nouvelles

Publié le 3 Juillet 2020

Rencontre (défi 272 d'Evy)

Alors qu'il avance d'un pas décidé dans le couloir de la station Les Sablons à Neuilly, Vincent entend le métro approcher. Il est pressé, il a un rendez-vous important et il n’est pas en avance. Il accélère sa marche. Quand il arrive sur le quai il entend la sonnerie stridente de fermeture des portes retentir, il se met à courir mais les portes se referment devant lui. Il devra attendre la prochaine rame. Il s’en veut. S’il avait couru dans le couloir comme il en a eu envie, il n’aurait pas maintenant à attendre désœuvré sur ce quai bondé. Il pense à son rendez-vous qu’il a attendu avec impatience comptant les jours qui l’en séparaient. Une pensée soudaine  l’envahit. Y Tient-il vraiment? Depuis ce matin on dirait que tous les obstacles se mettent sur son chemin pour l’empêcher d’honorer cette entrevue et si c’était lui qui, inconsciemment, dans sa tête, freinait, avançait à reculons vers son avenir. Il est sorti de ses réflexions par une annonce RATP. « Le Trafic est interrompu sur la ligne 1 en raison d’un incident technique». Non ce n’est pas lui qui freine pense-t-il, peut être son ange-gardien qui fait tout pour réduire à néant son envie de métamorphose, de dévier la route que, depuis sa naissance, le destin lui a tracée.

Sur le quai, il est surpris par le regard d’une jeune femme aux cheveux très courts aux traits du visage si fins qui contrastent avec son allure masculine et son corps très musclé. Ému, Il la regarde et lui sourit. Son visage gracieux s’éclaire soudain d’un soupçon d’amusement comme si elle éclatait de rire au plus profond d’elle-même tout en essayant de le masquer.

Pour résister au trouble qui l’envahit dans cette confrontation silencieuse, il lui dit les premiers mots qui lui viennent spontanément

  •  « Je m’appelle Vincent et toi ? ».

Il s’en veut aussitôt. C’est stupide comme début d’une histoire il en convient mais que pouvait-t-il lui dire d’autre. Elle n’a pas l’air de lui en vouloir au contraire et l’ironie de son premier sourire fait place à une grande douceur.

  • "Vincent" : alliance de vingt et de cent, Serais-tu un matheux ? Je m’appelle "Ella" alliance du « L » et du « A », je suis une littéraire ».
  • J’ai toujours été nul en maths. Je suis plutôt un artiste qui a perdu le sens des réalités à force de rêver. Je suis coiffeur et toi ?
  • Coiffeur, est-ce pour cela que tu as un cheveu sur la langue ?

Vincent rougit, elle avait remarqué son léger bégaiement qui s’accentue quand il est ému.

  • Tu as de l’humour Ella, oui je zozote un peu parfois quand je suis stressé. Et toi que fais-tu comme métier ?
  • Je suis jardinière.
  • Tu crées des paysages.
  • Non, j’aimerais bien imaginer et réaliser un nombre infini de jardins, j’ai appris et cela me motiverait beaucoup mais pour le moment je suis élagueuse pour la ville de Paris. Je n’ai rien trouvé d’autre dans mon domaine de compétences et puis je suis sportive, j’aime me dépenser physiquement et aussi parler aux arbres quand je leur fais une beauté ou quand, hélas, je suis obligée de les abattre.
  • Enchantée de te connaître Ella l’élagueuse. Ce n’est pas trop difficile comme métier pour une femme ?
  • Non, en fin de compte on fait le même métier : je taille les arbres comme tu tailles les cheveux. Et toi coiffeur ce n’est pas trop difficile pour un homme de côtoyer toutes ces femmes et de recevoir leurs confidences ?

Vincent rougit encore plus de la stupidité machiste de sa question. mais cette jolie jeune femme à la force douce et si vive d’esprit lui fait perdre tous ses moyens. Étant attiré par les hommes, c’est la première fois que cela lui arrive de ressentir un tel attrait pour une femme et cela le trouble d’autant plus.

La voix d’une hôtesse RATP interrompt quelques instants leur dialogue « le trafic est interrompu sur la ligne 1 entre Charles de Gaulle étoile et la Défense pour une durée d’au moins une heure. Merci de sortir du métro pour prendre le bus 73 afin de rejoindre Étoile ou La Défense.

Ella semble contrariée un moment puis sourit en se tournant vers Vincent et lui dit

  • Au revoir Vincent, J’avais envie, en ce samedi ensoleillé, de faire du shopping sur les Champs Élysées. J’y renonce, je rentre chez moi. Merci la RATP je vais faire des économies aujourd’hui.
  • Je vais regagner mon domicile également. Je renonce à mon rendez-vous. Cela n’a plus d’importance, je n’avais pas vraiment envie d’y aller. Mais avant puis-je t’offrir un verre Ella au Sequoia café ? J’ai envie de mieux te connaître
  • D'accord Vincent mais s’il te plait ne me drague pas, je déteste cela.
  • Tu me fais rire Ella, tu ne risques rien, je suis gay.
  • Merci pour ta confidence Vincent, Bienvenue au club, je suis lesbienne !

Ils continuèrent leur conversation en se dirigeant vers la sortie du métro

  • Tu avais rendez-vous avec ton compagnon Vincent ?
  • Non pas du tout, je n’en ai pas en ce moment. Je suis dans une période de remise en question.
  • Je suis curieuse. Est-ce que ce rendez-vous avait un rapport avec ton état actuel ?
  • Oui Ella. J’ai l’impression d’être sur une balançoire qui ne s’arrête plus et qui oscille entre « je vais le faire » et « non je ne peux pas »
  • Tu allais chez un psy.
  • Non mais tu brûles.
  • Tu allais chez un médecin ?
  • Oui.
  • Ton généraliste ?
  • Non un spécialiste à l’hôpital Saint-Louis qui ne soigne pas mais change ton image.
  • Un chirurgien esthétique ?
  • En quelque sorte !
  • Je ne devine pas dis-moi.
  • Normal c’est impossible à trouver et même si tu le trouvais oserais-tu me l’avouer ?
  • Allez dis-moi Vincent !
  • Si je te le dis tu ne viendras plus jamais boire un verre avec moi.
  • Mais si je te le promets.
  • J’allais voir un chirurgien qui allait me transformer en femme ? Je suis coiffeur pour transsexuels. A force de les côtoyer j’avais envie de changer de sexe. Maintenant finalement je crois qu’inconsciemment, je ne le souhaite plus. Je me réjouis que cette panne m’ait empêché d’y aller. Je crois aux signes du destin. Ella si tu reviens sur ta promesse et que tu prends tes jambes à ton cou, je comprendrais car les gens bien ne peuvent admettre cela
  • Sauve qui peut ! Non je plaisante, je reste. Te rencontrer Vincent m’a comblée de joie et je me réjouis de cette panne dans le métro qui m’a permis de faire ta connaissance. Je crois qu’une belle amitié est née.

Sur ce, Ella lui fait un petit baiser furtif sur la joue, le prend par le bras et ils sortent ensemble sur l’avenue Charles de Gaulle. Elle le regarde en souriant et lui dit

  • Tu sais Vincent Je n’aime pas les gens biens et comme dirait Emile ZOLA dont j’ai lu tous les livres et que j’adore « quels gredins les honnêtes gens »

Martine Martin / Pour le défi 272 d’Evy sur le thème « rencontre ». Les mots imposés sont en gras

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Ecrits divers, #Nouvelles

Repost0

Publié le 30 Mai 2019

On ne sait pas trop pourquoi mais Il y a des jours où tout va mal comme aujourd’hui.

Pourtant je me lève de bonne humeur. C’est la chandeleur, nous avons nos petits enfants avec nous et j’ai décidé de leur faire leurs plats préférés : spaghetti à la bolognaise et, comme c’est mardi gras,  de bonnes crêpes que je recouvrirai d’une couche de savoureuse pâte à tartiner bio chocolat noisette. Elles vont se régaler, pas moi. Depuis que je fais attention à mon alimentation je ne mange plus de pâtes car comme disait Sophia Loren «mes rondeurs, c’est aux spaghettis que je les dois» et depuis que mon premier amoureux, qui me roulait dans la farine sans que je m’en rende compte, m’a laissé tomber comme une crêpe le jour de la chandeleur après m’avoir sauté, je ne mange plus de crêpes mais il m’arrive de les faire sauter. Avouez que ce n’est pas bon pour ma ligne non plus.

