Requiem pour la couture

Publié le 14 Juin 2009

Pour vous aujourd'hui un texte de mon amie Brigitte :


Lorsque j'étais enfant, j'ai vécu la couture sous toutes ces formes, comme une punition, voire une humiliation. On me forçait à rester assise des heures  à broder au fil rouge des mètres de frise sur lesquelles dansaient en infinie farandole des alsaciens et des alsaciennes en costume traditionnel.  C'était une façon détestable de   contrôler mon impétuosité naturelle, que de m'obliger à ses séances horribles. Ces ouvrages étaient destinés à orner la tranche d'étagères ou d'armoires. A ce jour, j'en découvre encore sur les brocantes et ces antiquités même mitées ou jaunies s'arrachent à des prix indécents.

 


 Le pompon  fut le tricotin : supplice à l'usage des petites filles dissipées pour les contraindre à tenir en place. J'ai ainsi réalisé de quoi relier la France à l'Australie en rondins de laine détricotée. Je crochetais ces trucs inutiles dans une palette de dégradés allant du vert caca d'oie au rouge pétant, entrelardé de laine grisâtre ou maronnasse. Le pire, c'est que ça ne servait à rien. J'ignore où sont passées ces boudins qui pendouillaient sur mes genoux, comme une longue chenille multicolore. Une chenille que je finis par maudire et avec laquelle j'aurai pu me pendre de désespoir, tant il était grand.  Je subis ces heures de sagesse forcée où mes yeux s'épuisaient, où mes jambes fourmillaient, où mon dos  raidissait, où mon esprit affutait sa revanche.  L'envie me venait alors de tout envoyer valdinguer, de m'enfuir loin,  loin que possible de cette aiguille redresseuse de torts. Celle-là même  surgissait sournoisement dans mes cauchemars et transperçait le cœur de mes bourreaux.

 

 

 base photos flickr d'OB


Alors  la couture,  vous comprenez, dans ces conditions....


Plus tard, chez les nonnes, je fus reléguée, ou plutôt assignée à la corvée de raccommodage.  L'art de la reprise me fut enseigné dans la douleur ainsi que certains rudiments de points  soi-disant indispensables à ma vie de ménagère idéale. En ce temps-là, on avait le sens de l'économie et du devoir. J'élaborais de savants rouleautés sur des foulards de soie qui rapportaient trois francs six sous à la congrégation et l'estime de la mère supérieure pour celles qui travaillaient assez vite et proprement. Déjà on faisait bosser les enfants et nous n'étions ni chinoises, ni sud-a

méricaines.  


Je rangerai donc dans le tiroir aux oubliettes,  tricot, crochet et autres broderies fantaisistes, chaînette et point de tige, passé plat, surjet simple ou double, boutonnière au point feston, le bourdon me donne le cafard quant aux autres joyeusetés, genre boutis ou patchwork, j'admire la patience, et le doigté de certaines personnes que je connais, mais ne me demandez pas de m'y essayer.    


Un jour lointain, ma fille alors, âgée de 6 ans me demanda un tricotin. J'adhérais néanmoins à sa requête et lui montrais comment se servir de l'engin. Le dit tricotin, bonhomme en bois peint au chapeau clouté comme une amanite phalloïde entra dans notre famille, mais disparut sans crier gare.  à 26 ans, elle faisait toujours appel à sa maman pour un banal ourlet de jupe ou pour rafistoler un vieux lapin en peluche. Ce qui prouve bien que j'ai négligé son éducation ménagère. Mais sur ce point, je n'ai ni remords, ni regrets.


Maintenant si un trou fortuit apparaît au talon d'une chaussette, elle file illico avec sa comparse non mitée dans la poubelle, sans égards, sans trompettes.

 base photos flickr d'OB

 

Pas de requiem pour la chaussette.


Je suis devenue malhabile par dégoût, par paresse, cependant j'admire les exécutions délicates des autres sans toutefois les envier un seul instant. Chacun son job ! Je sais tenir un stylo, manier la souris de mon ordinateur, presque cliquer au bon endroit, pour voir défiler mes histoires. Entre les mailles des phrases, je taille et illustre mon roman.


Si je tente, malgré tout par économie,  de confectionner une housse de coussin où de réparer un vêtement, je me pique toujours et des  myriades de trous constellent alors mes index. Et comme, je déteste utiliser un dé, mon pauvre majeur pleure, de  ressembler  à une vieille écumoire. Il me faut des jours pour retrouver un doigt normal et en état de marche : et comme c'est ce même doigt qui pousse l'aiguille et qui tient aussi le stylo. Il faut choisir. Et bien c'est tout  choisi, je renonce définitivement à la couture, et qu'on n'en parle plus. 


