Publié le 28 Mai 2012

Avant de vous servir une bouillabaisse bien chaude, je voulais m'excuser auprès de Monsieur Marcel PAGNOL (s'il peut me lire là ou il est) d'avoir parodié la fameuse partie de cartes entre Panisse et César et de lui dire que cette modeste parodie prouve la grande admiration que j'ai pour lui  :

 

PANISSE ET CESAR CHEZ LE COIFFEUR RUE SAINT PIERRE A MARSEILLE

 

 

 

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Cesar et Panisse se retrouvent chez le coiffeur rue Saint-Pierre à Marseille après leur fameuse partie de carte

 

CESAR (s’adressant à Colin le coiffeur)

Colin arrête de rêver avec tes yeux bordés d’anchois, tu me fends le cœur, qu'est-ce que tu attends pour me couper au carré

 

COLIN (énervé et en criant)

Tiens toi à carreau César car sinon ce n’est pas au carré que je vais te couper…

 

PANISSE (qui attend sur le fauteuil d’à côté s’adressant à César)

Il n’est pas frit le merlan aujourd’hui, il est plutôt congelé. Il est muet comme une carpe.

 

CESAR (à Colin)

Hé bé  ! C’est vrai que tu ne barjaques pas aujourd’hui Colin on est pas escagassé par tes paroles comme d’habitude….

 

PANISSE s’adressant à César

Et en plus il t’a fait la raie de travers….

 

COLINrépondant à Panisse

Peuchère....C’est lui qui  a la tête de travers avec une tronche d'aï, alors forcément qu'elle est de travers la raie


CESAR

Fais pas le mariolle Colin : Je t’ai vu l’autre fois, fier comme un vieux loup de mer,  taquiner le goujon sur le vieux port avec la Roussette à tes côtés tu lui faisais des yeux de merlan frit à cette pouffiasse. Tu joues les maquereaux maintenant

 

PANISSE

 Ferme ta grande gueule César... sinon Colin va te scalper ta tête de truite

 

CESAR (s'adressant à Panisse)

Sale requin qui a volé la fanny de mon Marius.  Peuchère  ! même pas un requin une vieille morue, un piètre pêcheur aux poches pleines d'oursins qui n’a même pas été capable d’attraper la sardine qui bouche le vieux port

 

PANISSE

La pauvre fanny, je me suis décarcassé pour elle, elle se languissait  comme l’ombre d’elle-même quand ton minot est parti. Je l’ai requinquée la petiote, enfin façon de parler car elle est grande comme une perche.  Aujourd’hui, elle n’est plus maigre comme une sole, ni plate comme une limande mais elle est toujours aussi vive qu'une anguille.

 CESAR
 

Bonne mère....la fanny une anguille, on aura tout vu,  on ne la reconnait plus, tu l'as gavé comme un saumon d'élevage,  on dirait un mérou

 

COLIN

Mais quels thons tous les deux, arrêter de gueuler on n’est pas à la criée mais dans un lieu public, un salon (il insiste sur salon) de coiffure

 

PANISSE

Peuchère ! Un SA lon : je me fends la gueule Colin ton SA lon c'est une poissonnerie...

 

CESAR (Il sort en marmonnant)

  « et toi Panisse tu me fends le cœur ». Je ne suis pas rancunier allons manger sur le "quai des rimes" la bouillabaisse d'Eglantine. J'espère qu'avec toute sa kyrielle de poissons (27)  y compris Oscar son poisson rouge qu'elle a mis dedans parce qu'elle n'avait plus assez de rougets on n'aura pas de mal à digérer.

