci à ceux qui m'ont lue jusqu'au bout. Je crois que je vais changer de pseudo car je m’aperçois qu' Églantine est aussi ridicule que Barbara ou Cactus. En plus, cette fleur a des épines. Décidément, si il y a des "psys" parmi vous qu'ils ne se gênent pas de mettre leur interprétation en commentaires.

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0

Publié le 12 Avril 2009

La radio me sort d'un rêve dont je me souviens plus. Je ne m'en souviens rarement.

J'ouvre péniblement les yeux. 3 chiffres rouges lumineux au plafond m'indiquent qu'il est 4 H00. Je me lève. Réglisse mon chat noir, qui ne quitte pas ses chaussettes blanches pour dormir, ne se lève pas comme tous les matins et me jette un regard contrarié. Ce n'est pas son heure. Ce n'est pas la mienne non plus.

Je me dirige vers la cuisine, ouvre la porte du réfrigérateur, sort une barquette de pâtée de luxe et l'émiette délicatement dans une assiette. Réglisse n'a pas d'heure pour manger, il se précipite dans la cuisine et se met à dévorer avec appétit. Comment peut il à une heure aussi matinale engloutir aussi vite ce repas.

Je prends une douche rapide. Pas le temps aujourd'hui de m'attarder sous le jet d'eau chaude, de rêvasser et de penser à la journée qui m'attend. Malgré le dicton « en avril ne te découvre pas d'un fil »  J'ai décidé de m'habiller légèrement : pantalon de lin gris et tunique de voile à manche courte. Le temps est printanier depuis quelques jours. Je délaisse le manteau et pour la première fois de la saison j'enfile un imper noir avec beaucoup de plaisir.

Je sors de chez moi et me dirige vers la gare. Il a plu cette nuit. L'air est doux et chargé d'humidité..

Arrivée à la gare RER, je descends L'escalator et j'ai l'agréable surprise de voir que, malgré l'heure très matinale,  je ne suis pas seule.

Je monte dans le train qui se remplit peu à peu.  En majorité des ouvriers qui se pressent vers leur usine ou leur chantier où ils vont pendant d'interminables heures, 40 ans durant,  répéter les mêmes gestes. Certains somnolent et terminent leur nuit. A quoi peuvent-ils rêver. ?

Après 45 minutes de trajet, j'arrive Gare de Lyon. Le TGV est déjà à quai.



Je rejoins ma place, Des voyageurs confortablement installés pianotent déjà sur leur PC portable..

Le passage en quelques minutes du premier RER au premier TGV me rappelle brutalement l'existence de deux mondes que tout sépare. A vrai dire je me sentais mieux dans le RER, j'ai l'impression de ne pas être à ma place dans ce wagon de première. Issue du monde ouvrier je me dis qu'après avoir tout fait pour en sortir, il est paradoxal de ne pas se sentir bien dans cet univers des affaires et de ne pas se sentir à sa place non plus dans le monde ouvrier. Pourtant je côtoie tous les jours des ouvriers dans leur recherche d'emploi. Je crains, j'espère que je me trompe, qu'ils me considèrent comme une nantie que le chômage fait vivre.

Le TGV s'élance vers le sud. Le prenant souvent je trouve qu'il roule beaucoup moins vite que d'habitude ; Effectivement le conducteur nous informe soudain qu'en raison de problèmes techniques d'un train nous précédant, nous avons pris du retard.


J'essaye de positiver et de m'intéresser au paysage que j'ai le temps pour une fois de contempler. A Monceau les Mines, je me dis, que mine de rien, les minutes de retard s'amoncellent.


Je me dirige vers le bar en milieu de rame. Encore une fois je vais compenser mon stress en mangeant. La queue au bar est impressionnante. Le barman s'énerve lui aussi : plus de monnaie, plus de croissants.... Pour tuer le temps, les passagers se sont gavés de vienoiseries. Rassurant, Je ne suis pas la seule à devenir boulimique quand je suis énervée.

Après avoir bu un café, Je regagne ma place. 



Dans le ciel du sud bien gris se découpe soudain les deux réacteurs de la centrale de Tricastin. A chaque fois que je passe à cet endroit, je ne peux m'empêcher de penser à
Viviane  et son mari José qui nous ont si agréablement reçus un soir d'été dans leur jolie maison de la Drôme des collines.