Je ne conçois le plaisir que dans la verve épistolaire.  Je m'entraîne à broder les mots, festonne les adjectifs, me faufile  entre les virgules,  clique sur les synonymes appropriés, et tranquillement je fabrique ma pelote d'écrits.


Alors, surtout ne m'épinglez pas si mes reprises sont parfois capricieuses, ne vous moquez pas de ma bobine si j'ourle mes chroniques de fronces et rapièce le puzzle de ma vie décousue. Foin des divagations hasardeuses et des discours cousus de fil blanc, s'il vous plait ne me taillez pas un costume pour l'exemple, promis, juré je ne biaiserai plus. J'arrête !


                                                                        Brigitte Lécuyer  

Rédigé par eglantine

Publié dans #Brigitte Lécuyer

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Moni 19/06/2009 21:04

La couture doit être un plaisir et j'aime beaucoup la fin de ton histoire. Vive le stylo et le plaisir des mots en pelote d'écrits.

Lilounette 17/06/2009 20:23

Et oui, on devait s 'y prêter au jeu d'aiguilles à coudre, broder, rapiécer ... à dégoûter.Curieusement après de longues années sans ces outils.. j'ai décidé de coudre à nouveau , mais de créer, alors je le suis lancée jusqu'à confectionner robe,pantalon , robe de nuit, pyjama, déguisements .. puis broder sur toile aïda de longues heures. J'avais réalisé pour ma fille de mignonnes petites robes (sur patron ) , j'étais devenue habile et créatrice .. maintenant je ne fais plus rine de tout çà , quelques babioles( sacs de lavande par exemple, boîte à mouchoirs ..) et encore ! j'ia également beaucoup tricoté et crocheté ..c'est fini tout çà !
Bisous

Annick 16/06/2009 21:11

bel écrit de Brigitte!je comprends ce qu'elle ressent maintenant!
moi,j'étais gauchère et ne comprenais jamais ma prof de couture...(oui,on avait des cours de couture)je commençais tout à l'envers!
"vous ne ferez jalis rien de bien avec vos doigts "me disait-elle.
Cela ne m'empèche pas d'aimer faire de la couture,mais pour mon plaisir...et je suis seule "maître à bord".

Doucepoésie 16/06/2009 14:32

Bien le bonjour et passe une agréable journée bises amicalement Mimi.

Louis-Paul 16/06/2009 07:46

Tu as raison, il vaut mieux tricoter les mots.

Corinne 15/06/2009 23:40

bonsoir

oh moi aussi j'ai horreur de la couture mais au lycée pour avoir une place en section vente, ils m'ont fait patienter 2 ans en couture, une catastrophe, j'étais incapable de rester assise 4 heures derrière une machine à coudre et encore moins pour coudre
La prof était sympa, elle confectionner tout pour moi, et moi, j'allais faire les photocopies, aller distribuer les bobines de fils, oui tout sauf coudre

Le plus dommage c'est que j'ai perdu 2 ans

bisous

Pilouchi 15/06/2009 21:21

Oups... j'ai oublié de te dire... lol j'ai acheté il y a un an un tricotin... et avec mes petits enfants on a fait quelques mètres de cordelette en laines.... bisousssssss bonne nuit !

Nettoue 15/06/2009 15:26

Sauf le tricotin que je trouvais amusant, car je n'étais pas obligé de le faire, je te comprends parfaitement.
Les souvenirs d'enfance ne sont pas toujours aussi bons qu'on le prétends !
Bises voisine
Nettoue

Doucepoésie 15/06/2009 07:57

Bonjour et bonne journée , ton texte et bel écrit,bravo.Bises amicalement Mimi.

lylytop 15/06/2009 07:13

une petite léonore est venu parmi vous un 14 juin, c'est a dire hier, alors bienvenue a toi Léonore tu ferad le bonheur de tes parents et félicitation au papa et a la maman a bientôt (lylytop)

francoise 15/06/2009 06:48

Oh ! mais j'ai pas eu le temps de finir mon com'. Je voulais dire : cependant je ne regrette pas, c'est utile de savoir coudre parfois, même si un bouton à recoudre attend parfois des semaines et des mois avant de retrouver sa place, quant aux chaussetes pareil, hop poubelle !

francoise 15/06/2009 06:46

J'ai aussi à peu près le même parcours couture que toi, on nous apprenait à coudre, à broder, j'avais horreur de çà, c'était pour moi comme une humiliation d'être obligée de tenir une aiguille et un bout de tissu, y faire un ourlet, coudre un bouton.