 

 

Eglantine / Mai 2012

 

Ce texte a été écrit pour le défi n°82 lancé par  Jill Bill de la Communauté

les croqueurs de mots 

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Rédigé par eglantine

Publié dans #PIECES THEATRE, #Parodies

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Publié le 19 Mai 2012

Ce matin, je vais chez un client à Rueil-Malmaison pour le compte-rendu d'un bilan de compétences. J’aime faire des bilans et la restitution du salarié à sa Responsable Ressources Humaines est un moment qui permet au salarié de s’approprier son travail de bilan et "vendre" son projet d’évolution interne. J'interviens peu, la déontologie du métier m’interdit de restituer sans le salarié, mais ma présence à ses côtés est un soutien. Je peux l'aider parfois à répondre à certaines questions.
Aujourd'hui, ce n’est pas une restitution comme une autre, je suis extrêmement émue pendant le voyage en RER. Je suis partie bien plus tôt. Lorsque l’on vit en Île de France, il faut toujours anticiper un retard de train ou de RER. Ce matin, tout fonctionne parfaitement, un miracle. J’arrive à la gare de Rueil-Malmaison. L’entreprise est toute proche. J’ai une heure à tuer et je me réjouis d'avoir le temps de me promener. Je n’ai pas emporté la sacoche lourde avec mon PC portable comme de coutume. J’avais l’intention d'effectuer cette promenade avant de me rendre à mon rendez-vous professionnel, mais je ne savais pas si j'en aurai la force !

J’ai quitté Rueil-Malmaison pour Saint-Ouen l’Aumône en mai 1981, la veille de la victoire de François Mitterrand, que nous avons fêtée dans notre nouvelle maison toute neuve le dimanche soir.

Nous sommes aujourd’hui le 3 mai 2012, trois jours avant le second tour décisif des élections présidentielles. Je ne suis pas retournée dans ce quartier de la gare où j’ai vécu, pendant vingt-deux ans, les plus difficiles et les plus belles années de ma vie. J’y perçois un signe du destin et je me dis que cela ne peut que porter chance à François Hollande.

Je traverse la grande avenue de Colmar, je me souviens encore de son nom ; elle reliait, à l'époque, le Pont de Chatou à Nanterre. À cette heure de pointe, le flot des véhicules est incessant et fort bruyant. Je dois guetter, bien sagement le feu pour traverser. Il y a infiniment plus de circulation qu’à Cergy. Je traverse prudemment. Face à moi, une fontaine qui, avant, n'était pas là.

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Je prends quelques photos pour les montrer à mon Jeff avec qui j’ai vécu ici les plus belles années de ma vie. 

Je n’aime pas trop aller seule dans les cafés, mais je suis attirée par la brasserie « le Napoléon » et ne peux qu’y pénétrer même si, au dernier moment, j’hésite de peur que l'émotion me submerge.

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Cela n’a pas beaucoup changé excepté les serveurs. Je m’assois sur la terrasse couverte, au même endroit exactement où je me suis installée, il y a 41 ans, par un bel après-midi de juin, face à un jeune garçon aux cheveux longs et auburn que je n’avais jamais vu auparavant, mais avec qui j’échangeais régulièrement sur la CB, l'ancêtre du blog (voir mon article précédent).

Je ne me l’imaginais pas ainsi. J’avais déjà été séduite par sa voix, à la fois douce et profonde qui m'avait subjuguée. J’ai rougi et très timide, je me suis fermée comme une huître. J’avais mis, je me souviens, une robe short bleu marine à fleurs. Aujourd’hui, j’ai aussi une robe bleu marine très habillée qui m’arrive aux genoux avec un foulard à pois oranges pour l’égayer.

L’adolescente fragile, timide, mal dans sa peau est devenue une vieille bourgeoise, catégorie que je haïssais à l’époque où je me plaisais à chanter la chanson de Brel "les bourgeois, c'est comme les cochons, plus ca devient vieux, plus ca devient bête". Suis-je plus bête qu'avant ?

Mon Jeff me manque, je me promets de revenir ici avec lui. Je pense aussi à ce café où mon père passait tout son temps à jouer à la bellotte et boire des bières. De nombreuses fois, ma mère a été obligée de venir l’y chercher, quand il était trop ivre pour rentrer seul. L’émotion me prend à la gorge et les larmes me montent aux yeux. Je paye rapidement mon café et je sors de la brasserie. Je vais être dans un bel état pour la restitution du bilan de compétences.

