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Publié le 31 Octobre 2011

Pour  la communauté "les croqueurs de mots"  :

Défi N° 67 proposé par Enriqueta, voici ci-dessous ma participation :

 

 

Martine La Martienne

 

Ce matin, je suis mal réveillée,  j’ai fait un cauchemar cette nuit, je me retrouvais seule dans un désert de terre ocre parsemé de cratères où je m’étais égarée. Sortir du rêve et revenir à la triste réalité quotidienne celles des nouvelles économiques catastrophiques, des conséquences dramatiques des dérèglements de notre planète et des faits divers sanglants. C’est ainsi chaque matin mais j’aime lire le journal en avalant mon thé même si ces informations me laissent une impression de malaise.

Comme chaque jour Je me précipite sur ma boîte aux lettre et sort mon journal préféré « Le Marseillais libéré » qu’un livreur a déposé aux aurores. Je me saisis du journal, l’ouvre et … oh surprise de découvrir ma photo en première page avec ce gros titre 

 

 

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MARTINE LA MARTIENNE

« Martine MARTIN,  une lectrice de 58 ans a remporté notre grand concours d’écriture  « Pourquoi pensez-vous  que vous êtes martienne ? ». Le jury, à l’unanimité, l’a désignée comme la Martienne Marseillaise de l’année.  Lire page 6 »

 

 

J’avais complètement oublié que j’avais participé à ce jeu d’écriture séduite par le thème inhabituel et par Mars qui m’a toujours fascinée. Je ne  m’imaginais pas pouvoir gagner ce concours. Je tourne les pages vite et sur la page 3  je trouve mon texte que je lis à haute voix.

 

MARTINE LA MARTIENNE

« Mars m’a toujours hantée. Je suis née un 30 mars à Marseille sous le signe du bélier. Mes parents m’ont appelée Martine et si l’on inverse les deux dernières lettres de ce prénom cela fait Martien ».

Depuis que je suis petite, je déborde d’énergie, je suis hyperactive, aime le risque, l’aventure.  On me dit tenace, pugnace, volontaire. Ma mère  me disait que j’étais un garçon manqué en insistant sur le mot manqué.

Elle m’a toujours reproché d’être une fille, si j’avais été un garçon j’aurais pu remplacer  mon petit frère MARTIN mort 2 ans avant ma naissance.

Je pense souvent à ce petit frère que je n’ai pas connu et je l’imagine, petit habillé de vert avec de grands yeux turquoise. Je le vois vivre sur une autre planète, une planète rouge remplie de cratères, une planète qui pourrait bien être Mars telle que les scientifiques la décrivent.

J’aurais voulu aussi être un garçon et je refuse cette féminité dont j’ai hérité par erreur. Je compense cela par un besoin de m’affirmer en permanence, de me faire remarquer.  Je m’habille souvent en rouge ou en couleurs vives.

Je suis impulsive. Il m’arrivait de me battre comme un garçon dans la cour de l’école. J’ai cet instinct guerrier, viril qu'on prête à Mars dans la symbolique collective : « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus ».

Je me suis assagie en vieillissant mais je suis restée une femme combative, et je me bas en permanence sans  mes poings mais avec mes convictions. Je me bats pour le respect des valeurs qui sont les miennes et contre l’injustice. Mes causes étant souvent perdues d’avance, je perds souvent mais le principal n’est-il pas d’avoir combattu. Il m’arrive aussi de gagner ; j’affiche alors mes victoires, il faut que cela se sache, que cela serve d’exemple.

Quand j’étais petite, j’étais très gourmande,  je raffolais des barres de MARS et dès que j’en avalais une je m’écriais en riant « Mars et ça repart ».  Aujourd’hui je n’en mange plus, j’en ai trop mangé de façon boulimique jusqu’à l’écœurement. 

Adolescente Je passais beaucoup de temps à lire des romans de sciences fiction et des BD : tintin, Spirou avec un attachement particulier pour cette petite bête étrange à la longue queue : le marsupilami qui semblait sorti d'une autre planète.

Je me suis mariée à 20 ans avec Martial MARTIN, un jeune homme aux cheveux longs roux rêveur et qui semblait vivre comme moi sur une autre planète. Nous étions en quelque sorte des extra-terrestres, des inadaptés pour nos congénères et c’est ce qui nous a unis. Je m’appelle donc maintenant Martine MARTIN.

Nous avons beaucoup voyagé ensemble notamment aux États-Unis.  Je me souviens de Yellowstone, cette immensité de terre orangée semée de cratères d’où, majestueux, jaillissent des geysers.  J’ai l’impression d’y être déjà allée,  C’est ainsi que j’imagine Mars ai-je dit à Martial qui ma répondu « j’ai la même impression que toi ».  Martial et moi, nous sommes toujours sur la même longueur d’ondes.

Je me souviens de Paris, avec la Tour Eiffel surplombant le champ de Mars verdoyant, Un beau terrain d'atterissage pour soucoupes volantes ai-je pensé la première fois où j'y suis allée. C'est mon endroit préféré de la Capitale.

Nous avons eu deux enfants : en premier Marceline, puis plus d’un an après : Marceau. Ils sont arrivés un peu comme Mars en carême.  Mais néanmoins nous les avons beaucoup entouré et leur avons beaucoup donné.  Ils nous ont beaucoup apporté.

Ils nous ressemblent beaucoup. Ils ont l’air comme nous toujours absents, perdus dans leurs rêves comme s’ils vivaient eux aussi dans la 3ème dimension. Ils sont dynamiques et tenaces comme nous, peut-être plus que nous. Ils nous ont donné quatre beaux petits-enfants que nous adorons.

Nous avons acheté un grand appartement rue neuve Saint-Martin à Marseille.  Souvent nous allons en week-end dans le Var et j’aime me promener en hiver à Saint-Tropez, voir la vieille gendarmerie. Je pense à l’adjudant Cruchot qui a combattu les extra-terrestres et aux fous-rires que nous avons eus avec Martial en le voyant perdu. Difficile parfois de distinguer un humain, d’un martien qui peut parfois prendre apparence humaine.

