vecu

Publié le 27 Février 2010

Papa passait de plus en plus de temps dans les cafés du quartier « le Napoléon » et le bar des sports juste en face du terrain de boules où il jouait le week-end à la lyonnaise. C’était un excellent pointeur.  Après les parties, il arrosait ses victoires ou pleurait ses défaites à la bière. Il ne buvait pas de vin.

 

Il rentrait « ivre » à la maison et en fonction de son état. Quand il tenait à peine debout il s’affalait sur le lit et dormait jusqu’au lendemain. Le pire c’était quand il n’avait pas bu suffisamment pour être anéanti. . Il s’en prenait à ma mère et c’était des disputes très violentes en paroles seulement car il ne frappait pas mais il y a parfois des paroles qui font plus de mal que des coups. Il hurlait et ma mère hurlait aussi. Parfois les voisins intervenaient pour mettre fin à ses disputes qui troublaient leur quiétude. Dans mon lit, bien à l’abri sous ma couverture, je tentais de lire avec une petite lampe de poche pour ne pas entendre. Mais quand les disputes étaient trop violentes, je ne pouvais plus continuer à lire, alors je prenais ma petite sœur dans les bras pour la consoler et m’apaiser aussi.

Ma mère tous les soirs, du haut de notre cinquième étage, guettait par la fenêtre son retour du café et quand elle le voyait trop tituber, elle savait qu’il n’arriverait pas à monter tout seul. Elle descendait très rapidement le chercher pour l’aider à monter les 5 étages ?

Il se détruisait physiquement petit à petit tout en continuant néanmoins à travailler quand il n’était pas en arrêt maladie : suicide à petit feu.

Il dépensait de plus en plus en buvant, en jouant au tiercé, et en s’achetant de beaux vêtements. Cela peut paraître dérisoire, mais être bien habillé était très important pour lui et je pense aujourd’hui que cela lui permettait de ne pas se laisser aller complètement.


Néanmoins, il y avait quelques trèves l'été ou nous partions en vacances toujours à la mer en Bretagne, Vendée ou Normandie. Nous changions chaque année. Je me souviens avec plaisir des mois d'août passés à Granville où j'ai appris à nager et à Sion sur l'océan en vendée ou j'aimais me ballader sur les dunes qui longeaint la plage. Papa buvait beaucoup moins car il n'allait pas au café faute de copains de beuverie. Un souvenir très triste : la mort de mon grand-père paternel. Nous étions à Sion. Papa a fait un aller retour à Paris seul. Nous sommes restés ma soeur et moi en Vendée.

 

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En juillet J'allais en colonie de vacances dans un château à Fontanès près de Saint-Etienne qui appartenait à la banque où travaillait mon père.


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Je n'aimais pas du tout y aller car j'étais timide et j'avais du mal à me faire des amies. La vie en groupe ne me plaisait guerre. N'étant pas du tout manuelle, j'appréciais peu les ateliers divers : pyrogravure, vannerie, rafia.... J'aimais par contre les jeux de piste où j'étais assez bonne.


Les fins de mois étaient difficiles mais nous avons toujours mangé à notre faim. Papa ne payait pas ses factures ou le faisait à l’extrême limite contraint par les huissiers qui nous rendaient visite souvent et affichaient dans l’immeuble un « avis de saisie » que la concierge s’empressait de retirer par pitié pour nous. C’est Mamie  qui payait ses  arriérés.


Papa était très généreux et adorait les animaux, il  ramenait dans le petit appartement des chats, des perruches, des bengalis, des hamsters et même une tortue. L’appartement était une vraie ménagerie. Je n’aimais pas les oiseaux en cage et ne m’y intéressait peu. Les chats par contre étaient mes amis et je leur parlais comme si c’était des êtres humains . Je ne me souviens plus aujourd’hui de tous ces chats mais  me rappellerai toujours de TITI ce chat noir si affectueux à qui je racontais toutes mes peines.  Papa ramena même une fois un dindon vivant d’une fête foraine qu’il installa dans un jardin d’un copain aux pieds de l’immeuble jusqu’au noël suivant où le gallinacée disparut curieusement !


Après le dindon, Un jour il nous ramena aussi une « dinde » appelée Renée, une jeune provinciale sans le sou, maquillée à l’excès, de court vêtue pour séduire mais plutôt des agriculteurs que des citadins. Il l’avait rencontrée au café. Elle cherchait à se loger au moindre coût.  Il l’installât à la maison le temps qu’elle trouve un logement. Je dus partager ma chambre avec elle. Finie l’intimité. La pauvre fille n’était ni intelligente, ni avenante ce qui limitait les conversations. Les semaines passèrent, elle s’incrustait. Ce qui devait être provisoire durait et je n’en pouvais plus. Je décidais d’être méchante avec elle et je ne me privais pas de lui dire tout le mal  que je pensais d’elle, de fouiller dans ses affaires, de les mettre sans dessus dessous, de les cacher  afin de lui rendre la vie ici la plus insupportable possible afin qu'elle parte. J’ai honte aujourd’hui de ce comportement.


Elle s’en plaignit à Papa ce qui n’arrangea pas les choses pour elle car elle n’avait pas compris que mon père qui me portait une admiration sans limite ne supportait pas qu’on puisse me critiquer.  Peu de temps après elle partit et on ne la revit plus. Maman qui ne l’aimait pas non plus fut contente et soulagée de son départ.

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Rédigé par eglantine

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Publié le 20 Février 2010

En septembre 1959, mes parents décidèrent de me reprendre avec eux car ma mère avait arrêté de travailler à la naissance de ma petite sœur en mars. Ils m'avaient laissé finir l'année scolaire. En plus à 3 semaines, Christine ma petite soeur avait eu la coqueluche et avait failli mourir et par miracle elle s’en était sortie.


Je me retrouvais donc à Rueil-Malmaison avec mes parents et ce bébé de six mois si souriant et expressif. J'ai tout de suite été séduite. Je la couvrais de baisers. Cela me consola quelque peu d’être éloignée de mes grands-parents et particulièrement de ma grand-mère.  J'allais la voir avec mon père le samedi et j'attendais avec impatience les vacances scolaires pour passer quelques jours avec elle comme avant.

Parfois  le dimanche nous allions chez mes grands parents maternels à Paris, rue Lamarck,  au pied du sacré coeur. Je n'aimais pas y aller. Les repas étaient interminables. Nous mangions du gibier chassé par mon grand-père. Il y avait encore les plombs dans la viande et je refusais de manger. J'étais complètement indifférente à mon grand-père qui était d'un abord très froid et assez hautain. J'aimais beaucoup les animaux et je ne lui pardonnais pas de tuer ces jolis perdrix, faisans et lièvres. Ma grand-mère maternelle était d'un abord agréable et plutôt chaleureux. Parfois elle voulait me garder quelques jours mais je ne la connaissais pas suffisamment,  je refusais de rester et devant mes pleurs, elle y renonçait.


Ma mère était une étrangère pour moi et les relations ne furent pas faciles. Elle s’occupait de moi tout simplement, m’habillait, me faisait à manger, m’emmenait à l’école et venait me rechercher, m’embrassait furtivement le soir comme par obligation.


Elle était triste en permanence, mangeait peu et souffrait de décalcification. Elle s’occupait bien de ma petite sœur toute joufflue, souriante et espiègle qui faisait l’admiration des voisins et lui apportait un peu de joie au cœur de sa dépression,  son anorexie.




C'est en regardant il y a peu de temps, bien après sa mort, des photos de l'époque que j'ai compris ce dont elle souffrait  (voir photo ci-dessous à gauche qui est plus ancienne mais c'est une des seules que j'ai de ma mère avec celles de son mariage. Depuis mon père ne la prenait plus en photo)





Mon père s’intéressait peu à ma petite sœur. Il était en admiration devant moi et me gâtait. Ma mère disait que j’étais « la fille à mon père » , ce qui à ses yeux, n’était pas un compliment. Ma petite sœur était la « fille à sa mère ». On aurait dit qu’ils prenaient du plaisir à être indifférent à ce que l’autre aimait, peut être une façon de renier leur couple.


Je changeais d’école et je me retrouvais dans une école publique. Je venais de l’école privée et, à cette époque ou l’école Laïque et républicaine s’opposait vivement à l’école des curés, ce n’était pas un atout et attirait la méfiance, si ce n’est le mépris.