J’ai encore une petite demi-heure pour continuer ma promenade souvenir. Je prends le boulevard des coteaux, passe devant la boulangerie où petite, en rentrant de l'école, j’achetais des cocos boer, des roudoudous et des rouleaux de réglisse. Plus tard, j’allais y chercher le pain.

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Je sais où je vais, rien n’a beaucoup changé ; je reconnais tout. Au fond d'un parking, très en retrait de la route, la  chapelle Sainte Thérèse surgit soudain. J'y ai fait ma communion, nous nous y sommes mariés et nos enfants y ont été baptisés. Elle n’avait pas de cloches avant, ni de fresque sur le devant, le mur était tout blanc. C’est bien la même, toujours aussi belle dans sa simplicité. Je ne suis plus croyante, mais je ne pouvais pas revenir à Rueil sans passer voir cette chapelle.

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Les larmes me montent aux yeux. Je pense à ce bel après-midi de juin 1973 où, sur ce Parvis, avec Jeff, nous sortions souriants de l'église, entourés de nos familles et amis. Nous avions même réussi à faire rentrer mon père dans une église

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38 ans de mariage dans un mois déjà. Il est temps de rebrousser chemin et de me diriger vers l’entreprise dans ce Rueil 2000. Je passe sous le pont de chemin de fer et remonte l’avenue Albert 1er (entre l'immeuble ancien et le nouveau sur la photo ci-dessous) qui se termine en cul-de-sac.

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Notre maison était la dernière à gauche dans l'avenue se terminant en impasse. Elle a disparu, ayant été détruite avec une bonne partie de la rue.

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Notre petite maison que nous louons et où nous avons vécu de 1973 à 198.  Nous y avons eu nos deux enfants

J’emprunte la rue des deux gares jusqu’à l’entreprise où je me rends. À la place, il y avait  un vaste terrain vague où nous jouions enfants et où je cueillais des boutons d’or. L'immeuble, avenue de chatou, où mes parents avaient un deux pièces, au cinquième étage sans ascenseur, a disparu ainsi que la tour Corosa où je travaillais qui a été détruite. L'entreprise où je vais se trouve presque au même endroit.

Je suis toute émue. Je reconnais sur le parvis de l’entreprise, au milieu des fumeurs, la salariée avec qui j’ai fait ce bilan. Elle m’accueille avec un grand sourire et me demande si j’ai trouvé facilement. Comment pourrais-je me perdre ici, j'y ai laissé une partie de moi-même. Je m'y sens chez moi.

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Après m’être penchée sur mon passé, je vais tenter de me concentrer de nouveau et penser à l'avenir professionnel de cette jeune femme que j'aime bien...  Le mien étant derrière moi. Dans un an, je prendrai une retraite bien méritée.

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Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

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Publié le 14 Mai 2012

Pour répondre au défi N° 81 de la communauté des croqueurs de mots lancé par Jeanne FADOSI

 

 

Très chère maman

 

Louis vide la maison de sa grand mère tant aimée qui vient de mourir avec beaucoup d’émotion. C’est fou ce que les vieilles personnes peuvent conserver comme objets et papiers inutiles. Il ouvre un grand et joli coffret en bois de merisier et en sort quelques papiers. Son regard est attiré par une gravure d’un journal de mode représentant un petit garçon sur un tapis de jeux.

 

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Une lettre accompagne cette gravure. Il reconnait l'écriture de sa mère, s'en saisit et se met à la lire à voie basse.....

 

 

 

Paris, le 24 juin 1870

 

Très chère Maman,

 

Je t’envoie la page du journal la mode illustré avec ton  petit Louis. Il a été très sage quand  il a fallu qu’il pose sans bouger sur le tapis avec cette jolie robe. Au début il jouait avec la poupée déposée sur le tapis de jeux, je l’en ai empêché. Quelle idée, Louis me surprendra toujours : un vrai garçon ne joue pas avec des poupées. Un vrai garçon ne pleure pas. Louis est très sensible et un rien le fait pleurer. Je me fâche quand il pleure et j’ai beau lui asséner qu’un homme ne pleure pas, il continue de plus belle rien que pour m’embêter.