Après un copieux petit déjeuner, le meilleur repas de ma journée, je me sens fin prête à cuisiner. Après avoir sorti  le lait et les œufs du réfrigérateur, j’ouvre la boite métallique où je conserve ma farine enfin pas cette fois ci, la boîte est vide et je n’ai pas de paquet d’avance. Je demande à mon chéri s’il peut aller m’en chercher à la supérette ce qu’il fait  aussitôt sans se plaindre. Pendant ce temps je joue la médiatrice auprès de mes petites filles qui sont en train de se battre comme des chiffonnières pour conquérir le dernier bonbon qui reste dans la bonbonnière. J’attrape l’objet de convoitise et l’enfourne dans ma bouche en leur disant que c’est le bonbon pour Mamie. C’est délicieux cette cochonnerie. Elles arrêtent aussitôt de se chamailler pour un chamallow et se liguent contre moi. C’est le moment que choisit mon époux pour m’appeler sur mon smartphone pour me demander quelle farine il prend de la T45 ou de la T55 ? Je n’avais jamais fait attention qu’il y avait plusieurs sortes de farine, lui si, pourtant il ne fait jamais les courses. Je lui réponds que, comme je m’en moque comme de l’an 40, qu’il prenne de la 55 et qu’il en profite pour acheter des chamallow aux petites. Il revient peu de temps laissant derrière lui la trace enfarinée de son passage ne s’étant même pas aperçu que le paquet, qu’il avait dû quelque peu malmener, fuyait. il pose le sachet de Chamallow sur la table de la cuisine suivie par les 3 petites en manque de sucrerie qui se jettent dessus, comme des fauves sur leur proie, ce qui énerve mon époux qui fait tomber le paquet de farine sur le carrelage de la cuisine, il éclate. « Quand dieu envoie la farine, le diable enlève le sac » (1)

Après avoir nettoyé le sol de la cuisine et récupéré la farine restant dans le sac. Je fais ma pâte à crêpes, la laisse reposer et fait cuire mes crêpes. En voulant épater les petites qui me regardent opérer, au lieu de les retourner à la spatule, je fais sauter une crêpe en l’air et tente de la récupérer dans la poêle, elle  tombe  au sol ou plutôt sur la tête du chat, qui passait par là inconscient du danger. Apeuré, il détale aussitôt aveuglé par ce chapeau tombé du ciel. Mon chéri arrive  à rattraper le chapeauté et récupérer la crêpe qui finit à la poubelle.  Les filles sont mortes de rire, la plus petite en fait même pipi dans sa culotte. Je finis tant bien que mal mes crêpes sans chercher à les faire sauter.

Ensuite je m’attaque à la cuisson des spaghettis. Il y a bien longtemps que je n’en ai pas fait cuire. Je fais bouillir mon eau salée et je jette ma botte de spaghettis dans la casserole, elles sont trop longues, elles dépassent. J’avais oublié ce détail.
 

Photo Pixabay

Photo Pixabay

Mon époux me regarde goguenard et me dis, tu aurais dû prendre la cocotte-minute, tu n’aurais pas eu à appuyer dessus avec ta fourchette. J’ai horreur qu’on me regarde quand je cuisine et  énervée par mes mésaventures,  je lui réponds «Tu me les brises menues».  Quelle n’est pas ma stupeur de le voir aussitôt prendre le grand ciseau de cuisine qu’il plonge dans l’eau et se mettre à découper rageusement les spaghettis en petits morceaux en criant «je les brise menues». Les petites ne mangeront plus des spaghettis mais du vermicelle à la bolognaise. Comme elles aiment regarder top chef à la télévision et qu’elles connaissent tous les termes utilisés par les MOF, je leur dirai que Papi a « revisité » les spaghettis à la bolognaise et cette pensée me fait éclater de rire. J’ai toujours positivé dans la vie.

Le téléphone sonne dans la maison, je me précipite pour répondre. Habituellement, je ne réponds pas quand aucun numéro connu ne s’affiche mais je ne sais pas pourquoi je décroche. C’est une voyante médium qui me propose de me prédire l’avenir et qui me demande ce que je veux savoir. Je lui réponds avant de raccrocher : "Tant que les paquets de farine fuient encore et que  les spaghettis ne rentrent pas dans la casserole : le futur je m’en tape".

 

  1. Proverbe français

 

Martine / Mai 2019 pour le défi "spécial élection" des croqueurs de mots proposés par Domi.

Tu m'excuseras Domi mais je n'avais pas du tout envie de parler des élections mais j'ai néanmoins pris une des trois phrases que tu proposais et j'ai construit cette courte nouvelle autour  

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 20 Mai 2019

Pour le défi 220 des croqueurs de mots animé par Zaza, faute de temps à cause de mon déménagement, je me suis permis de rééditer une nouvelle que j'avais écrite en 2015 en en modifiant néanmoins la fin. 

J'espère Zaza que cette nouvelle répondra au thème (écrire un texte zazatesque) même si l'histoire n'est pas réellement déjantée.

Mon poème du deuxième jeudi en poésie le sera lui je te le promets à tel point qu'il pourra te faire perdre la tête, si, si....

LES PÉCHÉS CAPITAUX

Dans son lit Julien entend  les murmures de la ville qui s’éveille soudain après la léthargie du week-end. Il fait un peu froid dans son appartement en ce lundi matin d’automne.  C’est l’heure où il devrait se lever pour aller travailler mais il n’a qu’une seule envie, rester encore dans la douce chaleur de sa couette pour cocooner et paresser. Sa vie peut s’arrêter à tout moment, aujourd’hui il va profiter au maximum des plaisirs qu’elle lui offre « Carpe Diem ». Il n’ira pas travailler. Il téléphonera  à son patron pour l’avertir qu’il est malade. Son patron lui pardonnera d’autant plus que cela ne lui arrive jamais. Il reste au lit une bonne partie de la matinée à sommeiller, rêvasser en imaginant ses collègues dans la folie furieuse et stressante du Centre d’appel « Oh qu’il est doux de ne rien faire » quand tout s’agite autour de vous ».  Il se surprend même à chantonner « le lundi au soleil ».  En fin de matinée,  la faim le sort du lit. Ayant eu la flemme de faire des courses ce week-end, force est de constater que son réfrigérateur et ses placards sont vides, désespérément vides…Plus un seul petit morceau de pain, de beurre ou une lichette de confiture.  Impossible à la cigale qu’il est aujourd’hui d’aller trouver la fourmi sa voisine qui est partie travailler bien entendu.  Tant pis, Il a une forte envie de pâtisserie, de chocolat,  il va déjeuner dehors et se faire plaisir. Il s’habille très vite, sort de chez lui, dévale les marches de l’escalier. Après la pénombre de la cage de l’escalier, la lumière crue de cette belle matinée d’octobre l’éblouit et la rumeur citadine l’étourdit.  Il se dirige vers la pâtisserie / salon de thé proche où le gourmand qu’il est a ses habitudes.

A la porte de la boutique, Un SDF l’interpelle pour lui demander de l’argent ou un ticket restaurant pour déjeuner.  Il pourrait donner une petite pièce au moins mais il est très avare surtout pour les autres.  Il passe devant lui et au lieu de jeter une obole dans le chapeau posé à terre il prend l’homme en photo avec son smartphone. Au fond de lui-même,  peut-être pour se déculpabiliser, il  envie même  ce fainéant qui a la chance de passer ses journées à ne rien faire pendant que lui travaille.  C’est juste de l’envie pas de la jalousie (horrible péché), il n’échangerait tout de même pas sa place avec ce gueux.

Il rentre dans la boutique, La serveuse qui n’est plus toute jeune l’accueille avec un joli sourire. Il commande un grand café bien chaud qu’il accompagne de savoureux petits macarons multicolores.  En attendant d’être servi il poste la photo du SDF sur internet avec comme légende « Péché : La Paresse ». Après avoir avalé ces macarons très vite sans même prendre le temps de les déguster, son envie de sucreries n’étant pas encore assouvie, il commande un saint Honoré et un éclair au chocolat. Avec son smartphone il se prend en photo entrain de croquer dans le saint-honoré et la poste sur facebook avec la légende «Péché : La Gourmandise ».  Après cette boulimie de pâtisserie,  ne risquant plus l’hypoglycémie, il se sent beaucoup mieux.  Avant de héler la serveuse pour payer, il prend en photo les jambes variqueuses de la serveuse qu’il poste sur facebook avec comme légende «Péché : la varice ». Il paye la serveuse sans lui laisser de pourboire et sort dans la rue.