De plus j’étais plus jeune que mes nouvelles camarades puisque j’avais sauté une classe.  Je fus immédiatement le souffre-douleur de l’institutrice qui se plaisait à m’humilier publiquement. Plus de jolies croix sur les tabliers mais un bonnet d’âne sur la tête pour faire le tour de la cour pendant la récréation. 


A la fin de l’année, je redoublais ma classe. Je vécus cela comme une grande injustice. Je m’ennuyais profondément à refaire ce cour élémentaire. La petite fille timide et sage commença à se rebeller et à devenir  impertinente, impertinence face à l'autorité que je garde encore aujourd'hui.


Les mois passèrent. Un jour, pendant la classe,  je reçus une gifle d’une camarade, je la lui rendis aussitôt.


Malheureusement l’institutrice me vit et me punit en me demandant de conjuguer pour le lendemain la phrase : « je ne dois pas taper mes camarades » à tous les temps de l’indicatif. Je dis à mon père le soir que je ne voulais pas faire cette punition puisque celle qui m’avait frappée en premier n’avait pas été punie. Mon père me répondit que de conjuguer un verbe me ferait du bien mais me dit de conjuguer la phrase suivante « je dois rendre quand on me tape » ce que je fis avec beaucoup de plaisir. Mon père signa cette punition en rajoutant une lettre pour expliquer que c’était lui qui avait transformé la punition. Il se plaignit de l’injustice dont j’étais souvent victime. Il rajouta que lorsque j’étais à l’école privée je n’avais eu aucun problème.


Le lendemain je remis fièrement mais néanmoins avec crainte mon devoir à l’institutrice qui se mit très en colère. Elle alla voir la directrice, mon père fut convoqué et on lui dit qu’il avait insulté l’école publique et qu’il fallait mieux qu’il m’enlève de cette école pour me remettre dans le privé. En d’autres termes, j’étais virée.


Je fus heureuse de quitter cette école. Cette joie ne dura que très peu de temps. En effet, mes parents étaient pauvres, mon père était archiviste dans une grande banque à Paris, ma mère ne travaillait pas et mon père était dépensier. Les fins de mois étaient difficiles. Heureusement ma grand mère était la pour les aider financièrement.


Je me retrouvais à l’école Notre Dame avec des petites filles issues des familles les plus aisées de la ville, fille de médecins, de riches commerçants, d’ambassadeur.  Mon père avait eu du mal à m’y inscrire, il avait dû insister. Il ne put même pas avancer l’argument de l’éducation religieuse, il était complètement athé. Ma mère qui allait à la messe chaque dimanche aurait mieux convaincu  cette vieille demoiselle qui menait cette école de façon autoritaire mais étant la "fille de mon père" et c’était à lui de s’occuper de moi.


J’arrivais de plus avec un capital de méfiance absolu : je m’étais fait virer de l’école de la République. Une pauvre qui s’était fait virer de l’école publique (qui par définition acceptait tout le monde) ne pouvait être que de la graine de délinquante. Mais on m’accepta par charité chrétienne c’est ce qui fut dit à mon père et ce qu’on n’arrêta pas de me répéter souvent par la suite dès que je prenais quelques libertés avec les usages.


Je me souviens avec émotion encore aujourd'hui de cette institutrice qui s'était fait voler à l'école une veste de mouton retournée. Je fus la seule à être interrogée dans le bureau de la directrice comme si il n'y avait que les pauvres qui pouvaient voler.


On m'a accusé aussi une fois d'avoir menti parce que j'avais écrit dans une rédaction que j'avais eu un microscope à Noël alors que mon père avait des difficultés financières et ne payait pas la pension de l'école (voir article de quai des rimes)


Il ne faut plus me parler aujourd'hui de charité chrétienne..... Je suis devenue aussi très méfiante avec les personnes altruistes qu'on qualifie de charitable ou avec ceux qui donnent des leçons de vie ou de morale.


En effet ma mère faisait l'admiration de tous les voisins pour sa grande bonté. Elle faisait les courses de toutes les personnes âgées et aidait tous ceux qui étaient dans la peine. Une façon de se valoriser à ses propres yeux, elle qui avait une image si détériorée d'elle même. La motivation à l'altruisme est souvent très personnelle. Si seulement elle avait pu s'occuper de sa famille comme elle s'occupait des autres.


Mon père se sentait délaissé aussi, il était de plus en plus souvent absent de la maison et passait ses fins de journée après le travail et ses fins de semaine  au café à jouer des parties de belote avec ses copains, à donner de son temps parfois pour l'association des bretons de Paris. Chaque année, il faisait partie du jury qui élisait la reine des bretons de Paris. Il m'emmenait avec lui à cette cérémonie. Je l'observais regarder ses jolies filles avec un regard d'envie malsaine que je n'aimais pas et qui m'a rendu méfiante envers les hommes.


Je me souviens, il m'avait emmené avec lui un week-end en province. Nous avions couché à l'hôtel. Il m'avait laissé le soir en me demandant de bien dormir, d'être sage, qu'il allait revenir très vite . Je dormis et me réveillait dans la nuit, il n'était pas rentré, j'étais très angoissée. Il revint au petit matin.



C'est à cette époque  que papa se mit à boire ... à boire de plus en plus....

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Rédigé par eglantine

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Publié le 13 Février 2010

Je suis née en  Février 1953 à Paris dans un foyer d’employés d’un grand magasin supposé faire « le bonheur des dames ». Pour mon père J’étais  un miracle. La vie avait eu le dessus. Il aima tout de suite sa petite fille très brune aux grands yeux noirs qui poussa un grand cri dès qu’elle fut libérée du cocon maternel. Ce cri effaçait le silence insoutenable de la naissance de leur premier bébé mort né et leurs larmes de douleur.

 

 

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Pour ma mère ce cri fut insupportable, ce bébé était une fille et quand on me posa criant et gesticulant sur son ventre, elle me rejeta aussitôt. Elle voulait un garçon pour oublier son petit Bernard silencieux et immobile à jamais. Elle décida de me confier quelques temps à ma grand-mère, Mon père  souffrit de cette décision mais ne dit rien. Dans sa famille les femmes dirigent depuis plusieurs générations, les hommes pacifistes se taisent pour éviter le conflit : penser, intérioriser, surtout ne rien dire, laisser faire….

 

J’ai donc passé une grande partie des premières années de ma vie chez Jeanne ma grand-mère paternelle qui  me couvrit d’affection et de tendresse. Elle n’avait eu qu’un fils mon père et je la comblais de bonheur.  


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Jeanne, à 53 ans, s’ennuyait à Paris dans sa loge de concierge avec mon grand-père très effacé, silencieux et triste. Sa Bretagne natale lui manquait. En cirant à genoux les marches des six étages de l’escalier de l’immeuble, elle rêvait des côtes de granit que les vagues déchaînées viennent frotter.


Elle était née en 1900 à Quimper dans une famille pauvre. Elle était l’aînée d’une famille de 6 enfants et s’était occupée ensuite de ses frères et sœurs. Puis elle avait du travailler jeune elle était devenue femme de chambre, gouvernante chez des notables.


Elle était particulièrement fière d’avoir travaillé pour le petit-fils du Maréchal d’empire Exelmans et fière du certificat qu’il lui avait fait quand elle les avait quittés « Intelligente et dévouée telle la jugeait Madame Exelmans et telle je la juge moi-même ».


Elle était tombée amoureuse de Jean mon grand père un beau facteur, s’était mariée et avait dû le suivre au fur et à mesure de ses mutations.


C’est dans le Loir et Cher à Gièvres que mon père naquit en 1921. Ensuite ils quittèrent cette campagne pour Paris et s’installèrent comme beaucoup de bretons à proximité de la Gare Montparnasse.


Mon père, bien qu’il travailla très bien à l’école, leur donna beaucoup de soucis car il était de santé fragile. Il attrapa la diphtérie ce qui l’obligea à renoncer à son désir d’être instituteur. Par idéal anti-communiste, il s’engagea dans la guerre d’Indochine. Trop sensible il revint traumatisé par les atrocités de cette guerre.

