Les hommes de ma vie / le vrai boss (3)

Publié le 1 Juillet 2009

Avec Jeff nous quittons Rueil pour nous installer à Saint-Ouen-l’Aumône où Jeff travaille. Nous emménageons le 9 mai 1981. Le lendemain nous fêtons notre pavillon tout neuf avec son petit jardin et la victoire de François Mitterrand aux élections. Tout ce que nous pouvions espérer : avoir une petite maison à nous et la gauche au pouvoir arrivent le même week-end.

Je prends le RER où la voiture pour aller travailler à Rueil mes journées de travail déjà très longues s’allongent de deux heures. Je continue à m’impliquer à fond. Les années passent au service de Monsieur F…. mes enfants grandissent, le temps passe vite, très vite. Ce travail me plait.

J’aime particulièrement le contact avec le personnel de chantier. Quand ils reviennent et qu’ils me racontent la vie de grand déplacé je les écoute. Ils me font rêver mais curieusement je n’envie pas ces baroudeurs sans racines qui sont parfois assez déphasés. Leurs épouses souvent n’ont pas supporté l’éloignement. Quand ils reviennent, ils me ramènent des cadeaux, des poupées indonésiennes,  des tableaux égyptiens en feuilles de papyrus….

Ils me racontent Kourou la Guyane : cette île au climat chaud et humide assez difficile à supporter me disent-ils mais ils aiment la forêt amazonienne, leur vie de privilégiés dans de jolies villas à l’architecture coloniale. Ils assistent anxieux aux premiers départs d'Ariane, la joie quand tout se passe bien, les larmes quand elle explose.





Ils me racontent l’Afrique, leur vie de pacha avec des « boys » à leur service.

Ils me racontent les plateformes pétrolières en mer du nord…. 15 jours de travail intensif jour et nuit sur ces arbres de fer agités par les vents en pleine mer où on ne peut faire que travailler, manger et dormir. 15 jours isolés de tout pour 3 semaines de repos en France.




Quand ils reviennent on pourrait penser qu’ils sont heureux de retrouver leurs racines. En fait, ils n’ont qu’une seule envie repartir. Quand ils sont en France en détente ils gardent souvent la chemise à fleur entrouverte, la dent de requin autour du cou et le chapeau style Indiana Jones. Sous leur aspect de vieux machos qui se donnent des aspects de durs, ils ont souvent un cœur d’artichaut et une vie de patachon.

Un jour une épouse m’appelle et me demande l’adresse du chantier russe de son époux. Elle s’excuse elle sait que ce chantier est sous secret militaire mais il faut qu’elle puisse lui adresser un courrier important. Chantier sous secret militaire, j’ignorais que cela puisse exister !!! Pour nous son époux est en congés payés avec une jeune russe rencontrée dans ses périples professionnels et je pense que leurs ébats n’ont rien de militaire.

Le boss a ses coordonnées. Pour me sortir de cette impasse, je lui dis de m’adresser le courrier sous pli cacheté et lui promet de lui faire parvenir . Elle insiste pour avoir l’adresse. Je lui dis que rien ne me prouve qu’elle est son épouse et que je ne peux pas lui donner une adresse au téléphone ». Elle me  répond qu'elle le comprend mais comme elle est à Paris, elle arrive avec  ses papiers d’identité. Deux heures après, elle se présente au bureau, papiers à la main. Je suis très ennuyée et j’en avertis Monsieur F…. qui heureusement n’est pas en déplacement. Il la reçoit lui-même et lui dit tout simplement que pour nous il est en congés payés et non sur un chantier. La dame assume avec beaucoup de dignité et de maîtrise. Il avertit ensuite l’époux de la révélation qu’il a été dans l’obligation de faire en lui reprochant de nous avoir mis dans une situation aussi délicate.

J’imagine l’accueil de l’épouse au mari volage à l’imagination débordante lors de son retour au foyer conjugal…..