Arrivés en gare d'Avignon, je me dis que je m'arrêterai bien là pour faire un petit tour sur le pont pour admirer le palais des papes  à défaut d'y chanter et d'y danser mais arrêtons de rêver.

J'appelle mon client pour l'avertir de mon retard estimé à 45 minutes si tout va bien, il ne manquerait plus qu'on pète un caténaire. Il reste très zen... J'aime la bonhomie des gens du sud qui savent rester imperturbables en toute situation..."Aujourd'hui peut être, peut être demain chantait Sardou" ..... Il y a 15 personnes dont tous les représentants du personnel qui attendent mon intervention, il me rassure : ne vous inquiétez pas » , il attendront me dit il ! Le pire c'est que je ne sais pas trop pourquoi je me déplace car je n'ai pas grand-chose à leur dire depuis le mois dernier.... Mais c'est important que je sois la et que je rassure par ma présence les élus....
J'espère que je vais les rassurer et qu'ils ne vont pas me séquestrer..... Je doute trop de moi et j'écoute trop les médias qui nous polluent.


Enfin après 4 heures de voyage, j'arrive à Aix. La gare TGV est un véritable camp retranché et est Truffée de CRS qui dévisagent chaque voyageur.....




Je me précipite vers la file de taxi. Il fait très froid et je m'engouffre dans une voiture noire..... Ne me demandez pas la marque, je ne sais jamais les reconnaître et n'essaye même pas. Nous sortons de la gare, je suis étonnée du nombre de CRS au Kilomètre carré le long des routes et à tous les ronds-points. Le chauffeur m'explique que Nicolas SARKOSY est en déplacement dans la région.

Je vais souvent à Aix.  Je peux vous assurer que les chauffeurs de taxi y roulent très vite et bien aujourd'hui nous nous trainons vers une des nombreuses zones industrielles.

Voyant mon retard s'accentuer, je piaffe d'impatience. Pour me calmer, j'entame la conversation avec le chauffeur sur la pluie et le beau temps. Je luis dis qu' il fait très gris aujourd'hui a Aix et beaucoup plus froid qu'à Paris ce matin. Il me répond qu'il ne pleut pas. J'ai envie de lui répondre qu'à Paris non plus mais je m'abstiens.  Je ne vais pas reproduire la querelle entre supporters de l'OM et du PSG même si nous sommes tout près du stade vélodrome et entourés de CRS.

 

Me voici arrivée au siège de l'entreprise. Mon client vient me chercher et je rentre dans l'arène. Je pensais qu'ils seraient tous énervés et bien non ils m'accueillent  avec un grand sourire. Le DRH m'offre un café. Je passe ma présentation en commentant les chiffres, les camemberts et graphiques de mon power-point...... Ils semblent satisfaits et me disent que les résultats sont là.... C'est-à-dire que l'objectif de départs volontaires de l'entreprise a été dépassé et que cela diminuera d'autant le nombre de licenciements secs. Ils me remercient chaleureusement sans s'émouvoir du nombre impressionnant de formations longues par rapport aux contrats de travail signés. 

Au bout de 45 minutes de réunion, le DRH conclue la réunion. Me sentant en pays conquis, J'ose demander  si la prochaine fois au lieu de me déplacer, nous ne pourrions pas faire une téléconférence.et on me dit que c'est une excellente suggestion. 

Je quitte l'entreprise et je vais maintenant refaire le chemin dans l'autre sens jusqu'à Paris. J'appelle un taxi j'arrive en gare TGV D'aix à 12h05. Je peux prendre le TGV de 12H13 mais je décide de rester à aix pour me détendre un peu en mangeant un vrai repas au buffet de la gare. Détente, pas tout à fait, j'en profite pour lire mes mails et y répondre.

En mangeant mon entrecôte frites bien ordinaire, je pense à Sarkozy qui doit être entrain de déguster un repas gastronoique dans un grand restaurant entourés d'élus locaux qui en profiteront pour lui demander quelques faveurs.

Je prends mon TGV comme prévu à 13H43. Trois heures vont passer vite et pour une fois je serais chez moi à 18 heures. Enfin je vais pouvoir en arrivant m'asseoir dans mon fauteuil, échanger avec mon jeff, caresser à loisir mon Réglisse qui n'en reviendra pas et même prendre le luxe de regarder des programmes sans intérêt à la télévision.