 

Mon grand père Jean  avait de grosses lunettes d’écaille et gardait toujours sur sa tête un vieux  béret noir de feutre râpé. Il était peu démonstratif, n’embrassait pas, ne caressait pas mais était d’une grande bonté. Il m’aimait à sa façon, en silence. Il m’emmenait parfois au Parc Montsouris.  Penché  au dessus du bassin il faisait voguer un petit voilier sur l’eau en me chantant doucement « Maman les petits bateaux qui vont sur l’eau ont-ils des jambes ».

papie-et-moi.jpg

 

 

Mamie m’emmenait souvent à la Samaritaine. Nous y allions en bus. J’aimais rester sur la plate-forme arrière et regarder les rues défiler, les passants pressés, les automobiles. La traversée de la seine au pont Neuf me plaisait particulièrement. Je regardais les bateaux mouches et les péniches voguer.  La Samaritaine imposante  au  toit en coupoles me fascinait. Nous prenions les escaliers mécaniques et nous arpentions les rayons aux vieux planchers de bois. Ma grand-mère avec les bons de la Semeuse m’achetait des robes, de jupes des pulls, des manteaux et de jouets.

 

 

Le soir , dans l’unique petite pièce de la cheminée, bien au chaud dans mon lit, je rêvais de princes charmants et de princesses.

 

 

Pendant un certain temps , je ne me rappelle plus combien de temps et je garde de cette période un souvenir présent mais très estompé, mes parents me reprirent dans leur studio de la rue Saint Sébastien dans le 11ème.  Dans la journée ils travaillaient et me confièrent à des voisines. je me souviens toujours de l’une d’entre elles, Hélène, que j’aimais beaucoup. Elle était Israélienne avait un garçon plus grand que moi qui m’aimait comme une petite soeur. Tata Hélène, c’est ainsi que je l’appelais, me couvrit d’affection.Puis dès que j’ai eu l’âge d’aller à l’école, je revins chez ma grand-mère.


Je passais tous mes été chez ma tante Germaine à La Rochelle et son amie de toujours que j'appelais Tatie Jo. Elles me gâtaient beaucoup et j'ai gardé de ces étés un souvenir encore aujourd'hui très présent et l'envie de vivre les dernières années de ma vie dans cette ville. Mon père et ma grand-mère m'y rejoignaient parfois. Nous allions à la plage tous les après-midi.




Sur le port de la Rochelle. Avec Ma grande cousine Yvette à gauche et Tante Germaine

A quatre ans,  je rentrais à l’école privée Sainte-Elizabeth dans le 14ème arrondissement.  Je me souviens encore de la petite cour carrée avec le grand préau à l’ancienne. J’étais une petite fille timide, bien élevée, calme  et j’avais souvent la croix de mérite que j’étais fière d’afficher avec son joli ruban sur mon tablier d’écolière.  Une fois même j’eus la croix d’honneur et pour me récompenser ma grand-mère m’offrit une belle poupée Bella que j’appelais Laurence.


Ecole Ste Elisabeth / Paris 14ème  (Avril 1959)
Je suis la 3ème en haut à partir de la gauche.


Mamie m’avait appris la lecture et l’écriture  et à cinq ans, je savais déjà lire. A six ans, je rentrais directement au cours élémentaire en sautant le cours préparatoire Mon père me rendait visite le week-end et j’attendais sa visite avec impatience. Parfois je rentrais chez mes parents le week-end mais pas  souvent car c’était loin.  Ils avaient quitté Paris pour emménager dans un appartement deux pièces en banlieue à Rueil-Malmaison parce que ma mère attendait un enfant. J'eus donc une petite soeur, Christine, en mars 1959. Pauvre maman encore une fille.  Je ne savais pas que j’allais bientôt les y rejoindre et que ce serait la fin de ce que j’appelle les années bonheur de mon enfance, enfance d’une petite fille qui n’avait qu’un seul défaut celui de ne pas être un garçon.

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Rédigé par eglantine

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Publié le 23 Octobre 2009

Nous perdons Mamie NOVA. Notre équipe est scindée en deux : une moitié rejoindra une entreprise concurrente récemment achetée par le groupe et l’autre dont je fais partie :  l’équipe déjà importante de Pierre,  Je suis navrée de perdre une partie de mes collègues et parmi elles celles que je préférais.


Pierre est un ancien Syndicaliste CGT ayant créé et fait évoluer son cabinet de Ressources humaines avant qu’il ne soit racheté par notre groupe, D’origine Méditerranéenne, il déborde d’énergie et d’enthousiasme malgré une soixantaine bien sonnée. Il a une forte personnalité et son  côté bourru cache une grande affectivité.  C’est un vrai commercial qui pourrait vendre un baladeur à un sourd rien qu'avec les gestes. Son management est très directif et beaucoup dans notre équipe sont très inquiets d’être sous sa coupe. Avec Pierre, c’est tout ou rien, on plaît et on a toute sa confiance et sa reconnaissance aussi bien affective que financière ou on ne plaît pas et on est irrémédiablement en disgrâce.


Je sais qu’il aime les personnes de caractère et celles qui se donnent avec abnégation à l’entreprise. Excepté le côté commercial, nous avons beaucoup de choses en commun et une même vision qualitative du métier. J’admire sa compétence. Je me réjouis de rejoindre son équipe. J’espère que cela va améliorer  mon image sérieusement détériorée à cause des coups bas de Mamie NOVA et stopper au moins la descente de l'échelle :



Pourtant cela commence bien mal. Il nous reçoit tous un par un et la première chose qu’il me dit en introduction de notre entretien, « Finie pour toi la relation interpersonnelle avec le candidat, il va falloir être efficace en y passant moins de temps. Saches que lors du découpage de l’équipe en deux, je ne t’ai pas choisi, tu m’as été imposée, je n’ai pas voulu m’y opposer ». Au moins cela a le mérite d’être franc. J'apprends par la suite qu'il a dit la même chose à chacune et chacun de mes collègues.  Une femme n’aurait jamais dit cela même si elle l’avait pensé.


Très choquée et surprise par cet aveu, je le remercie pour sa franchise et lui réponds que nous sommes quitte, que j’ai eu encore moins le choix que lui. Comment aurais-je pu l’avoir ? et je regrette qu’il m’ait été imposé mais que maintenant que cela a été exprimé, nous allons devoir coopérer au mieux. Il sourit. Je sens à ce moment là que je viens de marquer un point. En effet ensuite il me répond qu’il a une très mauvaise réputation chez les consultants mais que je dois me méfier des réputations et faire par moi-même mon opinion.


Il m’annonce ensuite qu’il s’oppose à ce que le bureau de Cergy ferme et qu’il restera ouvert. La seule différence. Ce n’est plus un bureau de l’entreprise mais un bureau appartenant exclusivement au Département emploi puisqu’il le finance seul et qu’il m’interdit d’y accueillir des consultants d’autres services.  Il ajoute qu’il trouve injuste cette décision de notre Directrice Générale qu’il ne semble pas porter dans son cœur.


Je lui parle de mes objectifs complètement irréalistes. Il me dit que je suis trop payée comme beaucoup de seniors et que pour justifier ce salaire, on me fixe des objectifs démesurés. je lui annonce que je suis prête à partir et négocier mon départ et que je ne me représenterai plus aux élections de délégués du personnel pour pouvoir partir plus vite. J'avais oublié de vous dire dans l'épisode précédent que, du temps de Mamie Nova, j'avais été élue délégué du personnel titulaire sur une liste non syndiquée. Sur ce il me dit que c'est une erreur car en étant salariée protégée, je peux toujours partir si je le souhaite et obtenir plus dans la négociation.  Ayant été une déléguée du personnel peu efficace faute de temps à y consacrer, je ne me représenterai pas tout de même.


Je préfère l'avertir avec franchise que je ne suis pas une « chasseuse » mais que lorsque j'obtiens un client il m'est longtemps fidèle et que d’autre part je suis trop prise par la réalisation de missions pour avoir du temps pour la prospection commerciale. Ne t’inquiète pas me dit-il, je vais te confier de grands projets nationaux pour que tu puisses justifier ton salaire. J’apprécie sa confiance mais d’un autre côté cela me fait très peur. Ma confiance en moi toute relative me fait craindre de le décevoir. De plus je me dis que cela va impliquer des déplacements et  m’éloigner de mes activités extra-professionnelles auxquelles je tiens.