Dans la malle du grenier, il se plait à sortir les robes de petites filles et à les porter. L’autre jour il m’a même demandé de lui mettre du rouge à lèvres. Tu te rends compte maman du rouge à lèvres ! Dans la rue avec ses cheveux blonds bouclés, son regard d’ange, on le prend pour une fille. Quand une passante le regarde et s’exclame  « oh la belle petite fille ! », j’ai tellement honte que je ne la contredis pas et je lui  réponds en la regardant dans les yeux  « N’est-ce pas qu'elle est belle ma petite louise ? ».

Que va-t-il devenir ?  je suis très inquiète. je n’avais pas besoin de cela. Maman tu sais que je souhaitais une fille pour oublier la mort de Louise, pour apaiser cette douleur insupportable, ce manque que je conserverai à jamais mais le mauvais sort a décidé que j’aurai un garçon et comme pour me narguer il lui a donné des instincts féminins. Ce ne pourra jamais être l’enfant de remplacement que j’avais rêvé. Qu’ai-je fait à Dieu pour mériter cela ?

Louis et son père Valentin, qui est en admiration devant son fils, me rendront folle.

Maman, tu devrais demander à papa d’écrire à Valentin ce que je n’arrête pas de lui dire qu’il doit élever son fils comme un homme, ne pas lui céder tous ses caprices, et être béat d’admiration devant sa beauté et sa douceur.

J’espère ma chère maman que tes rhumatismes ne te font pas trop souffrir et que tout va bien pour toi. Tu me manques beaucoup.


Je t’embrasse tendrement

Ta fille Lucie qui t’aime.

 

 

Louis repose en tremblant la feuille mouillée par ses larmes…..  Il la saisit à nouveau, la  jette dans le feu de la cheminée et la regarde se consumer lentement. il brûle dans l’âtre les autres courriers du coffret sans les lire.

 

Il vient de comprendre pourquoi sa mère ne l'aimait pas et pourquoi il n’était attiré que par les hommes. Inconsciemment il a toujours tout fait pour être la fille que sa maman souhaitait avoir pour être aimée d'elle.

 

Pour la première fois de sa vie il a pitié de sa mère et lui pardonne enfin : "Paix à ton âme maman" murmure t-il en larmes.

 

Il est désormais un homme, un vrai. Il ouvre le tiroir du haut de la commode, saisit une paire de ciseaux, referme le tiroir. Il se regarde dans la glace de l’armoire du grenier et commence à se couper les cheveux très courts.

 

Eglantine / Mai 2012

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Rédigé par eglantine

Publié dans #Nouvelles

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Publié le 9 Mai 2012

L'idée de ce poème m'est venue en lisant un billet de mon amie de blog quichottine

"ce que m'a dit le vent".

 

 

 

Ce que le Vent ne m'a pas dit

 

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Le vent ne m'a pas dit

qu'après le soleil venait trop souvent la pluie

 

Le vent ne m'a pas dit

qu'après la tempête survenait l'accalmie

 

Le vent ne m'a pas dit

qu'un grand courant d'air en avait plus d'un détruits

 

Le vent ne m'a pa dit

qu'attraper la lune était pure utopie

 

Le vent ne m'a pas dit

qu'après être aimés, on pouvait être haïs

 

Le vent ne m'a pas dit

qu'a ne rien dire on pouvait être maudits

 

Le vent est mon ami

Pourtant il n'a rien dit


Le vent souffle, souffle et toujours s'essoufle

S'essoufle tant... qu'il ne peut plus rien  dire


Il ne peut, qu'à notre oreille, nous murmurer

et je n'a pas tout compris ce qu'il m'a soufflé

 

Eglantine / Mai 2012

 

 

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Rédigé par eglantine

Publié dans #Poèmes

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