C'était ignorer que la plupart du temps quand je prends un train, un avion, il arrive toujours quelque chose. Si je suis sur la liste des passagers ce n'est pas bon signe. Le mois dernier en allant à Aix, le TGV a roulé sur un obstacle sur la voie.... Il y a eu un bruit énorme sous le TGV, des étincelles de métal on jailli sur les côtés, j'ai cru qu'on allait dérailler. Le TGV a perdu une partie de sa carrosserie ce qui a engendré un retard important.

Mais revenons à aujourd'hui. Peu de temps après Avignon, le TGV s'arrête soudain et le conducteur nous dit qu'en raison d'un accident passager en gare du Creusot notre TGV va être dérouté et empruntera une voie normale ce qui va occasionner un retard important ......


Et la débute notre remontée du pays en TPV (toute petite vitesse) .....Souvent il s'arrête quelques minutes puis repart lentement .... Nous traversons Dijon....La moutarde commence à me monter au nez. Dijon ville dans laquelle je me déplace de temps en temps pour mon travail chez un client désagréable harceleur de fournisseurs..... Je chasse cette idée de la tête ..... et je me mets à calculer....Il est 16H30, l'heure à laquelle nous aurions dû être arrivés..... Dijon / Paris en TGV c'est presque 2 heures alors à vitesse normale combien de temps, peut être 3 heures...Un vrai problème d'école mais il me manque des données à mon équation : la vitesse du  TGV quand il roule réellement à grande vitesse et la vitesse du tortillard qu'il est devenu.

Mes compagnons d'infortune commencent à s'impatienter et appeler pour annuler leurs rendez-vous prévus ce soir, qui professionnels, qui plus intimes.

Ensuite nous traversons Alésia.... Pourvu que le train ne stoppe pas ici et que nous soyons pris au piège comme les gaulois l'ont été autrefois il y a très très longtemps..... Montbard...... des campagnes verdoyantes où coulent des rivières.

J'appelle mon Jeff pour lui dire que je suis quelque part en France je ne sais où entre Dijon et Paris .  

Je pense à mon blog "quai des rimes" que je délaisse depuis quelques temps ... Je suis dans le train et je rêve d'être à quai alors pour tuer le temps je décide de débarquer quelques mots sur mon quai en écrivant l'histoire de cette journée .

Nous arrivons enfin à Paris Gare de Lyon après 5H30 de voyage..... 
Je prends le RER qui me ramène sans encombre, ni retard sur Cergy. il est 20H30.

Au total 9H30 passés dans un TGV, plus une heure 1/2 de RER pour 45 minutes de réunion !!

Nous dînons et je me couche aussitôt le repas fini, car demain..... mais demain est un autre jour....  

 

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0

Publié le 4 Décembre 2008

Quand tu m'es apparue pour la première fois dans ton berceau, je t'ai trouvé si petite avec tes quelques cheveux noirs et tes petites joues potelées, je t'ai aimé tout de suite. J'avais six ans, je ne sais pas si à six ans on peut être assez mature pour pressentir que l'avenir ne sera pas rose mais, je crois que je l'ai ressenti à ce moment précis. J'eus tout de suite envie de te protéger et de jouer mon rôle de grande sœur.

 

Ensuite tu es tombée malade, une coqueluche à 1 mois, c'est très grave. Tu as failli mourir. J'ai vécu de nouveau quelques temps chez mamie pendant ta maladie. Je n'ai pas bien compris ce qui t'était vraiment arrivé mais. A cette époque, on n'expliquait pas aux enfants mais je crois avoir culpabilisé, je  n'avais pas assez veillé sur toi.

 

Tu t'en es sortie. Je suis revenue à la maison. Maman ensuite t'a protégée. Elle avait déjà perdu un fils à la naissance, elle avait failli te perdre au moment où elle commençait à aller mieux. Tu étais sa petite fille comme j'étais la petite fille à Papa. Je n'ai ressenti aucune jalousie parce que à ce moment la pour moi ma vraie maman c'était Mamie qui m'avait élevée.

 

Image Hosted by ImageShack.us

 

Tu as grandi vite, Même si nous nous ressemblions physiquement, nous étions si différentes. Tu étais extravertie, pleine de vie, toujours souriante, intrépide. On ne comptait plus tes bêtises qui faisaient rire les adultes. Il fallait te surveiller de près. J'étais calme, timide toujours avec un livre. Depuis que j'avais quitté mamie pour revenir vivre avec papa, maman et toi, j'étais triste. Je ne me sentais pas à ma place ni dans le nid familial qui n'avait rien d'un cocon, ni à l'école où je me sentais trop différente pour avoir des amies,  un peu comme le vilain petit canard parmi les cygnes. Heureusement que tu étais là. J'étais admirative comme maman. Tu étais celle qui pouvait nous réunir.