Il me confie aussi des projets mal partis où les relations sont devenues conflictuelles avec le client pour remonter l’image de la Société. Je l’accompagne  chez un de ses clients en Province. Il me présente comme le nouveau chef de projet,  un peu le messie qui va faire des miracles !!! Les clients sourient et rient même. Son tempérament Méditerranéen le rend trop affectif et excessif face à des clients très rationnels et très méfiants vis-à-vis de notre entreprise.. Tout est dans l’excès chez Pierre.


Au retour, notre TGV a du retard, il m’offre un café au buffet de la Gare et nous rencontrons une de ses connaissances : Le Directeur Départemental de l’emploi de ce département. Il les connait presque tous. Son réseau est très important dans le domaine de l'emploi. Il me présente toujours avec un excès de qualificatifs élogieux. Trop c'est trop. Je rougis, je deviens maladroite déjà que lorsque je ne connais pas je ne suis pas à l'aise...


Ils parlent entre eux comme deux vieux camarades qui ne se sont pas vus  depuis longtemps.  Je les écoute. Notre TGV est annoncé, il n’entend pas. Je lui fais remarquer que nous allons le manquer et il continue à parler. Nous le ratons. Il fait ensuite un scandale au guichet de la gare en disant que c’est inadmissible qu’ils ne nous aient  pas prévenus par haut-parleur que notre TGV était enfin arrivé. Je pense réellement que, pris dans sa conversation, il n’a entendu ni le haut-parleur, ni mon avertissement. Nous regagnons Paris. Il me parle de sujets professionnels et de collègues malades ou qui ne sont plus avec les larmes aux yeux. Il se confie et le temps passe vite dans le train.


Je prends la responsabilité de ce projet dont je me serais bien passée. C’est une mission très difficile avec des interlocuteurs qui resteront froids et désagréables.  J’arriverai juste à mener à bien ce projet jusqu’à sa fin sans nouveau conflit et avec même un compliment du DRH sur mes premières actions pour relever la situation.


Entre temps la nouvelle Directrice Générale critiquée par beaucoup nous quitte pour un poste à responsabilité dans un grand groupe. Elle n’est pas remplacée.


Pierre m’apporte aussi des affaires sur un plateau, il ne me reste plus qu’à aller voir le client et négocier ce qui me permet de ne pas démériter au niveau commercial. A la fin de l’année, il augmente mon salaire. Quand je m'étonne avec humour qu'il augmente quelqu'un de déjà trop payé. Il me répond qu’il ne va peut être pas rester longtemps à la tête de ce département et que cela pourra compenser un peu ma prime de responsabilité de bureau que j’ai depuis 5 ans et qu'il a refusé de supprimer aux responsables de bureau mais que son successeur suprimera certainement.


Je suis étonnée des ses confidences. Va-t-il partir à la retraite. Je ne le vois pas du tout retraité. Il s’ennuiera trop. Peu de temps après, on apprend qu’il est nommé Directeur de l’innovation avec une équipe très réduite à manager. Je suis triste, je l'aimais bien Pierre. 


Il est remplacé par un Directeur Régional que j’ai bien connu puisqu’il est issu comme moi de l’entreprise qui a été rachetée par notre Groupe, vous savez l’entreprise aux tournesols. Des souvenirs de « jeunesse » qui devraient nous rapprocher.


Pourtant,  l'avertissement de Pierre liée à une mauvaise intuition m'inquiètent sérieusement. J'ai remonté quelques barreaux que j'avais descendus avec Mamie Nova mais je crains que ce soient les derniers barreaux avant la chute vers la retraite peut être via le palier du pôle emploi..... C'est hélas le lot de beaucoup de seniors que l'on veut faire travailler plus longtemps mais que les entreprises forcent à partir dans des plans de départ volontaire, des plans de sauvegarde de l'emploi ou des licenciements transactionnels.... C'est tout le paradoxe actuel.

 

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Rédigé par eglantine

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Publié le 19 Octobre 2009

Après Danièle,  Agnès est arrivée .... sans se presser. Après la fougue de Danièle, la bonhomie tranquille d'Agnès me surprend tant le contraste est grand... Je ne dirai pas qu'elle est molle ce ne serait pas exact, elle a une force cachée maîtrisée. En apparence, elle paraît zen.

A soixante ans, elle ne cherche pas à cacher ses cheveux gris blancs. Elle affiche en permanence un sourire ridé et avenant dans un visage maigre.

Au début, elle est sur ses gardes. Elle se méfie de sa nouvelle équipe de consultants seniors rebelles puisqu'ils viennent même d'arriver à éjecter leur précédente Directrice. Elle dirigeait auparavant une équipe réduite de jeunes consultants qu'elle environnait comme une maman. Pour une première expérience de management important,  j'avoue que ce n'est pas facile pour elle et qu'elle a des raisons sérieuses d'être inquiète.

Elle nous reçoit chacune, chacun pour mieux faire connaissance et tenter en douceur de nous séduire, de nous amadouer.

La première chose qu'elle me dit c'est  "je sais que tu n'as pas signé la pétition, que tu regrettes Danièle et que tu n'avais pas envie de m'avoir comme manager mais je n'y suis pour rien dans son éviction".

Pourquoi donc a t'elle besoin de se justifier  ? Elle vient sans même s'en rendre compte renforcer  la conviction que j'avais que la pétition était organisée.

Ensuite elle me fait des compliments sur mes compétences tout ce que je déteste. Je pense aussitôt qu'elle n'est pas aussi intelligente et intuitive que Danièle et cela me rassure quelque peu.


Ce n'est pas un manager que nous avons mais une grand-mère attentionnée et gâteau..... Du genre anorexique, elle ne mange pas grand chose mais se réjouit d'organiser des buffets après les réunions. Elle apporte des gâteaux cuisinés et nous devons faire de même. Elle oublie que nos journées sont longues : 10 heures environ quand ce n'est pas plus et que le soir en rentrant nous avons envie de faire autre chose que de cuisiner pour la réunion du lendemain ou même de faire les courses.
Un des consultants la surnomme Mamie Nova et c'est ainsi désormais que nous l'appellerons tous entre nous en chantonnant parfois la chanson de chantal Goya "Mamie Nova" ... merci qui, merci qui, merci Mamie Nova ?




Le fait que je sois autonome à Cergy ne lui plaît pas du tout. Elle cherche au départ à essayer de contrôler mon activité et  à me demander des rapports d'activité que je ne lui envoie pas puisque pour cette activité je dépends du Directeur Général à qui j'adresse régulièrement des comptes.  Alors elle va essayer de tout faire pour m'empêcher de mener correctement mes missions à Cergy en me demandant de venir suivre quelques candidats sur Paris, en refusant de me donner des ressources pour mes affaires.  Je suis même obligée d'aller moi même réaliser des missions dans le Loiret un ou deux jours par semaine alors que nous avons des consultants qui habitent le sud de l'île de France et un bureau à Orléans. Ceci est vraiment stupide car c'est beaucoup de temps perdu en transport et de l'argent dépensé en frais de déplacement. Elle croit m'embêter ainsi mais je prends vraiment un certain plaisir à quitter Cergy, à me déplacer. J'aime conduire dans la campagne et les lever de Soleil sur la Beauce sont merveilleux. Il m'arrive de m'arrêter et de prendre des photos. J'aime aussi venir à Paris ce qui me permet de sortir de mon isolement et d'échanger avec mes collègues. Le midi je déjeune avec eux ou je fais du shopping dans les grands magasins au lieu de déjeuner.
Du temps de Danièle, je signais les contrats avec les clients, elle me faisait confiance. Agnès, exige de voir tous mes contrats et de les signer. Au début je résiste, elle s'en plaint au Directeur Général qui me demande aimablement d'obtempérer. Les contrats me reviennent jamais changé sur le contenu toujours avec des corrections au stylo rouge sur la forme : virgules à rajouter, présentation à changer.
c'est le seul pouvoir qu'elle a sur mon activité et elle en use et abuse.Je trouve cela très mesquin et à vrai dire dérisoire.
Elle connaît l'influence que j'ai sur les autres consultants de l'équipe qui aiment travailler avec moi sur les projets que j'anime. Elle essaiera aussi de casser cela et de m'isoler du reste du groupe. Avec les plus soucieux de ne pas déplaire à leur manager, elle y arrive.