Que faire maintenant  pour chasser l’ennui qui commence à le gagner ! Il passe devant une affiche publicitaire ou une blonde pulpeuse en lingerie sexy à dentelle blanche s’étire devant lui. il se prend en photo entrain de caresser la femme de l’affiche et la poste avec la légende : « Péché : l’envie ». 

Les péchés capitaux

C’est vrai qu’il a une forte envie de sexe, un des autres grands plaisirs de sa vie. Il téléphone à Cathy avec qui il a depuis trois ans des relations épisodiques au gré de leurs envies respectives ou plutôt des siennes. Par chance Cathy est chez elle et a l’air de se réjouir de passer avec lui une après-midi coquine.  Cathy dans un vaporeux déshabillé l’accueille avec un sourire gourmand. Avec son smartphone, il se prend en photo avec elle se promettant de la poster plus tard avec la légende «Péché : la luxure ». Frissonnants de désir partagé, Ils s’étreignent alors avec fougue, roulent sur le tapis du séjour et s’adonnent à de multiples jeux  de domination et soumission décuplant leur plaisir jusqu’à l’apothéose qu’il aurait souhaitée moins précoce ce qui le frustre. cette chienne  en chaleur ne devrait pas l’exciter autant. Elle a de la chance, pense-t-il, d’avoir un amant comme lui aussi beau et performant.  Il sent la haine monter en lui. Cathy sort du champagne du réfrigérateur, en sort deux coupes et lui en tend une en s’écriant narquoise :

  • « À tes exploits Julien,  record de vitesse battu,  encore un effort et tu rentreras au Guiness ». je pourrais prendre ton sexe en photo et le poster sur Facebook avec comme légende « tare : l’impuissance ».

Il rougit, Il bouillonne en s’efforçant de se contenir

  • C’est de ta faute Cathy
  • De ma faute, arrête Julien de masquer ton manque de confiance en toi par un orgueil démesuré, une fausse assurance.
  • Madame joue les psy maintenant, tu lis trop Psycho Magazine
  • Regarde comment tu te tiens droit, comment tu bombes le torse avec excès.  Prends toi en photo et poste la avec la légende « Péché : l’orgueil »
  • Tais-toi Cathy, s’il te plait ferme-la
  • J’ai vu tes selfies lamentables sur Facebook ce matin surtout celui « la paresse » avec le SDF et « La Varice », en plus tu te crois drôle !  je t’assure tu devrais vraiment consulter un psy
  • Arrête, s’il te plait, c’en est trop
  • Non je ne me tairai pas, je ne me tairai plus puisque que tu ne veux pas entendre le message en mode atténué, je vais te le répéter en mode brutal : Tu es un minable complexé, instinctif et impuissant Julien et je te demande de partir tout de suite et de ne jamais plus revenir

Toute la colère contenue en lui  éclate soudain. Julien jette les coupes de champagne à terre qui se brisent en tombant se précipite sur Cathy  tétanisée de stupeur par sa fureur violente,  Il la fait tomber, la bloque en s’asseyant sur elle, la saisit par le cou et serre, serre, serre pour faire taire, taire à jamais cette salope…. Il l'a tuée, il ne le voulait pas mais c'est de sa faute. Il prend son smartphone qu’il avait posé sur la table basse et prend en photo les coupes cassées à terre et les poste sur Facebook avec comme légende «Péché : la colère», il efface le selfie trop compromettant de la luxure de son smartphone.  Il nettoie les traces de son passage,  ramasse le verre brisé le met dans un sac plastique avec la bouteille qu’il jettera dans sa poubelle en rentrant.  Il s’empare du smartphone de Cathy, efface son nom de la liste de ses amis et le met dans la poche de sa veste. Quand il passera sur le pont Mirabeau "sur le pont Mirabeau coule la Seine et nos amours"  il le lancera dans la Seine. Sur son propre téléphone, il raye Cathy de sa liste d’amis.

Enfin calmé et rassuré comme si rien ne s’était passé,  il sort de l’appartement puis de l’immeuble sans que personne ne l’ait vu ni entrer, ni sortir, pressé d’en terminer avec cette épique journée et sans penser que sa colère et sa précipitation lui ont fait oublier d'effacer le selfie de la luxure sur google ou toutes les photos qu'il prend avec son smartphone sont stockées et visibles par tous. 

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 18 Mars 2019

Avant que vous lisiez ma courte nouvelle, je tiens à préciser qu'elle n'est que pure fiction et aucunement autobiographique

Heureuse qui comme Pénélope n'attend plus son Ulysse

Pénélope, ma meilleure amie depuis l’enfance m’a conviée à prendre un verre dans un bar du Port. Elle a quelque chose d’important à me dire qu’elle ne veut pas exprimer par écrit ou au téléphone.

 

Quand j’arrive au café  elle m’attend sur la terrasse ensoleillée et me fait un grand sourire un peu exagéré je trouve. Pénélope est aussi pétillante de vie et exubérante que je suis pondérée et quelque peu timide. Nous sommes ainsi complémentaires et je l’aime comme elle est même si parfois elle m’agace un peu . 

Que lui est—t-il donc encore arrivé ? Je m’assois en face d’elle et nous commandons chacune un café. Une fois que le serveur nous les a apportés elle me dit subitement sans précaution : 

  • « Elisabeth j'ai un amant. Je suis tombée amoureuse d’une de mes relations comme jamais je ne l’ai été, tu te rends compte à quarante ans ».

Cette annonce faite subitement me déstabilise même si elle ne m’étonne pas complètement. Il n’y a pas que les hommes qui, entre 40 et 50 ans  englués dans une relation avec leur femme qui devient routinière, sont atteints par le démon de midi. Je suis bien placée pour le savoir car je suis moi-même tombée follement amoureuse et suis infidèle à mon époux Alain. Pénélope a beau être mon amie, je ne lui ai pas avoué mon adultère ayant peur de sa réaction. 

 

Spontanément je lui réponds :

  • C’est super Pénélope tu vas pouvoir ranger ta tapisserie et arrêter d’attendre ton Ulysse (son conjoint, toujours en déplacement professionnel, s’appelle réellement Marc) 
  • Oui c’est génial Elisabeth mais mon chéri aimerait que je passe la journée avec lui. Il veut me faire découvrir un lieu qu’il aime beaucoup et je ne sais pas où il va m'amener, c'est une surprise ! Que vais-je trouver comme prétexte pour Marc pour me libérer ? Je pensais que je pourrais lui dire que ne nous avions décidé toi et moi de passer ce samedi entre filles, aller au restaurant, au cinéma et faire du shopping.
  • Si je comprends bien tu veux que je te serve d’alibi ?

Je sais à quel point il est difficile quand on est marié de trouver des alibis plausibles alors J’accepte de lui rendre ce service.

  • Bien sûr Pénélope s’il m’appelle je lui dirai que nous passerons la journée ensemble. En plus cela tombe bien, Alain m’a dit ce matin qu’il travaillait samedi. Je vais lui dire que j’en profiterai pour passer la journée avec toi comme cela, s’il rencontre Marc ou qu'il l'appelle, il ne commettra pas d’impair
  • Merci Elisabeth, c’est trop gentil. Je ne sais comment te remercier.

Elle se lève me prend dans ses bras et m’étreint chaleureusement.

Ce qu’elle ne sait pas c’est qu’ainsi je suis libre samedi moi aussi pour voir mon amant : Marc son époux ! 

 

J’attends le lendemain pour appeler Marc et lui proposer de passer la journée de Samedi avec lui à l’Île d’Yeu. Il accepte avec joie en me disant en riant  qu’il n’aura pas d’alibi à trouver car Pénélope est censée passer la journée avec moi ! Je ne lui dit pas que je le savais. 

 

Le samedi arrive. Marc vient me chercher en voiture et nous nous dirigeons vers le port de Saint-Gilles-Croix-De-Vie pour prendre le bateau pour l’Île d’Yeu.

 

Une fois dans le bateau nous décidons de monter sur le pont avant pour nous étreindre comme Jack et Rose dans Titanic On ne sait jamais si le bateau coulait, il faut jouir de cet amour et profiter de l'instant comme si c'était le dernier ! 