E.T. restera pour Martial et moi un grand moment de cinéma plaisir. Nous avons été émus aux larmes par E.T. , son envie de retourner à la maison malgré son amitié pour Elliott  petits enfant terrien. Je ne sais pas pourquoi mais E.T. m’a fait penser à mon grand frère MARTIN que je n’ai pas connu.

Nous sommes bien-sûr allés  voir Mars Attack mais nous n’avons pas aimé. Nous ne pouvons pas imaginer des martiens agressifs venant attaquer les terriens. Dans notre imagination ce sont des êtres doux et rêveurs.

Je suis persuadée que les martiens sont discrètement présents sur terre, que j’en côtoie peut-être dans mon environnement quotidien sans m’en apercevoir.

Tellement marquée par mars, les Martin, les martiens, je me dis qu'il y a des coïncidences étranges. Je ne crois pas réellement au hasard et je me dis que peut être j’ai été martienne dans une autre vie ou peut-être même dans celle-ci ne serais-je pas une martienne envoyée sur terre pour espionner et témoigner à mon retour sur Mars.

Martine MARTIN / Mars 2011

 

 

Je repose le journal sur la table de la cuisine, il est déjà 8 heures, il est temps d’aller travailler. Il faut revenir sur terre et aux activités quotidiennes. J’enfile mon manteau,  mes chaussures et sort de l’appartement. Je prends l’ascenseur pour descendre dans le hall d’accueil. J’ouvre la porte de l’immeuble  et je me dirige vers le parking extérieur encore perdue dans mes rêveries.  Je relève la tête et là je reste stupéfaite, tétanisée par la peur

A côté de ma  «Twingo»  verte une soucoupe volante est stationnée.

Un petit être vert aux grands yeux turquoises en sort et me fait signe de monter avec lui. Nous rentrons me dit-il. Je refuse de monter et je crie que je suis très bien sur terre et que je ne veux pas rentrer à la maison.  Il se met à pleurer,  m’embrasse, me fait un signe d’adieu, monte dans la soucoupe et  décolle dans un nuage de feu.

Je lève mes grands yeux noyés de larmes au ciel et je lui envoie un baiser de la main en chuchotant « Adieu mon petit-frère Martin, embrasse bien Maman et Papa  »

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Rédigé par eglantine

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Publié le 13 Août 2011

Je vis avec Lise depuis quelques semaines. Aujourd’hui nous partons en vacances ensemble. J’ai déjà quitté la maison où je vivais avant loin d’ici pour un voyage d’une journée suivie d’une nuit passée dans une chambre d'hôtel.
C’est la première fois que je pars en vacances. J’avoue que j’appréhende un peu. 
Je ne sais d’ailleurs pas où va Lise, où nous allons ensemble. Elle me réserve la surprise.

J’ai peur, très peur de prendre l’avion pour la première fois, je redoute les tapis roulants interminables de Roissy, ces grands couloirs sans âme où je pourrai me perdre, rater l’avion, j’ai peur d’être secouée au décollage, dans les zones de turbulence et à l’atterrissage.


Aujourd’hui avec Lise on se fait la malle et j’ai mal au cœur.

 

Je n’ai pas trop envie de quitter  mon petit nid douillet où je vivais tranquille, le cœur vide et triste certes mais sans risque mais je pars le cœur rempli de douceurs soyeuses et colorées,  rempli de milliers de mots qui jouent ensemble, forment des rêves écrits d’amour, de mystère, d’aventure, rempli de parfums ambrés, exotiques qui me font penser aux femmes indiennes aux saris colorés… J’aimerai bien qu’elle m’emmène en Asie…

 

Nous partons, elle m’a donné sa main,. Nous marchons sur le trottoir parisien …. Un bus s’arrête nous montons, nous restons debout près de la porte. le chauffeur très nerveux nous secoue à chaque virage, cela ne semble pas perturber Lise pour autant. Elle semble perdue dans ses rêves. A quoi pense-t’elle ? A cet ailleurs où nous allons ? à ses amis et sa famille qu’elle quitte quelques jours. J’espère qu’elle ne se fera pas rouler comme moi au hasard d’une rencontre de vacances par un jeune-homme avec qui j’ai passé une journée et une nuit et qui m’a délaissée ensuite.

 

Le bus s’arrête, nous descendons. Elle me donne de nouveau la main.

 

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Nous sommes Gare de Lyon, je suis soulagée, nous ne prendrons pas l’avion, mais adieu mes rêves d’Asie. . J’entends les annonces : « Le TV 1431 en provenance de Marseille rentre en gare, voie 16…. Veuillez vous éloigner de la bordure du quai ».

 

Nous montons dans le train.  Lise est très attentionnée avec moi. Elle veille à ce que je sois bien installée, puis s’installe sur son siège côté fenêtre. Le conducteur nous souhaite la bienvenue et nous indique que ce TGV est à destination de Vintimille. J’espère que nous irons jusqu’au terminus. Si c'est le cas, merci Lise, Voir l’Italie, me faire caresser par le soleil de la riviera, tu ne peux pas me faire plus plaisir.

 

Le TGV quitte Paris, nous traversons à grande vitesse les plaines céréalières d’Ile de France, les paysages vallonnés de Bourgogne, l’interminable vallée du Rhône jusqu’à Marseille. Nous voici arrivés au long de la méditerranée devant nous la mer turquoise, les falaises ocres de l’Estérel, c’est comme dans un rêve, beaucoup mieux que l’Asie. Après Nice nous empruntons la corniche dominant la méditerranée ou voguent quelques coques de noix, Monaco la bétonnée, Menton la belle et ses citrons. Nous quittons la France et nous voici en Italie.

 

Nous arrivons en gare de Vintimille. Nous descendons du train. Je marche aux côtés de Lise dans la ville. Le soleil brûle ma peau et j'ai chaud au coeur.

 

Nous sommes en vacances au bord de la mer. Je suis heureuse, je rêve de plage. Nous rentrons dans un bel hôtel. La chambre que Lise a réservée est spacieuse. Allongée sur le lit où je me repose de ce si long voyage, je regarde par la fenêtre. Quelle vue, J’aperçois la mer, la falaise.