Je conserve néanmoins la sympathie du Directeur de Division qui prend nos différents pour une querelle féminine. Il a aussi d'autres préoccupations. Il est nommé Directeur Général. Il est remplacé par une ancienne Directrice Financière puis DRH dans un grand groupe Français.

C'est une "quadra", une "cost killer"  (tueuse de coûts) qui est la pour rentabiliser. Elle va tenter de le faire et en même temps essayer d'éliminer les "quinquas" ces papis et mamies trop payés à son goût et dont certains font de la résistance. Elle arrive un matin à Cergy. Nous avons un long entretien. Elle m'annonce qu'elle va fermer le bureau qui n'est pas suffisamment rentable et en profite pour me fixer des objectifs commerciaux irréalistes que je refuse de signer.

Mamie Nova n'est pas une "quinqua" mais une "sexa" sans sex-appeal et c'est à elle qu'elle s'attaque en premier... Honneurs aux anciens. Elle lui retire la Direction de notre équipe "Carrière" pour la donner au Directeur Emploi qui est à la tête déjà d'une équipe importante. Malgré sa très mauvaise réputation de manager qui est parait il impitoyable, c'est pour moi la seule bonne nouvelle. Cergy va être fermé mais au moins je suis débarrassée de Mamie Nova, la mémé harceleuse.... Je respire.

A suivre....

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Rédigé par eglantine

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Publié le 11 Octobre 2009

Nous avons une nouvelle Directrice de département, Daniele,  qui vient de chez un important concurrent. Ce qui me frappe chez elle c’est son sourire en toutes circonstances, son empathie, son ouverture aux autres et aux idées. Elle a une séduction naturelle dont elle use et abuse ce qui me déplait fortement. Elle a sa cour de consultantes qui chaque matin viennent nombreuses lui délivrer des bisous claquants et en recevoir en retour, ce qui ne les empêche dans la journée de la critiquer ouvertement. On rêve d’une pandémie grippale qui viendrait mettre fin à cette pratique hypocrite.

Je m’abstiens de le faire, j’ai toujours eu un problème avec la séduction.
Danielle est ouverte à la communication et organise de nombreuses réunions de service ou chacun peut s’exprimer comme il le souhaite… ou presque car son amour-propre est un tantinet chatouilleux en cas de critique. Sachant que je suis sur un terrain favorable et qu’elle est très sensible à la qualité des missions. Je lui explique que nos méthodologies d’outplacement (reclassement de candidats) datent de 15 ans et qu’il serait bon de les faire évoluer sérieusement notamment en termes de bilan de compétences et surtout de recherche d’emploi. Nos films de formation sont d’une autre époque et tous les consultants qui en sont les acteurs sont maintenant partis ou à la concurrence !

Elle me demande alors si je souhaite m’en charger et me nomme Responsable des projets méthodologiques au sein du service ce qui me réjouit vraiment. En contre partie je lui repasse avec plaisir l’animation des secrétaires des consultants et candidats dont j’avais hérité du temps du précédent manager qui n’avait aucune motivation pour cette mission. J’aime animer des équipes au sein d’un projet mais le management hiérarchique direct ne m’intéresse pas vraiment.

Des volontaires me rejoignent dans ce grand projet et nous nous mettons vite à l’œuvre avec implication. Nous réécrivons toute la méthodologie d’accompagnement des salariés. C’est beaucoup de travail supplémentaire mais chacun dans l’équipe s’y investit fortement. Nous décidons de concevoir un premier film de formation sur les entretiens de recrutement pour les cadres. Nous décidons d’y mettre en scène 4 entretiens de recrutements chacun avec un recruteur ayant un type de communication différent. Nous faisons la liste des messages à faire passer : attitudes à avoir et erreurs à ne pas commettre en entretien. Nous écrivons chacun une partie du scénario. Nous décidons que nous jouerons nous même les acteurs. N’étant pas assez nombreux à accepter de se montrer devant les caméras, nous trouvons d’autres volontaires dans l’entreprise dont notre nouvelle directrice générale qui vient d’arriver. Je choisis la société de réalisation, lui présente le scénario. C’est enfin le tournage. Très intéressant, mais stressant. Nous ne nous imaginions pas nous allions devoir refaire la même scène plusieurs fois. Comment vont-ils faire pour sortir un film de toutes ces petites scènes filmées, c’est tout l’art du montage. Nous avons le plaisir de découvrir enfin le film, fruit de notre travail d’équipe. Il correspond tout à fait à ce que nous attendions et même si l’on voit que nous ne sommes pas des acteurs professionnels cela le rend encore plus attachant et parfois drôle. Un des consultants de l’équipe me dit que cette expérience lui a donné l’envie de faire du théâtre et qu’il va s’inscrire à des cours.

Je suis fière de montrer le résultat à ma responsable et à la Directrice Générale  qui sont très satisfaites. J’en profite pour leur proposer de réaliser un second film mais cette fois ci pour les non cadres et j’ai immédiatement leur accord. Il ne nous reste plus qu’à réaliser le guide de l’animateur. Nous le faisons avec plaisir et formons les consultants.

Nous concevons ensuite de nouveaux ateliers de formation. Je conçois un atelier sur la créativité à l’écrit. C’est en fait un atelier d’écriture. On montre une fourchette au groupe et l’animateur écrit au tableau les mots que cette fourchette inspire. Ensuite chacun se sert des mots écrits pour créer son propre texte sur cette fourchette. J’en conçois un second sur comment montrer sa motivation. On demande aux candidats de présenter leurs parcours et projet professionnels en 3 minutes. Ils doivent ensuite devant la caméra de raconter une de leurs passions ou à défaut de narrer un bon souvenir de leur vie. On les enregistre en vidéo et on leur passe ensuite le film pour leur montrer la différence entre les deux présentations. Ils prennent alros conscience que la seule explication rationnelle de leur parcours professionnel n’est pas suffisante et qu’il faut montrer de l’enthousiasme dans le contenu et le non verbal et décrire son parcours comme on décrirait une passion ou un souvenir agréable.

Après près de 2 ans de travail sur la conception des méthodologies et leur mise en œuvre. Je m’ennuie de nouveau. J’aime surtout créer et mettre en place, après il faut que je passe la main ce que je fais volontiers.

C'est à ce moment là  que notre Directrice Générale démissionne pour rejoindre une grande administration et qu'un nouveau Directeur Général vient d'être nommé. Daniele est très peinée d'avoir perdu la Directrice générale qui était pour elle plus qu'un soutien, presque une amie.

Le nouveau Directeur me demande d'ouvrir un nouveau bureau à Cergy et d'en prendre la responsabilité. Je suis très fière de cette autonomie retrouvée et de la confiance qu'il me fait. Cela ne plait pas du tout à Daniele car elle continue à me manager sans avoir de pouvoir sur mon activité à Cergy qui dépend du Directeur Général. Nos relations s'en ressentent.

Le climat se détériore dans le service à Paris. Il ya peu d’hommes et Danièle notre Directrice joue aussi de sa séduction auprès d’eux et s’efforce de leur plaire d’une manière assez exclusive. Il y a d’autres consultantes très attirantes et qui jouent aussi la séduction.

C’est un véritable combat de poules aussi cruel qu’un combat de coqs qui s’engage. Danièle se retrouve soudain assez seule avec juste une de ses fidèles lieutenantes pour la suivre, une dame très classique qui ne lui fait pas d’ombre. Elle perd aussi le soutien du nouveau Directeur Général peu sensible aux charmes féminins  et à qui son côté superficiel ne doit pas plaire.