Nous sommes en fin de construction d’une tranche sur la Centrale Nucléaire de Flamanville dans la Manche et nous devons remettre sur le marché du travail en même temps 300 ouvriers tireurs de câbles embauchés localement pour les besoins du chantier. Ceux-ci savaient à l’embauche que leur mission était temporaire. Il est important néanmoins dans un bassin de l’emploi sinistré de les aider à se reclasser.

Monsieur F… me confie cette mission qui ne peut être menée que sur place. Je pars donc en déplacement plusieurs semaines à Flamanville sur une période de quatre mois. Je couche dans des hôtels très confortables sur le port de Cherbourg : le Chantereine que j'aime beaucoup mais qui m'oblige à sortir le soir à Cherbourg et dîner seule au restaurant. Un soir un Monsieur s'installe à ma table et s'incruste en me draguant ouvertement. Je loge ensuite au mercure où je peux me faire servir mon dîner dans ma chambre

Le premier jour sur le chantier, Le Responsable  un ingénieur très agréable, délicat,  féministe m’accueille avec plaisir. Ses adjoints aussi mais l’un me fait remarquer mais « qu’arrive t’il au boss pour qu’il nous envoie une femme sur un chantier ».

Je rencontre également les délégués du personnel avec, à leur tête, le délégué syndical CGT, ouvrier d’une cinquantaine d’années un peu bourru qui m’accueille en me disant « tu ferais mieux de faire la soupe à ton mari et tes enfants plutôt que de venir nous piquer notre travail » et je lui réponds (et c’est vrai) que mon mari et mes enfants n’aiment pas la soupe, que je ne viens pas ici pas pour leur prendre leur travail car je serai incapable de faire ce qu’ils font mais que je vais leur en trouver.
Avec un sourire moqueur, il me répond « tu n’es pas à Paris, il n’y a pas de travail ici ».

La mission que je me suis promise de réussir débute on ne peut mieux ! De plus, pour couronner le tout en ce premier jour sur le chantier, je n’ai pas prévu les escaliers en caillebotis et les talons de mes chaussures se coincent dans les trous du grillage ce qui vous l’imaginez provoque une certaine hilarité chez ces Messieurs.

Je reçois tous les ouvriers pour les connaître, faire un recensement de leurs compétences et de ce qu’ils souhaitent faire.

Cette région du nord Cotentin vit du nucléaire, de l’agriculture et de la pêche. J’exploite à fond la filière nucléaire et je rencontre les entreprises sous-traitantes de l’usine du retraitement de la Hague, les autorités de l’arsenal de Cherbourg où est construit un sous-marin nucléaire pour connaître leurs besoins en personnel et leur proposer nos ouvriers. Je rencontre les sociétés d’intérim, les commerçants de Cherbourg. Je «vends » avec beaucoup de conviction  nos ouvriers. C'est l'hiver et il neige beaucoup dans le Cotentin ce qui rend mes déplacements parfois difficiles avec la voiture de location.

Après 4 mois et de nombreux déplacements sur place, nous arrivons à reclasser 94 % des ouvriers avec certes des contrats à durée déterminée mais avec du travail. Je suis particulièrement heureuse d'avoir réussi à faire d'un ouvril local un grand déplacé que nous embauchons définitivement puisqu'il est mobile sur la France et nous le détachons sur la Centrale de Belleville.

C’est un vrai succès d’autant que le plus difficile a été de les convaincre de venir travailler à La Hague car ils habitent presque tous près de Flamanville et pour aller à la Hague, il faut traverser Cherbourg.

Nous avons aussi évité un conflit social qui se serait terminé comme tous les conflits de centrale par un blocus des portes de la Centrale.

Le dernier jour, le délégué syndical CGT, que j’avais personnellement tenu informé au fur et à mesure de l’avancement de la mission, vient me dire au revoir et me remercie vivement.

Il me tend un sac plastique rempli à ras bord de coquilles Saint Jacques. Après sa journée à l’usine, il prend son bateau et pêche la coquille. Je ne m’y attendais pas je suis très émue. Monsieur F. me félicite aussi à mon retour. Cette mission m’a beaucoup plu et je ne sais pas à l’époque qu’elle va conditionner complètement la suite de ma carrière professionnelle.

A suivre......