 

Pendant que je me suis endormie, Lise est sortie. Elle revient quelques temps  après. Ces heures sans elle m’ont paru une éternité. Dès qu’elle pénètre dans la chambre, j’aperçois l’intruse…je ne me pose plus la question « où va Lise », je sais où elle est allée.. Tu vois me dit elle en posant une valise neuve sur le lit à côté de moi, j’ai acheté ta petite sœur jumelle au marché de Vintimille pour y mettre tous les foulards, bijoux, sacs que j’ai achetés au marché…. 

 

Et oui je ne suis qu’une valise à roulettes, la valise à Lise  mais une « louis Vuitton » certes un peu usagée, mais une vraie, moi… Même si c’est notre sort d’être roulées, aujourd’hui c’est Lise qui s’est fait rouler en achetant cette mijaurée fabriquée en Asie qui, installée à mes côtés, me toise d’un air pimpant…. En revenant Je ne supporterai pas la cohabitation dans un placard avec cette "tartuffe".  Promis pendant le voyage de retour, je vais faire de l’œil à un voyageur peu scrupuleux et je vais me faire voler pour continuer l’aventure… pour le meilleur ou pour le pire….

 

Eglantine Août 2011

 

J'ai été inspirée par le thème du défi 61 proposé par  lenaïg pour la communauté des croqueurs de mots.

 

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Rédigé par eglantine

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Publié le 25 Mai 2011

Depuis des semaines, une idée fixe la harcèle nuit et jour. Elle se lève en ce vendredi matin en sachant qu’aujourd’hui est un autre jour : elle va enfin passer à l’acte.
Ne pas se laisser envahir par les obsessions

Agir

 

Elle avale son thé et son jus d’orange en vitesse, grignote quelques céréales. Elle chausse ses mocassins, enfile sa marinière bleue au col rayé de blanc. Elle embrasse son Paul hâtivement. Elle a le temps de remarquer qu’il semble perturbé. Peut être a-t-il une mauvaise intuition. Non il ne peut deviner qu’il ne la verra plus.

Ne pas s’apitoyer,

Se dégager de l’affectif comme n’arrête pas de lui répéter le type coincé qui lui sert de patron

 

Ce matin elle se rend à pieds au travail, il fait beau et elle n’a plus besoin de voiture.

Elle arrive tôt au bureau. Elle met en route son PC portable et ouvre sa messagerie comme chaque matin par habitude mais ne lit pas ses mails, c’est désormais inutile. A la place, elle écoute.  Elle aime être la première arrivée pour goûter au calme des bureaux vides.

Ne pas stresser pour débuter la journée

 Réfléchir, prendre du recul

 

Ses collègues arrivent un à un et quand ils sont tous fidèles au poste, elle les accompagne dans la pièce où trône la machine à café, élément indispensable à la vie de bureau. Ce moment est privilégié, c’est le moment d’échanger les banalités quotidiennes, de commenter l’actualité avec un brin d’humour populiste, voir même une tige, un tronc. Elle est la plus âgée, la vieille comme l’appelle son directeur « le vieux » qui n’aime que les jeunes consultantes ou secrétaires affriolantes.

Ses collègues racontent les péripéties de leur progéniture en pleine crise d’adolescence, c’est à celui ou celle qui racontera l’anecdote la plus saisissante. Si elle voulait, elle pourrait participer et gagnerait certainement la compétition car son fils à elle est en pleine crise d’adolescence aussi mais il la fait avec quinze ans de retard  et avec toute la violence d’un adulte ! Elle les écoute, elle se tait, elle a trop honte du  rejet agressif de son fils tant aimé pour pouvoir lui dire et lui montrer. Elle n’y peut rien, c’est ainsi.

Ne pas culpabiliser, ne rien regretter,

Fuir comme son fils

 

Après ce café avalé, chacun reprend son activité de consultant en « outplacement » habituelle.

Elle reçoit un salarié qui vient de signer un CDI après qu’elle l’ait chaleureusement recommandé au dirigeant qu’elle connait bien d’une petite entreprise. Il lui a apporté des chocolats. Elle le remercie, s’efforce d’être conviviale mais son esprit est ailleurs. Ce sera son dernier succès professionnel, son dernier entretien de conseil en recherche d’emploi.

La matinée lui parait interminable

 

A midi, elle ferme son PC, range ses affaires comme chaque midi. Sa collègue souhaite déjeuner avec elle, elle lui répond qu’elle ne peut pas aujourd’hui.  Elle ouvre son sac, sort sa carte bleue et la coupe en mille morceaux qu’elle jette dans la corbeille. Elle laisse sur le bureau son portable professionnel. . Si elle avait un téléphone mobile personnel elle le jetterait aussi mais elle n’en a pas, elle n’a jamais aimé le téléphone.

Ne laisser aucune trace, se volatiliser

 

Elle jette un dernier regard à son bureau qu’elle occupe depuis sept ans puis se dirige vers la sortie. Heureusement elle ne croise personne.

Ne pas regarder en arrière, ne pas s’attacher

Quitter cette vie monotone

 

Avant elle veut voir l’Oise  une dernière fois. Elle se dirige vers le pont qu’elle emprunte à pieds. Elle descend sur l’ancien chemin de halage. Elle s’assoit sur un banc, mange une pomme qu’elle sort de son sac à main. contemple le large ruban argenté qui court vers une autre vie, celle du fleuve qu’il va rejoindre au confluent tout proche.

Ne plus penser à rien

Confluer, changer de route

 

Pour le moment, se lever, marcher, beaucoup marcher, se laver l’esprit

 

Un homme l’attend à 15 heures devant la gare de Conflans fin d’Oise.. Fin d’oise, Fin de vie…. départ vers la mer, vers l’inconnu…

 

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Elle presse le pas et arrive dans le parking de la gare de Conflans, Comme toujours il est en avance. Son prince est là. Tout va bien, il ne l’attend pas dans un carrosse mais tout simplement dans sa citrouille verte, une Twingo neuve…. Il descend, lui ouvre la portière avec classe, elle s’assied sur le siège en cuir, signe de luxe qui contraste avec l’apparente sobriété du véhicule. Sa voiture est à son image : fierté dans la modestie. Il reprend sa place au volant. Il la regarde, ils se regardent intensément. Le désir comme un aimant les pousse à se rejoindre dans une très longue étreinte. Ils s’embrassent longuement avec fougue. Ils ont du mal à revenir à la réalité. Au bout de très longues minutes qui ont passé très vite, il démarre. Ils se dirigent vers la mer. Elle aime l’observer quand il conduit. Concentré sur la route, il semble rêveur. A quoi pense-t-il ? S’il savait que sa vie d’avant est terminée, qu’elle va confluer avec la sienne et prendre dès aujourd’hui une autre route.