Je prends une semaine de vacances et quand je reviens c’est la révolution dans le service. Une de ses concurrentes devant la gent masculine, une consultante qui est en plus déléguée du personnel, vient déposer sur mon bureau une pétition contre notre Directrice, pétition qu’elle va envoyer au Président et au Directeur Général avec qui elle est très bien. Toutes les consultantes et toutes celles qui lui faisaient la bise le matin l’ont signé. Je refuse de signer. Heureusement je ne suis pas la seule. Une autre consultante ne signe pas non plus. Même si le management de notre Directrice est critiquable, Je trouve cette pétition scandaleuse surtout qu’elle a été faite à l'insu de Daniele  et qu’aucun échange oral pour tenter de trouver des solutions n’a eu lieu. Je  met en garde mes collègues en disant qu'elles savent qui elles perdent mais elles ne savent pas qui elles vont retrouver….. C’est une dénonciation qui n’honore pas ceux qui l’ont lancée et qui n’honore pas notre Directeur Général qui profite de l’occasion pour muter notre Directrice à un an de la retraite à un poste de simple consultante. Même inconsciemment, La Direction n’aurait elle pas un peu suscité cette pétition ? Une nouvelle Directrice est nommée. Je la connais bien et nous venons d'ailleurs de nous accrocher sur un sujet professionnel. Le Directeur de Division a dû arbitrer et il l'a fait en ma faveur ...... Mes relations avec ma nouvelle directrice débutent donc mal. Je sens que je suis arrivée en haut de l'échelle professionnelle et que je ne peux que redescendre.

A suivre........

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Publié le 29 Septembre 2009

Le lendemain du jugement du tribunal de commerce, le Président m'appelle et m'annonce cette reprise. Il me rassure en me disant qu'il me reprend dans les effectifs .

Il me donne quinze jours pour fermer le bureau de Cergy, prévenir mes secrétaires et les consultants qui ne sont pas repris, les clients, organiser le déménagement. Il m'annonce qu'après je regagnerai le siège parisien. Pour compenser le fait que, n'ayant plus de bureau, je perds mon titre de BU Manager , il me dit  "Nous rouvrirons un jour ce bureau et vous en aurez la responsabilité. En attendant, je vous donne la responsabilité de la filière commerciale". Je sais que ce titre est purement honorifique. Il s'agit de prendre en charge la responsabilité du reclassement des personnels commerce et marketing. Je suis contre les fillières.  Je le lui avais dit lors de notre court échange qu'elles ne se justifiaient que pour l'informatique ou le médical ou pour bien comprendre ce que font les candidats, il faut s'y connaître un peu sans être toutefois expert. Je refuse donc cette responsabilité et il le comprend. Redevenir simple consultante me va très bien, je stresserai moins.

En attendant j'ai un vrai défi à réaliser, fermer mon bureau sans perdre un client. Pour le personnel c'est plus facile puisque Françoise a trouvé du travail, mon autre consultant arrivé en fin de CDD est déjà parti et nos  secrétaires ont retrouvé du travail aussi grace à mes contacts dans les entreprises de la région. Elles vont être licenciées, je suis la seule reprise et pourtant tout le monde va m'aider pour réussir ce challenge. Je me charge des clients et avec Françoise des candidats. Les secrétaires organiseront le déménagement en relation avec les services généraux. Je n'aurais jamais réussi sans elles. Quand le Président me remercie de cette réussite,  je luis répond que c'est elles qu'il doit remercier. Mon homologue sur le bureau de St Quentin nons seulement a dû se débrouiller seule mais en plus avec certains de ses collaborateurs qui lui ont causé de sérieux problèmes. Elle devait être reprise et en fait elle est partie. Je pense que c'est en partie pour cela qu'elle n'a pas été reprise. Dans les entreprises surtout dans les moments difficiles, il faut se méfier de tout le monde car potentiellement on a plus d'ennemis que d'amis.

Quant aux clients, je les appelle un par un et je leux explique les choses comme elles sont. Je les rassure quant au sort de leurs anciens salariés en leur expliquant que je vais continuer à les accompagner mais sur Paris ce qui au moins aura l'avantage de montrer aux moins mobiles que Paris n'est seulement qu'à 3/4 heure de Cergy par les transports en commun.
Je suis très étonnée de leur réaction de soutien. Le DRH d'une filale d'un grand groupe me dit que ce n'est pas à la Société X ou Y qu'il fait confiance mais à moi et que tant que je m'occuperai de ses salariés, il continuera à me donner des missions. Je conserverai presque tous nos clients.

Les déménageurs arrivent, nous sommes toutes là pour les orienter. Le Gérant qui est dans l'immeuble est qui n'a pas été prévenu de notre départ par le Siège arrive très inquiet et en colère de nous voir déménager alors qu'il lui reste plusieurs factures de loyer non payées. Une des secrétaires le reçoit et lui dit qu'effectivement nous avons oublié de le prévenir, qu'il veuille bien nous en excuser mais que nous sommes toutes licenciées et très perturbées par cela. Elle lui donne les coordonnées de l'Administrateur Judiciaire pour ses factures. Ce Monsieur s'excuse même de nous avoir opportunées dans un moment difficile pour nous.




J'arrive à Paris et Je sens tout de suite que la culture de ce nouveau groupe est très différente. Il va falloir m'adapter. Heureusement je ne suis pas seule et j'apprends à travailler avec mes collègues parisiens de mon ancienne entreprise. Cela va être très difficile pour nous. Auparavant on nous faisait une grande confiance, nous étions très gâtés, récompensés de nos efforts. Rien n'était trop beau pour nous, pour les clients et les candidats. Nous avions de fort caractère et avions l'habitude de nous exprimer sans  hésiter et ce mode de communication était apprécié, il faisait partie de la culture de l'entreprise.  Ici c'est beaucoup plus feutré, hiérarchisé, on se croirait dans une grande administration ou on dépense vraiment avec une extrême modération. Il faut surtout se taire mais faire la carpe, je sais.... Rappelez vous.... L'adaptation est à ce prix et ceux qui savent le faire restent, les autres partent.

Le Président décide seul mais consulte beaucoup, il écoute avec beaucoup de patience et de politesse. Il semble parfois absent quand on lui parle mais il est déjà entrain d'intellectualiser ce que nous lui disons. Parfois au moment où on ne s'y attend pas, il pose une question fort surprenante et pertinente, preuve qu'il n'a rien perdu.  Il parle peu, nous ne savons jamais ce qu'il pense réellement.

Ayant évolué dans les milieux politiques, il aime faire des discours et chaque année nous ne manquons pas le discours protocolaire des voeux.
Très intéressant de voir comment il peut dans le même discours dire tout et son contraire comme en politique. Un exemple, il nous explique qu'il faut que nous échangions entre salariés du même groupe mais de différentes entités et il dit " Aimez vous les uns les autres..... mais pas trop tout de même".... Autrement dit la concurrence est bonne pour l'entreprise et je pense réellement qu'il fait tout pour l'entretenir. C'est vrai à y réfléchir, il vaut mieux que nous soyons trois à nous battre pour avoir un client qu'il n'y en ait pas du tout  à cause de l'amour universel !!




C'est donc la guerre pour certains, guerre auquel je ne participerai pas. J'ai mes clients cela me suffit. Ils me connaissent trop pour faire appel à un autre consultant et je n'irai pas en voler d'autres à mes collègues. Ce système a ses limites. Imaginez un client qui reçoit deux propositions commerciales émanant de deux consultant du groupe avec des prestations identiques mais des honoraires différents ! C'est arrivé souvent.

Ma rémunération fixe augmente rapidement mais comme mes primes commerciales diminuent puisqu'elles sont désormais plafonnées. Je gagne moins. Comme il n'y a plus de carotte pour avancer dans le domaine commercial et surtout parce que je n'ai aucune motivation pour la chasse de nouveaux clients , je ne fais  que très peu d'efforts pour aller en chercher de nouveaux . Heureusement qu'ils arrivent souvent seuls.

Je continue à accompagner des candidats mais beaucoup moins d'ouvriers, plutôt des cadres en outplacement individuel.  J'anime des formations aux techniques de recherche d'emploi. Au bout d'un moment je suis lasse de ce métier n'ayant plus les responsabilités que j'avais avant.
Il faut que je puisse évoluer mais comment ?

A suivre..... le temps d'écrire la suite... En attendant prochainement de nouveau des poésies.

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Publié le 25 Septembre 2009

Le groupe a de sérieuses difficultés dues en grande partie à une mauvaise gestion du dirigeant qui a débuté seul son entreprise et s'est vu à la tête rapidement d'une entreprise de 350 personnes. Il a la folie des grandeurs, nos locaux sont luxueux, bien trop grands..... Je sais que l'aventure va se terminer par un dépôt de bilan..... En 1986 , il donne au bureau de Cergy qui s'est bien développé sa complète indépendance en en faisant un centre de profit à part entière. Il m'en donne la responsabilité. Me voila promue "B.U.  Manager" (directeur de centre de profit). Je précise que nous sommes dans une entreprise franco française mais que c'est à la mode d'employer beaucoup de termes anglais.  Je trouve cela stupide mais je dois bien m'adapter.