 

Ce n'est pas cette pensée de naufrage qui soudain me fait frémir mais une vision horrible : non pas un iceberg mais Pénélope et mon mari Alain enlacés qui nous regardent nous embrasser avec sidération !

 

Le premier sentiment que je ressens est de la jalousie pour mon Amie : Alain ne m'a jamais emmenée à l'Île d'Yeu et j'aurais tant aimé y aller en amoureux avec lui ce qui maintenant ne pourra plus se faire : 

 

"La passion c'est avoir envie de s'enfuir avec quelqu'un

mais l'amour n'est-ce pas finir par  apprécier sa prison."

Michel Bussi dans son dernier roman "j'ai dû rêver trop fort" 

 

 

Martine Martin / Mars 2019 pour le Défi 217 des croqueurs de mots animé par Marie CHEVALIER / Thème : "Un(e) ami(e) de longue date vous demande de mentir à son (sa) conjoint(e) sur son emploi du temps du samedi dans la soirée en lui disant que vous étiez ensemble … 

 

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 25 Janvier 2019

Pour l'Atelier 84 de Ghislaine, manquant de temps, je me suis permise de reprendre un de mes textes de 2015 car il comportait déjà quatre mots comprenant "CHE" (en gras dans le texte)) et quelques mots imposés (soulignés). J'ai dû néanmoins le remanier un peu. En effet j'ai manqué de temps pour écrire un nouveau texte et je vous quitte pour une semaine que je passerai à Paris à m'occuper de mes petites filles, ma fille et mon gendre étant en province pour raisons professionnelles. Voici mon texte

ABRAHAM où la métamorphose

Je m’appelle Abraham. J’aime bien mon prénom avec ces trois A.

Ce matin de septembre  devant le miroir la salle de bain je fais des vocalises :  

  • « Abraham do ré mi…. Abraham fa sol la …. « 

Ce qui excède mon épouse, ma petite biche  Sarah  qui s’est réveillée  de mauvaise humeur, elle interrompt mes exercices vocaux en me criant.

  • « Arrête Abraham, tu ne chantes pas, tu brames  comme un cerf en rut». Je ne suis pas prête, je suis en retard et tu me perturbes.

Je souris  en continuant  mes vocalises en montant d’un ton  

  • « do ré mi fa sol la : Abraham il  brame »  

Je sors de la salle de bain, je suis mal réveillé ce matin, je suis moi aussi en retard. Dans une semi-obscurité, J’enfile en vitesse une chemise blanche que j’ai prise au hasard sans même la chercher et mon complet noir corbeau. Pour  touche finale je noue autour de mon cou une cravate rouge qui, je pense,  exprime  discrètement mon anticonformisme. Je ne veux pas ressembler à un croque-mort comme mes collègues de la banque de la City de Londres où je travaille et qui, jaloux de ma prestance, ne m’aiment pas. Je ne les aime pas non plus.

J’attrape machinalement mon chapeau melon comme je le fais chaque jour et je m’apprête à bien l’enfoncer sur ma tête bien pleine pour éviter qu’il ne s’envole au vent. Curieuse sensation, j’ai l’impression que mon chapeau s’est trop enfoncé,  m’a recouvert le visage et va m’étouffer.  Non, Je ne suis pas complètement  dans le noir, j’aperçois  l’armoire en merisier de notre chambre et la grande psyché. Je m’approche d’elle pour me contempler.  Oh  stupéfaction pas de chapeau. A la place je vois des bois de cerf qui ont poussé sur ma tête, non pas sur ma tête, horreur ce n’est plus la mienne mais celle d’un cerf posée sur mon corps d’homme.. Horrible vision je suis devenu un cervidé, un homme cerf vidé de toute vie. 

Abraham ou La métamorphose

Je vais m’évanouir tant cette vision est insupportable. Je m’éloigne du miroir, m’assoie sur mon lit. Je vis dans un rêve, peut-être est-ce un cauchemar ? Je me donne des claques pour me réveiller, mes joues dodues sont devenues bien maigres mais si soyeuses.

Je devrais maintenant sortir prendre le métro pour aller travailler mais c’est impossible. Je vais effrayer tous ceux que je rencontrerai et je vais me faire tirer comme un lapin.  

Que faire ? Et ma biche comment va-t-elle réagir en voyant son cerf en rut qui brame devenu réalité ? Septembre, pleine période des amours : peut-être vais-je lui sauter dessus comme un animal. Elle sera surprise, je ne suis pas très chaud d’habitude. Justement je l’entends dans le couloir, elle arrive. Je n’ai pas le temps de me cacher.  Je crie ou plutôt je brame « attention ma biche,  je suis devenu un cerf » .  Elle pousse la porte, entre dans la chambre. Elle va crier de frayeur… Non, elle éclate de rire

  • Oh Abraham tu es trop drôle avec le masque de cerf que je t’ai acheté pour la soirée déguisée prévue samedi soir….. J’ai aussi acheté le corps de cerf en fourrure. Je n’aurais pas dû c’est beaucoup mieux avec ton complet et ta cravate.
  • Oh Sarah, je croyais vraiment que j’étais devenu un cerf, rassure moi
  • Mais non Abraham,  encore moins un taureau mais si tu continues à être aussi sot pauvre pomme, il pourrait t’en pousser des cornes.  Retire vite ton masque tu vas être en retard à la banque

D’un geste brusque je retire ma tête de cerf. Je respire mieux d’un seul coup. Il faut que j’arrête le soir de prendre de l’alcool,  des somnifères et de lire les métamorphose de Kafka.  Oh oui quelle pomme je suis d’avoir mis un masque au lieu de mon chapeau et surtout pensé que j’étais devenu un homme cerf. 

Soudain J’entends ma biche crier, je me tourne vers elle, Sarah est livide. Elle me regarde effarée et s’affaisse. J’ai  juste le temps de la retenir dans mes bras avant qu’elle ne tombe au sol. Je me dirige avec ma biche dans les bras. Je la pose sur le lit. Je sors mon téléphone mobile de ma poche pour appeler les secours, et à ce moment je me vois dans la  psyché,  je vacille. Une grosse pomme a poussé au milieu de mon visage.

Abraham ou La métamorphose

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 4 Mai 2018

Extrait du journal de Madeleine / 6 juin 2012

Par ce bel après-midi de juin, assise au jardin, je lis cette phrase du livre de Stefan ZWEIG "24 heures de la vie d’une femme" que j’ai relu de nombreuses fois tant je l’aime…... Je relis une nouvelle fois cette phrase qui ne m’avait pas marquée à une lecture précédente. Je pose le livre et lève les yeux et je me souviens il y a longtemps, il y a plus de quarante ans de ce tsunami qui m’a envahi brusquement en croisant un regard, souvenir agréable mais douloureux aussi. Je sors de ma rêverie et je vois Jean, mon petit-fils, m’observer avec tendresse et tristesse à la fois.

Que peut-il penser de moi à ce moment précis, j’espère qu’il n’a pas percé mes pensées les plus profondes. Soudain il sort son appareil photo numérique et immortalise ce moment de complicité entre nous. Je n’aime pas être prise en photo, Jean ne l’ignore pas mais il sait aussi qu’il peut tout se permettre tant je l’aime et l’admire. Avec lui je ne suis jamais la vieille grincheuse que je suis depuis longtemps et cela ne s’arrange pas avec les années. Je râle après Pacha mon chat roux quand il me réveille à l’aube pour jouer avec moi alors qu’il dort toute la journée. Je râle après les voisins quand ils font du bruit les soirées d’été. Je râle après les commerçants quand ils n’ouvrent pas à l’heure, je râle après Max mon époux quand il se plaint de ses douleurs. Je râle après ma fille qui m’infantilise et qui s’adresse à moi comme à une gamine « A ton âge maman, il ne faut pas ceci, il ne faut plus cela …» et pire je râle même après moi-même, après ce corps qui ne me permet plus toutes les folies de ma jeunesse et notamment celles de ce fameux jour ….