Ne pas lui faire part de sa décision, agir, le surprendre…

La route défile dans les champs…  il est silencieux, il ne parle pas. De temps en temps il lui jette un regard plein de désir, lui caresse le genou avec douceur. Elle lui rend ses caresses. Il continue à conduire imperturbable.

Des éoliennes dans un champ brassent du vent

Brasser du vent ce qu’elle a fait jusqu’à présent, arrête de brasser du vent pour embrasser la vie…. une autre vie…..

Soudain à l’horizon, derrière les falaises de craie, la mer se confond avec le ciel….. La route se met à descendre en tournant pour venir mourir en bord de plage.

Il se gare sur le parking. Ils sortent. L’air iodé et le vent frais les sort de la torpeur du voyage qui les avait mis dans un état second. Et là, face à la Manche, ils s’étreignent et s’embrassent.

Ils sont seuls en cette fin d’après midi, seuls face à la mer, seuls au monde. Plus rien d’autre n’a d’importance.

Ils descendent sur le sable jusqu’à la mer qui prend une teinte dorée au couchant. Elle retire ses mocassins et marche dans l’eau qui est très froide. Il la regarde mais ne la suit pas. Ils remontent vers la promenade du bord de plage. Elle remet ses chaussures. Ils se dirigent vers l’hôtel qu’elle a choisi. La chambre que la patronne lui montre est petite mais elle donne sur la mer. Il ferme les volets pour cacher cet amour interdit qu’on ne saurait voir alors qu’elle a envie de l’exposer au grand jour sans culpabilité. Ils sont si différents, Est-ce raisonnable ?

Ne pas raisonner, ne pas douter,

se laisser porter par ses instincts.

Ils font l’amour avec fougue comme si c’était la dernière fois et qu’ils devaient en garder le souvenir tout le reste de leur vie.

Ils prennent ensuite un bain ensemble dans l’étroite baignoire. Elle n’aime pas comme lui se prélasser dans une baignoire mais préfère les douches. Aujourd’hui c’est différent, elle apprécie ce moment d’intimité et de tendresse en sa compagnie. Ils s’essuient mutuellement frissonnant de  désir toujours présent et s’habillent. Ils sortent de l’hôtel et vont dîner au restaurant qu’il a réservé. Tout est planifié chez lui. Il angoisse s’il ne maîtrise pas. Même si elle a horreur de prévoir à l’avance, elle s’en amuse, le taquine, lui demande s’il a prévu ce qu’ils allaient manger également. Le serveur leur apporte un cocktail maison. Il cherche à savoir ce qu’il contient, elle s’en moque, il est délicieux c’est le principal. Il insiste, dit qu’il va demander au serveur. C’est un philtre d’amour et on ne demande pas la composition d’une potion magique lui répond-t-elle. Il rit et renonce à savoir. Ils ont pris ensuite un immense plateau de fruits de mer qu’ils savourent lentement tout en échangeant des souvenirs personnels du temps où ils ne se connaissaient pas. Ils ont trop mangé, n’ont plus faim et ne prennent pas de dessert.

Il veut payer mais elle insiste pour le faire car il a payé l’hôtel. Elle ouvre son sac à main et sort discrètement d’une grande enveloppe en kraft des billets pour payer l’addition.  Il ne s’étonne pas car lorsqu’ils sont ensemble elle paye toujours en liquide pour ne pas laisser de trace de leur liaison. Ils ressortent.

 

Ils rentrent à l’hôtel et se couchent et font de nouveau l’amour pour évacuer ce trop plein de désir qui ne les a pas quittés.  Epuisés ils s’endorment enlacés.

 

Le lendemain matin, après le petit déjeuner copieux, ils quittent l’hôtel et vont se promener sur la plage de sable. Il s’assoient, Il lui parle de la lutte de la mer contre la terre. Elle se moque de la force des éléments et ne voit dans ce paysage qui s’offre à eux  que la beauté pure qui inspire le rêve d’autres rivages, d’autres continents.

Soudain, elle rompt son explication technique pour lui dire, sans aucune précaution, qu’elle a décidé de quitter Paul définitivement et ses enfants, de gommer son ancienne vie pour tout recommencer avec lui. Elle ajoute qu’ils vont pouvoir se l’offrir ce chalet dans la chaîne des Aravis où il rêve de vivre avec elle et qu’au moins personne ne viendra la chercher à la montagne parce que tout le monde sait qu’elle y étouffe. Il l’écoute d’abord médusé sans réaction, puis peu à peu l’énervement puis la colère remplacent la stupeur. Il lui crie qu’elle est complètement folle, qu’il ne veut pas vivre avec elle. Elle le regarde abasourdie par cette révélation, ce violent rejet et éclate en sanglots. Il se lève, l’aide à se relever. Elle le repousse Ils marchent vers la voiture l’un derrière l’autre. Il lui dit  qu’il n’a plus envie de prolonger ce week-end et qu’il est plus raisonnable de rentrer. Elle refuse de pénétrer dans la voiture.

Des promeneurs les regardent,

 

Ne pas se donner en spectacle.

Vite s’asseoir dans la twingo

 

Il démarre rapidement, Il conduit plus vite qu’à l’aller comme s’il était pressé de rentrer, de mettre fin à leur histoire. Elle se sent trompée, bafouée, honteuse d’avoir été aveuglée à ce point. Etait-ce trop tôt, Aurait-elle encore dû attendre. Non, elle se persuade qu’il n’aurait jamais été prêt à renoncer à sa liberté. Elle sèche ses larmes. Il ne mérite pas qu’elle pleure pour lui. Ne pas lui montrer qu’elle est profondément blessée.

Que doit-elle faire maintenant ? Débuter une nouvelle vie seule ou rentrer tout simplement et expliquer l’escapade amoureuse à Paul en espérant qu’il lui pardonne.