Les relations entre maman et papa se sont détériorées, Papa s'est mis à boire de plus en plus. Le soir c'était des disputes bruyantes, si effrayantes parfois que les voisins étaient obligés d'intervenir. Nous étions dans la même chambre. Nous restions en silence dans nos lits. Je me bouchais les oreilles parfois pour ne pas entendre. Je pensais à toi. J'avais envie de te prendre dans mes bras pour te protéger.  Mais tétanisée par  ces disputes, je ne l'ai pas fait. Je n'ai pas osé non plus car tu ne demandais rien. Puis la petite fille potelée que tu étais est  devenue une adolescente mince et jolie. Je te trouvais très belle.


Je me suis mariée. Habitant dans la même ville nous avons continué à nous voir. Tu m'as présenté un premier petit ami puis tu as rompu peu de temps après pour Cédric... Il était beau, blond avec des yeux bleus turquoise mais il ne m'a pas plu, J'ai cru que c'était une amourette et qu'elle te passerait. Quand tu m'as annoncé, 4 mois après avoir fait sa connaissance, que tu allais l'épouser, je t'ai mis en garde te conseillant d'attendre. On ne décide pas de sa vie en quatre mois. Sans pouvoir l'expliquer je ne l'aimais pas et c'était réciproque. J'avais un mauvais pressentiment.

 

Je me rappelle ton mariage... Vous formiez un beau couple. Vous sembliez heureux. J'aurais dû me réjouir de ton bonheur. J'étais triste, je savais déjà qu'il serait fugace. Je n'étais pas la seule à le penser, mon époux, maman qui revivait après avoir perdu papa. Nous avions tous la même intuition. Je suis la seule à avoir osé te le dire. Nos relations s'en sont trouvées ternies. Ce n'était plus la même chose. Nos choix de vie nous séparaient.


Peu de temps après tu as donné naissance à une belle petite fanny qui te ressemblait tant et un an après à linda. Les ennuis ont débuté, Cédric jouait dans les machines à sous, aux courses,. Ouvrier dans la métallurgie il dépensait sans compter tout l'argent que vous gagniez tous les deux. Tu me demandais de l'argent. Je ne voulais pas t'en donner de peur qu'il le dépense alors j'allais au supermarché, je remplissais un caddie et je te l'apportais. Tu as très mal supporté cette misère et tu es tombée malade, une hospitalisation de quelques semaines. Fanny était gardée par la mère de Cédric qui s'était aperçue que son fils n'arrivait pas à s'en occuper et qu'il s'énervait après elle et la battait.

 

Quand j'ai appris, alertée par des voisins, qu'elle lui avait laissé Linda un bébé de 4 mois. Je suis venue aussitôt la récupérer. Devant ma détermination, Cédric me l'a laissée. J'ai hésité à porter plainte pour maltraitance à enfant mais pour toi ma petite soeur je ne l'ai pas fait. J'avais trop peur que malade on t'enlève et place les petites ce que tu n'aurais pas supporté.


Tu as toujours été forte et volontaire. Tu t'es sortie de cette dépression. Une fois guérie, je t'ai expliqué ce qui s'est passé. Tu lui as trouvé des excuses. Il s'était énervé parce qu'il était malheureux de te voir malade et que deux enfants à s'occuper c'était dans ces conditions très difficile pour lui. Il n'avait jamais battu les petites avant et plus jamais il ne le ferait. Il l'avait promis. Vous étiez dans une situation financière difficile et vous avez continué à faire des enfants. Tu me disais qu'il ne voulait pas que tu prennes la pilule. Je ne comprenais pas à l'époque pourquoi tu ne la prenais pas en cachette. Aujourd'hui je comprends. Esther est née puis Cyril et enfin Rébecca.


J'avais quitté la ville de notre enfance et nous nous éloignions de plus en plus. Je te savais malheureuse et cela m'attristait beaucoup. Nous nous appelions au moment des anniversaires et chaque Noël, je venais vous voir et vous gâter un peu. Je sentais bien que la situation se dégradait mais c'était ta vie. Comment quitter un homme quand on a cinq enfants et un salaire d'employée municipale ? 