 

Extrait du journal de Madeleine / 20 septembre 2012

Pour mon anniversaire, 89 ans déjà, Jean m’a offert hier un cadeau, le plus beau que je n’ai jamais reçu.
Il est arrivé avec un très beau et grand paquet emballé de papier vert pomme avec un ruban en soie violet. Que cela pouvait-il être ?
J’ai retiré le papier avec précaution. Je ne pouvais déchirer un si beau papier et j’ai découvert un tableau, un portrait d’une vieille bourgeoise assise dans le jardin avec un regard à la fois pensif et malicieux, une vieille à la peau burinée par le soleil et les ans un livre ouvert posé sur ses genoux avec un grand chapeau de paille. C’est en reconnaissant mon chapeau jaune à large bord que je me suis aperçue que c’était moi avec mes seins encore très fermes qui ne tombent pas comme mes joues. Il y avait même Pacha le chat entrain de dormir comme d'habitude qui ressemblait plutôt à un chien. 

Mamie Madeleine / Défi 62 de Ghislaine

J’ai tenu longtemps et serré Jean dans mes bras. Les larmes aux yeux je l’ai embrassé et je lui ai murmuré à l’oreille un secret... Je me suis tournée vers Max et je lui ai demandé de l’accrocher tout de suite dans l’entrée. Max très étonné par ma demande me répond moqueur : « ce portrait te ressemble tant, c’est comme un miroir tu sais, que tu ne les supportes pas et que tu les as tous retirés du mas ».  

Max qui ne perd jamais l’occasion de se taire me fait réfléchir néanmoins : « En effet pourquoi accrocher ce tableau ? Simplement pour faire plaisir à Jean mais pourquoi dans l’entrée ou je me verrai plusieurs fois dans la journée. Je crois que c’est aussi pour pouvoir le montrer à tous mes visiteurs de moins en moins nombreux tant je deviens grincheuse. Je suis si fière de Jean, de son intelligence, de sa sensibilité, de son talent, de sa douceur. Ce petit fils est un trésor et je veux que tout le monde le sache. C’est un artiste ce que j’aurais voulu être mais j’ai l’âme beaucoup trop pragmatique et conventionnelle. Il n’est jamais tard pour réveiller l’artiste qui dort en moi. Peut-être que jean pourrait m’y aider.
C’est vrai que je suis ressemblante hélas. Ce chapeau de paille ridicule me donne un air de vieille propriétaire terrienne moi la citadine qui n’a jamais su retenir le nom des fleurs et reconnaître les arbres. Je suis une vieille « bobo » comme on dit maintenant.

En fait, Je m’aime bien  vu à travers le regard de Jean et je prendrai plaisir à me regarder. Je vais faire remettre des miroirs dans le mas en commençant par celui de la salle de bain ce qui évitera à Max de se couper en se rasant et de me râler dessus.

 

BLOG DE JEAN

Mamie Madeleine / 20 Septembre 2012

Aujourd’hui j’ai envie de vous parler de ma grand-mère maternelle dont je ne vous ai jamais parlé. Mamie Madeleine est une vieille dame. Elle vient d’entrer dans sa quatre-vingt-dixième année et ne les fait pas tant elle est vive, toujours à s’activer et à booster Papi Max qui, bien que plus jeune s'encroûte à force de savourer l’oisiveté avec délectation ce qui énerve Mamie.

Mamie Madeleine ne sait pas marcher lentement et quand je me promène dans la rue à ses côtés, je dois marcher plus vite que je ne le fais d’habitude. Elle a encore une grande vivacité d’esprit et dépense une énergie considérable à râler après tout le monde sauf après moi et pourtant je m’amuse parfois à la taquiner pour la faire réagir mais en vain.

Cet été elle était en train de lire au jardin 24 heures de la vie d’une femme de Stefan ZWEIG, son roman préféré dont elle ne se lasse pas. Je l’ai lu c’est l’histoire d’une passion entre une jeune femme veuve et un joueur invétéré. Une de ces passions fulgurantes déclenchées par les visions de deux élégantes mains s'agitant sur un tapis jeu. Une passion dévastatrice très courte qui marque une vie pour toujours. Je me suis toujours demandé ce que Mamie pouvait aimer dans ce livre. Je ne l’imaginais pas avoir une telle passion, elle est trop raisonnable, réfléchie. Elle ne se laisse pas prendre par l’émotion d’un instant, tout chez elle est bordé, contrôlé. C’est aussi pour cela que je l’aime aussi car elle sait cadrer ma fougue et me ramener parfois à la raison quand j’idéalise trop. Peut-être avait-elle besoin de vivre ce qu'elle n'avait pas vécu et qu'à son âge elle ne vivrait sans doute pas. Je reviens à cet après-midi d’été, elle était en train de lire ce roman quand elle a soudain levé la tête après avoir souligné une phrase au crayon rouge dans son livre. Son regard fixe avec ses yeux bleus comme l'azur du ciel provençal s’est perdu au loin devenant à la fois rêveur avec une joie comme contenue. Je l’ai trouvé très belle à cet instant, ce n’était plus la même.  J’ai sorti mon APN impulsivement et je l’ai prise en photo bien que je sais parfaitement qu’elle a horreur de cela. Je n’ai pas pu m’en empêcher.  Je me suis promis d’aller voir discrètement quelle était la phrase qui avait pu la sortir de sa lecture.

J’ai regardé en rentrant la photo sur mon écran et c’est là que j’ai eu l’idée d’en faire une peinture et de lui offrir pour son anniversaire. Une fois la peinture terminée et sèche. Je l’ai enveloppé d’un beau papier et noué le paquet avec un très long ruban en soie mauve acheté pour l’occasion.

Je lui ai emmené son cadeau hier. Elle l’a ouvert avec beaucoup de soin pour une fois sans se précipiter et quand elle a découvert son portrait, des larmes ont doucement coulé sur son visage je ne l’avais jamais vu pleurer et j’en ai été tout ému. Elle m’a serré dans ces bras et embrassé en murmurant tout bas « Tu ne sais pas à quel point tu me fais plaisir Jean, ce tableau me rappellera toujours un souvenir très ancien d’un grand bonheur fugace ».

Je lui ai répondu « Excuse-moi  Mamie de te faire pleurer comme une Madeleine et en plus d'avoir transformé Pacha en chien mais  avec son nom je ne pouvais pas en faire un chat ». J'ai réussi à la faire rire à travers ses larmes.

Je me suis soudain  rappelé que je n’avais pas encore pris le temps de regarder quelle était la phrase qui avait donné à Mamie ce si beau regard.

Pendant que Papi Max accrochait le tableau, je suis allée discrètement dans la bibliothèque de la chambre de mamie et j’ai trouvé bien en évidence le livre culte.  J'ai recherché la phrase soulignée, il n'y en avait qu'une seule.

Je l'ai lue à haute voix :

« Seuls des êtres absolument étrangers à la passion connaissent en des moments tout à fait exceptionnels, ces explosions soudaines d’une passion semblable à une avalanche ou à un ouragan : alors des années entières de force non utilisées se précipitent et roulent dans les profondeurs d’une poitrine humaine »

Stefan ZWEIG.

Martine / Réédition d'une nouvelle de 2012 pour le Défi 62 de Ghislaine, il contenait déjà quelques mots de ceux imposés par Ghislaine et beaucoup de couleurs. Désolée Ghislaine mais je n'ai pas eu le temps d'écrire un nouveau texte dans le délai imparti, mes petites filles ayant pris tout mon temps pendant 10 jours : que du bonheur

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 2 Avril 2018

C'est une réédition d'une de mes courtes nouvelles écrite en juillet 2014 dont j'ai modifié la fin que je vous propose aujourd'hui pour le défi 203 des croqueurs de mots animé par Laura.

Mes participations aux jeudis en poésie sont toutes deux des créations personnelles inédites écrites spécialement pour ce défi

 

Photo PIXABAY

Photo PIXABAY

Plus de futur à Hyères

Dans ma bibliothèque, j’ai trouvé en arrivant ce matin, sur mon bureau, un bouquet de roses pourpres accompagnées d'un bien curieux message dactylographié :

« Ne cherchez pas les livres de Sciences Fiction, je les ai tous volés et pour me faire pardonner je vous offre ce bouquet de roses pourpres. Trouverez-vous Hélène qui je suis parmi les visiteurs qui viendront ce jour en votre bibliothèque d'Hyères ? Si vous me reconnaissez, faites le moi savoir en me disant « Plus de futur à Hyeres» et je vous ferai un cadeau. A Bientôt Mignonne ! ».

Je me suis précipitée vers les rayonnages de la section fantastique et sciences fiction. Ce n’était pas une blague tous les ouvrages avaient effectivement disparu.