Rédigé par eglantine

Publié dans #Vécu

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Alrisha 23/07/2009 23:58

Je suis drôlement en retard dans mes lectures chez toi!!! mais quel plaisir à te lire! Alors, je vais me rattraper dès demain car j'aime ton allant à raconter et je trouve que ta vie n'est pas des plus communes!!
Bises de la nuit Eglantine!

Pilouchi 05/07/2009 21:31

carrière qui prend de plus en plus forme mais il est vrai au détriment de ta vie de famille.. mais je comprends, de par le caractère que l'on devinne aisément, que tu te sois autant impliquée.... je monte lire la suite !

clementine 04/07/2009 20:24

oui, tu vas le quitter.. Tu es un oiseau toi..
au fait nous aussi nous avons acheté notre maison en 81, mais en décembre.. aujourd'hui, nous ne pourrions pas acheter maison.. les prix ont grimpé, grimpé..
bisous
clem

MONIQUE 03/07/2009 15:04

Belle réussite de cette mission, bises, Monique

françoise 03/07/2009 06:13

En attendant la suite, je te souhaite une bonne journée et un bon week-end
françoise

dgidgi 02/07/2009 22:38

le plus ross pour moi, c'est que j'aurai pu te connaitre, IMAGINE ......quel dommage
mais tu as une agréable façon de parler de MA REGION, merci, bisous ému !! dgidgi

bunny le chti 02/07/2009 22:36

salut
je ne suis jamais allé en guyanne , pourtant ca me plairait
bonne nuit

Corinne 02/07/2009 18:48

wouah un sac complet de coquilles saint-Jacques hummmmmmmmm
A suivre alors je reviendrai

bisous

3sites:Quentin-Panoramax-Photomax 02/07/2009 17:56

eh eh t'est pas obligee de passer dans cherbourg lol

Quichottine 02/07/2009 08:42

J'ignorais que l'on pouvait faire de tels mensonges... (pour le monsieur infidèle)

En tout cas, je vois que tu as vécu de belles choses et c'est passionnant.

Bravo pour la suite de ce récit.

Doucepoésie 02/07/2009 08:24

Bonjour et bonne journée , bises amicales Mimi.

FrancoiseduVar 02/07/2009 06:20

Quel beau texte et que d'inspirations, est ce du vécu....

bisous
françoise

:0014:dom:0075: 02/07/2009 06:07

Un travail passionnant dans lequel tu t'investis à fond ... peut-être au détriment de ta vie familiale ? Mais il est vrai que, parfois, il faut savoir faire un choix.
En tous cas, bravo pour ta réussite ! Ce n'est jamais facile avec des mecs ... J'en sais quelque chose ...
Bon jeudi. Bisoux.

dom

Annick 02/07/2009 01:12

ah,les coquilles St jacques de Cherbourg!un délice,j'en ai encore le goût dans la bouche!

encoreun beau lancement d'Ariane!
re...bizzz...

bunny le chti 01/07/2009 23:06

salut
on s'est peut être rencontré sans se connaitre
j'habitais Pontoise en 81
bonne nuit

Lilounette 01/07/2009 22:23

Pour quelqu'un qui n'avait plus d'inspiration, tu sais faire revivre ton blog en contant magnifiquement ..bises et bonne soirée .. et puis je vais faire un petit tour sur la droite puisqu'il y a du changement aussi .

mrcafe 01/07/2009 19:46

j'y ai travaillé 4 ans en entretien de plomberie a la hague , que du bonheur pour moi ces années passées là , bise églantine

MONIQUE 01/07/2009 19:22

Merci de ta réponse, je relirai ces pages avec plaisir, bisous, Monique

Viviane 01/07/2009 16:23

Tu racontes bien! on te lit avec un réel plaisir!
Bonne fin de journée
Bisous
Viviane

Annick 01/07/2009 14:50

en poursuivant cette lecture,je me dis que tu pourrais écrire ...un livre.
il fut une époque où j'allais souvent à Cherbourg voir un cousin qui travaillait à Flamenville.
Tout à l'heure,je vais à Kourou voir décoller Ariane.
bisous,bonne soirée à toi!