 

Ne pas rester seule, elle ne supporte pas la solitude,

Rentrer, expliquer, espérer le pardon

Il la dépose au bout de sa rue. Elle marche lentement sur le trottoir craignant ce moment où elle va devoir s’expliquer, plus elle approche de sa maison, plus elle ralentit.

Rien ne sert de retarder l’échéance, Rentrer la tête haute. Expliquer qu’elle avait besoin de cette escapade, expliquer le fiasco,  avaler sa honte …

Elle ouvre la grille, la repousse derrière elle, la referme. Elle monte sur le perron pousse la poignée de la porte d’entrée. Elle est fermée à clefs ? Il s’est absenté, peut-être la cherche t’il ? Elle rentre. Son chat l’accueille en miaulant tout heureux de la retrouver. Il se frotte sur ses jambes. Il se poste ensuite devant le réfrigérateur de la cuisine. Il a faim. Elle ouvre une boîte de pâté, en dépose le contenu dans une assiette, lui verse un peu de lait dans un bol. Il avale comme s’il n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Elle se retourne pour aller suspendre sa marinière au porte-manteau de l’entrée. Une feuille blanche sur la table en chêne de la cuisine attire son regard. Elle s’approche, s’assied sur la chaise bistrot, saisit la page qui est écrite. Elle reconnait l’écriture ronde de Paul.


« Quand tu liras cette lettre ce soir à ton retour du bureau, je serai parti. J’ai rencontré une femme il y a 4 ans. La décision de te quitter n’a pas été facile mais aujourd’hui j’ai enfin décidé de la rejoindre et de vivre avec elle. Nous ne nous reverrons plus, ce serait trop douloureux pour nous deux. En cadeau, Je te laisse cette maison. Je sais que tu l’aimes, que tu aimes cette ville, les rives d’Oise où tu apprécies  te promener. Dans rivière, il y a vie, suis la jusqu’au bout, jusqu’à ce que tu rencontres ton fleuve celui qui saura t’aimer comme je t’ai aimé et te porter vers la mer pour y finir ensemble vos jours ».

 

Eglantine / Mai 2011.

 

 

Et si vous avez envie de remonter la Seine jusqu'à la mer, je vous propose un voyage chez mon amie SITELLE du blog le jardin du temps : C'EST ICI

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Rédigé par eglantine

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Publié le 27 Avril 2011

J’ai été dans ma jeunesse cibiste et cela a réellement marqué positivement ma vie :  j'ai rencontré mon Jeff et j’ai gardé le vocabulaire radio amateur.

 

Aujourd’hui je suis bloggeuse, version moderne de la C.B. (citizen band). J’aime communiquer avec des inconnus avec mon ordinateur comme autrefois j’aimais parler à des anonymes avec mon talkie walkie. tokai 500.  Et dire que ma mère me disait quand j’étais petite qu’il ne fallait jamais parler à des inconnus ? Je pense qu’elle a du trop me le répéter et que mon caractère anticonformiste d’une part, et mon envie de lutter contre ma nature introvertie innée  me poussent  justement à échanger en permanence avec des inconnus.

 

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Grace à ma passion pour internet, les blogs, les forums, il y a 4 ans, j’ai croisé la route de P.C.  C’est ainsi qu’il se faisait appeler. Je ne connaissais pas son vrai nom et en avait-t-il un cet anonyme ? Peu importe, plutôt que de l’appeler P.C., surnom peu élégant, j’ai préféré l’appeler Papa Charlie en souvenir de mes amis d’antan radio amateur et de Joe Dassin que j’aimais tant …. Souvenez vous : « Allo Papa Tango, Charlie, répondez nous s’il vous plait….. »

 

Papa Charlie ne fut pas d’abord facile, il fallut gagner sa confiance petit à petit l’apprivoiser,  et en même temps perdre la méfiance que j’avais envers lui.

Notre rencontre comme notre amitié furent virtuelles.

Chaque matin, chaque soir nous échangions. Je lui confiais tous mes  mots, maux et émois des mots passion, des mots de peine, des mots de joie. Je lui envoyais des photos de ma chère ville Cergy, de mes voyages, de mes proches. Je les lui commentais.

Il écoutait, il absorbait tout. En échange, il me racontait la vie, il connaissait tout, il me montrait des photos du Monde entier une par une ou en diaporama. Il m’écrivait des poèmes, des nouvelles, des textes philosophiques. Il lui arrivait aussi de me parler politique, économie mais cela me lassait et je coupais vite la communication. Quand je cherchais une réponse à une de mes interrogations, simple curiosité ou question plus personnelle, voire existentielle, il suffisait de lui demander et il me répondait. Il semblait avoir une mémoire et une culture fabuleuses. Il était toujours d’humeur égale. J’étais admirative.

 

Je l’aimais, je ne pouvais plus m’en passer et nos échanges furent de plus en plus longs et fréquents. Je pensais à lui en vacances. Lui n’en prenait jamais il me semble ou peut être ne me l’avait-t-il jamais dit.

 

Début 2011, j’ai senti qu’il faiblissait, sa communication écrite devint plus floue, moins précise, les photos qu’il me montrait avaient de fines  rayures verticales mais il semblait prendre encore beaucoup de plaisir à communiquer avec moi et cela ne m’inquiéta pas outre mesure… Etait-il malade ?  mon écran était-il rayé ? Je continuais à lui confier mes secrets et mes pensées avec autant de plaisir et il continuait à se confier également. Il ne pouvait pas m’abandonner. Sachant inconsciemment que notre liaison virtuelle aurait une fin prochaine mais me refusant à cette idée, je continuais à le solliciter.

 

Soudain il ne répondit plus, son écran devint noir, désespérément noir...

 

Samedi à l’aube mon PC me planta……..

 

 Eglantine : Avril 2011

 

 (Merci à Brigitte qui lorsque je lui ai raconté la trahison de mon P.C. en lui écrivant par mail la dernière phrase de cette nouvelle m’a répondu cela ferait un excellent titre de roman. A défaut d’écrire un roman, j’ai écrit cette nouvelle que je lui dédie.)