J'apprends à faire un "business plan" (prévision de chiffre d'affaires et de dépenses). Je gagne un très gros contrat sur Cergy ce qui est très rare car nos clients avant de nous confier des affaires regardent nos comptes et quand ils le font ils s'apperçoivent aussitôt que l'entreprise n' a pas d'avenir et donnent le contrat à un autre cabinet. Ce Président de la filiale française d'une grosse société japonaise n'a pas regardé, je sais que le contact est tout de suite passé. Il n'a rien négocié sur le contrat et nous a fait confiance. Il me reste à reclasser rapidement les salariés avant le dépôt de bilan annoncé.

Le bureau de cergy conjointement se développe bien. Je renforce l'équipe par l'embauche d'un nouveau consultant, d'une secrétaire et par la mutation à cergy de mon amie Françoise . C'est une erreur de l'avoir accepté car ce n'est pas facile de manager une amie et pour elle cela est très difficile d'être sous ma responsabilité.  En cette période difficile Françoise et moi, très affectives,  nous attachons beaucoup plus que d'habitude aux candidats qui nous sont confiés et perdons le recul que nous avons.
Je m'attache particulièrement à Bernard un candidat, c'est le début d'une liaison passionnelle.  Elle me dit qu'elle ne comprend pas ce que je lui trouve.  Aujourd'hui je sais qu'elle avait raison. Tout cela entraînera de nombreux nuages dans notre amitié assez exclusive.

Nous savons que dans quelques mois la société sera dissolue, au mieux reprise, et que nous nous retrouverons toutes les deux sur le marché de l'emploi. Pour faire bien ce métier, il faut être rassuré sur son propre avenir. Françoise devance et commence à rechercher du travail. Je ne bouge pas et j'attends, on verra bien.

L'entreprise ne paye plus ses factures, nous paye avec beaucoup de retard, Un jour EDF, faute d'être payée, vient nous couper l'électricité à Cergy.   Les candidats ne peuvent plus utiliser les ordinateurs. Je ne veux pas les inquiéter avec les difficultés de l'entreprise.  Avec Françoise nous prétextons une panne électrique et un candidat ingénieur nous propose de tenter de nous dépanner. Je lui réponds que c'est très gentil mais que pour des raisons de sécurité il est hors de question qu'il touche à l'électricité. S'il arrivait un accident je serai responsable.

Le dépôt de bilan est annoncé. Un administrateur judiciaire est nommé et trois repreneurs se font connaître. L'un des plus gros prétendants à la reprise du groupe, le Président de l'entreprise X, .... ,qui est capable à lui tout seul de financer la reprise, alors que les autres sont associés à des investisseurs demande à rencontrer tous les BU Manager. Je le rencontre un midi dans son bureau au siège de son entreprise de communication. Il est petit, habillé d'un costume gris et sur le costume une grande écharpe blanche. Son visage allongé assez rouge éclairé par un regard souriant pétillant d'intelligence contraste avec sa chemise blanche décorée d'une cravate très classique. Ce Monsieur, un énarque ancien conseiller ministériel, malgré sa très petite taille, a un charisme certain. Je suis impressionnée mais sa convivialité me rassure et je me sens rapidement à l'aise. Il ne me posera seulement deux questions et je sais que sur les réponses si il obtient la reprise (il en parait persuadé) , je joue mon avenir.

Dois je fermer le bureau de Cergy me dit il ? Votre Directeur pense qu'il faut le conserver. Qu'en pensez vous.  Je lui dis qu'effectivement  le bureau de cergy est le seul bénéficiaire actuellement mais que cela est dû à ce gros contrat que nous avons obtenu et que c'est temporaire et qu'il est urgent de diminuer les dépenses de structure. Je sais que cette réponse peut me faire perdre mon emploi et celui de ceux qui travaillent dans ce bureau mais si je lui avait dit qu'il fallait le conserver, je n'aurais pas été crédible. 

Il me demande ensuite comment je vois l'avenir de mon métier à court et plus long terme. Je lui réponds que les grands groupes qui sont nos clients vont de plus en plus anticiper leur plans sociaux en développant la mobilité interne grace à une gestion meilleure de leurs compétences et en faisant du préventif de plans sociaux. Il ne dit mot mais je sens qu'il partage mon point de vue. Il prend congé en me disant à bientôt. Je sors ravie de cet "examen de passage" et en étant optimiste quant à la reprise du Groupe. Quelques jours après les deux autres prétendants renoncent.

Peu de temps avant le jugement du tribunal de commerce. Nous allons au siège du groupe à Paris pour une réunion de fin. Je revois le président de la société prétendante à la reprise qui me salue en me demandant "Comment allez-vous chère Madame" mais "très bien cher Monsieur" ..... enfin dans mon fort intérieur je me dis que cela ira beaucoup mieux dans quelques semaines quand je serai fixée sur mon sort.


Françoise, quant à elle, a retrouvé du travail ailleurs avec un salaire très important. Il faut dire que Françoise ne fait pas de commercial et que pour bien gagner dans cette entreprise, il faut développer le Chiffre d'affaire. Le Patron sait récompenser les consultants qui lui apportent le business et je gagne très bien ma vie. Ma dernière prime d'objectif annuelle sera de 90.000 Francs que me règlera l'administrateur judiciaire. Paradoxal, je n'ai jamais autant gagné que cette année du dépôt de bilan.




Nous sommes très tristes avec Françoises et très émues de la fin de cette aventure. Nous étions très attachées à notre entreprise, à son dirigeant. Nous sortons en dernier de la réunion, il n'y a plus personne dans le hall d'accueil. Il y a dans un grand vase de superbes faux tournesols (le tournesol était l'emblême du groupe). Personne en vue, je subtilise discrètement deux tournesols que je cache dans mon manteau  pour sortir.  Nous éclatons toutes les deux de rire mais un rire proche des larmes. Nous garderons Françoise et moi ces tournesols en souvenir de cette belle aventure qui se termine. Il faut dire qu'avec Françoise, à chaque fois que nous nous quittons pour les  vacances, nous nous envoyons des cartes de tournesol. Je me mets à planter aussi des tournesols géants dans mon jardin.

Le Tribunal de commerce en 1988 accepte la reprise du Groupe par l'entreprise X..... C'est la fin des tournesols, la fin de ce qui restera ma plus belle période professionnelle et la fin d'une amitié passionnée. Je continuerai à revoir Françoise et aujourd'hui elle est toujours une  amie mais c'est différent.

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Rédigé par eglantine

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Publié le 21 Septembre 2009

Un jour je retourne à Saint-Quentin où je vais assez souvent et on me présente une consultante Françoise. Au début nous nous snobons par ma faute surtout car elle m'impressionne et j'ai du mal à faire les premiers pas dans la relation et puis quand je travaille, je n'aime pas être détournée de mes objectifs par des conversations de machine à café ou de bureau. Néanmoins je ne sais pas pourquoi elle m'attire vraiment et petit à petit nous arrivons à échanger et une grande amitié naît rapidement.

Françoise à une cinquantaine d'années est célibataire et vit seule au Pecq dans un grand appartement avec vue sur Seine au dessus de la très grande piscine de la résidence. Elle est élégante, intelligente a beaucoup d'humour. Ses seuls défaut à mes yeux fumer beaucoup trop (je fume aussi à l'époque, depuis j'ai arrêté) et jouer dans les casinos. Elle est capable un soir sous l'impulsion du jeu de prendre sa voiture et de monter à Deauville ou à Forges les eaux pour jouer aux machines à sous. Elle gagne parfois et perd beaucoup. Dans notre métier, c'est une nomade, elle travaille sur des antennes emploi sur toute la France. Le soir quand elle est sur Paris je vais souvent dîner avec elle et, après un passage dans la piscine l'été, nous échangeons sur notre métier, nos candidats, la vie, l'amour.