Quelques temps avant le drame, un jour que j'étais revenue à X... pour fleurir la tombe de nos parents, j'ai rencontré Linda et je lui ai dit que je monterai vous voir après. Je me rappelle tu es descendue et tu m'as rejoins au cimetière. J'ai voulu monter voir les petites et j'ai senti que cela te gênait et que c'est pour cela que tu étais descendue.  J'ai compris sans que tu le dises qu'il ne fallait pas insister. Nous n'avions pas besoin de nous parler. J'étais triste de te voir si malheureuse. Je t'ai demandé si il te battait et tu m'as assuré que non mais j'ai eu du mal à te croire.


Peu de temps après tu m'as téléphoné et tu m'as lâché d'un seul coup « Cédric est en prison, il a touché au trois plus grandes. Je l'ai dénoncé à la police ..... C'est linda qui me l'a avoué ayant trop peur que sa petite sœur Rébecca qui grandissait soit aussi victime de son papa ». Je suis restée sans voix, sans réaction. J'adore comme tu le sais les petites et imaginer que Cedric ait pu leur faire subir cela, je n'arrivais pas à m'expliquer... on croit toujours que ce genre de drame n'arrive qu'aux autres. Tu m'as dit cela sans pleurer, sans t'émouvoir simplement en répétant : « pourquoi je ne t'ai pas écouté, pourquoi je ne t'ai pas écouté... »  Parce que tu n'étais pas prête t'ai-je répondu en retenant mes pleurs.

 

Tu m'as alors expliqué la cruauté de certains dans ta cité HLM où tu vivais, les mots anonymes déposés dans ta boîte aux lettres avec Cédric X = DUTROU. Tu ne pensais pas à toi, tu pensais à protéger tes enfants.


Grace au Maire de ta ville, tu as retrouvé dans les jours qui ont suivi l'incarcération un appartement dans une autre cité HLM. C'est les équipes municipales qui ont assuré le déménagement. Heureusement que tu étais employée communale sinon tu aurais dû continuer à subir la bêtise et la méchanceté humaine sans aucune aide et soutien.


Les enquêtes, interrogatoires se sont succédés. On t'a accusé d'avoir été au courant et d'avoir laissé faire Avec beaucoup de force et avec l'appui de tes enfants, tu as su faire face à tout cela et te défendre.


Tu as assumé le procès d'assises avec une grande dignité subissant les insinuations des témoins de la défense t'accusant devant tes enfants d'adultère, d'avoir été au courant, d'avoir laissé faire.


Avec les filles, vous avez fait front à ces accusations en vous soutenant mutuellement. Votre amour a dû marquer Les jurés et effacer leurs idées reçues sur les banlieues. Ils ont du être étonnés en voyant trois grandes filles sérieuses, élégantes s'exprimant bien  témoigner sans haine affichée avec beaucoup d'émotion mais de dignité en expliquant les faits simplement comme elles les avaient vécus ou plutôt subis.


Cédric s'est très mal défendu. Quand l'avocat général l'a traité de pédophile il a rétorqué qu'il n'en était pas un et qu'il était devenu incestueux par amour pour ses filles !


Il a été condamné à vingt ans de prison et n'a pas fait appel pour ne pas imposer à ses filles un nouveau procès. C'était peut être sa façon de leur demander pardon.


Cela fait plus de dix ans. Tes trois grandes filles sont devenues des femmes, ton fils un jeune-homme. Ils travaillent tous. Les filles vivent en couple, Fanny la plus grande est maman d'un adorable bambin. Tes enfants n'oublieront jamais, ils en souffrent encore mais ils mènent une vie  normale et tous savent que c'est à toi qu'ils le doivent.


Quant à toi ma petite sœur chérie, tu as refais ta vie avec Marc. Rebecca qui avait 3 ans quand son père a été arrêté l'appelle papa. Je t'admire pour avoir réussi cela.


Puisses ce bonheur tardif continuer pour vous tous le plus longtemps possible. Vous le méritez. Cette histoire doit servir d'exemple à beaucoup. Elle prouve que l'on peut continuer à vivre et même revivre après des évènements tragiques si l'on conserve l'espoir et c'est pour cela que je vous l'ai racontée aujourd'hui.

Cette histoire n'est hélas pas une fiction. Seuls les prénoms ont étés changés

Voir les commentaires

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

Repost0