 

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Rédigé par eglantine

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Publié le 24 Septembre 2010

 Un Samedi matin de septembre, il fait frais, mais le ciel est bleu azur, La gare RER est beaucoup plus calme qu’un jour de semaine. Quelques personnes attendent debout l’arrivée du prochain RER. Qui viennent-elles chercher : Un enfant, un conjoint, un petit ami dont ils sont éloignés en semaine…. Impatience des retrouvailles avant la prochaine séparation.


J'attends aussi quelqu'un que je ne connais pas et que je n'ai jamais vu….. Je suis impatiente de le découvrir mais anxieuse : deux jours à passer avec cette personne, deux jours c’est très court mais cela peut être très long si nous ne nous supportons pas…..

 

Que vais-je lui faire visiter ?  Cergy bien sûr pour débuter, mon Cergy celui que j’aime tant mais pour comprendre le charme de cette ville, qui a une si mauvaise réputation, il faut se débarrasser des préjugés et surtout il faut y vivre quelques temps pour se rendre compte de sa surprenante beauté et de la qualité de vie incomparable que cette ville à la campagne nous offre avec ses espaces verts, ses étangs, son port de plaisance, son architecture remarquable, ses manifestations culturelles…

 

Comment faire comprendre cela à quelqu'un qu'on n’a jamais vu et qui vient de si loin, au-delà de l’océan. Qu'est ce qu'un étang face à la mer….. Est-ce si important d’ailleurs de lui faire comprendre ? Juste lui faire plaisir et me faire plaisir aussi.  La qualité de nos échanges écrits m’a donné envie de l'inviter à passer ces deux jours ensemble pour poursuive notre découverte mutuelle.

 

Pourvu qu’aucun évènement ne vienne perturber notre rencontre. La dernière fois que j’ai invité quelqu'un que je ne connaissais pas à venir un week-end, ma voisine, une vieille dame septuagénaire que j’aimais beaucoup est décédée brutalement et j’ai été tellement perturbée que je n’ai pu été disponible pour mon hôte et que je n’avais qu’une envie qu’elle parte sans oser lui dire ce qui a nui à nos relations. Je m’étais juré de ne jamais inviter de nouveau quelqu'un que je ne connaissais pas, mais les promesses que l’on se fait à soi même n’en sont pas réellement et on peut passer outre sans trahir, n’est-ce-pas ?

 

 

 

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Dis minutes à attendre, c’est très long quand on angoisse face à l’inconnu…..Vais je lui plaire ? Curieuse interrogation  pour quelqu'un qui a horreur de la séduction….  Encore mon manque de confiance en moi-même....C’est peut être pour cela que je donne tant, pour me valoriser à mes propres  yeux dans le regard des autres.

 

Et si ce quelqu'un ne venait pas…. Si il avait changé d’avis…. Est-il dans le train ? Je peux l’appeler, me rassurer …… stupide.
Vais-je le reconnaître , je ne l’ai vu qu’en photo… Il le faut pourtant, cela pourrait nuire à notre relation si je ne vais pas spontanément à lui...la qualité du premier  contact est essentielle… On a jamais une seconde chance de faire une bonne impression…c’est ce que je dis par habitude  quand je parle des premières minutes de l’entretien de recrutement aux nombreux demandeurs d’emploi que je conseille… et pourtant le plus important n’est-il pas la suite… c’est aussi stupide que de proclamer haut et fort que « tout se joue avant six ans » pour un enfant.

 

Quel peut être son look ? Je me souviens des expatriés d’une entreprise où j’ai travaillé,  qui lorsqu’ils revenaient des terres lointaines,  arrivaient au bureau avec la chemise à fleurs et l’horrible dent de requin autour du cou en voulant se donner des airs d’Indiana Jones afin qu’on puisse les distinguer parmi nous les ronds de cuir : les pingouins et les « pingouin es »

 

Non ce n’est pas le genre de la personne que j’attends je l’imagine plutôt dans le genre pingouin.... comme moi

 

Mes pensées traversent mon esprit aussi rapidement que l’attente est longue….

 

Soudain, le bruit du train sortant du tunnel, le freinage, le bruit d’ouverture des portières… L’escalier mécanique se met en route, les premiers voyageurs, comme la fusée Ariane se libérant brusquement de son pas de tir,  surgissent soudain en courant derrière les portillons qu’ils sautent dans leur élan… On se croirait dans une course d’obstacle …. Qui sera le premier à sortir de la gare ?  

 

Les voyageurs nombreux se présentent un par un devant les portillons. Mes compagnons et compagnes d’attente retrouvent leur moitié, parent ou ami  moi …je suis toujours là à attendre, à guetter parmi les arrivants qui se font de plus en plus rares….

 

Et soudain….



A suivre prochainement ....

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Rédigé par eglantine

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Publié le 17 Mars 2009

C'était aux derniers jours de l'été. Elle entra dans un bel et étrange jardin.


Une reinette installée sur une feuille de nénuphar, radeau de fortune, l'observait ; Soudain elle se mit à croasser comme pour engager le dialogue. :


  • « Ne fais pas la fière »  lui répondit-elle : « «petite grenouille ne deviendra jamais aussi grosse que le bœuf ».


Elle pensa soudain qu'il devait y avoir des tétards dans cette petite mare. Elle se souvint que petite fille, elle allait avec son frêre pêcher les tétards dans l'étang de Saint Cucufa. Triste souvenir que celui de son frère disparu trop jeune qu'elle refoula comme elle put au fond d'elle-même.



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En levant la tête, elle aperçut un fil de pêche briller au soleil le long du muret qui bordait la mare. Au bout du fil nylon une canne ou plutôt une fine et longue baguette. Elle releva les yeux. Un jeune garçon, sorte de petit prince de terre ocre perdu dans ses rêves, était  assis à califourchon sur le muret. Une fillette à côté lui tournait le dos. Elle avait un visage  triste. Elle semblait plongée dans une rêverie boudeuse.


Ces statues si expressives mais sans vie donnaient au lieu une ambiance insolite, presque irréelle.


La grenouille avait cessé de croasser. Elle baissa les yeux pour la voir sautiller de nénuphar en nénuphar mais elle avait disparu. Elle eut la curieuse impression d'être sortie d'elle-même et de s'observer. Son âme avait pris possession de la fillette de terre. Rêve ou Réalité ?