MONIQUE 01/07/2009 14:41

Bonjour Eglantine, es-ce la réalité ou romancé ??
bonne journée, bisous, Monique

eglantine 01/07/2009 18:52


Tout est absolument vrai, je n'ai rien inventé c'est ma vie professionnelle que je raconte...
Bises Monique


Armide 01/07/2009 14:22

Tu étais LA personne de chaque situation. et sans doute d'autant appréciée qu'on n'en trouve pas beaucoup...
Mon père aimait beaucoup Cherbourg. Nous l'avons accompagné lors d'un dernier déplacement. Je sens l'émotion me gagner.

damien verhee 01/07/2009 11:43

Bonjour Eglantine, je suis devenu complètement accro de la façon romancée dont tu retraces cette histoire. N'as-tu jamais pensé à écrire le roman de ta vie? C'est si bien écrit, je partage l'avis de nombre de tes fans, ECRIS!!!!!! Bisous tous chauds...

Doucepoésie 01/07/2009 10:44

Bonjour c'est un plaisir de lire tes écrits est cela est fascinant , merci et bravo.Bises amicalement Mimi.

patriarch 01/07/2009 10:31

Eh là !!! Je suis un de ces bourlingueurs, n'y déphasé, ni divorcé de celle qui m'a accepté tel qu j'étais. L'éloignement, avec une confiance mutuelle, peut-être aussi pour le couple, une source d'enrichissement sentimental !!!

Mon chantier le plus loin, fut en Nouvelle-Calédonie, à Doniambo usine du Nickel !!

loic 01/07/2009 09:47

Ah ! Je lis ce troisième épisode avec beaucoup de plaisir. Riche, cette vie ! Je suis sûr que les techniques, même les plus « pointues », ne sont rien au regard de l’intérêt, des difficultés mais aussi de la gratification que les relations humaines apportent. Et surtout dans les moments difficiles ! C’est ceux qui marquent le plus. Passionnant ! J’attends la suite… avec intérêt. Amitiés. Loic

Plume 01/07/2009 09:38

Des fois on se retrouve dans de telles situations ...!

Enriqueta 01/07/2009 09:22

Des coquilles Saint-Jacques! La veinarde!J'adore! Et j'ai une recette de famille pour les cuisiner.

....=O..O=..... 01/07/2009 08:21

hello.....la suite svp .... !! bonne journée

lylytop 01/07/2009 08:03

j'ai relu, la hague est vaste quisqu'elle part de cherbourg plus exactement d'octeville,jusqu'a cette extrémité, ou on trouve flamanville jobourg beaumont etc... flamanville se trouve dans la hague, et pour traverser cherbourg de flamanville on se retrouve dans le val de saire
mais pas important le principal c'est que tu as réussi ta mission de placement de tout ces ouvriers
quand a celui qui t'as dit d'aller faire de la soupe a tes enfants je connais se genre d'individu j'ai travaillé a l'usine de jobourg et j'en ai entendu des phrases contre les femmes qui travaillent,raccomoder leur chaussetes etc.. oh que oui et aujourd'hui encore
a bientôt j'attend la suite j'espère que tu as gardé un très bon souvenir de notre ville
lylytop

eglantine 01/07/2009 14:03


Je t'assure lily que pour aller à la hague je traversais cherbourg .... Je ne devais pas avoir la bonne route;


lylytop 01/07/2009 07:53

encore une suite interessante, les coquilles st jacques un vrai régal
la neige dans le Cotentin ma foi c'est rare donc tu devai être ici dans les années 85/86
mais je comprend pas c'est que tu dis que de Flamanville pour se rendre à la hague il faut traverser Cherbourg, ca fait un sacré détour
ou j'ai pas compris je vais relire
a bientôt
lylytop

Claude B 01/07/2009 07:24

et oui, parfois la vie change d'orientation pour un petit rien ce jour là tu avait en quelque sorte fait tes preuves...
bonne journée

françoise 01/07/2009 06:58

Je lis avec plaisir la suite, tu écris si bien.
bises
françoise