Il n’y avait pas eu d’effraction. Qui pouvait posséder une clef de la bibliothèque. J’en avais égaré une il y a une semaine, le voleur avait dû me la dérober dans mon tiroir de bureau à mon insu.

Offrir des roses rouges dans le langage des fleurs est l’aveu d’un amour passionné.

Qui parmi les habitués de la bibliothèque pouvait à la fois me vouer un amour secret et être passionné de Science-Fiction ? Je savais que la réponse à cette question me permettrait de démasquer le voleur amoureux.

Cet acte insensé n’avait peut-être pas de justification. Il pouvait être l’acte d’un dément. Cette dernière hypothèse m’angoissait, ma vie n’était-elle pas en danger ? cet individu ne voulait-il pas me tuer et, ainsi, aussi me voler mon futur ?

Il ne me restait plus qu’à attendre les habitués de la bibliothèque et à être vigilante.

Le premier visiteur fut un jeune gendarme qui venait suite à mon appel téléphonique. Il prit ma déposition et me confisqua le message du voleur. Il repartit bien vite en m’indiquant qu’un de ses collègues viendrait prendre des empreintes. J’eus la conviction que ce vol à la bibliothèque n’avait aucun attrait pour lui et que ce dossier serait vite classé.

Une journaliste du quotidien local, une jolie rousse aux yeux turquoises, lui succéda me posa quelques questions et me prit en photo. Je lui suggérais un titre pour son article « Plus de futur à Hières». Elle éclata de rire et me dit que cela ferait un excellent titre.

Monsieur le Maire, un agriculteur du village à la grande taille et forte corpulence fit ensuite son entrée, solennelle comme à chaque fois. Quel charisme Monsieur le Maire ? Il me fit la bise et se montra rassurant.

  • « Ne vous en faites pas Hélène, vous n’êtes pas responsable. Qui aurait pu penser qu’on viendrait dérober une nuit des livres sans valeur dans notre petite bibliothèque ? et puis notre voyou est gentleman, il vous offre des roses pour se faire pardonner. Notre voleur a-t ‘il pris les Barjavel ? 
  • "Bien sûr Pierre, absolument tous les livres de Sciences Fiction Barjavel compris" lui répondis-je étonnée par sa question".

Il me regarda alors avec un curieux sourire mi amusé, mi ironique qui me déplut en me disant :

Je me rappelais soudain que Monsieur le Maire ne lisait que les livres de sciences fiction. Il avait un double des clefs de la Bibliothèque. Il voulait soudain relire un roman dont le titre évoque une rose, Curieux. Et si c’était lui notre voleur amoureux ? Serais-je la rose et le paradis serait-il une menace d'un futur ailleurs tout là haut.

Cette pensée subite me fit peur mais bien vite je l’écartais. C’était stupide, Monsieur Le Maire avait lu tous les livres de cette section de la bibliothèque, pourquoi les aurait-il volés ? J’hésitais un moment puis je prononçais la phrase de reconnaissance

  • « Plus de futur à Hières Pierre ».
  • « Pour le moment seulement Hélène. pour le moment ...Je vais appeler le commandant de la gendarmerie pour que tout soit fait pour retrouver rapidement le coupable. Si nous ne retrouvions pas les livres, nous en achèterons d’autres. Il y aura toujours un futur à Hières Hélène. Peut-on concevoir une vie sans futur.

Et fier de cette dernière sortie hautement philosophique, Il prit congé et sortit.

Plusieurs visiteurs vinrent emprunter des livres. Certains s'étonnèrent que le rayon Science-Fiction soit vide et m'interrogèrent. Je leur appris le vol en ajoutant en souriant "Plus de futur à Hyères". Beaucoup sourirent de ce jeu de mots mais aucun ne me fit de cadeau.

En fin de soirée, J'étais prête à fermer la bibliothèque quand un homme brun élégant d'une quarantaine d'années qui ne faisait pas partie des habitués des lieux et que je n'avais jamais vu auparavant s'approcha de mon bureau, me sourit :

  • Bonjour, j'aimerais pouvoir consulter un livre sur place si vous le possédez dans votre bibliothèque.... ". Est-ce possible ?
  • Je suis désolée Monsieur mais la bibliothèque va fermer. Revenez demain matin et vous aurez le temps nécessaire pour consulter tous les livres que vous souhaitez.
  • C'est très gentil mais Je suis ici aujourd'hui, nul ne sait où je serai demain. Je n'ai qu'une seule page d'un seul livre à consulter, cela me prendra à peine cinq minutes. souhaitez-vous savoir quel livre je souhaite consulter ?

Incroyable, Je ne luis avais même pas demandé quel était ce livre tant j'étais perturbée par la recherche du mystérieux voleur, par l'envie de revenir au plus vite chez moi tant la journée avait été éprouvante et, il faut bien l'avouer, par le charme de ce visiteur du soir.

  • Quel est donc ce livre Monsieur ?
  • C'est un livre de poésie "les amours" de Ronsard
  • Nous en possédons un exemplaire en livre de poche, je vais vous le chercher

Je me dirigeais vers le rayonnage poésie, saisit le livre et le remit à cet homme qui aimait Ronsard, poète pour qui personnellement j'ai une grande admiration.

Il le prit s'installa à une table et le feuilleta. Il s'arrêta sur une page et se mit à lire.... Il semblait songeur.

Je m'approchais de lui doucement

  • Monsieur je dois fermer la bibliothèque, j'ai eu une rude journée aujourd'hui on nous a volé tous nos livres de Sciences Fiction. Vous vous rendez compte "Plus de futur à Hières"
  • Mais il vous reste le présent, Vivez le intensément sans penser à hier, ni à demain. Vous devriez remercier ce voleur de futur qui je l'espère viendra aussi voler vos livres historiques. Hières sans passé et sans futur, avouez Mignonne que c'est une perspective séduisante.

Brusquement il arracha la page qu'il était en train de lire, prit son stylo plume souligna le titre et quelques vers du poème se leva et partit en chuchotant "au revoir Hélène"

Je restais tétanisée la page du livre à la main, incapable pendant quelques secondes de réagir. Je repris mes esprits : Sur ma feuille un titre souligné "Sonnets pour hélène : Quand vous serez bien vieille" avec quelques vers encadrés

"Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie".

Une sonnerie stridente retentit soudain qui me fit sursauter, je venais de rêver. Dommage je ne saurais jamais si le voleur de futur reviendrait voler le passé d’Hyères car, même si j'en rêve parfois, dans la vraie vie je ne suis pas bibliothécaire.

En prenant mon petit déjeuner, je dépliai le journal que, comme chaque matin, j'avais été chercher rapidement dans ma boîte aux lettres et le titre de la une me sauta aux yeux "Plus de passé à Hyères :vol des livres historiques à la bibliothèque municipale".

Martine / Juillet 2014

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 5 Février 2018

Photo Pixabay

Photo Pixabay

Comme chaque matin, j’arrive devant la porte de l’immeuble de mon entreprise,  Mon bureau est au 3ème étage. Je pourrai emprunter l’escalier pour suivre les conseils de mon médecin qui me trouve trop sédentaire et soutient mordicus qu’il faut que je fasse de l’exercice. Si tu penses que je vais te croire mon cher Docteur.  Je me dirige vers l’ascenseur au fond du couloir.

Il est là à m’attendre la porte grande ouverte. J’appuie machinalement sur le chiffre 3.  Les portes se referment.  Je suis seule dans la cabine.  N’aimant pas trop les espaces clos,  une légère angoisse monte en moi.  Je crains que l’ascenseur s’arrête entre deux étages et l’idée de rester coincée dans cette boîte de fer est insupportable. Je regarde les chiffres défiler :  1, 2, 3.   Je me rapproche des portes coulissantes pensant qu’elles vont s’ouvrir. Elles ne s’ouvrent pas et  je sens que l’ascenseur continue à monter…. Je lève les yeux sur le panneau lumineux indiquant les étages, les chiffres continuent à défiler très vite 4, 5, 6 . Je me dis que peut être quelqu’un a appelé l’ascenseur, ce n’est pas grave, je redescendrai au 3ème avec lui.  

L’ascenseur a pris de la vitesse. Il va de plus en plus vite, trop vite : 7, 8, 9, 10. Angoisse totale l’immeuble n’a que 10 étages…. L’ascension vertigineuse continue  …La cabine est devenue transparente,  je suis maintenant dans le ciel de Paris que je vois  tout petit à mes pieds….  Curieusement  j’angoisse moins, je me sens libérée de la cage de fer,  mais il faut stopper cette ascension, je ne crois pas en Dieu.