Elle me demande de la rejoindre sur une antenne emploi d'une usine qui ferme dans une ville de Corrèze pour animer pendant une semaine des stages aux techniques de recherche d'emploi. Je découvre les antennes emploi de province avec des populations ouvrières très ancrées sur leur territoire. Les bureaux de l'antenne sont dans une boutique dans une rue très passante le long d'une nationale où les camions passent et font trembler les vitrines de l'antenne. Pour aller au W.C. il faut descendre un escalier qui s'apparente plus à une échelle et avec des toilettes à la turque. Citadine à la campagne, Je fais comme Françoise, je rentre à l'hôtel proche.




Mes animations se passent bien, j'ai la qualité de pouvoir m'adapter facilement à tous types de population. A la fin du stage lorsque je fais l'évaluation avec les participants et que je leur demande ce qu'ils ont pensé, ils sont tous satisfaits.
Une petite dame me dit néanmoins avec le sourire "qu'est ce vous devez l'aimer votre métier pour nous raconter si bien des bêtises pareilles". Ce genre de réflexions permet de relativiser et évite d'avoir la grosse tête. J'éclate de rire et je comprends là encore mieux toute la difficulté de ce métier et la nécessité de "vendre" nous mêmes ces ouvriers aux entreprises qui recrutent sans trop leur demander d'écrire et d'envoyer leur C.V. 

J' apprends aussi que ce sur ce plateau des mille vaches, faire 10 Kms dans un sens peut être différent que de le faire dans une autre direction.  Un ouvrier me dit qu'il ne veut pas travailler dans l'entreprise X.. ou il a une offre même à 10 Kms de son domicile parce qu'il y a trop de tournants sur la route dans ce sens là  !

Le soir nous nous racontons nos expériences et en rions de bon coeur. La semaine passe trop vite, je reviens et reprends mes activités en ville.

Françoise m'invite un week-end l'hiver à Clermont Ferrand à l'hôtel. nous visitons le joli village de Saint-Nectaire, Royat, la Bourboule et bien entendu Françoise m'emmène au Casino. Pour la première fois de ma vie, je joue aux machines à sous et avec la chance du débutant en jouant 10 francs, j'en gagne 2500. Françoise me propose de les rejouer, je refuse. Je ne suis pas joueuse et personnellement je préfère donner de l'argent à des associations qu'aux casinos. Je trouve cela indécent et je le dis à Françoise qui ne s'en émeut pas. Nous avons toujours eu toutes les deux un langage très direct.

Pour la première fois de ma vie d'adulte, j'ai l'impression d'avoir une vraie amie. Je l'admire beaucoup. Dans l'amitié comme dans l'amour, j'ai besoin d'admirer et quand on se fait de l'être aimé un idéal, les déceptions peuvent être rudes. Mais pour le moment tout va bien et ces années seront sans aucun doute les meilleures de ma vie professionnelle.

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Rédigé par eglantine

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Publié le 17 Septembre 2009

Je débute dans le groupe C. sur le bureau de la ville nouvelle de Saint Quentin en Yvelines où est la Direction du Département pour être formée avant de débuter seule sur Cergy. Je participe en arrivant avec des nouvelles embauchées à un stage de formation aux techniques de recherche d’emploi et à la méthodologie du Cabinet. Ce stage est animé par une consultante senior expérimentée qui m’impressionne beaucoup par ses compétences, son sens pédagogique et son enthousiasme communicatif. Je me rends compte aussitôt que j’ai tout à apprendre dans le domaine. L’ambiance est très agréable, tout le monde se tutoie, s’appelle par son prénom. A part les directeurs les consultants sont en majorité des femmes. Elles ont toutes plus de quarante ans, voire plus de cinquante ans, sont passionnées par ce qu’elles font et sont très ouvertes et accessibles. Je suis tout de suite acceptée et me sens immédiatement acceptée.   Nous mangeons toutes ensemble le midi à la cantine ce qui permet de mieux nous connaître. Il y a un vrai esprit d’équipe et une excellente ambiance. Je n’ai plus de patron réellement et la perspective d’être lâchée sur le bureau de Cergy en toute indépendance sans personne derrière moi pour me contrôler me réjouit certes mais m’effraie aussi beaucoup compte tenu de mon manque d’expérience dans le métier.

 

Quelques semaines après j’arrive donc au Bureau de Cergy et je retrouve la consultante qui avait participé à mon recrutement et qui est elle responsable du reclassement des cadres. Elle appartient au département outplacement individuel basé au Siège du Groupe à Paris. Nous allons avoir à travailler ensemble mais sans lien hiérarchique direct. C'est une femme très active, enthousiaste, sympathique mais je sentirai tout de suite qu’il y a une frontière entre l’outplacement individuel des cadres et l’outplacement collectif des ouvriers.

Dans les locaux tout est séparé même les toilettes. il y a des toilettes cadres et des toilettes ouvriers et employés.  Ils auraient très bien pu être mis en commun ce qui aurait permis de faire des toilettes hommes et des toilettes femmes.

Je me rendrai compte par la suite lors de mes déplacements au Siège que ce qui est vrai à Cergy l’est encore plus à Paris, où les consultants d’outplacement individuel cadres se considèrent supérieurs à nous consultants des plans sociaux d’ouvriers et d’employés. Ils se gargarisent de la relation interpersonnelle qu’ils ont avec des cadres supérieurs et des dirigeants alors que nous travaillons avec la masse.

 

Peu importe, je vais apprendre à travailler en toute indépendance. J’ai mes premiers salariés à accompagner. Je me souviendrai toujours des deux premiers : Claudine une comptable trésorerie et Pascal un employé de reprographie d’un grand groupe qui retrouveront rapidement un emploi. Claudine à Cergy près de chez elle et Pascal à Paris près de l’étoile dans un société de reprographie. Je suis très heureuse de ces résultats et je resterai longtemps en contact avec Pascal et 16 ans après, je suis toujours en contact avec Claudine.






Dans les plans sociaux, il y a également des cadres à accompagner et j’en accompagne quelques uns avec beaucoup de succès.

J’anime des sessions de formation aux techniques de recherche d’emploi assez théoriques et des ateliers plus ludiques de mise en pratique.


J’apprends également à faire de la collecte d’emploi. J’appelle spontanément des responsables de recrutement et des responsables de PME pour connaître leur besoin en recrutement et leur proposer les candidats dont je m’occupe. Cette téléprospection (la moitié de mon temps) qui est contre ma nature m’apprends aussi à lutter contre ma réserve et ma timidité. Je me force à le faire avec comme seul objectif reclasser les salariés qui me sont confiés sur des postes que j’ai moi-même collectés et cela fonctionne assez bien.

Je me souviens d’un employé d’un grand constructeur automobile qui avait le visage très rouge. Je ne l’avais jamais vu en état d’ébriété mais je savais qu’il ne serait pas embauché car son faciès (d’ancien alcoolique je pense)  pouvait inquiéter le recruteur. Je collecte un poste d’employé administratif dans une mutuelle qui lui correspond tout à fait. Quand j’ai le responsable de l’entreprise en ligne, je lui annonce la couleur, c’est le cas de le dire, en lui précisant qu’il ne s’inquiète pas du faciès très rouge de ce Monsieur qui m’a inquiétée moi-même au départ mais que je peux lui garantir que je ne l’ai jamais vu en état d’ébriété. Il le reçoit en entretien et me rappelle ensuite en me précisant qu’il va l’embaucher.  Il sera conservé à l’issue de sa période d’essai.

 

Je me souviens de ce Directeur Administratif et Financier qui bégayait fortement. Je lui conseille en début d’entretien de prévenir son interlocuteur de son bégaiement pour que le recruteur ne soit pas surpris et qu’il soit ensuite plus bienveillant à son égard. Il retrouvera également un emploi.

 

Les résultats sont là. Je commence à accompagner quelques cadres.

Au bout de quelques temps on me demande de faire aussi du développement commercial.  Je vais donc rencontrer des entreprises, présenter le cabinet et négocier avec eux des prestations de bilans de compétences ou d'outplacement individuel ou collectif. Je ne suis pas une bonne commerciale, je suis trop réservée, je n'aime pas négocier. Je me force néanmoins et comme j'arrive à parler de mon métier avec passion cela marche assez bien.

Les premiers résultats en engendrent d'autres et quand j'ai obtenu un client je le garde car il est content de la qualité de la prestation, des résultats obtenus et aussi de la bonne relation que je sais instaurer. J'augmente beaucoup mon salaire avec les primes que j'obtiens sur les contrats gagnés.

A suivre
 

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Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

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