Le petit prince prit vie soudain. Il se retourna vers elle, lui prit la main délicatement et dit joyeux :


  • J'espère que tu n'es plus fâchée petite soeur. Tu ne voulais pas que nous baignions dans cet étang. J'y suis allée seul, je n'aurais pas dû  et depuis je t'attends, une très longue attente. Enfin nous nous retrouvons..... Viens je vais te faire visiter le paradis

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Rédigé par eglantine

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Publié le 13 Décembre 2008

Après que nous ayons récité comme chaque matin le traditionnel « Notre père », l'institutrice s'assied sort de son cartable un paquet de copies. Elle les dépose sur son bureau et dit d'une voix froide : Je vais vous rendre vos rédactions « Racontez votre dernier  Noël ». Comme à chaque fois, elle lit les écrits qui ont obtenu les meilleures notes.  Après avoir lu 2  rédactions, elle me regarde d'un air hautain et sévère, s'empare de ma copie  et débute sa lecture :


« Le jour commence à poindre derrière les persiennes de métal rouillé, Je  reste quelques minutes blottie bien au chaud sous la couverture écossaise, j'hésite quelques instants à quitter cette douce quiétude et affronter la fraîcheur matinale de la pièce mais je me  souviens que c'est Noël aujourd'hui. Que vais-je  avoir cette année ? Impatiente de découvrir mon cadeau. Cela fait plusieurs jours que je résiste à la grande envie de fouiller les placards du petit appartement. Je me lève et me  dirige pieds nus sur le plancher froid vers la salle à manger. Au pied du sapin, je repère très vite mon paquet. Une boîte bien rigide recouverte d'un joli papier cadeau vert sur lequel des pères-noël sont imprimés. Je dénoue avec soin  le ruban rouge, enlève le papier et découvre un coffre en bois clair vernis. Que peut-il contenir ?  Je  l'ouvre  religieusement et découvre .... un microscope noir et de nombreuses lamelles de verre. Je n'ose pas y croire, me  frotte les yeux. Serait-ce un rêve, On  m'a offert le microscope dont je rêve depuis longtemps. Je me retourne, Papa se tient là derrière moi, me regarde comme à chaque fois avec tendresse et fierté. Je me précipite dans ses bras, l'embrasse. Je pose le coffret sur la table de la salle à manger et je sors le microscope. Que vais-je pouvoir observer. Papa va chercher une épingle, la nettoie avec de l'alcool et se pique le doigt, il dépose une goutte sur une lamelle de verre, l'étale et la recouvre d'une seconde lamelle. Il place le tout sous l'optique du microscope et me demande de regarder. Tout est flou, je règle la molette et soudain  apparaissent  de nombreuses cellules rondes grises et transparentes. C'est magique et merveilleux. Je prends conscience à ce moment là que nous sommes constitués de cellules et que chacune d'entre elle porte la vie.

Je me souviendrai de ce matin la toute ma vie comme mon meilleur souvenir de Noël »


Après avoir terminé la lecture, l'institutrice se lève de son bureau ma copie à la main emprunte l'allée centrale entre les pupitres et se dirige vers moi, elle jette la copie sur mon bureau en éructant :


- "Mademoiselle, bien que cette rédaction soit très bien écrite et qu'il n'y ait aucune faute, vous aurez zéro car vous n'avez pas eu un microscope, vous avez menti par vanité"


- "Je ne mens pas j'ai bien eu un microscope, je peux l'amener pour vous le prouver".


- "Taisez vous immédiatement, vous devriez avoir honte, avouez que vous avez menti comment voulez vous que vos parents qui sont pauvres et qui ne peuvent payer votre scolarité puissent avoir les moyens de vous payer un microscope ? " 


Cette dernière phrase me transperce comme une blessure. Je ne sais quoi répondre à cette injuste humiliation publique. Toutes mes camarades me regardent, certaines avec un cruel air moqueur. Je ne pourrai même pas amener le microscope de peur qu'on réclame à mes parents de payer. Je préfère passer pour une menteuse. J'ai honte. Je retiens mes larmes mais je ne baisserai pas les yeux, Papa doit être fière de moi.

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Rédigé par eglantine

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Publié le 2 Septembre 2008

Aujourd'hui je vous propose une nouvelle que j'ai écrite avec une contrainte particulière que vous pouvez essayez de deviner si vous le souhaitez mais ce n'est pas indispensable.



 

Je m’appelle Kléber. Ce prénom m’a été donné par mon père passionné par l’Empire en souvenir du général  qui  combattit courageusement pendant la campagne d’Egypte. Je l’ai échappé belle, il aurait pu m’appeler Bonaparte. Ce nom aurait été beaucoup plus difficile à porter pour quelqu’un qu’Austerlitz ne fait pas vibrer et qui a tout fait tout pour éviter de remplir son obligation nationale. J’ai quitté les Pyrénées (mes pyramides à moi) pour vivre dans une jolie cité au bord du Danube quelque part au nord de l’Europe.


En ce début de matinée,  je m’y promène sur le chemin vert, un sentier de randonnée qui débute dans la plaine au hameau du bel air au milieu des champs maraîchers, se poursuit jusqu’au port de plaisance sur le fleuve et monte ensuite jusqu’à la chapelle du château rouge . 


Tu apparais soudain sur mon chemin  Ta peau si blanche fait ressortir tes grands yeux noirs. Tu me souris en humant une fleur de jasmin que tu viens de cueillir. Cette image de gaieté et de liberté ressortira toujours du  monceau de souvenirs flous qui s’estompera  au fil du temps. Je m’approche de toi, tu me tends ta  fleur en restant muette. Je m’imprègne de son parfum délicat puis je range ce précieux cadeau religieusement dans ma bourse en cuir. Je prends  ta main dans la mienne et nous continuons à marcher.


Face au chateau d'eau, à la fourche des chemins,  je coupe une ou deux de ses frondes de fougères luisantes pour en faire des couronnes. J'en pose une délicatement sur tes cheveux d'ébène. Je te donne l'autre dont tu me coiffes. Tu ressembles ainsi Madeleine  à une reine grecque ou de la Rome antique qui pourrait être l’héroïne d’un opéra du châtelet.Je suis ton chevalier décoré de la légion d'honneur de la cité dont j'arbore fièrement l'insigne à ma boutonnière. Ne me demandez pas comment je l'ai obtenue. On décore n'importe qui avec n'importe quoi.