Dans un bref éclair de clairvoyance,  je me dirige vers le clavier et j’appuie sur le RC espérant que l’ascenseur se mette à  descendre…. C’est ce qui  se produit. soudain la cabine s’obscurcit à nouveau et les chiffres réapparaissent sur le cadran :  8, 7, 6, 5. J’émets l’espoir soudain qu’il s’arrêtera  bien au 3ème  mais il continue sa chute inexorable :  2, 1, RC, - 1, - 2..…. Vite appuyer sur une touche, je ne veux absolument pas m’enfoncer dans les entrailles de la terre s’il dépassait le 3ème sous-sol.

Je suppose soudain que la touche 3 ne fonctionne pas.   J’appuie sur le 4 et s’il voulait bien s’arrêter et ouvrir ses portes au 4ème je redescendrai à pieds par l’escalier  L’ascenseur stoppe aussitôt sa descente et se remet à monter  doucement d’abord puis très vite il dépasse le 4ème, de nouveau le ciel et Paris à mes pieds.  Non ne pas monter plus haut, allez du cran Martine si tu veux te sauver de cette cage infernale !  J’appuie sur RC de nouveau.

L’ascenseur stoppe aussitôt son ascension vertigineuse et se met à redescendre à très grande vitesse, c’est certain je vais m’écraser au sol. Je transpire à grosses gouttes, ma vie défile très vite dans ma tête.

Soudain freinage violent de la cabine qui atteint le RC et s’arrête. Soulagement les portes vont s’ouvrir et je vais pouvoir sortir de ma prison. Les portes ne s’ouvrent pas. Je sonne pour appeler les services de maintenance. Pourquoi n’y ai-je pas pensé avant ? J’appuie sur la petite cloche et au même moment l’ascenseur repart mais il ne monte plus, il ne descend plus non plus.

C’est étrange il se déplace au niveau du sol, il est parti sur la gauche et  emprunte le trottoir de la rue de Clichy. Les portes sont devenues transparentes, la circulation est intense à cette heure, je vois les voitures défiler, les bus, les «Vélibs», la brasserie du casino de Paris où je déjeune le midi. Aucun passant ne semble voir cette cabine motorisée….

La sonnerie du téléphone retentit soudain dans ma boîte, ce doit être le service de maintenance. Je décroche le téléphone mais il continue curieusement à sonner….

Je me retrouve soudain dans mon lit. Le réveil sonne insistant et je prends conscience que j’ai encore fait ce stupide rêve de l’ascenseur que je fais très souvent mais nouveauté aujourd’hui, la cage infernale s’est déplacée horizontalement dans mon rêve…. A deux ans de la retraite, aurais- je enfin trouvé avec l’âge la sagesse en comprenant qu’à force d’avoir voulu monter trop haut dans l’entreprise, j’étais en train de chuter sans corde pour me retenir ni filet pour amortir la chute.

Martine / Pour le défi 53 de Ghislaine .

Les mots en gras et la phrase en rouge sont imposés par Ghislaine

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #nouvelles

Repost0

Publié le 29 Janvier 2018

Pour le défi 199 des croqueurs de mots François et Marie nous demandent, à la manière de Clémentine Mélois dans son livre "sinon j'oublie", de faire parler la personne qui a laissé dans son chariot la liste de courses ci-dessous en photo. J'ai lu  un extrait de ce livre et j'ai beaucoup aimé. Cela me donne envie de le l'acheter.

Pour écrire mon texte, j'ai imaginé quel était le caractère de la personne qui avait écrit cette liste de courses. Cela m'a été facilité par le fait que je me suis intéressée de près à la graphologie quand je faisais du recrutement sans néanmoins me fier complètement à mes analyses qui étaient faites toujours après avoir rencontré les candidats pour me conforter dans mon opinion. J'ai donc imaginé l'auteur de la liste comme une personne, équilibrée, extravertie, mature, idéaliste, organisée, dynamique impatiente qui va de l'avant  entière  et sensible. Je peux me tromper sur certains points mais il fallait bien que je parte d'une base pour écrire mon texte

La liste de courses

La liste de courses

Je déteste faire les courses à l’hyper-marché Avant de partir il faut que je fasse l’inventaire du réfrigérateur et des placards pour compléter la liste où j'ai déjà écrit au fur et à mesure les aliments et produits de toilette et d’entretien qui manquaient.

Aujourd’hui, avec mon  époux nous avions invité à dîner nos voisins et amis, un couple d’octogénaires. La liste de course était plus compliquée à faire. il fallait lire attentivement les recettes choisies et écrire sur la liste les aliments dont j'avais besoin. Ensuite, pour éviter de stocker inutilement, vérifier que je n'avais pas déjà dans mes réserves certains ingrédients. L’important était de ne rien oublier pour ne pas être obligée d’y retourner et j'oubliais toujours quelque-chose !

J'ai eu du mal à trouver le menu. Les personnes âgées ont peu d’appétit et la digestion difficile !  Il fallait que ce soit à la fois pas commun pour les surprendre un peu (j'aime bien étonner) , léger et esthétique dans l'assiette. A l’apéritif, qui servirait aussi d’entrée, J'ai prévu des toasts de rillettes de sardines à la tomate, comme plat principal des quiches individuelles au poulet et courgettes accompagnée d’une salade verte du jardin et pour terminer un bavarois aux marrons.

Avant de me mettre aux fourneaux, Je dois faire ce matin la corvée des courses. Je sors la voiture du garage et me dirige vers l’hypermarché proche. On est vendredi, j'ai du mal à trouver une place de parking pas trop éloignée des caddies. Pourquoi invitons-nous toujours le vendredi ou samedi soir alors que nous sommes à la retraite et nos amis aussi ? Par habitude certainement ; c’est stupide les habitudes. Ne supportant pas l'incivilité, je peste une fois de plus contre ceux qui, pour ne pas qu’on raye leur voiture, prennent deux places au lieu d’une. 

Je dois maintenant trouver un caddie pas trop vieux pour qu’il roule droit et vite sans se bloquer. Une fois le chariot trouvé, j' introduis mon jeton dans la fente prévue à cet usage. Il ne rentre pas. Ce n’est pas mon jour de chance. Il me faut en dénicher un autre. Enfin, caddie en mains, je suis prête à déambuler dans les allées du supermarché.

Je connais bien les rayons et cela va aller  vite. Je peste néanmoins contre moi-même. Très organisée, d’habitude Je fais ma liste sur l’ordinateur par type de produits avec des rubriques et des produits préenregistrés ce qui me permet de gagner du temps en parcourant moins de distance dans la grande surface et de vérifier plus facilement au fur et à mesure des rayons que j'ai bien tout pris. En plus j'ai oublié mon stylo et je ne peux pas, sur sa liste, rayer au fur et à mesure ce que j'ai déjà collecté. Je perds du temps. Il y a la queue au rayon boucherie. Tant pis je choisis du poulet préemballé en promotion en tête de gondole en vérifiant la date limite d'achat que je mets du temps à trouver comme d'habitude.

Au passage devant le rayon vêtement, je craque pour un très joli  pyjama en solde à 6,99 euros ! C’est le deuxième que j'achète ce moi ci. Certaines sont addict aux chaussures, moi j'ai la folie des pyjamas. On pourrait croire que je suis pantouflarde ; pas du tout bien au contraire, je suis  hyperactive dans la journée, je ne tiens  pas en place et fais beaucoup de sport. Après l’effort j'aime le réconfort d’un joli vêtement confortable que je retire avant de me coucher puisque j'ai l’habitude de dormir nue comme un ver.  Ce n’est pas vraiment logique mais l’être humain est fait de paradoxes et moi particulièrement ce qui déroute parfois ceux qui m’aiment et croyaient bien me connaître.

Je me dirige vers la caisse en jaugeant le nombre de clients attendant à chaque caisse, scrutant leurs caddies pour voir s’ils n’étaient pas trop pleins et je choisis la caisse où je pense le moins attendre mais, comme presque à chaque fois, je n’ai pas prévu l’incident : le prix manquant par exemple. Cette fois ci c’est un client qui a oublié de peser ses poireaux et qui retourne le faire sans se presser et en se moquant éperdument que les autres pendant ce temps  poireautent. Je rage en scrutant les caisses sans caissière pour voir si ils n’allaient pas, vue l’affluence, en ouvrir une autre.  Beaucoup de personnes âgées payent par chèque qu’elles rédigent le plus lentement possible puis le vérifient avant de le tendre d'une main tremblante à la caissière qui prend tout son temps pour le contrôler  et écrire les coordonnées de la carte d’identité. Je pense qu’on devrait interdire les chèques et je m'en  veux aussitôt de cette idée saugrenue.