FrancoiseduVar 15/06/2009 06:44

beaux textes, pauvre chaussette.... bisous
françoise

:0014:dom:0075: 15/06/2009 05:59

Excellent ! Moi, par contre, j'ai tout appris avec ma grand-mère et j'ai adoré, bien que je ne fasse plus grand' chose ...
Bon début de semaine ! Bisoux.

dom

dgidgi:0040: 15/06/2009 04:28

le lire faire malgré tout sourire
et si tu tires le fil maladroitement maintenant,
effectivement tu joues très bien avec les mots
pour le plaisir de ceux qui ne savent le faire.
bonne semaine Martine ** dgidgi

Armide 14/06/2009 23:07

Le supplice des cours de couture bien joliment reproduit à la plume. Une belle revanche !
J'aimais beaucoup ces cours, mais les professeurs me terrorisaient. Je collectionne toujours les tricotins et la broderie, loin du regard de ces vieilles revêches est devenu un passe temps qui rythme mes pensées.

mrcafe 14/06/2009 21:15

etant un garcon , le seul truc que j'aimais faire en couture été les pompoms , bise eglantine

mrcafe 14/06/2009 21:13

etant un garçon en couture le seul truc que j'aimais faire été les pompoms , bise églantine

Jean-Jacques 14/06/2009 20:05

Bonsoir Eglantine,

je te souhaite une bonne semaine

Grosses bises

@+

Quichottine 14/06/2009 19:57

J'adore !

En tout cas, Brigitte Lécuyer a de beaux restes... et l'art d'employer les mots de la couture et de la broderie dans leur second sens. C'est superbe !

... et comme je la comprends !

Bandolera 14/06/2009 18:49

J'aime bien ces "trucs de bonne femme", je trouve qu'ils ont un côté rassurant, comme le fil qui court sur la toile et y fait des dessins, comme le cliquetis des aiguilles. Un petit air du passé, une pensée pour le temps de nos aïeux ... Bonne soirée Eglantine ! Bisous

Enriqueta 14/06/2009 18:16

J'aime l'humour de ton texte et les jeux de mots.

Viviane 14/06/2009 16:46

Enfant, j'ai appris à coudre et à tricoter, je peux t'assurer que ça ne s'oublie pas même "si on ne s'en sert pas"
Bonne fin de journée
Bisous
Viviane

Viviane 14/06/2009 16:44

Enfant, j'ai appris à coudre et à tricoter, je t'assure que ça ne s'oublie pas même "si on ne s'en sert pas"
Bonne fin de journée
Bisous
Viviane

clementine 14/06/2009 15:09

J'ai eu de la chance. Je gardais les vaches et les brebis et ma mère ne m'obligeais pas à coudre ou à repriser. Je la regardais le soir près de la cheminée.. j'aimais bien la regarder.. ça n'a pas d'importance de savoir coudre ou pas.. moi, je ne sais pas coudre et j'en ai rien à foutre. Je ne suis pas super maitresse de maison et j'en ai rien à foutre. vive le désordre.. vive les fringues achetées dans magasin.. on gagne notre vie, non ? tu en as trop bavée.. faut te révolter.. ne plus faire le ménage, ne plus broder, ne plus coudre.. si ça ne te plaît pas, faut pas le faire..

3sites:Panoramax-Quentin-Photomax 14/06/2009 14:58

j'ai vu un cul sur le panorama

3sites:Panoramax-Quentin-Photomax 14/06/2009 14:49

des qu'elles sont un peu reche , elles passent pour nettioyer le velo ,pour avoir des ampoules c'est du reche qu'il faut @++++

patriarch 14/06/2009 11:54

Tout minot, j'allais là où ma mère exerçait la couture, plutôt ravaudait les draps et autres vêtements, dans un hospice !!!

3sites:Panoramax-Quentin-Photomax 14/06/2009 11:38

faire des strings pour les nonnes quel supplice lol

MONIQUE 14/06/2009 11:37

Bonjour Eglantine, j'aime le style d'écriture de ton amie et elle n'est pas la seule à ne pas aimer, très peu de couture pour moi juste quand il le faut !! passe un bon dimanche, bises,

flolipo62 14/06/2009 09:48

oh que non ! j'adore le dernier pavé, tout résumé en 5 lignes bravo !
c'est le problème des choses que l'on impose à outrance, on en dégoûte les gens et quelque part ça te plairait mais ce dégoût et ce souvenir t'empêcheront de le faire...
bon je continue pas tu sais ce que je pense...
bonne journée

Pilouchi 14/06/2009 09:00

un petit coucou dans la fraicheur matinale ici pour te souhaiter un bon dimanche ! j'ai lu avec grand plaisir ce texte de ton amie Brigitte.. j'adore sa couture avec les mots, son verbe, son style.... bravo ! bisousssssssssss

:0009:..:0022:..:0014:..:0038:..:0091:.. 14/06/2009 07:59

simplement : excellent... !! bonne journée Martine