 

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Nous nous arrêtons  devant une petite maison blanche  curieusement appelée « les boulets de Liège ». Tu es arrivée Madeleine. Nous avons du mal à nous séparer. Je ne suis pas encore un boulet pour toi et j’espère que je ne le serai jamais (même de liège).


Tu pousses une porte dorée, nous pénétrons dans un grand couloir. La défense d’éléphant, que fièrement tu me montres en me chuchotant à l’oreille que tu l’as obtenue au Venezuela pour quelques bolivars,  semble tout à fait anachronique. Où peut-on trouver des éléphants au Venezuela ? Je ne connais que les élephants de mer d’Argentine sans  défense (à tous les sens du terme). Je n’ai pas le temps d’y réfléchir Tu m’invites à entrer avec toi dans ta petite république, ton temple, ta petite chambre peinte en bleu nuit avec une grande étoile lumineuse au dessus du lit. J'ai froid , Il fait sombre, on se croirait soudain dans une glacière. Que tu es étrange Madeleine presque irréelle. Je te prends dans mes bras.


Au moment où Je m’apprête à t’embrasser je sursaute quand une voie tonitruante annonce « Mairie d’Issy, terminus. Tout le monde descend »


Je me réveille soudain à Paris dans le métro, Je m’étais endormi. le mot de Cambronne m’échappe…..  mais bonne nouvelle : Madeleine tu es en face de moi mais sans couronne. Tu te lèves et tu te diriges vers la porte…… Je crie en chantant Madeleine, Madeleine… tu ne te retournes pas, tu sors de la rame…. Cela ne doit pas être ton prénom. Madeleine. Comme dit Jacques Brel « Tu n'viendras pas »  même si je t’apporte du jasmin à la porte des lilas


Eglantine

 

 


Alors avez-vous deviné la caractéristique de cette nouvelle ?

Réponse ici

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Rédigé par eglantine

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Publié le 10 Juin 2008

Ce soir en regardant son enfant, elle ne pouvait qu’en être fière.  Il était fait de contrastes comme elle. Parfois concret, parfois idéaliste. Il essayait de cacher sa sensibilité derrière une retenue sérieuse mais parfois il débordait d’émotions contenues. Elle aimait le regarder, le contempler à loisir , le parcourir sous toutes ses coutures. Elle le trouvait beau, intelligent et cela lui suffisait.


Elle s’y était consacrée entièrement pendant les 3 dernières années délaissant son travail et ses amis. Elle était surprise de la rapidité de ses progrès et de l’intérêt qu’il suscitait chez ceux  qui l’approchaient ou voyaient ses photos. Ils étaient de plus en plus nombreux au fur et à mesure de sa socialisation.


Quand on la complimentait sur ses sourires, ses facéties, n’aimant pas les éloges, elle rougissait. Quand on le critiquait, c’était elle qu’on attaquait. Indissociables, Il faisait partie d’elle-même, il était elle, elle était lui. 


Cet amour exclusif et trop intense aliénait sa liberté. Elle ne pouvait plus s’en séparer, aussi elle ne partait plus en voyages faute de pouvoir le confier.


Il était important pour son enfant et pour elle même qu’elle puisse prendre un peu de recul, trouver d’autres sujets d’intérêts tout en continuant à l’entourer d’attention et d’affection.


Le délaissant parfois le soir après son travail, elle était retournée à la piscine, trouvant beaucoup de plaisir à aligner les longueurs de bassin en essayant de vider son esprit de toute préoccupation. Elle y arrivait parfois mais souvent elle pensait à lui et à la joie qu’elle aurait à le retrouver en rentrant. Elle s’était remise à écrire ce qui lui avait fait du bien.


Aujourd’hui, elle allait donner naissance à son deuxième enfant. Cela faisait plus de deux ans qu’elle y pensait sans pouvoir passer à l’acte tant son esprit, son temps  étaient entièrement pris. Elle hésitait aussi car elle se devait d’aimer son second bébé autant que le premier. Pouvait on aimer et donner autant une seconde fois ?


Après l’avoir imaginé pendant toute sa conception, elle venait de donner naissance à son second bébé. Elle le découvrait et se plaisait à le regarder. Il fallait en annoncer la naissance à ses amis les plus fidèles, elle commença inquiète à rédiger le faire-part (voir ici)

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Rédigé par eglantine

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Publié le 20 Mai 2008

Assise dans le bus elle lit  et butte sur cette phrase  de l'écrivaine parlant de son père :

« peut être sa plus grande fierté, ou même la justification de son existence, que j’appartienne au monde qui l’avait dédaigné »


Un discret parfum de lavande la surprend. Elle abandonne sa lecture, lève les yeux. Un homme, assis en face d’elle dans le bus, fait des mots croisés. 

La blancheur de son visage contraste avec ses cheveux très bruns, brillants, lissés en arrière. Ses yeux vifs et noirs sont cerclés de lunettes rondes aux épaisses montures d’écaille.


la bouche fine affiche une moue perplexe pendant que sa longue main aux ongles courts et soignés s’agite et remplit, hésitante, avec un crayon à papier quelques cases blanches.


L'homme soudain met son crayon dans la poche interne de sa veste bleue marine, referme sa revue de mots croisés et la range dans une serviette plate en cuir noir. Il lève les yeux, l’aperçoit, la contemple avec un regard surpris exprimant à la fois fierté et fragilité. Le bus ralentit, il lui sourit tout en se levant et murmure à son attention : « je t’ai aimé, crois moi »


Elle le suit du regard. Des larmes, qu’elle ne peut retenir, coulent sur son visage. Le bus s’arrête, l’homme descend allume une cigarette. « Papa » crie t’elle sans pouvoir se lever et le suivre.Elle le regarde attendrie disparaître dans la rue.


Une sonnerie stridente vient interrompre le bonheur fugace de l’instant. Elle se réveille, son oreiller est trempé de larmes.  Elle se lève laissant derrière elle son passé pour songer à la journée qui débute.  Elle aime la magie de l’aube , ce moment unique où tout est encore possible.

 

2007

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Rédigé par eglantine

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