Enfin je dépose mes produits sur le tapis et passe à la caisse. La caissière est aimable mais ce n’est pas une rapide. Ici en Province on prend son temps, on parle avec les clients. Ce n’est pas ainsi en Ile de France où j'ai passé ma vie d'avant la retraite.

Je luis tends  mon bon de réduction 10 euros pour 60 euros d'achat aujourd'hui seulement vendredi 13 janvier. Que va t'il m'arriver encore on est le vendredi 13 ! C'est intéressant mais ce que je n'avais pas vu écrit en tout petit caractères  c'est qu'elle n'est valable uniquement aujourd'hui  entre 18 H et 20 H30 et il est 11 heures. Je fulmine et exprime mon mécontentement à la caissière en faisant un effort énorme pour rester aimable car elle n'y est pour rien. Si je n'étais pas si pressée, comme je n'avais pas payé, j'aurais abandonné les produits en lui disant qu'elles les  garde jusqu'à 18 H que je repasserai à la caisse dans le bon créneau horaire !  Je hais les hypermarchés !  je remets rapidement tous mes achats dans les sacs que j'ai mis dans mon caddie et paye. Dommage que je n'ai pas eu de chèque sur moi sinon j'aurais payé en prenant tout mon temps pour faire fulminer la jeune femme qui derrière moi m’avait bousculée sans s’excuser tant elle m'avait collée de près pressée elle aussi de passer à la caisse.

Ouf les courses sont terminées. Je suis heureuse et j'ai hâte de me mettre à cuisiner pour mes amis ce que j'adore. La musique de l'hymne à la joie retentit, c'est mon téléphone. C’est mon époux qui m'annonce dépité qu’il est inutile de faire les courses : leur voisine est venue l'informer que, son époux souffre d'une gastro et qu'ils ne pourront venir ce soir ce qui les désole tant ils se réjouissaient de cette soirée.  Si mon chéri avait appelé deux minutes avant j'aurais pu  laisser mon caddie et mes achats sur place et si ma voisine était venue plutôt, je n'aurais pas eu à faire les courses.... mais avec des si ....

Je me dirige vers ma voiture,  dépose les sacs dans le coffre. Rageusement chiffonne la liste des courses et la jette dans le caddie ce que je ne fais jamais. Les autres fois je les abandonne dans les poubelles prévues à cet effet. 

La colère et la déception passées, je me console en me disant que je passerai une belle soirée en amoureux avec mon chéri,  Je cocoonerai avec lui  devant la télévision dans mon nouveau pyjama en savourant des crêpes flambées au rhum qui devait parfumer la crème de marrons du bavarois. J'ai acheté des œufs, du beurre et j'ai de la farine et du lait à la maison.  Il faut toujours positiver dans la vie. Ce que je n’ai pas encore réalisé c’est que  je l’aurai  dans le baba… sans rhum puisque j'ai oublié de l'inscrire dans ma liste de courses. Nous devrons nous contenter de crêpes natures 

Martine (janvier 2018) pour le défi 199 des croqueurs de mots animé par François et Marie

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0

Publié le 16 Janvier 2018

Pour me faire pardonner de n'avoir pas participé au défi d'hier des croqueurs de mots animé par ABC, je réédite ici une nouvelle que j'ai écrite il y a deux ans pour les prénoms du mercredi qui convient bien au thème surprise et dont je me suis souvenue cette nuit tant j'étais perturbée par ma non participation au défi des croqueurs de mots. Désolée Écureuil bleu je ne peux te l'envoyer pour ton défi de janvier car c'est une réédition ce qui pourrait fausser le classement de tes lecteurs qui s'en souviendraient.

Je m’appelle Abraham. J’aime bien mon prénom avec ces trois A. Ce matin de septembre  devant la glace de la salle de bain je fais des vocalises :  

  • « Abraham do ré mi…. Abraham fa sol la …. « 

Ce qui excède mon épouse, ma petite biche  Sarah  qui s’est réveillée  de mauvaise humeur et qui ne supporte pas la musique. Elle interrompt mes exercices vocaux en me criant.

  • « Arrête Abraham, tu ne chantes pas, tu brames  comme un cerf en rut».

Je souris  en continuant  mes vocalises en montant d’un ton  

  • « do ré mi fa sol la : Abraham il  brame »  

Je sors de la salle de bain, je suis mal réveillé ce matin, je suis en retard. Dans une semi-obscurité, J’enfile en vitesse une chemise blanche et mon complet noir corbeau.  Pour touche finale une cravate rouge pour exprimer discrètement mon anticonformisme et ne pas ressembler à un croque-mort comme mes collègues de la banque de la City de Londres où je travaille. J’attrape machinalement mon chapeau melon comme je le fais chaque jour et je m’apprête à bien l’enfoncer sur ma tête pour éviter qu’il ne s’envole au vent. Curieuse sensation, j’ai l’impression que mon chapeau s’est trop enfoncé,  m’a recouvert le visage et va m’étouffer.  Non, Je ne suis pas complètement  dans le noir, j’aperçois l’armoire en merisier de notre chambre et la grande psyché. Je m’approche d’elle pour me contempler.  Oh stupéfaction pas de chapeau. A la place des bois de cerf ont poussé sur ma tête, non pas sur ma tête, horreur ce n’est plus la mienne mais celle d’un cerf posée sur mon corps d’homme... Horrible vision je suis devenu un cervidé, un homme cerf vidé de toute vie. 

Surprise... Surprise

Je vais m’évanouir tant cette vision est insupportable. Je m’éloigne du miroir, m’assois sur mon lit. Je vis dans un rêve, peut-être est-ce un cauchemar ? Je me donne des claques pour me réveiller.  Mes joues dodues sont devenues bien maigres mais si soyeuses. Je devrais maintenant sortir prendre le métro pour aller travailler mais c’est impossible. Je vais effrayer tous ceux que je rencontrerai et je vais me faire tirer comme un lapin. Que faire ? Et ma biche comment va-t-elle réagir en voyant son cerf en rut qui brame devenu réalité ? Septembre, pleine période des amours : peut-être vais-je lui sauter dessus comme un animal. Elle sera surprise, je ne suis pas très chaud d’habitude. Justement je l’entends dans le couloir, elle arrive. Je n’ai pas le temps de me cacher.  Je crie ou plutôt je brame « attention ma biche,  je suis devenu un cerf » . Elle pousse la porte, entre dans la chambre. Elle va crier de frayeur… Non, elle éclate de rire

  • Oh Abraham tu es trop drôle avec le masque de cerf que je t’ai acheté pour la soirée déguisée prévue samedi soir….. J’ai aussi acheté le corps de cerf en fourrure. Je n’aurais pas dû c’est beaucoup mieux avec ton complet et ta cravate.
  • Oh Sarah, je croyais vraiment que j’étais devenu un cerf, rassure moi
  • Mais non Abraham, encore moins un taureau mais si tu continues à être aussi sot pauvre pomme, il pourrait t’en pousser des cornes. Retire vite ton masque tu vas être en retard à la banque

D’un geste brusque je retire ma tête de cerf. Je respire mieux d’un seul coup. Il faut que j’arrête le soir de prendre de l’alcool,  des somnifères et de lire "La métamorphose" de Kafka.  Oh oui quelle pomme je suis d’avoir mis un masque au lieu de mon chapeau et surtout pensé que j’étais devenu un homme cerf.  Soudain J’entends ma biche crier, je me tourne vers elle, Sarah est livide. Elle me regarde effarée et s’affaisse. J’ai  juste le temps de la retenir dans mes bras avant qu’elle ne tombe au sol. Je me dirige avec ma biche dans les bras. Je la pose sur le lit. Je sors mon téléphone mobile de ma poche pour appeler les secours, et à ce moment je me vois dans la  psyché,  je vacille. Une grosse pomme a poussé au milieu de mon visage.

Surprise... Surprise

Voir les commentaires

Rédigé par Martine.

Publié dans #Nouvelles

Repost0